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25/05/2009

Phoenix : « Retranscrire l’espèce de magie qui existe quand tu crées pour la première fois une chanson »

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Trois ans après « It's Never been like that », les Français de Phoenix reviennent encore plus fort avec «  Wolfgang Amadeus Phoenix », un quatrième album mariant leur maîtrise de la pop et des textures électroniques. Rencontre avec le chanteur Thomas Mars et le guitariste Christian Mazzalai.

Comment s'est passé l'enregistrement du nouvel album ?

Thomas Mars : On a mis un an et demi pour faire l’album. En travaillant presque tous les jours. On s’est d'abord réunis dans un appartement qu’on occupait à Paris il y a longtemps. Puis on est allé à New York avant de revenir redécouvrir Paris. On a loué une péniche, un ancien atelier au pied de la Tour Eiffel.

Le processus est un peu l’inverse du précédent où vous vouliez aller plus vite et composer un album plus brut…

Christian Mazzalai : Exactement. Là, c’était presque un travail de chimiste. Pour enregistrer un disque, on fait plein d'expériences. Presque tous les jours, il y a des échecs mais ils nous emmènent à un autre endroit. Au final, ça donne une chanson.

Malgré ce travail, les mélodies semblent très immédiates et l’album cohérent…

C. M. : Notre but, c’est de retranscrire l’espèce de magie qui existe quand tu crées pour la première fois une chanson. Après retranscrire cette magie, demande un travail très fin. Tout le boulot est là. Dans ce mélange entre l’inconscient et le conscient, où tu ne sais plus bien où tu vas.

Derrière cette simplicité, le disque est aussi très produit…

C. M. : Tous les disques qu’on adore comme « Pet Sounds » des Beach Boys ou « What’s going on » de Marvin Gaye ont cette évidence. Ils paraissent simple à la première écoute mais plus tu te le passes, plus tu réalises qu’il y a une couche de travail incroyable. Si tu ne vois pas tous les niveaux à la première écoute, c’est que c’est réussi. Garder une part de mystère, c’est une de nos quêtes.

Est-ce que certains morceaux ont posé plus de difficultés ?

T. M. : « Love like a Sunset » est le premier morceau qu’on ait commencé et celui que l’on a terminé en dernier. Il nous a accompagnés pendant tout l’enregistrement, même de manière symbolique. Sinon, on enregistrait tout ce qu’on faisait. On avait ce besoin de tout garder pour réécouter les choses plus tard. Les trucs pour lesquels on s’enthousiasmait le plus au début n’étaient pas ceux qui tenaient la route à la fin.

C. M. : Au final, on avait quinze heures de musique qu’on avait tous validées. Puis on a rétréci.

Comment est venu le titre de l’album ?

C. M. : Le titre est venu naturellement d’un coup au milieu de l’album.

T. M. : Il y avait l’idée du lâcher prise. De faire des choses pas rationnelles. D’aller vers ces moments de petites folies qui existent tout le temps pendant l’enregistrement. Ce qui nous plait aussi, c’est que «  Wolfgang Amadeus Phoenix » est un titre d’enfant. C'est la moustache sur la Joconde. Il y a un vandalisme qui nous plait. Une façon pour nous d’exister. Plus on fait des disques et plus on a envie de forcer le trait.

Le titre donne aussi l’idée de fantaisie…

T. M. : On s’est rendu compte qu’on peut aller très très loin à coller des choses différentes. Pour notre premier album, on avait essayé plein de choses différentes mais le résultat avait une cohérence parce qu’on était derrière toutes les chansons. Nous sommes les seuls garants de notre univers.

C. M. : Pour le disque, on s’était dit pas de limite et on s’est donné un titre sans limite de bon goût ou de style.

« Lisztomania » ajoute une deuxième référence à de la musique classique…

T. M. : On a grandi en écoutant toutes les musiques. Je me souviens du moment où on avait découvert Bach. On avait passé une semaine à décortiquer sa sonate n°1. On voulait toujours intégrer des fantasmes comme ça dans notre musique et on n’y arrivait pas. Là, ça s’est fait plus facilement. Après « Lisztomania », ça ne va pas plus loin que le clin d’œil à Liszt, que l'on décrit comme une rock star à Paris. Plus on fait des trucs comme ça hyper spé et plus on se rend compte que ça parle à des gens. Ca nous encourage à aller plus loin.

On a l’impression que chaque album vous permet de franchir des paliers...

T. M. : On ne voit pas chaque album comme une progression mais avec celui-là on a certainement franchi un palier dans la folie, dans le lâcher prise. Avec le titre, on sait qu’on va affronter des gens qui vont nous prendre pour des mégalos. Mais cette question on aime bien. Elle renforce le pacte qui existe entre nous…

Comment vivez-vous la pression médiatique autour de l’album ?

