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21/06/2009

Sunset Rubdown : « Donner notre version d’une chanson faite pour la radio »

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Pas le temps de s'ennuyer avec Spencer Krug. Le collaborateur de Wolf Parade, Swan Lake et Fifths of seven revient pour le début de l'été avec un nouvel album de son groupe Sunset Rubdown. Construit d'abord comme un projet personnel, la formation propose avec « Dragonslayer » un pop rock épique, romantique et passionné. Rencontre avec le jeune prodige canadien...

Lors de la sortie de votre album précédent « Random Spirit Lover », vous expliquiez vouloir créer une œuvre unique et cohérente. Avez-vous abordé la composition de « Dragonslayer » avec le même état d’esprit ?

Spencer Krug : Avec « Dragonslayer », nous nous sommes éloignés de cette idée. Notre but était de faire un album pop. D'être plus mélodique, concis et moins conceptuel. On voulait donner notre version d’une chanson faite pour la radio tout en sachant que le résultat ne correspondrait pas tout à fait à ce qui passe sur les ondes. On s’est davantage concentré sur chaque morceau que sur le résultat d’ensemble.

Pourtant, les thèmes des textes se retrouvent de chanson en chanson presque comme une grande narration…

Il n’y a pas de narration proprement dite. Après, l’album traite de thèmes qui me travaillent. Il est normal qu’on puisse y trouver une certaine cohérence. Surtout que je n’ai jamais autant travaillé mes textes que pour cet album.

On retrouve beaucoup l’idée du voyage…

Je n’ai jamais autant voyagé que ces trois dernières années. Ce n’est pas étonnant que ça ressorte dans mes textes.

C’est comme si les personnages cherchaient à rentrer chez eux…

Moi, je suis bien en voyage. Etre à la maison est un peu un concept que j’ai perdu. De toute façon, chez moi, j’ai vite tendance à m’ennuyer. A chaque fois, il me faut au moins deux semaines pour me réadapter.

Avec quatre groupes différents, vous devez être bien occupés…

Ca dépend des années. Là, c’est un peu plus calme avec Wolf Parade. Donc cette année, je n’ai que quatre tournées à faire, chacune pouvant durer de deux semaines à un mois. C’est raisonnable. Beaucoup de groupes tournent plus de deux cents jours par an. Moi, ça ne m’intéresse pas. Je ne suis pas là pour gagner le plus d’argent possible. Je veux partager ma musique, tout en préservant ma vie privée.

L’identité de Sunset Rubdown semble venir moins d’un son particulier que d’une manière de construire les chansons…

Sunset Rubdown n’a pas vraiment d’identité sonore. C’est la formation où je peux le plus me permettre d’expérimenter des choses qui d’après moi peuvent intéresser les autres. Je m’ennuie facilement alors j’aime bien essayer différentes directions. Sunset Rubdown est aussi le groupe avec lequel j’aime me mesurer à ce qui se fait aujourd’hui dans la pop. Comme ça évolue beaucoup, la musique peut changer du tout au tout.

Le fait de travailler sur trois groupes en même temps vous oblige à penser en amont ce que vous voulez faire avec chaque formation…

Oui mais seulement en terme de grande ligne directrice. Pas pour l’écriture de chaque chanson. Ce qui est important à mes yeux quelle que soit la formation, c’est de créer une musique qui ait un sens. Il y a tellement de groupes inintéressants.

Vous avez une voix très expressive. Comment êtes-vous venu au chant ?

Je n’ai aucun recul là-dessus. Pour moi, c’est juste ce qui sort naturellement de ma bouche. Quand j’étais adolescent, je chantais un peu pour m’amuser avec des groupes puis j’ai arrêté pendant dix ans à partir de mon entrée dans une école de musique. Dans Wolf Parade, Dan devait être le seul chanteur puis je m’y suis remis progressivement pour une chanson puis deux. Au départ, j’essayais de chanter doucement dans le micro chez moi pour m’entraîner sans réveiller ma petite amie, mais le résultat manquait de cœur. Il me fallait projeter plus loin.

Votre musique dégage quelque chose de très passionné…

C’est important pour moi de mettre de la passion dans ce que je fais. Mais ça ne garantit pas que le résultat soit réussi. J’adore ce moment où je partage ce que je fais avec les autres membres du groupe. Quand on essaie mes compositions et qu’on se rend compte que ça marche.

Il y a beaucoup d’humour dans les textes de « Dragonslayer »…

Oui, j’aime beaucoup l’humour sarcastique, un peu noir. Dans les textes et la musique aussi. Les deux travaillent de concert. L’humour me permet d’alléger le côté très sérieux de l’artiste qui écrit une chanson. Ca peut être tellement absurde, surtout avec tous les groupes qui existent aujourd’hui. Moi, j’ai besoin de garder les pieds sur terre et de ne pas trop me prendre au sérieux.

Vos personnages ont tout des anti-héros…

Ils échouent à chaque tentative. C’est vrai.

Le mélange d’humour et d’aventures fait penser au Don Quichotte de Cervantes…

J’aime beaucoup l’idée même si je n’ai jamais lu « Don Quichotte ». Ma musique peut aussi rendre compte de notre stupidité, de l’absurdité du monde.

Et chez vous l’humour ne joue pas contre les émotions…

J’aime les artistes qui arrivent à faire un clin d’œil au public en jouant pour montrer qu’ils sont conscients de ce qui se passe. Après pas besoin que ce soit très appuyé. Les gens doivent juste avoir conscience qu’ils sont face à un monde fictionnel. Ce n’est pas la réalité.

Vous travaillez d’abord plutôt les textes ou la musique ?

J’essaie au maximum de mener les deux de front, de faire en sorte qu’ils se répondent, qu’ils s’enrichissent. Mais ce n’est pas facile. Souvent l’un est terminé avant l’autre et il faut s’adapter.

Le dernier titre du disque est très long. Ca vous laisse du temps pour travailler sur des motifs, des variations…

Avec ce disque, on voulait laisser de la respiration. Le morceau de clôture est celui qu’on a écrit en dernier. On s’est dit : bon là on arrête le montage.

Comment êtes-vous venus avec l’imagerie de Dragonslayer…

J’ai utilisé le tueur de dragon comme une métaphore. Pour dire qu’il faut tuer les démons qui nous habitent.

C’est un peu un combat sans ennemi, comme chez Cervantes…

L’écriture de l’album était en soi une manière d’exorciser mes propres problèmes. Beaucoup d’œuvres d’art fonctionnent ainsi. L’idée était de traiter d’un combat positif. Je ne voulais pas faire de commentaire sur le monde qui nous entoure et l’Irak. Mon combat, c’est plutôt de livrer une guerre contre la connerie.

Les médias mettent en avant depuis quelques années, l’existence d’une scène canadienne. Est-ce qu’elle existe vraiment ?

Je ne sais pas. Les médias ont en partie construit ce concept de scène canadienne. Ils voulaient qu’elle existe et après Arcade Fire, ils ont cherché d’autres groupes qui pourraient correspondre comme Wolf Parade. Mais des bons groupes il y en a partout. Y compris à Montréal et au Canada plus en général. On a la chance d’être un petit pays alors les musiciens se connaissent plus facilement. Mais c’est tout. Il y a plein de choses intéressantes mais ça ne fait pas une scène.

Recueilli par KidB

16:41 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sunset rubdown

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