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29/07/2009

TV on the Radio : "Même un maniaco-dépressif est parfois heureux"

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Eureka, ils ont trouvé. Pour leur troisième opus Dear Science, les Américains de TV on the Radio ont décrypté l'ADN de l'album parfait. Des montées de guitares rageuses, des cuivres et un groove très funk, de déchirants arrangements de cordes et harmonies vocales, le tout saupoudré d'une brillante production électronique. Rencontre début septembre 2008 avec le batteur Jaleel Bunton et le chanteur Tunde Adebimpe, devenu un peu parano après avoir demandé à l'hôtesse de l'hôtel de retirer la musique lounge du hall...

«Dear Science» semble plus joyeux que le précédent...

Tunde Adebimpe : Je suis d'accord. Avec cet album, on a essayé de laisser plus d'espace pour que les instruments et les voix aient la place de s'exprimer. Il y a plus de vie que dans nos disques précédents. Même si certains textes restent un peu sombre, l'enregistrement a été plus léger. Tout a été fait plus vite. C'est bien que ça s'entende. De toute façon, on commençait à avoir fait le tour de tout ce qui n'allait pas. Il était temps qu'on explore des sentiments plus heureux, histoire de mieux rendre compte de la complexité des choses.

Vous vous fixez une ligne avant de commencer à composer ?

T. A. : Jamais. Pour chaque album, on repart à zéro. On préfère se laisser porter par notre créativité en essayant de traduire du mieux possible ce que l'on vit et ce que l'on ressent à ce moment là. Pour cet album, on était dans un état d'esprit plus positif.

(Une serveuse lui apporte un café)

T. A. : Si ma gorge commence à changer de couleur, appelez-vite la police.

On pourra leur dire que l'on sait qui a fait le coup...

T. A. : (Rires)

Comme vous l'indiquiez, vos paroles, elles, sont quand même moins joyeuses...

T. A. : L'important pour nous était de trouver un équilibre. Ce n'est pas une question d'arriver à maturité. On s'est juste souvenus que beaucoup des musiques que l'on écoutait jouaient sur ce contraste entre les paroles et la musique. Pour nous, il y avait là une richesse à explorer.

Ça permet aussi d'exprimer la vie d'une manière plus complexe. Jusque dans une même chansons...

T. A. : Bien sûr. Même quelqu'un de maniaco-dépressif est parfois heureux.

Comment se déroule le processus de composition ?

T. A. : Par petits bouts. Généralement, moi je travaille a capella avec un peu de clavier. J'arrive avec un bout de mélodie et des textes plus ou moins finis puis tout le monde y apporte sa patte. David Sitek fait un peu la même chose. Tout le monde met ses idées sur la table puis il n'y a plus qu'à tout réparer. Ce qui est génial, c'est que je peux compter sur la créativité de chacun pour donner vie à des choses que je n'aurai jamais su développer tout seul. Je leur donne une petite indication comme 'la musique devient totalement folle au milieu de la chanson' et ils font le reste. Dans un délai très raisonnable.

Est-ce que beaucoup de choses sont mises à la poubelle ?

T. A. : Aujourd'hui plus tellement. C'était surtout le cas à nos débuts. Maintenant, on a appris à être efficaces. Pour cet album, je crois qu'on a vraiment coupé des parties qui ne fonctionnaient pas bien sur deux ou trois titres. Pas plus. Par le passé, on empilait les éléments jusqu'à arriver à des démos de douze minutes. Avant de conclure qu'on n’avait peut-être pas besoin de tout ça.

L'album est très produit. Est-ce que vous aviez peur que les effets puissent tuer un peu les mélodies ?

T. A. : Non. Je trouve la production du disque vraiment très juste. Elle colle au squelette de chaque chanson, donne vie à chacun des éléments.

Jaleel Bunton : A aucun moment, l'un d'entre nous se demande : 'Mais où est ma chanson ?' Et David Sitek de répondre : 'Tais-toi et écoute, c'est génial'. Pour l'instant, on n'a pas ce problème. Peut-être avec le prochain album.

T. A. : On pourrait peut-être essayer d'effacer l'apport des autres en superposant son travail dessus.

C'est vrai que si l'album est très produit, on sent moins l'effet d'empilement de couches, très présent sur le disque précédent...

T. A. : C'est quelque chose que l'on voulait essayer. Les concerts ont aussi poussé dans cette direction. On se rend compte qu'il n'y a pas forcément besoin de cinq instruments qui jouent en même temps. Il se produit des choses tout aussi intéressantes quand on laisse chacun s'exprimer.

Vous utilisez aussi beaucoup de cuivres et d'arrangements de cordes...

T. A. : D'ailleurs, je n'ai encore aucune idée de comment on va pouvoir incorporer tout ça en concert.

Il vous reste trois jours pour trouver la solution...

T. A. : Et excusez-moi pour la voix un peu tremblante. J'ai un rhume un peu bizarre qui m'empêche de dormir ces derniers jours.

Je crois que ça vient du café...

T. A. : Ah oui. Et j'ai mon épaule qui commence à faire mal. C'est sans doute pour ça. Oh mon Dieu, aahhh... (il fait semblant de s'écrouler).

Et ces derniers mots étaient 'ahhh'...

T. A. : Mince, faut que je trouve quelque chose de plus intéressant à dire...

Revenons aux cordes et aux cuivres...

T. A. : On réfléchissait à comment exprimer certains sentiments de la manière la plus juste qui soit et on a décidé d'utiliser des cordes et des cuivres. L'idéal serait bien sûr d'être accompagnés par des musiciens pour la tournée. Ca devrait pouvoir se mettre en place. Ceci étant dit, les arrangements pour cet album me semblent un peu plus traditionnels que ce que l'on a fait jusque là. Tout est plus linéaire. Les parties se succèdent les unes aux autres plus qu'elles ne se mélangent.

Les chansons prennent la forme d'un voyage. La mélodie n'est jamais stable. Et c'est un peu la même chose pour l'album. Le premier titre s'appelle 'Halfway home' et les dernières paroles sont 'I'm gonna take you home'. C'est quelque chose d'important pour vous...

T. A. : Oui. Pour nous, il est important que beaucoup de choses se passent dans une même chanson. On pourrait presque parler d'arc narratif avec un élément qui se retrouve confronté à un obstacle puis le surmonte.

J. B. : Ou échoue lamentablement.

T. A. :Exactement. Ou il épouse l'obstacle puis celui-ci part avec tout son argent. Ce qui est drôle, c'est que je n'avais jamais fait le lien entre 'Halfway Home' et 'I'm gonna take you home'.

J. B. : Moi, non plus.

J'étais persuadé que c'était quelque chose que vous aviez fait de manière délibérée...

T. A. : Pas du tout. Nous on s'est juste dit. 'Tu sais, quoi. Le début de 'Halfway Home', on a l'impression que c'est le commencement de quelque chose et les dernières mesures de 'Lover's day' ressemblent à un épilogue'. Pour nous, ça n'allait pas plus loin.

Maintenant, vous pouvez changer le titre de l'album...

T. A. : Home to home.

J. B. : On ne devrait pas prendre à notre compte les découvertes des autres.

T. A. : Vous devriez déclarer cette découverte par écrit.

J. B. : On a cracké le code de 'Dear Science' !

D'ailleurs, comment est venu le titre...

T. A. : C'était le moins ridicule des cent cinquante titres qu'on avait imaginé pour l'album. La science a aussi joué un rôle dans le mixage du disque. Mais plus on en parle et plus j'aime me dire que l'album est notre contribution à la science. Tenez les gars, pour toute la confusion, la joie, le progrès et la souffrance que vous avez cause. Ajoutez une pincée de ceci.

Pourquoi la virgule dans le titre de l'album...

T. A. : En fait, il n'y a pas de virgule. Elle n'existe que sur Internet et les papiers que vous donnent les attachés de presse. Mais j'ai commencé à faire de petites virgules en papier à la maison. Je pense les vendre 5 dollars la pièce pendant la tournée. Ajoutez votre virgule. Mettez un peu d'argent de ma poche.

Vous comptez beaucoup tourner pour défendre l'album...

T. A. : Oui. On commence début septembre.

J. B. : Dans trois jours.

T. A. : Dans trois jours, merde alors. C'est dingue. Je peux encore me perdre dans Paris.

Au pire, on dira que vous êtes morts empoisonné par la serveuse...

T. A. : C'est ça. Faisons croire que je suis décédé. Je serai libre. Sinon, on peut finir par se tirer les uns sur les autres.

Une nouvelle contribution à la science...

T. A. : Voilà. Sinon, la tournée devrait s'arrêter à la fin de l'été prochain.

En dehors des tournées, vous passez beaucoup de temps ensemble ?

