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30/06/2009

Mos Def, ecstatic éclectique

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Mos Def - The Ecstatic (J'AIME : Beaucoup)

Si le quartier new-yorkais de Brooklyn a fait beaucoup parler de lui ces dernières années sur la scène rock, ses artistes rap ne sont pas en reste. Parmi ses principaux représentants, on retrouve Mos Def qui sort ces jours-ci un quatrième album studio réussi intitulé « The Ecstatic ». L’éclectique aurait été un meilleur titre tant le rappeur met en place un mélange des genres puisant aussi bien dans le jazz, le rock, l’électronique ou la musiques hispanique ou arabisante.

Les guitares électriques se font donc beaucoup moins présentes que sur ses premiers disques. L’utilisation de boucles et de beats assez simples permet au rappeur de faire un pont entre des sonorités très années 1990 et des textures plus complexes et modernes intégrant cuivres et cordes. Mos Def se sert de nombreux samples de voix pour accompagner son flow tendu et monocorde. Slick Rick, le fidèle Taleb Kweli et la chanteuse Georgia Anne Muldrow l’accompagnent sur trois morceaux.

Make love, not war

Dès son ouverture, l’album est placé sous le signe de l’appel au changement. « There has to be a change », clame la voix de Malcolm X. I don’t care what colour you are as long as you wanna change this miserable condition on this earth. » Politique, « The Ecstatic » développe tout un discours critique envers les ravages de la drogue et la guerre en Irak. Deux fléaux dont les Afro-Américains sont les victimes. Sur le génial « Auditorium », un GI demande à un Irakien s’il vient le voir parce qu’il a faim. L’autre lui demande de quitter son pays.

Au-delà de la dénonciation politique, « The Ecstatic » cherche avant tout à délivrer un message positif d’amour et de paix. « God before everything / Love before anything », nous enseigne le morceau « Priority ». Très soucieux des conditions de vie de la communauté noire, Mos Def prône une libération par la force de l’imagination : « Black imagination activated through one another. Elevated when working with the greatest. » (« Pretty Dancer »). L’acteur reprend alors le dessus s’imaginant au temps des cowboys (« Pistola ») ou en espion en mission (« True Embassy »). Le monde a bien besoin d’une petite touche de fantaisie.

KidB

Auditorium :

Priority :

16:37 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mos def

29/06/2009

Gossip fait grand bruit

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Gossip – Music for men (J'AIME : Passionnément)

« Music for men », quatrième album studio du combo américain Gossip, ne figurera peut-être pas dans tous les palmarès des meilleurs disques de l’année, mais il mériterait au moins d’être récompensé pour son artwork. La pochette du successeur de « Standing in the way of control » est en tout cas une des plus réussies que l’on ait vu depuis janvier, parfait reflet d’une œuvre qui tente d’insuffler un peu d’altérité dans un univers pop mainstream plutôt conservateur. Car Gossip a décidé cette fois d’avancer masqué, à l’image du titre « Music For Men » à prendre avec beaucoup d’ironie.

Côté musique, la formule n’a pas beaucoup changé mais la production de Rick Rubin révolutionne le son de Gossip en douceur. La voix de l’icône Beth Ditto est toujours là au premier plan, se jouant allégrement d’effets de vocalises, mais derrière l’instrumentation se fait plus minimaliste et compacte. La basse s’accompagne sur plusieurs morceaux de mélodies aux synthés et de riffs de guitares. Rick Rubin a également choisi de soigner les rythmiques, des percussions et boite à rythme renforçant par moments la batterie métronomique d’Hannah. Malgré deux-trois titres bruts de décoffrage, « Music For Men » tend vers une pop électronique énergique, propice à la danse.

Déchirements intimes

Moins abrasif, ce nouvel album reste toutefois fidèle au message de révolte porté par « Standing in the way of the world ». Beth Ditto prône ici une nouvelle fois la nécessité de rester soi-même contre tous les conservatismes de la société. « I make the right mistakes / and I say what I mean », chante-t-elle sur « Spare me from the mold » là où en ouverture « Dimestore Diamond » fait l’éloge d’une pauvre femme de la rue. Avec un certain sens de la provocation, Beth Ditto place le refrain « Men in love / With each other » sur un titre pop traitant d’une relation amoureuse naissante que l’on pourrait croire écrite du point de vue d’une femme.

