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15/04/2011

Metronomy, rêveries d'après la nuit

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Metronomy - The English Riviera

Après la nuit revient le soleil. Et le chant des mouettes pour nous accueillir au bord de la mer. Bienvenue sur The English Riviera, trip électro-pop signé Metronomy dédié à sa région du Devon. Un disque à écouter en boucles entêtantes et sexy. Un disque construit sur des basses hypnotiques et des rythmiques répétitives qui tournent et retournent dans la tête. Un disque plein de voix délicieusement fragiles qui se répondent. Un disque qui ne lâche plus notre lecteur iTunes depuis sa sortie il y a maintenant une semaine.

Si le groupe britannique a choisi de délaisser un peu le dancefloor pour des ambiances plus retro seventies, l’âme de sa musique, elle, reste la même : seul compte ce qui se passe du coté du cœur. Ainsi, Nights Out, leur album précédent, battait frénétiquement la mesure pour conjurer une douloureuse rupture sentimentale. The English Riviera a la douceur parfois un peu amère de la reconquête. « It feels so good to have you back my love », susurre Roxanne Clifford, chanteuse de Veronica Falls sur le titre « Everything Goes My Way ».

Génie mélodique

Cet afflux de voix féminines est un des tournants marquants d’un groupe en partie renouvelé. Il introduit une once de sensualité et de chaleur supplémentaires à une musique qui nous colle au corps, de la tête aux pieds. Car Metronomy n’a rien perdu ici de son efficacité électronique. Bien au contraire. Les ambiances sont désormais plus riches et variées. « We Broke Free » s’épanouit autour de guitares enlevées, « She Wants » a quelque chose de glaçant, « Trouble » prend des allures de lentes ballades vénéneuses.

Le disque compte surtout quelques sommets, des mélodies qui tuent. « The Look » impose sa force lancinante, « The Bay » rappelle les nuits échevelées de Nights Out à coups de synthétiseurs et surtout « Corinne », l’imparable coup de foudre. Sur ce titre absolument magique, il est question de cœurs serrés et d’obsession de la danse. Trois courtes minutes qui résument à merveille le génie contemporain de Metronomy.

KidB

19:04 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (68) | Tags : metronomy

08/04/2011

A l'avant-garde de la pop, le son d'aujourd'hui

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Le bon son du moment. Dans son dernier numéro, le magazine Vox Pop essayait de décrypter ce qui caractérisait la pop en 2011. Bilan de The XX à James Blake en passant par The National ou Deerhunter : une certaine lenteur, de la grisaille, un trouble entre deux eaux. Pour prendre un peu de recul par rapport à la production de ces derniers mois, je dirais que cette mouvance qui émerge très clairement en ce début d’année, n’est qu’une des deux branches d’un mouvement plus large. A côté, de cette veine plutôt sombre, on trouve aussi une mouvance pleine de vitalité menée tambour battant par Animal Collective (Atlas Sound, Foals, Braids, Sin Fang…) autour d’un psychédélisme païen renouvelé. Entre ces deux formes d’avant-gardes, bien sûr, tout un entre-deux de formations aux styles intermédiaires.

Car plus que ces deux archétypes en apparence opposés, il est intéressant d’étudier les quelques points qui relient l’ensemble, dressant une carte de tendances plus longues qui dessinent la pop d’aujourd’hui.

D’abord, c’est un peu la tarte à la crème, mais la donnée qui marque le plus profondément l’époque est sans aucun doute le mélange de plus en plus poussé d’organique et d’électronique. Finie la domination du classique chant-basse-guitare-batterie. De plus en plus de formations intègrent désormais les synthés bien sûr, mais aussi, de manière très appuyée, les boîtes à rythme. Les outils de production sont de plus en plus abordables et de nombreux groupes développent leur propre studio, offrant des mix de plus en plus sophistiqués et encourageant l’expérimentation.

Tous en boucle

En découle une esthétique très marquée par le hip-hop, qui était déjà à l’origine un terrain de rencontre entre musique noire et musique blanche. S’il y a trois ans, Noel Gallagher d’Oasis pouvait encore critiquer le festival de Glastonbury pour avoir invité Jay-Z, aujourd’hui, nombreux sont les cerveaux pop qui clament leur amour du rap ou du jazz. Peu étonnant qu’un membre des Britanniques de Foals lâche sur le Net des mix house et rap quand Jamie XX s’impose comme un des beats makers les plus intéressants du moment, reprenant en intégralité le dernier album de la gloire soul Gil Scott Heron. Ratatat et MGMT s’acoquinent de leur côté avec Kid Cudi (ou l’inverse) quand Memory Tapes remixe Gucci Mane et Animal Collective lâche son flow sur des boucles. Ces dernières se retrouvent désormais chez des artistes aussi divers que Le Prince Miiaou en France ou James Blake en Angleterre.