T. A. : On se voit beaucoup. On habite pas loin les uns des autres. Quand on revient de tournée, il y a toujours une semaine où on se dit qu'on ne veut plus jamais voir les autres puis on décroche le téléphone. Alors, les mecs ça va. On se rend compte qu'on n'est nos seuls amis. Pour l'enregistrement de 'Dear Science', David était, lui, toujours en studio. C'est un peu sa maison. Les autres étaient répartis en deux groupes. On était jamais tous ensemble avant les deux-trois dernières semaines. En tout, l'album a été fait en trois mois. Après, sur le plan humain, il n'y a plus trop de surprises entre nous. On a été de vagues connaissances puis des amis puis les membres du même groupe puis il y a eu les tournées. On est un peu comme une famille maintenant. On a beaucoup d'admiration et de respect les uns pour les autres donc on essaie de ne pas se faire perdre notre temps. Les moments les plus sympas, c'est quand on traîne dans les cafés comme quand on n'avait pas de boulot sauf que maintenant, on en a un qui est de s'amuser avec la musique.

Avec cet album, vous mélangez un peu tous les genres de musique...

T. A. : On a grandi en écoutant tellement de musiques différentes. Ce qui est bizarre, c'est qu'avec la culture du zapping qui est la notre, il n'y ait pas plus de groupes de rock qui essaient de mélanger un peu les choses. On a accès à tellement de sons différents aujourd'hui.

J. B. : Pour nous, c'est comme d'avoir tout ses parents qu'on ne voudraient pas rejeter. On essaie d'être reconnaissant envers chacun d'entre eux. De toute façon, on finit toujours pas ressembler à ses parents. Moi, je me rappelle que plus jeune j'écoutais aussi bien les Clash que Duran Duran. Puis je passe à des phases où j'écoute tel genre ou tel autre. Tout ça nourrit notre musique.

T. A. : Les rappeurs de Clipse et le producteur Brian Eno aimeraient sûrement traîner ensemble.

J. B. : Peut-être qu'ils auraient même trop de choses en commun pour bien s'entendre.

T. A. Et puis on a quand même vécu l'évolution du synthétiseur qui était d'abord un simple instrument et qui aujourd'hui permet de recréer tout un tas de sons. Je me rappelle il y a quelques années discuter avec des amis qui disaient que le sample était du vol. Pour moi, ça peut être un acte très créatif.

J. B. : C'est du vol si tu ne copies pas intelligemment.

T. A. : Quand tu vois ce que fait Aphex Twin, DJ Shadow ou Beck. Certains gens trouvent ça bizarre ou nouveau mais faites tourner les stations de radio ou mettez votre I-pod en mode aléatoire et vous arriverez au même résultat. Il y a tellement de mélanges dans l'air. Pourtant, dès qu'un artiste essaie de faire la même chose, on dit que c'est expérimental. Alors qu'il y a trop de groupes qui se contentent de répéter le même son. Avec ma petite amie, on regardait des œuvres de caricaturistes au musée Beaubourg. On voyait qu'ils savaient dessiner mais tous se servaient des mêmes motifs pour dépeindre les  visages, le corps. On se demandait : 'Mais où ont-ils tous appris ce modèle ?' Si tu dessines aussi bien, tu peux varier tes effets. Essayer différentes approches. Mais je sais aussi que si un artiste sait qu'une formule vend et qu'elle est appréciée du public, il a tendance à s'y conformer. Peu de gens aimeraient que l'on fasse un portrait qui prendrait la forme d'un générique de fin d'un mauvais film. Peut-être que le dessinateur se ferait virer en moins de deux.

J. B. : Je ne peux même pas montrer le portrait à mes voisins...

T. A. : Après certaines personnes excellent dans un seul genre, sont passionnés par un seul type de musique. On voit bien ceux qui essaient toujours de se réapproprier des sons un peu novateurs, différents.

On sent quand même qu'il y a une nouvelle génération de groupes aux Etats-Unis qui essaie d'ouvrir les portes. Que ce soit vous ou des gens comme Animal Collective...

T. A. : Je suis d'accord. En plus, j'adore Animal Collective. Ils ont vraiment pris le temps d'apprivoiser leur propre langage. Aujourd'hui, ils communiquent avec tellement de monde. J'aimerai qu'il y ait plus de groupes avec cet esprit un peu aventureux. Même si quand leur album 'Strawberry Jam' est sorti, j'étais dégoûté que tout d'un coup tout le monde s'est mis à aimer cet obscur groupe que j'adorais. J'étais là :' Ah, ils sont devenus tellement pop maintenant.' Tout ça parce que j'étais un peu jaloux comme un ado de 15 ans. Un mois plus tard, je me rendais bien compte. 'Il est quand même génial cet album.'

Ce qui est fou c'est l'influence qu'ils ont sur tellement d'autres groupes...

T. A. : C'est vrai que c'est étonnant. Pour vous quels groupes ont-ils vraiment influencé?

Grizzly Bear, MGMT...

T. A. : Je suis d'accord avec vous. Pour MGMT, je suis très heureux du succès qu'ils ont mais l'autre fois je regardais un de leur clip et je me disais :'On dirait que quelqu'un a filé un tas de pognon à Animal Collective. Comment est-ce possible ?' Et effectivement, aujourd'hui ça devient possible grâce au succès de groupes comme Animal Collective.

Ce qui est étrange, c'est que peu de groupes essaient de copier ou suivre ce que vous faites...

T. A. : De temps en temps, les gens disent de certains groupes qu'ils font du TV on the Radio. Généralement, c'est parce qu'ils utilisent des harmonies de voix a capella.

Vous n'avez que dire que c'est vous qui l'avez inventé. 'Non, non, personne n'avait fait ça avant'...

T. A. : On devrait le faire. J'étais assis chez moi, je chantais. Tout à coup, il ya eu comme un écho et je me suis mis à chanter avec. J'ai appelé ça des harmonies. Et j'ai déposé le copyright.
Souvent, c'est une étiquette qui sert à décrire des artistes qui chantent un peu faux et sont obligés de s'appuyer sur d'autres voix. Les gens font parfois des comparaisons étranges. Quand Bloc Party a sorti son deuxième album, une personne de notre label nous a envoyé un e-mail pour dire que ça sonnait comme du TV on the Radio. Donc, j'ai soigneusement évité de les écouter jusqu'au jour où je suis tombé dessus par hasard. Le mec de notre label nous dit : 'C'est de cette chanson que je vous parlais. Ils vous ont tout copié. 'Et nous on était là : 'Mais de quoi tu nous parles?' Il n’y avait pas une seule note qui ressemblait à ce que nous faisons.

Peut-être qu'il pensait ça parce que le chanteur est noir...

J. B. : 'Regarde, il a la même couleur que vous.' J'ai plus trop envie de lui parler d'un coup.

T. A. : Peut-être qu'il était un peu sourd... ou alors raciste. Enfin, tout ça pour dire que j'ai du mal à dire comment nous sonnons.

J. B. : Il y a quand même cette pub pour UPS où ils ont vaguement changé 'Staring at the sun'.

T. A. : Vraiment ?? J'utilise UPS. J'aurais pu leur prêter mon travail contre un peu d'argent bien sûr.

Est-ce que l'optimisme de l'album a à voir avec l'état de  l'Amérique ou est-ce que ça renvoie à des choses plus personnelles ?

T. A. : Ce sont en général des choses plus personnelles mais on n’est pas indifférent à ce qui se passe dans le monde. Comme on disait au début, quand on a épuisé tout ce qui ne va pas, on ne peut que remonter la pente. Plein de choses restent possibles. Mais nos albums n'ont jamais été totalement désespérés. Tiens, ça ferait un bon titre d'album 'Désespoir total'.

Vous avez déjà le mot désespéré dans le titre de votre premier album...

T. A. : Ah oui. Ca pourrait faire un peu : 'Ils sont à deux doigts de me pousser de la falaise, mais je peux encore leur arracher les yeux.' Ce genre d'ambiance. En faisant le disque, je n'avais pas l'impression d'exprimer un changement de mentalité aux Etats-Unis. Ceci étant dit, je suis optimiste que George Bush quitte le pouvoir. Où va-t-il pouvoir aller maintenant ?

Pas en France a priori...

T. A. : Quelqu'un va devoir lui construire une petite reproduction du monde totalement fermée sur elle-même dans laquelle il pourra se déplacer à loisir. T'imagines un peu si tu le croises faisant la queue pour aller au cinéma. 'Je crois que j'ai l'occasion de régler quelques comptes, là.' Il ne va quand même pas faire des tournées diplomatiques.

J. B. : En même temps, il est déjà allé tellement fois dans le ventre de la bête en faisant comme si tout allait bien. Je crois qu'il s'en fout.

T. A. : Je suis content pour lui, qu'il aille faire des croisières, ce genre de choses... On verra bien ce qu'il se passe en novembre. De toute façon, ça ne peut être qu'étrange. Etrange en bien ou en mal. J'espère que ce sera étrange en bien.

Pour finir sur un mode plus léger, l'album intègre beaucoup de sonorités du funk. Est-ce que aimeriez que les gens se mettent à danser sur votre musique ?

T. A. : Ca serait bien. Ca donne un côté plus fun à notre musique. Moi-même je me suis surpris à faire quelques pas en écoutant les morceaux seuls dans ma chambre. C'était bizarre. J'espère que d'autres suivront le mouvement.

