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25/06/2009

Nosfell : « Ma musique ne rentre pas dans une seule case musicale »

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L’intrigant Nosfell revient en ce mois de juin 2009 avec une triple actualité : la sortie d’un troisième album éponyme orienté plutôt rock, celle d’un livre-disque autour de sa création orchestrale du Lac aux vélies et une nouvelle représentation de ce spectacle, légèrement remanié, salle Pleyel à Paris. L’occasion de rencontrer cet artiste unique, inventeur du monde imaginaire de Klokochazia, avec sa langue le klokobetz, ses personnages et ses drôles d’histoires.

Klokochazia

« Adolescent, j’ai eu besoin de me fabriquer cet univers pour m’échapper et simplement survivre. Les relations entre mes parents et avec mon père étaient parfois très difficiles. Mon père était quelqu’un de très brillant. Il connaissait sept langues, mais c’était aussi quelqu’un de mythomane. En partant, il m’a laissé plusieurs mots que je ne comprenais pas et qu’il a fallu que j’essaie de décrypter. J’ai passé de longues années en psychanalyse. J’ai toujours ce besoin de comprendre comment les gens et les choses fonctionnent. »

Magie

« Klokochazia était un moyen pour moi d’apprendre à communiquer avec les autres en m’effaçant derrière ma création. J’ai été très influencé par les surréalistes et les lettristes. J’aime quand les choses vous dépassent, quand on ne comprend pas forcément tout. J’ai beaucoup étudié mes rêves et le subconscient. Mon univers doit avoir quelque chose de magique. Pour la musique comme pour le cinéma, j’aime quand on emmène dans un univers. Je ne fais pas de l’art pour recréer ma vie de tous les jours. »

Héroïc fantasy

« Mon univers a parfois été ramené à de l’héroïc fantasy mais c’est quelque chose dont je me méfie beaucoup. Ce genre ne m’a jamais vraiment intéressé même si plusieurs amis me disent que je devrais lire Tolkien. Que ses livres sont beaucoup plus intéressants que ce qu’on a fait après. Mais pour moi, il y a trop de codes. Rentrer dans un genre est une démarche trop figée. »

Klokobetz

« Des gens me reprochent qu’on ne comprend pas ce que je chante. Moi, ça ne me dérange pas. Je me rappelle avoir aimé des chansons en anglais étant plus jeune sans comprendre un mot des paroles. Tout passe par l’énergie et les sonorités. L’univers que j’ai créé n’est pas figé. Il se nourrit de tout ce que je peux vivre. Après, le klokobetz n’est pas une langue vivante puisqu’il n’est parlé par personne et n’est pas confronté à l’enrichissement du quotidien. Mais je me permets encore d’adapter quelques règles syntaxiques pour que certains textes sonnent mieux. »

Le rêve américain

« J’avais rencontré Alan Johannes il y a plusieurs années et on s’était dit qu’on travaillerait ensemble un jour. Pour ce troisième album, ma maison disque m’a proposé de collaborer avec un producteur. Donc on a filé chez lui à Los Angeles. On ne voulait pas de grands studios. Alan travaille chez lui. On se sentait vraiment à la maison. Sauf que de temps en temps, il y a Joshua Homme et Brody Dalle qui passe. Alan leur a fait écouter des morceaux. Ca leur a plu. Et ils se sont retrouvés à chanter un titre sur le nouvel album. On avait l’impression de vivre un rêve. Pour travailler avec Alan, je n’ai pas eu besoin de lui expliquer tout mon univers. Je lui ai envoyé quelques maquettes et il a bien aimé l’énergie qui s’en dégageait. Il y avait un fort rapport de séduction entre nous. C’était presque érotique. »