Résultat, les rythmiques jouent à égalité avec la mélodie. Elles reviennent au premier plan de l’esthétique pop s’appuyant sur une belle sophistication. Jeu de batterie traditionnel, percussions et froideur des boîtes à rythmes se marient, parfois sur le même morceau. Vampire Weekend avait ainsi remis au goût du jour auprès d’un certain public les rythmiques africaines. Depuis si These New Puritans est sans doute avec Portishead une des formations qui a poussé ce jeu de syncopage le plus loin avec l’album Hidden, de Zola Jesus à The XX, en passant par Radiohead, Salem, Fever Ray, Esben & The Witch ou Memory Tapes, les rythmiques industrielles s’imposent comme un beau terrain d’exploration pop.

Combinaisons en tout genre

La faute aussi à bouleversement du travail sur la structure même des morceaux. De nombreux artistes s’éloignent ces jours-ci un peu des classiques couplets-refrains pour offrir des paysages plus vallonnés et plus complexes travaillés par la répétition ou la brisure. La conquête d'espaces est la nouvelle frontière, explorant une profondeur de champ digne de la 3D au cinéma. Le psychédélisme est ainsi de retour à la mode. MGMT s’offre Siberian Breaks, une longue plage de plus de dix minutes sur son deuxième album Congratulations. Animal Collective manie la terre, le feu et l'eau. Même sur un temps beaucoup plus limité, un groupe comme Sourya en France démarre sa chanson Anatomy Domine comme une sorte de touchante ballade au synthé avant de basculer au milieu vers une transe électronique et robotique. Une diversité encore plus symptomatique à l’échelle d’un album complet.

Freak folk, witch house, glo-fi… les combinaisons se multiplient aujourd’hui à l’infini donnant naissance à une série de sous-genres. Emerge ainsi une esthétique du collage, chaque formation allant piocher des choses qui l’intéressent dans une culture musicale de plus en plus débridée. James Blake réconcilie soul, pop et dubstep. Salem mêle des éléments hip-hop et shoegaze à de l’électronique. The Roots intègre du folk à son rap. Francesco Tristano marie classique et électronique. Les étiquettes ont perdu tout sens (où classer Jamie T ?, 808's & Heartbreak de Kanye West, c'est encore du rap ?). D’où le choix d’un terme générique, pop, qui décrit aujourd’hui des musiques en apparence aussi diverses que Hot Chip, Kanye West et les Magic Numbers.

Machine soul

Cette démultiplication des collages débouche inévitablement sur une esthétique du contraste. Et si l’intrusion des éléments électronique apporte une touche de froideur, celle-ci est contrebalancée par un recours accru aux chœurs. La voix est redevenue un instrument à part entière, et plus simplement le véhicule des textes. Radiohead a été un des groupes pionniers de cette mouvance au début des années 2000 et joue plus que jamais sur The King of Limbs de la collision d’un son froid et décharné au chant lyrique de Thom Yorke. Chez Chew Lips, les inclinations presque soul de la chanteuse Tigs contrebalancent une production qui donne la part belle aux machines. D’Animal Collective à Au Revoir Simone en passant par The Bewitched Hands ou Crysral Fighters, les voix s’entremêlent, se répondent, chantent de concert. L'émotion chez James Blake, The XX ou Zola Jesus passe aussi par là. L'expression d'une certaine fragilité dans un environnement en apparence dur. Preuve que même si l’heure est à la prise de pouvoir des machines, l’humain reste inévitablement l’âme même de la musique.

KidB

ANIMAL COLLECTIVE : My Girls // THE XX : Heart Skipped a Beat // JAMES BLAKE : Limit To Your Love // MEMORY TAPES : Green Night // SALEM : Release da Boar // KID CUDI (MGMT & RATATAT) : Pursuit of Happiness // THE ROOTS : Dear God 2.0 // CRYSTAL FIGHTERS : Solar System // ZOLA JESUS : Night // THESE NEW PURITANS : We Want War // VAMPIRE WEEKEND : Cape Cod Kwassa Kwassa // JAMIE T : Earth, Wind & Fire // FRANCESCO TRISTANO : Idiosynkrasia // CHEW LIPS : Karen // SOURYA : Anatomy Domine // AU REVOIR SIMONE : All Or Nothing // MGMT : Siberian Breaks // KANYE WEST : Amazing

 
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