Ca changera l'ambiance des concerts...

T. A. : Je préfère ne pas trop y penser, histoire de ne pas être trop déçus. 'Ben alors, les gars, faut se bouger là.' J'espère que tout se passera bien. On espère amener une 'dance party' un peu partout.

Une sorte de Bloc party...

T. A. : Une Bloc party avec ces Animal Collective et le maximum de groupes imaginables. Déjà jusqu'ici mes moments préférés, c'était quand les chansons provoquaient quelque chose chez le public. Pas seulement quelques personnes qui regardent un groupe jouer. Parfois, il y a un échange. C'est pour ça que les gens se déplacent. J'espère que ces moments là ne manqueront pas d'arriver pour cette nouvelle tournée.

Recueilli par KidB & BenC

DLZ :

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14:31 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tv on the radio

26/07/2009

Yo ! Majesty : « On vous offre la vérité. Ne la téléchargez pas. Achetez-là »

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Ce matin de juin 2008, c'est le branle-bas de combat chez Pias. Shunda K.,une des deux chanteuses du groupe de rap américain Yo! Majesty a soudainement quitté les locaux de la maison de disque en pleine journée promo sans téléphone et sans argent sur elle.
En attendant son retour qui ne se fera qu'en fin de journée, Jwl. B assure sans se plaindre les interviews avec la presse pour  la  sortie fin septembre de leur premier album Futuristically Speaking... Never Be Afraid. Sur ce recueil de hip-hop énergique porté par des beats électroniques sensuels, les deux rappeuses lesbiennes transforment leur quotidien difficile en un message d'amour et de fête. Explication avec Jwl. B...

Votre musique est portée par une très forte énergie?

C'est une énergie réaliste. Celle de la vraie vie des «niggas». Je ne prétends jamais être quelqu'un d'autre. Ce sont mes sentiments que je mets sur la scène.

On sent que dans vos textes sont très proches de vos vies?

On vous offre la vérité. Achetez-la. N'allez pas la télécharger ou en faire des copies. On a écrit ces textes. Shunda a fait sa part, j'ai fait la mienne. Puis nos producteurs ont collé tous les morceaux pour qu'on ne forme plus qu'une seule entité.

Votre musique dégage quelque chose de très brut...

On ne répète pas trop les choses. Ces chansons ont été écrites et enregistrées sur plusieurs années. On a appris plein des choses grâce à l'expérience. Cet album est un recueil de notre passé, de notre présent et du futur. C'est pourquoi on l'a nommé «Futuristically speaking». C'est moi qui est trouvé l'expression et Shaunda a rajouté 'Never be afraid'. Le disque est le fruit de notre combinaison.

Votre musique a un côté très affirmatif. Au-delà de l'aspect réaliste, on sent aussi une certaine fierté à s'assumer...

Je viens des quartiers pauvres. D'une famille très religieuse. J'ai dû apprendre à survivre dans la rue. D'où je viens, rien ne t'est donné gratuitement. Il faut se battre. Je suis aussi  une lesbienne. Pour une partie des hommes que l'on rencontre, Yo! Majesty, c'est un freak show. Mais nous sommes des êtres humains quelle que soit notre sexualité. Nous avons nos valeurs, notre morale.

La violence est toujours là en arrière-plan dans la musique...

Cette violence explique aussi l'énergie que l'on retrouve dans l'album. Je décris juste d'où je viens. Ce que j'ai dû faire pour arriver  où j'en suis aujourd'hui. Notre énergie, c'est une manière de transformer des sentiments négatifs en ondes positives. Plutôt que de faire mal aux autres, on vide notre colère dans notre musique. La musique, c'est tout pour nous.


A l'écoute de l'album, on aussi l'impression que la musique est votre religion. C'est elle qui libère votre esprit...

Comme la religion, la musique est quelque chose qui se pratique. On peut en faire tous les jours. Tout le monde veut se sentir désiré, entouré et aimé. Je ne suis pas religieuse mais je crois que Dieu existe dans l'amour. Il est la part d'humanité en chacun denous. Après il existe des milliers de forme de spiritualité. Ce qui mène aussi à une certaine confusion. Il faut garder l'esprit ouvert.

Quand vous étiez plus jeunes, vous faisiez du gospel...

Dans mon quartier, beaucoup de jeunes vont à l'église. Les parents essaient ainsi de le préserver un peu de la rue. C'est une manière d'appartenir à un groupe aux valeurs positives. Dans les quartiers les plus pauvres, on retrouve maintenant des centaines d'églises différentes. Je suis une fille de l'église. Ma grand-mère était pasteur. Nous adonné une éducation religieuse très stricte. Forcément, c'est quelque chose qui marque.

Est-ce qu'on ne pourrait pas dire que la musique de Yo! Majesty est un gospel un peu remanié?

On peut le dire. Yo! Majesty croit en dieu. Shunda K. a eu la même éducation religieuse. Même si on est deux personnes vraiment très différentes, on a ce même passé en commun.

Votre musique dégage surtout quelque chose de très positif...


Cette croyance en la bonté de Dieu est une partie importante de ma vie même si par la suite beaucoup de choses rentrent en jeu : comment je me suis affirmée comme une personne indépendante, ma vie dans la rue, la valeur de la famille. Tout ça, on doit l'apprendre par soi-même. On doit apprendre à respecter ses parents, à gagner de l'argent. L'album reflète toutes ces expériences.

A quel moment vous avez décidé de vivre de votre musique?

Je n'ai rien décidé. La musique m'a choisie. A 3 ans, je chantais. Mes soeurs m'appelaient la «star». J'étais la petite fille qui était partout assez place. Un peu aussi de la moyenne à l'école avec surtout cette grande intelligence de la rue. Puis j'ai grandi et j'ai appris à apprécier tout ça comme j'apprécie dieu qui me permet d'être là face à vous aujourd'hui.

Comment en êtes-vous venus à faire du rap?

Quand j'ai rejoint Yo! Majesty, qui existait alors déjà sous la forme d'un duo, j'ai du apprendre à rapper. Toute ma vie, on m'avait dit: 'Qu'est-ce que tu chantes bien!'. Mais là j'ai dû repartir de zéro. Yo! Majesty m'a donné l'opportunité d'exprimer l'autre face de ma vie : la rue.

Comment êtes-vous rentrées en contact avec les producteurs britanniques de Hard Feelings qui ont conçu une grande partie de vos beats électroniques?

David Alexander est venu en Floride il y a cinq ans. Il était fou de notre musique. A l'époque, on utilisait comme tout le monde, ces sons typiques du R'n'B. Mais il nous a tiré vers le haut. Quand on a commencé, il y a sept-huit ans, on était le seul groupe de rap afro-américain ouvertement homosexuel. C'était quelque chose qui n'existait pas. Les gens de Tampa ne nous ont jamais aimé et ils ne nous aiment toujours pas mais on y est arrivé quand même. Alors arrête de t'amuser, arrête de te pisser dessus et achète l'album. N'oublie pas, le 29 septembre...

Aujourd'hui, il y a tout un mouvement booty qui reprend ces mêmes sonorités...

Certains décrivent aujourd'hui notre musique comme du booty crunk mais je n'avais jamais entendu ça quand on composait notre album.

Comment en êtes-vous venues à signer avec le label rock Domino?

Je ne sais pas trop comment c'est arrivé mais c'est arrivé. En tout cas, ils ont été très respectueux de notre travail et nous ont permis de sortir le meilleur album possible. Le meilleur album de tous les temps. Vous pouvez rigoler mais ces connards du quartier rigolaient aussi en nous voyant il y a 7 ans. Ils doivent moins se marrer aujourd'hui. On ne fait pas du putain de rap comme tout le monde. On n'a pas besoin de belles robes ou de maquillage. Notre son est suffisamment dur. Si l'on croit fortement en quelque chose, tout devient possible.


L'histoire du groupe a été assez chaotique ces dernières années (Une des trois membres est partie, les deux autres ont fait une longue pause avant de repartir...). Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui tout va pour le mieux?

Les choses évoluent. Quand on a commencé ce groupe, on était très jeunes. On avait 21-22 ans. Aujourd'hui, je suis bien plus matures. On croit toutes en dieu et en notre musique. Depuis le départ, on a ce brûlant besoin d'être entendues. Les gens se moquaient de nous, ne nous montraient aucun amour, nos familles nous avaient renié. La musique était notre bulle de survie. Le gospel, le hip-hop et le R'n'B.


Est-ce que le succès a changé un peu le regard des autres ?

C'est dur de gagner le respect des gens. De toute façon, on représentera toujours Tampa même si personne ne nous aime là-bas ou nous connaît. On est plus connu en Europe que dans notre quartier. Au moins, ça nous permet de garder une vie normale. Heureusement, David nous a poussées à travailler dur. Il nous a donné ces instrumentaux gratuitement. Au départ, c'est aussi pour cela qu'on a travaillé avec lui. On écrivait des paroles mais on n'avait pas de musique. Il nous a dit si vous me suivez, votre musique sera jouée partout dans le monde. Il a été le premier à croire en nous comme ça. Alors aujourd'hui, on apprécie ce qu'on a.