C. M. : Quand on a fait l’album, on a avait l’impression que personne nous attendait. Y a toujours un endroit où tu n’es rien. Même Robbie Williams. Peut-être qu’au Pakistan personne ne le connaît.

T. M. : Ou en Sierra Leone.

Vous vous avez cette image de meilleur groupe français à l’export…

C. M. : On a eu de la chance de tourner beaucoup à l’étranger parce qu’on était un des premiers groupes à chanter en anglais. Au début, il y a eu quelques réticences en France. Mais à partir du second album, on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’autres groupes comme cela.

On sent aujourd’hui que les groupes français ont plus envie de s’exporter…

T. M. : Nous, ça n’a jamais été notre moteur. Le vrai choix de chanter en anglais, c’est qu’à un moment on a été un peu plus obstiné que d’autres parce qu’on n’imaginait pas faire autrement.

C. M. : A part Gainsbourg, les seuls groupes qui nous intéressaient adolescents chantaient en anglais. Mais pour nous, on y super français. A l’étranger, personne n’a de doute qu’on est français.

Vous en jouiez un peu sur le précédent album avec une chanson comme « Napoleon Says »…

C. M. : Ca nous amusait parce que c’est nouveau. C’est quelque chose de très anglais en fait. Ca nous permet aussi de ne pas ressembler aux autres groupes. On n’a pas envie de parler de Cadillac. Nous, on parlera plus de Franz Liszt ou de Napoleon.

T. M. : Même si on a une tendresse pour les yéyés - on a quand même ça dans nos gènes -, on ne peut pas s’empêcher de voir les santiags et le juke-box. C’est une forme de traumatisme contre lequel on s’est construit.

Il y a ce mythe en pop de la chanson parfaite. C’est quelque chose qui vous fait rêver ?

T. M. : Pour nous, il y a toujours eu cette idée d’une chanson pop qui peut plaire à tout le monde comme Burt Bacharach, Harry Nilsson. Quand on a grandi il y avait les chansons pop comme ça qui pouvait plaire à tout le monde et il y avait une autre musique qui avait plus l’air d’un art moderne comme une toile de Jackson Pollock. Cette musique là était plus importante pour nous. Des groupes comme My Bloody Valentine, on avait l’impression qu’ils ne parlaient qu’à nous.

On a l’impression que chez vous, l’électronique prend en charge cette couche d’étrangeté…

C. M. : On a grandi avec cette musique indé et quand la musique électronique est arrivée c’était fascinant. On avait l’impression d’être dans la modernité avec un côté hyper mystérieux. Fascinant. On était potes avec des gens comme les Daft Punk. On faisait une musique différente mais dès le début, on a pris pas mal de choses à l’électronique. On a notamment grandi avec la culture du home studio. Ce qui nous fascinait dans l’électronique, c’était le bras d’honneur au musique business et aux règles.

« Wolfgang Amadeus Phoenix » apparaît comme une synthèse des deux derniers albums, l’électronique d’« Alphabetical » collée à la pop de « It's Never Been Like That »...

C. M. : C'est vrai qu'on voulait retrouver un peu l’électronique mis de côté sur le précédent. Et on cherchait à être hyper libre. A pouvoir tout faire comme dans certains albums de Prince.

Comment c’est fait la compilation pour Kitsuné ?

T. M. : Sur la compilation Kitsuné, chaque titre a une incidence directe sur un de nos morceaux. Ce sont des chansons cultes pour nous.

C. M. : Chaque morceau nous a appris de nouvelles choses, de nouvelles règles. Ah bon, on peut faire ça, ça existe.

T. M. : Tout ce qu’on écoute nous influence. Après il y a des musiques qui t’assomment comme Wagner. Peu de gens sont inspirés par son œuvre. C’est une musique faite pour dominer le monde.

C. M. : Parfois, le déclic vient de chansons nulles, où tu entrevois un potentiel. Il faut dénicher le trésor inexploité.

Et comment êtes-vous arrivé à jouer pour l’émission « Saturday Night Live » ?

T. M. : On avait mis « 1901 », notre nouvelle chanson en ligne. On était sans maison de disque, sans personne. Et on s’est dit que c’était le bon moment pour le faire. On voulait donner quelque chose pour faire patienter nos fans jusqu’à la sortie de l’album. Ça a marché parce que ça a été le morceau le plus repris sur les blogs.

C. M. : C’est tombé dans les oreilles des gens de Saturday Night Live. C’était pas du tout prévu tout ça. Là, c’est irréel comme situation.

T. M. : Les gens là-bas t’inscrivent dans une tradition. Les jeunes nous parlaient d’Edith Piaf et d'Aznavour. Il n’y avait aucune connexion depuis.