Sortir des cases musicales

« La tournée avec Pierre Le Bourgeois et Orkhan Murat nous a poussés vers un format plus rock. Sur scène, on s’amuse à essayer différents effets à la guitare. C’était aussi un moyen de retrouver des choses que j’écoutais adolescent. Puis Alan qui travaille avec les Queens of The Stone Age a une vraie maîtrise de l’instrument. Mais je crois quand même que le disque reste fidèle à l’esprit des deux premiers albums. Il ne rentre pas dans une seule case musicale. De toute façon, je crois que la guerre des chapelles est aujourd’hui bien finie. Sur le disque, il y a des points de rendez-vous plus doux pour ceux qui me suivent depuis le début. »

Trouver la forme adéquate

« Le morceau Olyase Tilan reprend en partie une chanson que je joue depuis des années sur scène. J’avais ce riff de guitare dans la tête, mais je n’avais jamais réussi à lui donner sur disque une forme satisfaisante. Pour ce troisième album, j’ai réessayé et j’ai l’impression d’y être parvenu. C’est comme si je pouvais m’en libérer. »

Triptyque

« Dans ma tête, les trois albums forment vraiment un triptyque. Tous comprennent treize chansons qui correspondent à autant de personnages. J’y développe la même manière de raconter cet univers. La seule différence, c’est que pour ce disque, j’ai d’abord écrit tous les textes en français avant de les traduire. Il n’y a que le texte chanté par Daniel Darc, avec qui j’avais sympathisé sur le projet la bande originale, qui est resté en l’état. »

Le livre-disque du Lac aux Vélies

« Le résultat prend la forme d'un conte illustré plus que d'une bande dessinée. Si les deux projets sortent à peu près en même temps, pour moi, le livre-disque du Lac aux Vélies s'inscrit clairement entre le deuxième et troisième album. J’ai sélectionné des morceaux des deux premiers disques qui me permettaient de résoudre une équation narrative, de raconter l’histoire de Günel. Au départ, je voyais ce personnage comme une pure invention. C’est en travaillant sur le Lac aux Vélies que je me suis rendu compte tout ce que j’y avais mis de moi-même. »

Une partition comme à l’opéra

« Pierre Le Bourgeois a réarrangé les morceaux pour un grand orchestre et on a créé un peu de musique inédite pour faire le lien entre les chansons. Il y a très peu de guitare. On a travaillé autour de motifs qui correspondent à chacun des personnages un peu comme dans les opéras de Haendel ou de Wagner. Pour le concert prévu le 29 juin à la salle Pleyel, on a retravaillé les arrangements de cordes pour qu’ils soient un peu plus mis en valeur. Le conte raconte quand même une histoire d’amour. Dans la première version, les cuivres étaient un peu trop présents. On a essayé de rééquilibrer tout ça. »

La tournée live

« On tournera pour le troisième album à l’automne. Pour l’instant, on est encore entrain de réfléchir à une nouvelle scénographie. Je pense qu’on va se diriger vers un nouvel équilibre avec plus de musique et moins d’intermèdes parlés entre les titres. Avec trois albums, on a plein de morceaux à jouer. J’ai envie de plus en profiter. »

L’économie du disque

« L'économie de la musique a changé. Avant quelqu'un qui remplissait un Olympia, ça voulait dire qu'il vendait au moins 50 000 disques. Moi, je peux remplir deux fois le Bataclan, mais je n'ai pas vendu plus de 15 000 exemplaires de mon deuxième album. En concert, les gens connaissaient les chansons, donc ce n'est pas nécessairement qu'ils n'aimaient pas le résultat. Après la mondialisation et les technologies d'enregistrement et de diffusion sont encore jeunes. C'est normal que les choses évoluent. Ce qui m'inquiète, c'est que je ne sais pas si j'aurais pu aller enregistrer un album comme celui-là en Californie, si on avait été dans une autre économie. »

Recueilli par KidB et Ben C

15:44 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nosfell

Commentaires

Nous sommes bien d'accord ! Donc, allons jusqu'au bout: ne faites plus de bruit, et ce sera très bien...

Écrit par : pm | 25/06/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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