Recueilli par KidB

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13:18 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : yo majesty

Vampire Weekend : "Coller des éléments d'un même état d'esprit"

Les Américains de Vampire Weekend sont à Belfort pour défendre leur excellent premier album éponyme. Rencontre avec le chanteur Ezra Koenig et le bassiste Chris Baio.

Que pensez-vous des festivals français ?

Ezra Koenig : On en a fait qu'un seul pour l'instant, Solidays hier, et ça c'est très bien passé. On n'avait jamais eu un accueil aussi enthousiaste en France. En plus, c'est la première fois qu'on jouait dans un festival engagé comme cela autour d'une cause. Apparemment, ils ont recueilli pas mal d'argent pour la lutte contre le sida. On était assez fiers.

Comment abordez vous la scène ?

Chris Baio : Il y avait deux pièges à éviter. Il ne fallait qu'on se limite sur l'album en se disant qu'ensuite il faudrait jouer les chansons sur scène. Il ne fallait pas non plus qu'on cherche à rejouer les morceaux à l'identique. Pour nous, le live, c'est quelque chose à part. Nos chansons y sont plus énergiques que sur disque.

Vous décrivez votre musique comme de "l'Upper West Side". Vous pouvez être un peu plus précis ?

E. K. : On ne l'appelle plus comme ça maintenant. Mais c'est un terme qu'on utilisait au début. On aime bien définir notre propre genre. Pour nous, il y a un peu d'ironie dans cette expression, mais c'est surtout qu'on a tous étudié dans une fac de ce quartier new-yorkais. Moi et Chris on a aussi grandi là avec des parents typiques de cette classe un peu bohème, ouverte sur ce qu'il se passe dans le monde. Très loin du cliché des riches conservateurs.

Comment en êtes-vous arrivés à mêler influences africaines et pop anglo-saxonne ?

E. K. : Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de chercher les deux choses les plus éloignées et de les associer, ce qui serait complètement vain, mais plutôt de coller des éléments qui nous paraissent tenir d'un même état d'esprit même si ce n'est pas évident au premier abord. Ainsi, les tenues que certains décriront comme typique du milieu blanc bourgeois new-yorkais sont liées à l'histoire coloniale anglo-saxonne et sont fabriquées en Inde. Un peu comme les vêtements de la marque Ralph Lauren. Son travail n'a pas été apprécié à sa juste valeur.


Aimeriez-vous jouer en Afrique ?

E. K. : On nous demande ça souvent. Très peu de pays africains ont les infrastructures nécessaires pour accueillir des concerts de rock. On a eu une proposition d'un festival, mais ça ne nous intéresse pas d'aller jouer là-bas pour les expatriés et pouvoir dire : « Voyez, on est au Kenya. » Il y a plus de chances qu'on visite l'Afrique à titre personnel avant qu'on s'y produise avec le groupe.

Dans quel état d'esprit étiez-vous en enregistrant l'album ?

E. K. : Les chansons peuvent avoir l'air un peu légère, mais on a passé énormément de temps à les travailler. L'écriture, elle a été beaucoup plus spontanée.C'était vraiment quatre personnes en train d'échanger dans une pièce. Peut-être que ce processus imprègne un peu les chansons.

C. B. : On s'est juste demandé quel type de musique on voulait faire et quelles influences on pouvait chacun apporter. Un instrument comme la flûte traversière qui pour moi donne une touche années 1950-1960 à notre musique vient juste d'un sample qu'a utilisé Rostam sur son clavier. Notre musique doit beaucoup aux expérimentations comme celle-là.


Votre écriture semble très influencée par la littérature ?

E. K. : Je prends ça comme un compliment. D'habitude, les gens disent que nos paroles ne veulent rien dire. Pour moi, écrire une chanson, c'est bien sûr différent d'une nouvelle parce que l'on ne recherche pas la même chose mais c'est aussi une manière de raconter des histoires de manière plus subtile peut-être, plus imagée.

Comment vivez-vous le succès ?

E. K. :
On a dû mal à évaluer ces choses-là. On ne se rend pas bien compte. Même à New York parce qu'on y est jamais. Après, ça nous fait très plaisir quand on voit en Espagne ou en France, des pays qui ne sont pas anglophones, des gens reprendre nos chansons sur Cape Cod. Ca montre qu'on a dépassé le particularisme local. Et concernant notre succès auprès des filles, on est très content que notre public ne se réduit pas à de jeunes hommes de trente ans. Ca montre que le côté séduisant de notre musique fonctionne bien.

Et la compétition avec MGMT.. qui jouent dimanche aux Eurockéennes ?

E. K. : On est devenus très amis avec eux. On fait plein de festivals ensemble. Même si notre musique est très différente, à la fin de la journée on est un peu pareils. On vient du même milieu universitaire chic new-yorkais même si leur fac libérale est aussi connue pour abriter tous ses hippies. Eux ont le meilleur des deux mondes.

Recueilli par Anne-Sophie Lambell, Vincent Glad et Boris Bastide

08:57 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : vampire weekend

23/07/2009

Melpo Mene : « Comme la culture française, ma musique est sensuelle et féminine »

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En Grèce, Melpomène est la muse du chant, de l'harmonie musicale et de la tragédie. En Suède, Melpo Mene, c'est surtout une sacré formation pop qui dit «merci and bisou» à tous les internautes qui ont voté pour qu'il soit dans le journal. Il faut dire que la tendresse est la première des qualités du combo d'Erik Mattiasson. Quand il ne s'imagine pas un bref instant «faire l'amour à tout le public» lors d'un concert à Paris, le musicien compose des ballades solaires comme «I Adore You». Interview.


Un petit mot pour les internautes qui ont voté pour vous face à Pacific! et Envelopes?

Je leur dit : «merci et bisou». Et surtout n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ma musique par mail (erik@melpomene.se).Avant j'étais quelqu'un de très timide mais aujourd'hui, je suis heureux de discuter avec les gens.

Qui est Melpo Mene?

Dans la mythologie grecque, c'est la muse de la musique et de la tragédie. C'est aussi
mon nom d'artiste. Pour moi, Melpo Mene est un nom plus excitant que le mien.

Quand avez-vous commencé la musique?

J'ai commencé à composer quand j'étais un petit morveux qui faisait du skate et portait des tee-shirts de Nirvana. Le million d'affreuses chansons punk que j'ai écrit à cette période ont donné naissance à Melpo Mene. J'ai d'abord sorti un E.P. super underground en 2004. Je ne pense pasque plus de vingt personnes l'ont écouté.

Que faisiez-vous avant Melpo Mene?

Ça a toujours été Melpo Mene pour moi. Je n'ai rien d'autre dans ma vie. Pas de plan B, pas d'autres talents. Ça peut paraître triste mais je me sens riche. Je vois tous les jours des gens qui n'ont pas trouvé un sens à leur vie.


Pourquoi êtes-vous devenu musicien?

La première fois que j'ai vu un instrument de ma vie, j'ai pensé que c'était la chose la plus fantastique qui existe sur cette planète. Mieux que le sport, les gens, l'eau, les femmes, les enfants, les avions, les animaux, la religion. Un instrument te permet d'amplifier tout ce que tu as au fond de toi. Pour moi, c'était le coup de foudre.


Quel type de musique écoutais-tu quand tu étais plus jeune?

Depuis très jeune, j'écoute tous les disques qui traînent autour de moi. Dans la famille, on écoutait Bruce Springsteen, Rod Stewart et de l'opera. Ma mère était une prof d'aérobic très influencée par le son des années 1980. Puis, dès que j'ai pu me payer mes propres disques, c'était Nirvana, des groupes de punk liés au monde du skate et REM.


Quel musique écoutes-tu aujourd'hui?

De la musique classique et de l'opéra, les démos de mon prochain album, les fantastiques atmosphères du duo américain Stars of the Lid, la chanson «New Jersey» des Red HousePainters et les arrangements de cordes du «Faust Arp» de Radiohead.


Comment définiriez-vous votre musique?

A mon image. Pleine d'émotions et un peu manipulatrice. C'est très difficile de définir quelque chose dont on est si proche. J'imagine que c'est une musique pop un peu trop intime pour être grand public.


Melpo Mene, comment ça fonctionne?

Je compose essentiellement dans mon apportement. J'enregistre des démos que je donne à mon producteur et mentor. On échange des idées puis on se bat pour convaincre des gens d'investir dans ce que je fais. Ensuite, on peut passer au vrai travail.

Où trouves-tu l'inspiration?

Je ne sais pas bien d'où ça vient. Le processus m'échappe totalement. J'ai simplement appris qu'il ne faut pas que je me mette à composer quand je suis pris d'émotions trop violentes. La plus belle musique peut soudain apparaître quand on ne pense à rien, dans les moments les plus anodins.

Qu'avez-vous appris en faisant votre premier album «Holes» en 2004?