Mais plutôt que de s’en prendre au monde entier, « Music for Men » se concentre essentiellement sur la sphère intime. L’amour occupe une très large portion de l’album, un peu pour le meilleur (« Heavy Cross », « Vertical Rhythm ») et beaucoup pour le pire. « Love is for leaving / O is for on time / V is for the voicies warning me I’ll lose my mind / E is for the ending. The unhappy ending of the four letter word » (« Four letter word ») résume bien l’esprit général de « Long Love Distance » et surtout de l’enchaînement « For Keeps », « 2012 » et « Love and let love » qui développent toutes une même vision désabusée des relations. Il n’est pas toujours facile de concilier l’appel de la liberté et la nécessité de rester proches de ceux que l’on aime. Il n’est pas toujours facile d’être une rock star.

KidB

Heavy Cross :

Pop Goes the World :

16:24 Publié dans Electro, pop, rock | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gossip

28/06/2009

L'épopée ensoleillée de Sunset Rubdown

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Sunset Rubdown – Dragonslayer (J'AIME : Beaucoup)

A l’aventure. Avec son troisième album « Dragonslayer », Sunset Rubdown nous livre huit morceaux à reprendre en chœur sur les chemins de traverse. La formation menée par le prodige canadien Spencer Krug, par ailleurs membre de Wolf Parade et de Swan Lake, s’attache ici avec son rock épique, inventif et accrocheur à raconter l’histoire d’une série de personnages décidés à voyager pour changer de vie.

Si l’instrumentation utilisée reste très classique (guitare, basse, synthé, batterie), il est difficile d’associer la musique du groupe à un son particulier tant Spencer Krug et ses musiciens s’attachent à élargir leur palette. Les guitares sont ainsi criardes en ouverture sur « Silver Moons », dures et agressives sur « Idiot Heart » puis claires sur « Apollo and the buffalo and Anna Anna Anna oh ! ». L’unité de l’album vient davantage de la voix fiévreuse de Spencer Krug et d’une manière d’agencer les chansons tout en ruptures et accélérations.

Humour amer

En partie inspiré par la multiplication des tournées auxquelles doit prendre part Spencer Krug, « Dragonslayer » mêle le genre classique de l’épopée à un contexte très contemporain. On y parle aussi bien de royaumes à conquérir que de téléphones à raccrocher. Les personnages décrits errent à la recherche d’un foyer, guidés la plupart du temps par un amour à fuir ou à reconquérir. Ainsi sur « Nightingale/December song », un homme part à Nashville apprendre à maîtriser la guitare espérant que le feu de la passion tiendra jusqu’à ce que sa compagne le rejoigne quelques mois plus tard.

Mais la réussite n’est pas forcément au bout du chemin et l’amertume s’empare parfois avec beaucoup d’humour de nos héros. Slayer décrit d’ailleurs aussi bien celui qui tue que celui qui amuse. « I hope you’re suffering », confie sur « Paper Lace » le narrateur à celle qu’il aime. Sur « Idiot Heart », c’est à l’inverse l’amante d’un homme qui n’arrive pas à se poser avec elle qui lui souhaite de mourir en parachute. Le voyage entrepris vaut alors d’expérience cathartique. « Vous pouvez m’emmener au tueur de dragons, chante le personnage de “Dragon’s Lair”. Il est temps de passer aux grands remèdes. » Temps de faire face à ses propres démons.

KidB

Idiot Heart :

Silver Moons :

19:54 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sunset rubdown

27/06/2009

Michael Jackson covers

En hommage à Michael Jackson, les pochettes d'albums des Jackson 5,
des Jacksons ainsi que de sa carrière en solo en un clic :

 


25/06/2009

Nosfell : « Ma musique ne rentre pas dans une seule case musicale »

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L’intrigant Nosfell revient en ce mois de juin 2009 avec une triple actualité : la sortie d’un troisième album éponyme orienté plutôt rock, celle d’un livre-disque autour de sa création orchestrale du Lac aux vélies et une nouvelle représentation de ce spectacle, légèrement remanié, salle Pleyel à Paris. L’occasion de rencontrer cet artiste unique, inventeur du monde imaginaire de Klokochazia, avec sa langue le klokobetz, ses personnages et ses drôles d’histoires.