C. M. : Pour eux, c’est une institution. C’est leur Tour Eiffel à eux. D’ailleurs il y avait des visites du plateau pendant l’émission. En direct. Avec la possibilité de tout foirer sur un titre. C’est ça qui était imbattable. On s’en rappellera toute notre vie. On n’ jamais une pression à ce point là. Jouer devant des gens, c’est réel . Jouer devant des caméras, c’est excitant et surréaliste.

Etrangement le buzz arrive au moment où vous venez de quitter Virgin…

C. M. : En ce moment, le business de la musique est un tel chaos que tout peut arriver. Là, y a une espèce d’anarchie qui fait qu’à un moment comme ça il y a des choses inattendues. Comme le morceau qu’on a donné. On n’avait jamais eu ça. Aucun de nos morceaux n’avait jamais atteint autant de gens. Simplement grâce au relais de gens qui aiment la musique. Aucune pub, aucun relais marketing.

Votre nouvelle structure Loyauté vous convient ?

T. M. : On a tout fait pour ça. Nous on avait déjà réussis en étant chez Virgin à fonctionner en circuit fermé. Là, avec notre label, on a juste mis sur le papier quelque chose qu’on vivait réellement. Pour nous c’est parfait parce que c’est officialiser le truc.

Pour la tournée, ça change des choses ?

T. M. : Non. On a le même agent.

C. M. : Là, on est reparti pour un an et demi. C’est la récompense en fait.

Comment se fera l’adaptation des morceaux, l’album étant plus produit ?

T. M. : Ca paraît plus casse-tête.

C. M. : C’est ça qui est bien. Ça fait une nouvelle pression, un nouveau défi. Si on y arrive, le résultat n’en sera que meilleur.

En tournée, vous êtes plus distendus ou toujours aussi proches ?

T. M. : En tournée, c’est plus simple parce que tout est très réglé. Après c’est un truc humain qui doit fonctionner. En studio, c’est plus compliqué.

C. M. : Il y a une infinité de possibilité. Tu ne sais jamais si tu ne vas pas passer à côté d’une chanson.

Du coup vous cherchez des unités de lieu…

T. M. : On a besoin de ce cadre.

Vous jouez ensemble depuis que vous êtes ados. Qu’est-ce qui a changé ?

C. M. : On est un peu pareil que quand on était ado. On en revient aux mêmes endroits que ceux de nos débuts. On se retrouve toujours dans ce garage des parents de Tom. On dit qu’on va bouger mais on n’y est bien. On a essayé sur le deuxième album d’avoir un truc un peu plus normal, professionnel. En allant dans un studio mythique à Los Angeles avec un vrai producteur Tony Hoffer. C’était bien mais on ne veut plus le refaire. Ce qu’on aime nous, c’est brancher nous-mêmes nos trucs. C’est là où tu fais un truc personnel. Si un mec fait un truc pour toi, tu vas avoir le même son que le mec de la veille. Ça ne marche que quand on fait le truc de A à Z. On a l’impression d’avoir un truc qui nous ressemble vraiment.

Vous n’avez jamais quitté vos sources finalement…

T. M. : On a toujours aimé le côté amateur dans la musique. Je me souviens de pros qui étaient venus nous voir à nos débuts pour nous expliquer que si on voulait que ça marche, il fallait répéter seize heures par jour pendant cinq ans et après on aura peut-être une chance. Nous, on a toujours préféré faire les choses nous-mêmes même si c’est moins bien fait. Là, en l’occurrence il y a Philippe qui a aidé.

C. M. : Mais ce n’était pas vraiment un studio. Tout était en travaux.

Le premier concert de Phoenix, c’était quand ?

T. M. : Il y a eu plusieurs premiers concerts mais le vrai c’était dans une petite salle à Versailles, une sorte de MJC.

Vous avez déjà joué dans un rallye ?

C. M. : On n’a jamais mis les pieds dans un rallye. C’est très mystérieux pour nous.

T. M. : J’ai déjà vu des gens danser le rock. C’est hallucinant. C’est hyper sauvage.

C. M. : Les rallyes c’est un peu une société secrète. Même à Versailles. On était vraiment loin d’eux. Par curiosité, j’aurai bien été voir une fois à quoi ça ressemblait mais on n’a jamais pu. A l’école en deux minutes, on s’est tout de suite reconnu. On a créé une sorte de meute pour se protéger de tout ça.

Et depuis toutes ces années, vous ne vous êtes jamais lassés ?

C. M. : Il y a toujours une quête de quelque chose pour nous motiver. Pour l’instant, c’est parfait.

Recueilli par KidB et Ben C

00:37 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : phoenix

Commentaires

C'est très bien

Écrit par : afaf | 09/06/2009

Très bon article, en voilà d'un point de vue constructif, j'adore. Je vais vous faire un peu de pub auprès de mes contacts, vous l'méritez bien !

Écrit par : Sophie | 14/04/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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