«Holes» était mon premier album. J'avais écrit certains des titres à l'âge de 14 ans, alors pour moi c'est un disque un peu jeune et fragile. A l'adolescence, tu as des idées assez arrêtées sur les choses et tu essaies juste de te faire comprendre. Pendant la fabrication de «Holes», j'a irendu mon producteur complètement fou en m'attachant à de petits détails. Il vaut mieux lâcher un peu de contrôle sur les choses. La créativité vient plus facilement quand je suis dans un état d'esprit plus détendu. Ca ne sert à rien de s'entêter quand on n'y arrive pas. Tout ça, on ne l'apprend pas dans un manuel. Il faut faire ses propres erreurs puis les corriger. Ainsi, j'ai pu découvrir que j'étais plus fort et talentueux que je ne le pensais. Et j'en suis ravi.

Dans quel état d'esprit êtiez-vous pour «Bring the Lions Out»?

Je n'allais pas bien du tout. Je pensais au suicide à longueur de journée. Vivre n'est pas facile. Tout semble si chaotique, il faut essayer de mettre un peu d'ordre dans tout ça, tracer des lignes, poser des étiquettes sur les choses pour pouvoir survivre. A un moment, je me sentais pris au piège, comme dans une prison. Mais heureusement, j'ai pu m'échapper de tout ça. Le titre de l'album «Bring the Lions Out» va dans ce sens. C'est ma manière de dire qu'un changement ne peut se faire que de manière violente. Il ne faut pas de demi-mesure. Il faut lâcher le lion. Aujourd'hui, je suis bien plus heureux que par le passé. La musique que je compose est plus libre et bien plus belle.


Etait-ce un disque difficile à enregistrer pour vous?

J'étais plus calme et j'avais plus de tripes que pendant l'enregistrement de «Holes». Donc, ce n'était pas trop compliqué. Les chansons de ce disques m'ont demandé plus de réflexion et ça c'était parfois pas facile. Melpo Mene ne s'amuse pas à suivre le dernier son à la mode. Ma musique passe par mon cerveau avant d'irriguer mon cœur. J'espère que la prochaine session sera encore plus facile et plus fun. Amenez un de vos journalistes en studio, je suis sûr qu'on va s'amuser comme des petits fous.

 

Une grande partie de l'album semble coller au point de vue d'unadolescent confronté à la difficulté de grandir...

C'est vrai. Quand j'écris mes textes, j'essaie de ne pas trop réflechir. Je mets tout ça sur papier puis j'analyse. J'essaie simplement d'éviter d'entrer dans des sujets un peu trop concrets qui tendraient à trop limiter les choses. Les émotions sont plus fortes quand on ne les comprend pas. Mais avec le recul, l'album semble effectivement parler d'un garçon qui deviendrait un homme.

 

Vous citez Bono et les jedi. Est-ce que la culture pop vous intéresse?

Pas vraiment. Je n'ai pas la pochette de «Dark Side of the Moon» des Pink Floyd dans ma chambre, je n'achète pas les éditions limitées des DVD, je vais rarement à des concerts. Je ne crois pas du tout à tout ce qui relève de la hype. J'utilise des symboles pour toucher à certains sentiments, pas pour faire un commentaire sur notre époque ou jouer avec cette culture pop.


Si vos textes sont plutôt sombres, la musique, elle, est plus enjouée. C'est un contraste qui vous intéresse?

C'est quelque chose d'universel. Les rues à voie unique, les politiciens de droite, de gauche, les bimbos, les machos, les films pour ados, tout ça sont des choses très statiques. L'excitation, la séduction et l'art ne peuvent naître que quand les choses ont au moins deux dimensions. Je veux composer des choses tristes de manière joyeuses et vice-versa. Je veux avoir les pieds sur terre entre les chansons puis m'élever avec la musique, être moche et sexy. Tout est dans le contraste. Généralement, on tombe amoureux de gens très différents de ce que nous sommes. Je me souviens d'un morceau d'une douce ballade de Belle and Sebastian où était employé le mot «fuck». C'était quelque chose de bien plus fort que d'entendre le même vocable dans une chanson de rap.


«Bring the Lions out» semble être le disque parfait du dimanche matin. Quand conseillez-vous d'écouter l'album?

N'importe quel moment est un bon moment pour écouter l'album. Après j'aurai quatre suggestions à faire. Quand on a besoin de réconfort, quand on marche dans la rue avec ses écouteurs et qu'on veut se sentir mieux que les autres passants, quand on est ado et qu'on rêve de la liberté de la vie d'adulte et quand on prépare un dîner et qu'on veut créer une atmosphère un peu plus culturelle.


Les chansons de l'album semblent très ordonnées. Vous avez passé du temps dessus?

Quelque soit l'ordre des chansons, on peut tirer une histoire de l'album. Mais oui, j'ai choisi un certain ordre pour aider à raconter cette histoire. Quelque soit le format, je ne veux pas me contenter de partager une seule chanson avec le public. J'ai besoin d'un album pour communiquer ce que je veux. Les singles perdent un peu de leur sens sortis du contexte. Après, je n'ai pas d'attachement particulier au format CD.


Vous avez connu un petit succès avec le titre «I Adore You»? Est-ce que vous êtiez content que Volvo ait choisi la chanson pour une de ses publicités?

J'adore cette chanson. C'est vrai que de l'avoir à la télé partout aux Etats-Unis m'a permis de me faire connaître un peu.Ce petit succès est arrivé au meilleur moment possible pour moi. Mais je ne pense pas que McDonald's se mette à servir des menus I Adore you. Ce n'est pas un tube mais certainenement mon titre le plus connu.


Ces dernières années de nombreux musiciens suédoisont commencé à être remarqué en Europe (José Gonzalez, Loney Dear, I'm from Barcelona, Lykke Li...).Quelle vision avez-vous de cette scène très disparate?

Aujourd'hui, la musique ressemble de plus en plus à une mode et la Suède est devenue très branchée. Il y a aussi une certaine noirceur très scandinave qui pousse notre créativité.

Vous avez fait quelques concerts en France. Etiez-vous content de l'accueil fait à votre musique?

Les Français aiment en général que je ne sois pas un de ces types un peu tristes qui jouent la même chanson à l'infini avec sa guitare. Je crois que comme la culture française, ma musique a une dimension très sensuelle et féminine. Ma sœur vit en France. Je m'y sens presque comme chez moi. Je suis content que les Français apprécient ce que je fais.

Quel est votre meilleur souvenir avec Melpo Mene?

Créer me mets dans des états pas possibles. Je me souviens que quand j'ai apporté les notes finales à la chanson «Jedi», j'avais les yeux tout embués. Je me souviens aussi du moment où j'ai trouver la mélodie de «Kling Klang Clock». Je marchais sous la pluie avec mes écouteurs dans un état de grande excitation. Sinon, pendant un bref instant, lors d'un de mes concerts à Paris, j'ai eu envie de faire l'amour à tout le public. Je me sentais si bien.

Et le plus mauvais?

Je me souviens d'un petit concert donnée pour une soirée donnée par une entreprise. C'était impossible de toucher les gens qui étaient là. Ca m'a servi de leçon mais, sur le moment, je me suis senti complètement rejeté.

Comment vous voyez-vous dans cinq ans?

Un meilleur musicien et un meilleur être humain qui a beaucoup à donner aux autres.


Recueilli par KidB

21:17 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (168) | Tags : melpo mene

20/07/2009

Naïve New Beaters : "On s'habille chic comme pour aller à la messe"

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Bien de chez nous, les Naïve New Beaters, David Boring (chant), Eurobélix (beats) et Martin Luther BB King (guitare) ont imposé leur univers pop ludique mêlant électro, rap et rock vendredi soir aux Transmusicales 2008 à Rennes. A un mois et demi d'une date parisienne à la Maroquinerie et à quatre mois de la sortie de leur premier album, rencontre en coulisses avec le trio déjanté qui a déjà conquis le Web.

Quelques words pour les transiens et les transiennes qui ont mis une bonne ambiance à votre concert ?


David Boring : Déjà tous les transiens et les transiennes, on voulait faire un gros Wallace. Et même un double Wallace. C'était un super concert alors qu'il était tôt et que les gens n'avaient pas bu.

Eurobélix : Pourquoi un double Wallace ? Mets en un triple.

D. B. :
C'était chaud. Y avait l'ambiance. Les gens ils crachaient sur nous. C'était super. Nous on a transpiré et quand on transpire beaucoup, ça veut dire le concert il était vraiment bien. On avait quelques pas de chorégraphies qu'on avait bien répétés (les trois se mettent en ligne puis se décalent peu à peu jusqu'à ce qu'on les voit chacun individuellement).



Le seul problème c'est qu'il fallait être bien en face pour en profiter.

D. B. : Ca y est les premières critiques.

Martin Luther BB King : La prochaine fois, on fera un concert multidimensionnel. On amènera 27 personnes qu'on mettra en rangée de 3.



Vous sentiez un peu de pression en venant ici ?