Klokochazia

« Adolescent, j’ai eu besoin de me fabriquer cet univers pour m’échapper et simplement survivre. Les relations entre mes parents et avec mon père étaient parfois très difficiles. Mon père était quelqu’un de très brillant. Il connaissait sept langues, mais c’était aussi quelqu’un de mythomane. En partant, il m’a laissé plusieurs mots que je ne comprenais pas et qu’il a fallu que j’essaie de décrypter. J’ai passé de longues années en psychanalyse. J’ai toujours ce besoin de comprendre comment les gens et les choses fonctionnent. »

Magie

« Klokochazia était un moyen pour moi d’apprendre à communiquer avec les autres en m’effaçant derrière ma création. J’ai été très influencé par les surréalistes et les lettristes. J’aime quand les choses vous dépassent, quand on ne comprend pas forcément tout. J’ai beaucoup étudié mes rêves et le subconscient. Mon univers doit avoir quelque chose de magique. Pour la musique comme pour le cinéma, j’aime quand on emmène dans un univers. Je ne fais pas de l’art pour recréer ma vie de tous les jours. »

Héroïc fantasy

« Mon univers a parfois été ramené à de l’héroïc fantasy mais c’est quelque chose dont je me méfie beaucoup. Ce genre ne m’a jamais vraiment intéressé même si plusieurs amis me disent que je devrais lire Tolkien. Que ses livres sont beaucoup plus intéressants que ce qu’on a fait après. Mais pour moi, il y a trop de codes. Rentrer dans un genre est une démarche trop figée. »

Klokobetz

« Des gens me reprochent qu’on ne comprend pas ce que je chante. Moi, ça ne me dérange pas. Je me rappelle avoir aimé des chansons en anglais étant plus jeune sans comprendre un mot des paroles. Tout passe par l’énergie et les sonorités. L’univers que j’ai créé n’est pas figé. Il se nourrit de tout ce que je peux vivre. Après, le klokobetz n’est pas une langue vivante puisqu’il n’est parlé par personne et n’est pas confronté à l’enrichissement du quotidien. Mais je me permets encore d’adapter quelques règles syntaxiques pour que certains textes sonnent mieux. »

Le rêve américain

« J’avais rencontré Alan Johannes il y a plusieurs années et on s’était dit qu’on travaillerait ensemble un jour. Pour ce troisième album, ma maison disque m’a proposé de collaborer avec un producteur. Donc on a filé chez lui à Los Angeles. On ne voulait pas de grands studios. Alan travaille chez lui. On se sentait vraiment à la maison. Sauf que de temps en temps, il y a Joshua Homme et Brody Dalle qui passe. Alan leur a fait écouter des morceaux. Ca leur a plu. Et ils se sont retrouvés à chanter un titre sur le nouvel album. On avait l’impression de vivre un rêve. Pour travailler avec Alan, je n’ai pas eu besoin de lui expliquer tout mon univers. Je lui ai envoyé quelques maquettes et il a bien aimé l’énergie qui s’en dégageait. Il y avait un fort rapport de séduction entre nous. C’était presque érotique. »

Sortir des cases musicales

« La tournée avec Pierre Le Bourgeois et Orkhan Murat nous a poussés vers un format plus rock. Sur scène, on s’amuse à essayer différents effets à la guitare. C’était aussi un moyen de retrouver des choses que j’écoutais adolescent. Puis Alan qui travaille avec les Queens of The Stone Age a une vraie maîtrise de l’instrument. Mais je crois quand même que le disque reste fidèle à l’esprit des deux premiers albums. Il ne rentre pas dans une seule case musicale. De toute façon, je crois que la guerre des chapelles est aujourd’hui bien finie. Sur le disque, il y a des points de rendez-vous plus doux pour ceux qui me suivent depuis le début. »

Trouver la forme adéquate

« Le morceau Olyase Tilan reprend en partie une chanson que je joue depuis des années sur scène. J’avais ce riff de guitare dans la tête, mais je n’avais jamais réussi à lui donner sur disque une forme satisfaisante. Pour ce troisième album, j’ai réessayé et j’ai l’impression d’y être parvenu. C’est comme si je pouvais m’en libérer. »

Triptyque

« Dans ma tête, les trois albums forment vraiment un triptyque. Tous comprennent treize chansons qui correspondent à autant de personnages. J’y développe la même manière de raconter cet univers. La seule différence, c’est que pour ce disque, j’ai d’abord écrit tous les textes en français avant de les traduire. Il n’y a que le texte chanté par Daniel Darc, avec qui j’avais sympathisé sur le projet la bande originale, qui est resté en l’état. »

Le livre-disque du Lac aux Vélies

« Le résultat prend la forme d'un conte illustré plus que d'une bande dessinée. Si les deux projets sortent à peu près en même temps, pour moi, le livre-disque du Lac aux Vélies s'inscrit clairement entre le deuxième et troisième album. J’ai sélectionné des morceaux des deux premiers disques qui me permettaient de résoudre une équation narrative, de raconter l’histoire de Günel. Au départ, je voyais ce personnage comme une pure invention. C’est en travaillant sur le Lac aux Vélies que je me suis rendu compte tout ce que j’y avais mis de moi-même. »

Une partition comme à l’opéra

« Pierre Le Bourgeois a réarrangé les morceaux pour un grand orchestre et on a créé un peu de musique inédite pour faire le lien entre les chansons. Il y a très peu de guitare. On a travaillé autour de motifs qui correspondent à chacun des personnages un peu comme dans les opéras de Haendel ou de Wagner. Pour le concert prévu le 29 juin à la salle Pleyel, on a retravaillé les arrangements de cordes pour qu’ils soient un peu plus mis en valeur. Le conte raconte quand même une histoire d’amour. Dans la première version, les cuivres étaient un peu trop présents. On a essayé de rééquilibrer tout ça. »

La tournée live

« On tournera pour le troisième album à l’automne. Pour l’instant, on est encore entrain de réfléchir à une nouvelle scénographie. Je pense qu’on va se diriger vers un nouvel équilibre avec plus de musique et moins d’intermèdes parlés entre les titres. Avec trois albums, on a plein de morceaux à jouer. J’ai envie de plus en profiter. »

L’économie du disque

« L'économie de la musique a changé. Avant quelqu'un qui remplissait un Olympia, ça voulait dire qu'il vendait au moins 50 000 disques. Moi, je peux remplir deux fois le Bataclan, mais je n'ai pas vendu plus de 15 000 exemplaires de mon deuxième album. En concert, les gens connaissaient les chansons, donc ce n'est pas nécessairement qu'ils n'aimaient pas le résultat. Après la mondialisation et les technologies d'enregistrement et de diffusion sont encore jeunes. C'est normal que les choses évoluent. Ce qui m'inquiète, c'est que je ne sais pas si j'aurais pu aller enregistrer un album comme celui-là en Californie, si on avait été dans une autre économie. »

Recueilli par KidB et Ben C

15:44 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nosfell

24/06/2009

Grizzly Bear, ours bien léchés

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Grizzly Bear – Veckatimest (J'AIME : A la folie)

Dans la lignée d’Animal Collective, les Américains de Grizzly Bear prennent la pop par la main pour la sortir des sentiers battus et rebattus. Avec leur troisième album « Veckatimest », les voilà qui nous emmènent dans un paysage à la fois aérien et bucolique où se niche une musique complexe et majestueuse. Une impression y règne sans partage : l’enchantement.

Pour comprendre le ravissement provoqué par le disque, on conseillera de se plonger dans le petit bijou qu’est le morceau « Two Weeks », placé en deuxième position. Mélodie au synthé, omniprésence des chœurs, mélancolie sucrée… peu de chansons ont approché de si près ces dernières décennies la magie que peut procurer un album comme « Pet Sounds » des Beach Boys.

Aux chœurs du mystère

Grizzly Bear aurait sans doute pu répéter la formule à l’infini, mais a préféré explorer une foule de territoires de la rythmique jazz de « Southern Point » en ouverture à l’utilisation d’une chorale sur « Cheerleader » ou « Foreground » en passant par les arrangements de cordes de « Ready, Able ». Guitares, voix, batterie… Chaque élément sonore paraît comme suspendu, prêt à s’effacer un instant pour laisser la place à l’autre et revenir plus fort quelques secondes plus tard.

A l’image du titre de l’album « Veckatimest », la musique des Grizzly Bear cultive avec bonheur le mystère et l’étrangeté. Si les relations amoureuses sont au cœur d’une bonne partie des textes, ceux-ci s’attachent davantage à des impressions fugaces qu’à de vraies narrations. Evanescents, les douze morceaux pleins de lumière ne se laissent pas saisir complètement malgré la répétition des écoutes. Il y a toujours ici quelque chose qui nous échappe. Une raison de plus pour ne pas s’arrêter de leur courir après.