D. B. : Oui, c'est vrai. On avait un peu le pression. Parce que c'est un beau festival. En plus, y avait le papa de Martin Luther BB King dans la salle. Et c'était l'anniversaire de Jean-Louis Brossard. Il a 30 ans même s'il en fait un peu plus je trouve.



Que les ados réagissent si bien à votre univers, ça vous fait plaisir ?

D. B. : C'est vrai que nous à 45 ans, on est un peu en décalage avec les jeunes mais c'est cool qui nous aiment. Merci les Jeunes avec un gros J. C'est cho-mé, cho-mé. Puisque tu me poses la question, je peux même te dire qu'on va partir à Londres dans dix jours enregistrer l'album.



Comment vous imaginez la configuration de l'album avec votre univers aussi décalé ?

D. B. : C'est un peu décalé aussi avec le style de musique que l'on fait, le pop rap avec des sentiments chaloupés. Le décalage, il vient aussi du mélange des genres. Et puis il y a quand même une bonne ambiance, même si on ne s'aime pas.

M. L. : Et on espère qu'on ira dans un studio en bois, qu'on aura un casque sur les oreilles et qu'on filmera tout ça comme dans le clip de Metallica, Nothing Else Matters.

D. B. :
On voudrait qu'il y ait des hits californiens dans l'album.



Comment êtes-vous venus à ce mélange des genres ?


D. B. : Ben, on écoute tous des choses très différentes.

M. L. : Moi, j'aime bien le rock'n'roll, la guitare, AC/DC.

E. : Moi, j'aime le rap et la musique électronique.

D.B. : Et le ?

E. : Et le boum-boum.

D. B. : Et moi j'aime tout ce qui est culture pop de L.A. Et tout ce qui fait ce rêve américain. Parce que moi, je l'ai promis à mes girlfriends qui sont là, on va y aller. On passe d'abord par l'Albanie puis direct L.A.



Ecrire une chanson, ça vous prend du temps ?

D. B. : T'es entrain de dire qu'on est des glandeurs, qu'on ne bosse pas. Ouais, c'est vrai tu n'as pas tort.

E. : On fait nos chansons très vite.

D. B. : C'est une musique quand on le fait, c'est assez spontané. Quand on le fait chez Martin, chez Eurobelix ou chez moi. Il est tard le soir, on y va, on le fait. Et on sort tout ce qu'on a.

E. : Les 3/4 du morceaux on le fait en deux heures puis on passe trois semaines à travailler les 25% qui restent. Les détails, c'est très long mais l'échange au départ lui est plutôt rapide.

 


Et la mise en ligne sur MySpace avec le retour immédiat du public, c'est important pour vous?

D. B. : Ca fait du bien d'être aimé. Non, j'aurai pas du dire ça. Désolé.



Je vais l'effacer alors...

E. : Non, mais c'est pas totalement faux non plus.

D. B. : Ce qu'on essaie, c'est de tout de suite essayer les nouveaux morceaux en  live pour voir si les gens aiment ou pas s'ils dansent.

M. L. : Certains morceaux qui seront sur l'album seront arrangés un peu  différemment parce qu'on a eu cette expérience du live.

D. B. : C'est pas les seules techniques qu'on ait. On a en plein d'autres. Gérard Majax, il révèle pas tous ses trucs. Là, on vous en a donné un, c'est cadeau.



Vos concerts ont un côté très show ?

D.B. : Nous ce qu'on veut, c'est surtout que les gens s'amusent et passent un bon moment. Puis on a ces chemisiers qu'aime beaucoup ma maman. Elle voudrait qu'ils vivent éternellement. Sur scène, on s'habille chic comme si on allait à la messe.

M. L. : On avait dit pas de politique, ni de religion.



Martin Luther BB King qui dit pas de politique, pas de religion...

D. B. :
Quand même c'est un peu culotté. A l'époque, t'étais plus contestataire.

E. : Et plus rêveur.

M. L. : Mais le rêve on est entrain de le réaliser.

E. : Moi, j'avoue j'ai eu la chair de poule ce soir pendant tout le concert.



Et dire que c'était sûrement vos dernières Trans ?

D. B. : Non, j'ai vu avec Jean-Louis. On va changer de pulls, ils vont pas nous reconnaître. On va tous les avoir.



Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour 2009 ?

D. B. : Un bel album qui sortira en avril, si L.A. veut.

M. L. : Une belle tournée au Japon. Y a que moi qui veut ça ? Bon, je retire pas de tournée au Japon alors.

D. B. : Moi, je veux bien la carte Carrefour aussi.



Recueilli par KidB

Live Good : 

Get Love :  

17/07/2009

Ebony Bones : "Je créé ma musique toute seule"

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Plus belle trouvaille de la fin de cette 30e édition des Transmusicales, la chanteus  Britannique Ebony Bones a mis tout le monde d'accord en trois quarts d'heure à coup de folles percussions, de riffs de guitares et d'entraînantes mélodies jouées au synthé. Mais aussi à l'aide d'une belle énergie. Rencontre près d'une heure plus tard dans l'espace pro pour une conférence de presse où l'artiste évoque sa joie d'être là et son parcours.

 

Comment c'est passé le concert aux Transmusicales ?

C'était fantastique. Il y avait une telle énergie. C'était comme se retrouver sur des montagnes russes. Jouer ici a été pour moi une fantastique opportunité.

 

Comment avez-vous préparé ce concert ?

On a joué notre show habituel. On était très heureux de jouer pour la première fois à Rennes, en plus pour le trentième anniversaire. On est venu ici comme une caravane un peu folle venue des Caraïbes. C'était très inspirant.

 

Avant de faire de la musique, vous étiez une actrice. Est-ce que ça aide ?

Je n'ai jamais été une bonne actrice et les deux domaines sont quand même très différents. La comédie m'a quand même appris à évoluer dans un univers créatif où j'ai pu ensuite travailler mes tenues, mes chansons. Mais la musique amène une connexion avec les gens totalement différentes de la télé. C'est quelque chose d'unique. Il y a une énergie qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

 

On sent chez vous un vrai plaisir de partager...

La chose la plus formidable pour un artiste, c'est de pouvoir partager quelque chose avec le public. Pour l'instant, je ne suis pas très connue mais les gens me réservent un accueil merveilleux. Ca montre quand même le pouvoir d'Internet et de MySpace aujourd'hui. Et puis je sens chez les gens une certaine vague d'optimisme ces derniers temps. Je ne sais pas si ça a un rapport avec la politique. En tout cas, c'est le message que j'essaie de faire passer dans mes textes. Ma vie jusqu'ici m'a permis d'être parfaitement indépendante. Il faut faire ce en quoi on croit. Personne ne le fera pour vous.

 

Pourquoi avoir choisi une coiffure et une tenue si exubérante ?

J'ai toujours été fan des artistes des années 1970 qui avaient des personnalités incroyables comme dans le mouvement glam rock ou chez Funkadelic. Il n'y avait pas de stylistes à l'époque pour les conseiller mais ils s'impliquaient beaucoup dans leur apparence. Ils étaient là pour faire le show, pas simplement pour proposer de la musique. L'important alors, c'était d'être créatif. Moi, je suis fatigué de voir ces groupes composés de quatre garçons en jeans slim qui écrivent des chansons sur leur petite amie suicidaire.

 

Dans votre concert, il y avait une énergie punk. Un peu comme chez Nina Hagen...

Je suis très fan de Nina Hagen. J'ai toujours beaucoup aimé sa musique, tout comme celle de Grace Jones ou de Joni Mitchell. Ces artistes ont su redéfinir ce qu'était la féminité à leur manière. Et ce, en apportant un vrai message. Pas en jouant la carte sexy. Je me rappelle très bien écouter un morceau des Slits quand j'étais plus jeune et me dire : « Mais pourquoi ne m'a-t-on pas fait écouter ça à la radio ? »

 

A Rennes, vous vous produisez le même soir que Switch et Diplo (producteurs de titres pour M.I.A et Santogold). Un honneur pour vous ?

J'aime beaucoup ce qu'ils font, même si ça a peu à voir avec la manière dont je travaille. Je créé toute ma musique seule. Personne n'y retouche derrière. Il y a une approche très Do it yourself et j'aime autant ce qui fonctionne que les petites imperfections. Pour moi, l'important, c'est ce que je libère en moi pour pousser les gens à libérer quelque chose en eux aussi.

 

Recueilli par KidB

 

Don't fart on my heart :

 

We all know about you : 

13:47 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : ebony bones

14/07/2009

Animal Collective : "L'impression de revivre nos 16 ans"

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Avec l'album «Merriweather Post Pavilion», premier chef d'oeuvre musical de l'année 2009, Animal Collective poursuit ses expérimentations pop en délaissant les guitares pour un mille-feuille électronique. Rencontre avec les deux têtes pensantes du groupe new-yorkais, Avey Tare et Geologist.

Vous avez l’habitude de jouer vos nouveaux morceaux live avant

de les enregistrer. Comment la dernière tournée a-t-elle influencé le

disque?