KidB

Two Weeks :

Foreground :

17:34 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grizzly bear

22/06/2009

Horrors... Horrors...

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The Horrors – Primary Colours (J'AIME : A la folie)

Pour The Horrors, jeunes stars de la scène rock underage britannique, les couleurs primaires pourraient essentiellement se résumer au noir, accompagné de quelques nuances de gris. « Primary Colours », leur deuxième album produit avec l’aide de Craig Silvey, de Geoff Barrow de Portishead et du réalisateur de clip Chris Cunningham, se présente ainsi comme un bloc de noirceur duquel se dégagent quelques rayons de lumière.

Dignes héritiers de Joy Division, des premiers Cure, de Jesus and The Mary Chain ou de My Bloody Valentine, The Horrors mêlent guitares saturés, rythmiques répétitives et motifs de synthés lugubres. Le tout avec beaucoup d’énergie. Les textes sont pour la plupart scandés avec véhémence, mais on est loin ici d’une simple rébellion adolescente. L’album surprend au contraire par sa sophistication cachée derrière une façade très brute. Chaque chanson recèle grâce à un superbe travail de production un effet, un détail qui va la démarquer de l’ensemble, à l’image des arrangements de cordes sur « I Only Think of You ».

Confronter ses peurs

Avec « Primary Colours », le quintet britannique invite d’abord l’auditeur à se confronter à ses peurs. « Don’t let your fear dictate your life », clame le chanteur sur le titre « Three Decades », l’histoire d’un trentenaire bien décidé à enfin prendre sa vie en main. Mais pour The Horrors, regarder les choses en face, c’est d’abord voir tout ce qui ne va pas. « The agony and the harm is critical » attaque le morceau « New Ice Age ». « Are you forever in this state of crippling shyness », interroge, de son côté, le narrateur de « Mirror’s Image » au jeune homme amoureux d’une passante qu’il n’ose aborder.

Cette introspection est une étape indispensable pour faire face à l’avenir. Il faut accepter son sort pour apprendre à en tirer partie. « The path we share / is one of danger and of fear / until the end », conclut le dernier morceau « Sea Within a Sea ». L’amour apparaît alors comme un des rares sentiments capable de transcender la noirceur. « I pray for Scarlet Fields to save me », confie le narrateur d’ « I can’t Control myself » là où celui d’ « Do You Remember » se souvient avec tendresse des premières caresses. Mais même l’amour est éphémère. « I Know you won’t be here for long », se lamente le héros du bucolique « Scarlet Fields ». Pour The Horrors, l’épreuve ne fait que commencer.

KidB

Scarlet Fields :

New Ice Age :

14:27 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : the horrors

21/06/2009

Sunset Rubdown : « Donner notre version d’une chanson faite pour la radio »

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Pas le temps de s'ennuyer avec Spencer Krug. Le collaborateur de Wolf Parade, Swan Lake et Fifths of seven revient pour le début de l'été avec un nouvel album de son groupe Sunset Rubdown. Construit d'abord comme un projet personnel, la formation propose avec « Dragonslayer » un pop rock épique, romantique et passionné. Rencontre avec le jeune prodige canadien...

Lors de la sortie de votre album précédent « Random Spirit Lover », vous expliquiez vouloir créer une œuvre unique et cohérente. Avez-vous abordé la composition de « Dragonslayer » avec le même état d’esprit ?

Spencer Krug : Avec « Dragonslayer », nous nous sommes éloignés de cette idée. Notre but était de faire un album pop. D'être plus mélodique, concis et moins conceptuel. On voulait donner notre version d’une chanson faite pour la radio tout en sachant que le résultat ne correspondrait pas tout à fait à ce qui passe sur les ondes. On s’est davantage concentré sur chaque morceau que sur le résultat d’ensemble.

Pourtant, les thèmes des textes se retrouvent de chanson en chanson presque comme une grande narration…

Il n’y a pas de narration proprement dite. Après, l’album traite de thèmes qui me travaillent. Il est normal qu’on puisse y trouver une certaine cohérence. Surtout que je n’ai jamais autant travaillé mes textes que pour cet album.

On retrouve beaucoup l’idée du voyage…

Je n’ai jamais autant voyagé que ces trois dernières années. Ce n’est pas étonnant que ça ressorte dans mes textes.