Avey Tare
: Ce nouveau disque est certainement le plus électronique qu’on ait fait. On voulait produire une musique qui soit organique. Il y a pas mal de variations de rythmes pour rendre l’ensemble plus vivant. Montrer qu’il y a des musiciens derrière les machines. Pour le disque, on a passé beaucoup de temps à créer nos propres samples qu’on allait ensuite réutiliser dans les morceaux.

Geologist: On voulait surtout se concentrer sur des boucles et des motifs répétitifs. Dès la composition, on a créé un tas de couches de sons avec l’idée de faire le tri plus tard, au moment du mixage. On s’est beaucoup concentré sur l’environnement. On voulait une musique qui rappelle la nature, comme si on se trouvait en extérieur.

Votre musique a quelque chose d’euphorique…


Geologist: Les chansons nous viennent comme ça. Il y a quelque chose de très émotionnel dans tout ça, d’explosif.

Avey Tare: En travaillant sur ce disque, j’avais l’impression de revivre mes 16 ans. Comme quand on était au lycée, on
essayait d'expérimenter les choses pour la première fois.


Comment gérez-vous la notoriété?

Geologist: Ça devient plus difficile de travailler tranquillement dans notre coin. Un jour, pendant l’enregistrement du dernier album, on n’était pas content de notre cymbale. On a donc pris la voiture pour aller en acheter une dans un magasin à Memphis. A notre arrivée, on sentait les gens un peu bizarres puis on a compris. Ils nous avaient reconnus et avaient appelé leurs amis. On discute un peu. On leur explique qu’on est en studio et qu’on travaille sur notre nouvel album. Le lendemain, on a un coup de fil des animateurs du site musical Pitchfork qui nous demandent de confirmer l’info. Nous, on veut juste pouvoir travailler tranquillement.

Comment imaginez-vous la tournée à venir?


Avey Tare: On va jouer des vieux titres et des nouveaux. A 50/50. On vient de composer quelques titres mais on ne va pas les jouer. C’est d'ailleurs la première fois que nos morceaux ne seront pas testés sur scène. On les réserve pour un projet DVD. Ce sera un disque visuel composé de plusieurs vignettes juxtaposées. L’idée est de créer un paysage avec un ami cinéaste en faisant collaborer le son et l’image. Les deux devront aller parfaitement ensemble.

Vous commencez à accepter que vos titres puissent être achetés sous forme de singles sur Internet...


Geologist: Je n’aime pas trop l’idée que les gens ne vont écouter qu’un single ou qu’ils vont pouvoir avoir l’album sous format digital avant sa sortie sur disque. Mais l’important c’est que chacun prenne ses responsabilités. Pour nous, ça va totalement à l’encontre de notre démarche. Après, si nos fans veulent télécharger notre musique ou n'en acheter qu’une partie, c’est leur choix. Ce ne sera pas quelque chose que j’aurai encouragé.

Recueilli par KidB

My Girls :

Bluish :

11/07/2009

The Bewitched Hands on the top of our heads : "On aime la force du premier jet"

Pour l'été, quelques interviews en archives avec pour commencer The Bewitched Hands on the top of our heads :

 

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Ils sont sept viennent de Reims et se présentent sous le drôle de nom de The Bewitched Hands on the Top of our Heads (on est autorisés à les appeler les Bewitched). Remarqués pour leur énergie live et leur superbe reprise du Tonight de leur voisin Yuksek, ces pratiquants d'une pop sous influence américaine pleine de folk et d'harmonies vocales saupoudrées d'une pointe de psychédélisme étaient aux 30e Transmusicales de Rennes. Rencontre quelques heures avant leur prestation.

Comment un jeune groupe comme vous se retrouve à jouer aux Transmusicales ?

Youri (Tambourin) : C'est un peu un concours de circonstances. On a fait une reprise en version pop d'un titre de Yuksek, Tonight, ça a plu à la maison de disque. Comme ils sont labels, managers, tout ça. Ils nous ont proposé de venir jouer sur les Trans.

Pour vous, c'est un premier aboutissement ?

Antonin (guitare, chant) : Déjà, on est supers contents. Parce que c'est quand même un festival qui est énorme.

Nicolas (Basse) : C'est plutôt le début de quelque chose.

Youri : C'est vrai que c'est notre premier gros festival et puis quel festival. C'est le plus gros festival pro en France. Ca nous permet de diffuser notre musique pour ensuite nous permettre de nous développer.

Comment s'est créé le groupe ?

Antonin : On faisait déjà tous de la musique sur Reims. Pour un concert, on a essayé de faire des morceaux ensemble et ça a très bien fonctionné. On s'est alors dit qu'on allait monter un groupe.

Youri : Le groupe s'est affiné au fur et à mesure du temps. Ca fait un an et demi qu'on existe. Depuis il y a eu quelques changements de line-up mais on commence à atteindre notre rythme de croisière avec une formule à sept.

Antonin : Ce qui est marrant, c'est que le groupe au départ n'était une récréation. Chacun avait alors des projets avancés. On s'est réunis dans le seul but de s'amuser et aujourd'hui tout le monde a abandonné ses autres projets. Celui qu'on a pris le moins au sérieux marche le plus.

En étant aussi nombreux, comment fonctionne le processus créatif ?

Antonin : En fait, il y a au moins quatre auteurs-compositeurs dans le groupe. Donc soit l'un d'entre nous amène un morceau et quelques uns travaillent dessus, soit on s'y met tous. Il n'y a pas de règles. Après les arrangements sont travaillés en répétition.

Du peu que j'ai entendu, vos chansons ont l'air d'explorer des univers très variés...

Antonin : On a pas tous les mêmes influences au niveau musical. Du coup, chaque morceau que chacun d'entre nous apporte est très différent les uns des autres.

Est-ce que vous vous êtes donnés un cahier des charges à respecter pour ne pas trop se disperser ?

Nicolas : Il faut du tambourin... (Pause) Et de la guitare.

Antonin : On essaie aussi de mettre beaucoup de voix, d'harmonies. Notre musique a quand même une identité sur des éléments comme ça.

Les titres postés sur votre MySpace ont une approche plutôt live ?

Antonin : On a tous du matériel pour enregistrer. Du coup, souvent, dès qu'un morceau est créé, il est enregistré. On aime bien ce truc là. Quand un moment tu attends trop, tu perds la spontanéité, la force de ce premier jet.

Est-ce que les retours que vous avez sur votre musique par Internet ou les concerts vous guident ?

Antonin : Ca nous motive d'avoir de bons retours. C'est ce qui nous permet de continuer. Après on fait avant tout les morceaux qu'on aime.

Youri : De toute façon, les gens ont toujours été fans de tous les morceaux qu'on a fait.

Benjamin (guitare, chant) : Même des fois, on ne fait rien, ils sont fans quand même. (Rires)

Comment votre style a évolué en un an et demi ?

Youri : Il y avait un côté un peu plus cowboy au début. C'était plus folk.

Antonin : Il y avait un côté un peu plus psychédélique.

Et pourquoi cette étiquette de hippie que certains médias vous collent ? Vous comprenez ?

Nicolas : Le prochain qui me traite de hippie, je lui mets une tarte dans la gueule.

Youri : Il y en a même pas un qui a les cheveux longs.

Antonin : C'est peut-être parce qu'à une époque sur une affiche on avait mis : "Hippie mais pas trop".

Youri : Non justement, on avait fait cette affiche en réaction à ça. C'est peut-être à cause de Benjamin qui à l'époque avait tous ses morceaux psychédéliques très seventies.

Benjamin : Oui, c'est vrai. C'est ma faute.

Nicolas : Il faut dire que pendant cinq ans il a fait backing band de Maxime LeForestier.

Youri : Après, on a dû faire une épuration. On est dans la lignée des groupes un peu nombreux, avec vachement de voix. Comme les A Silver Mount Zion, qui pour le coup sont de vrais hippies.

Comment vous est venue l'idée de la reprise pop de Tonight qui a vous a valu beaucoup de presse ?

Youri : En fait, Yuksek est aussi de Reims donc ça aide. Déjà, on ne s'attendait pas à ce que notre titre soit sur son maxi.

Antonin : Ce qui nous a intéressés, c'est que Yuksek, on le connaissait sans le connaître parce que lui fait partie de la scène électro. Ca nous a permis de nous rencontrer. Et surtout, il y a plein d'artistes électro qui remixent des chansons pop. Donc, ça nous amusait de prendre le chemin inverse. Y a même dans un article, un journaliste qui pensait que l'original était de nous. Et que Yuksek en avait fait le remix.

Comment abordez-vous les concerts ?

Benjamin : Les concerts, c'est notre point fort. On est beaucoup sur scène. C'est plus proche de l'énergie des morceaux que tu as entendu.

Pour l'enregistrement d'un album, vous imaginez déjà aller vers des choses plus produites ?

Youri : Je pense qu'on sera obligé de passer par là.

Antonin : Après, comme on disait tout à l'heure, on préférera toujours une prise moins bonne s'il se passe quelque chose dessus. Pour l'instant, on travaille nos morceaux. L'idée serait de sortir le disque à la fin de l'année prochaine.

Benjamin : Les chansons, on les a. Après c'est la mise en place avec un label. Tout le travaille derrière autour du disque. Ca prend du temps.

Antonin : On devrait déjà sortir un maxi au mois de mai avec deux morceaux.

Pourquoi avoir choisi un nom aussi compliqué et aussi long ?

Antonin : Au début, The Bewitched, c'était un projet de Benjamin.

Benjamin : J'aimais bien les noms à rallonge, un peu psyché. Les mains ensorcelés au-dessus de nos têtes, c'était pas mal. Du coup, on a gardé ce nom là. Mais tout le monde nous appelle les Bewitched.

Nicolas : J'en ai entendu un nous appeler les Betteraves une fois. Je crois qu'il n'avait pas compris.

Le fait de chanter en anglais. Ca vient de l'influence des musiques que vous écoutez ?

Antonin : Oui, forcément.

Youri : Ca va avec le type de musique que l'on fait.

Nicolas : De toute façon, les gens ont un problème avec ça. Dès que tu chantes en français, on te catalogue. C'est du Noir Désir, c'est du machin. Quand tu chantes en anglais, tu n'as pas ces problèmes là.

Antonin : Puis, c'est aussi qu'on préfère laisser de la place à la musique. Dès que tu écris en français, les textes passent les premiers.

Nicolas : Tu dois faire le poète.

Youri : Les groupes anglo-saxons, eux au moins, peuvent se permettre de faire des textes débiles.

 

Recueilli par KidB

 

Tonight :

06/07/2009

Passion Pit : « Faire un album électronique joué par un groupe de rock »

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Stars de la blogosphère sur la foi du quatre titres Chunk of Change, les Américains de Passion Pit ont depuis transformé l'essai avec Manners, un premier album fulgurant d'euphorie derrière lequel se cache un fond bien caché de mélancolie. Rencontre avec le chanteur Michael Angelakos et le batteur Nate Donmoyer, à l'occasion de leur deuxième tournée en Europe.

D’une à deux têtes

Michael Angelakos : C’est moi qui écris les chansons du groupe. Pour notre premier EP « Chunk of change », j’avais essentiellement tout composé seul puis j’ai beaucoup travaillé avec Nate pour élaborer notre album « Manners ». Live, on est un vrai groupe, mais en studio on créé plutôt notre musique à deux.

Un nom fantasmatique

M. A. : Passion Pit est le nom d’un classique du porno américain, mais je ne le savais pas. Moi, je voulais m’inspirer de l’univers des drive-in des années 1950. En classe, on devait donner une liste de mots associés à cette époque. Le nom vient de là en réalité.

Des familles musicales

M. A. : Mon père est professeur de musique. Donc j’ai toujours baigné dans la musique. A 5 ans, je composais des chansons sur le ninja. Ca m’a toujours intéressé mais je ne me suis jamais vu comme un vrai musicien. J’aime surtout écrire des chansons.

Nate Donmoyer : Ma mère jouait du piano donc j’ai aussi été exposé à la musique très tôt.

Chunk of change

M. A. : Passion Pit est un projet vraiment né de l’ennui. Je déprimais et j’écrivais beaucoup de chansons. A l’époque, je jouais beaucoup de guitare et d’instruments électroniques et j’ai découvert un programme informatique très facile d’utilisation, qui m’a permis de travailler mes compositions. J’en ai offert quelques unes à ma petite amie de l’époque pour la Saint-Valentin parce que je n’étais pas très doué pour les idées cadeaux, les anniversaires, ce genre de choses. Ce n’étaient pas des chansons d’amour mais une lettre d’excuses pour tout ce qui me préoccupait et affectait notre relation. Les chansons lui ont plu. J’ai commencé à les vendre à des amis, avant de leur racheter et de leur laisser le disque gratuitement. Le geste me convenait mieux.

Etudes

M. A. : Tout le groupe était étudiant à l’époque de « Chunk of Change » et l’était toujours lors de l’enregistrement de l’album « Manners ». Techniquement, moi je le suis toujours puisque je n’ai pas encore décroché mon diplôme. J’étudie les théories critiques des médias.

Influences

M. A.: A l’époque du premier EP, j’écoutais beaucoup Bjork, Human League, Phil Collins, Kate Bush. Cette dernière m’a beaucoup influencé. Au moment de la composition de l’album, on écoutait en boucle certains titres de Michael Jackson. C’était devenu notre petit secret. On écoutait aussi beaucoup de hip-hop, des choses très produites.
Pour Michael Jackson, on étudiait la manière dont Quincy Jones a produit ses albums. On voulait un son aussi explosif, une musique axée sur les rythmiques avant les mélodies. La voix même de Michael Jackson sur ces disques est un rythme en soi. C’est quelque chose dont on voulait se rapprocher. L’aide de Nate à la production de « Manners » m’a beaucoup servi.

Kanye West

N. D.: Kanye West fait partie des artistes que l’on a beaucoup écouté en amont de l’album, ses compositions personnelles comme ses productions pour Jay-Z et d’autres. C’est sans doute l’artiste qui utilise le sample de la manière la plus intelligente dans la pop aujourd’hui.

M. A. : Sa musique a aussi l’explosivité que l’on recherchait. Et certains morceaux sont tellement beaux. Pour nous, c’est un artiste pop plus que hip-hop.

Electronique et organique

N. D. : Pour « Manners », on voulait utiliser l’électronique pour arriver à quelque chose d’organique. Se servir d’un synthé pour créer des sons de cordes ou de cuivres. C’est déjà ce que faisait Quincy Jones à l’époque.

M. A. : « Chunk of Change » était tellement basé sur l’électronique et les boites à rythme qu’on a essayé pour l’album de réintégrer de vrais instruments comme la guitare ou la trompette mais passés à travers le filtre des machines. On passait constamment de l’un à l’autre. On était obsédés par les textures. On voulait faire un album d’électronique joué par un groupe de rock.

Euphorie et mélancolie

M. A. : Quand je me regarde et je regarde les autres, je vois des personnes qui essaient de cacher ce qu’ils ressentent vraiment. L’album « Manners » a été composé à cette image. On voulait un disque euphorique qui cacherait des textes très sombres et dépressifs. Cette approche me paraissait intéressante. On voulait mettre du sucre pour aider à faire passer le remède. Faire danser pour chasser la douleur. Il fallait mettre beaucoup de couleurs, d’exubérance, mais garder la beauté d’une chanson triste. Michael Jackson, jusque dans sa personnalité, a parfaitement su incarner cela.

Chorale enfantine

N. D. : Notre producteur a trouvé une chorale d’enfants sur You Tube, qui reprenaient des titres de Tori Amos, Keane, Coldplay ou des Destiny’s Child.

M. A. : Comme ils venaient de New York, on les a fait venir en studio et tout s’est très bien passé. Ils avaient une telle compréhension de la pop. C’est une des choses que j’aime le plus sur l’album.

Buzz

M. A. : La plupart des groupes aujourd’hui composent quatre chansons, sortent un EP. Ca crée un buzz. Ils en composent cinq autres et voilà leur premier album. Beaucoup ne peuvent pas se permettre de prendre le temps de bien s’appliquer pour faire du tri et sortir quelque chose d’extraordinaire. On a essayé de recycler le moins possible. On s’est d’ailleurs senti un peu coupable d’avoir gardé sur l’album Sleepyhead qui était déjà sur le EP.

N. D. : La plupart des artistes que l’on aime n’hésitent pas à changer de style d’un album à l’autre. A se renouveler. Maintenant, on veut aussi progresser en concert et proposer le meilleur show possible. Il y a beaucoup de groupes aujourd’hui doués en studio mais le live ne suit pas. C’est dur d’avancer sans cela.

New York

M. A. : On ne vient pas de New York mais du Massachussetts. On ne connaît pas vraiment tous ces autres groupes auxquels on nous associe comme Chairlift et MGMT. Mais si ça peut pousser des gens à écouter notre musique, ça nous va.

Tournée

N. D. : La tournée se passe bien. Pour l’instant, les concerts n’ont pas affecté notre manière d’écrire, mais la formule live est encore en cours d’élaboration. On ne sait pas trop ce qu’on veut pour l’instant, mais on sent que l’on progresse à chaque concert.

M. A. : Notre première tournée a donné une direction à l’album « Manners ». Déjà, on savait à ce moment-là que l’on voulait écrire pour un groupe. Ces concerts nous ont également donné des pistes pour les choix d’instrumentation. Les morceaux de l’album sonnent d’ailleurs mieux en live que ceux de l’EP parce qu’ils ont été composés avec cette expérience. Maintenant, on va continuer à tourner pendant quelques mois puis prendre notre temps pour travailler de nouvelles compositions et aller en studio.

Recueilli par KidB

23:57 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (48)

04/07/2009

The Kinks Covers

Les pochettes d'albums de The Kinks en un clic :

14:06 Publié dans Covers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : the kinks

 
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