C’est comme si les personnages cherchaient à rentrer chez eux…

Moi, je suis bien en voyage. Etre à la maison est un peu un concept que j’ai perdu. De toute façon, chez moi, j’ai vite tendance à m’ennuyer. A chaque fois, il me faut au moins deux semaines pour me réadapter.

Avec quatre groupes différents, vous devez être bien occupés…

Ca dépend des années. Là, c’est un peu plus calme avec Wolf Parade. Donc cette année, je n’ai que quatre tournées à faire, chacune pouvant durer de deux semaines à un mois. C’est raisonnable. Beaucoup de groupes tournent plus de deux cents jours par an. Moi, ça ne m’intéresse pas. Je ne suis pas là pour gagner le plus d’argent possible. Je veux partager ma musique, tout en préservant ma vie privée.

L’identité de Sunset Rubdown semble venir moins d’un son particulier que d’une manière de construire les chansons…

Sunset Rubdown n’a pas vraiment d’identité sonore. C’est la formation où je peux le plus me permettre d’expérimenter des choses qui d’après moi peuvent intéresser les autres. Je m’ennuie facilement alors j’aime bien essayer différentes directions. Sunset Rubdown est aussi le groupe avec lequel j’aime me mesurer à ce qui se fait aujourd’hui dans la pop. Comme ça évolue beaucoup, la musique peut changer du tout au tout.

Le fait de travailler sur trois groupes en même temps vous oblige à penser en amont ce que vous voulez faire avec chaque formation…

Oui mais seulement en terme de grande ligne directrice. Pas pour l’écriture de chaque chanson. Ce qui est important à mes yeux quelle que soit la formation, c’est de créer une musique qui ait un sens. Il y a tellement de groupes inintéressants.

Vous avez une voix très expressive. Comment êtes-vous venu au chant ?

Je n’ai aucun recul là-dessus. Pour moi, c’est juste ce qui sort naturellement de ma bouche. Quand j’étais adolescent, je chantais un peu pour m’amuser avec des groupes puis j’ai arrêté pendant dix ans à partir de mon entrée dans une école de musique. Dans Wolf Parade, Dan devait être le seul chanteur puis je m’y suis remis progressivement pour une chanson puis deux. Au départ, j’essayais de chanter doucement dans le micro chez moi pour m’entraîner sans réveiller ma petite amie, mais le résultat manquait de cœur. Il me fallait projeter plus loin.

Votre musique dégage quelque chose de très passionné…

C’est important pour moi de mettre de la passion dans ce que je fais. Mais ça ne garantit pas que le résultat soit réussi. J’adore ce moment où je partage ce que je fais avec les autres membres du groupe. Quand on essaie mes compositions et qu’on se rend compte que ça marche.

Il y a beaucoup d’humour dans les textes de « Dragonslayer »…

Oui, j’aime beaucoup l’humour sarcastique, un peu noir. Dans les textes et la musique aussi. Les deux travaillent de concert. L’humour me permet d’alléger le côté très sérieux de l’artiste qui écrit une chanson. Ca peut être tellement absurde, surtout avec tous les groupes qui existent aujourd’hui. Moi, j’ai besoin de garder les pieds sur terre et de ne pas trop me prendre au sérieux.

Vos personnages ont tout des anti-héros…

Ils échouent à chaque tentative. C’est vrai.

Le mélange d’humour et d’aventures fait penser au Don Quichotte de Cervantes…

J’aime beaucoup l’idée même si je n’ai jamais lu « Don Quichotte ». Ma musique peut aussi rendre compte de notre stupidité, de l’absurdité du monde.

Et chez vous l’humour ne joue pas contre les émotions…

J’aime les artistes qui arrivent à faire un clin d’œil au public en jouant pour montrer qu’ils sont conscients de ce qui se passe. Après pas besoin que ce soit très appuyé. Les gens doivent juste avoir conscience qu’ils sont face à un monde fictionnel. Ce n’est pas la réalité.

Vous travaillez d’abord plutôt les textes ou la musique ?

J’essaie au maximum de mener les deux de front, de faire en sorte qu’ils se répondent, qu’ils s’enrichissent. Mais ce n’est pas facile. Souvent l’un est terminé avant l’autre et il faut s’adapter.

Le dernier titre du disque est très long. Ca vous laisse du temps pour travailler sur des motifs, des variations…

Avec ce disque, on voulait laisser de la respiration. Le morceau de clôture est celui qu’on a écrit en dernier. On s’est dit : bon là on arrête le montage.

Comment êtes-vous venus avec l’imagerie de Dragonslayer…

J’ai utilisé le tueur de dragon comme une métaphore. Pour dire qu’il faut tuer les démons qui nous habitent.

C’est un peu un combat sans ennemi, comme chez Cervantes…

L’écriture de l’album était en soi une manière d’exorciser mes propres problèmes. Beaucoup d’œuvres d’art fonctionnent ainsi. L’idée était de traiter d’un combat positif. Je ne voulais pas faire de commentaire sur le monde qui nous entoure et l’Irak. Mon combat, c’est plutôt de livrer une guerre contre la connerie.

Les médias mettent en avant depuis quelques années, l’existence d’une scène canadienne. Est-ce qu’elle existe vraiment ?

Je ne sais pas. Les médias ont en partie construit ce concept de scène canadienne. Ils voulaient qu’elle existe et après Arcade Fire, ils ont cherché d’autres groupes qui pourraient correspondre comme Wolf Parade. Mais des bons groupes il y en a partout. Y compris à Montréal et au Canada plus en général. On a la chance d’être un petit pays alors les musiciens se connaissent plus facilement. Mais c’est tout. Il y a plein de choses intéressantes mais ça ne fait pas une scène.

Recueilli par KidB

16:41 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sunset rubdown

18/06/2009

Sonic Youth Covers

A l'occasion de la sortie de leur nouvel album "The Eternal",
les pochettes d'albums de Sonic Youth en un clic :

 

16:24 Publié dans Covers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sonic youth

17/06/2009

Nosfell, la folie douce

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Nosfell – Nosfell (J'AIME : Passionnément)

Bienvenue au pays où l’imagination est reine. Nosfell livre avec son nouvel album éponyme le troisième volet des aventures du monde de Klokochazia. L’artiste français a créé il y a de cela des années un territoire rêvé, avec ses personnages, sa géographie et sa langue qu’il s’efforce depuis de faire vivre à travers ses chansons. Le klokobetz reste donc une nouvelle fois la langue officielle, à l’exception d’un titre chanté en anglais avec le couple Joshua Homme-Brody Dalle et d’un autre chanté en français en compagnie de Daniel Darc.

Pleine de mystères, la musique de Nosfell s’exprime à travers un mix hybride de rock, de folk et d’influences de musiques du monde riche en textures. Le chanteur, accompagné ici du violoncelliste Pierre Le Bourgeois et du batteur Orkhan Murat, se sert beaucoup de boucles de voix ou de sons pour donner de l’épaisseur à l’instrumentation et pousser les contrastes entre plages de douceur et dérapages bruitistes. Le chant, capable de passer d’une seconde à l’autre d’un ton aigu à un ton grave, se joue également de cette palette élargie.

Energie rock

Enregistré à Los Angeles au côté du producteur des Queens of the Stone Age, Alain Johannes, « Nosfell » pousse un peu plus loin l’utilisation des guitares que ses deux prédécesseurs. Les riffs sont lourds, porteurs d’une énergie rock qui balaie une bonne partie des titres, à l’image de ce que le groupe peut donner sur scène. Les saturations et les dissonances sont aussi plus présentes comme sur les morceaux « Lugina » , « Subilutil » ou « Kodalit ». A l’inverse, « Arim Lisli Lilem » et ses influences orientales, « Suanji » ou « Hej Noïta » donnent à entendre un versant plus calme.

Mais la force de ce troisième album, c’est sans doute de donner à entendre la folie qui entoure cet univers si singulier. Nosfell semble ici repousser toutes les limites posées par deux premiers disques un peu plus cadrés. Cette liberté ouvre de nouvelles dimensions à la musique, à l’image du morceau « Olyase Tilan ». Joué depuis des années en live, le titre prend ici une forme inédite. Il débute sous formes de vocalises accompagnées d’un riff avant de s’emballer en déflagration rock, puis de se poser en fantaisiste bucolique au violoncelle pour mieux repartir vers de nouveaux sommets. Nosfell n’a pas fini de nous faire voyager.

KidB

Lugina :

Bargain Healers :

16:19 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nosfell

 
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