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14/06/2010

Uffie : "Une chronique de ma jeunesse, un chapitre qui s'achève"

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De l'électro-pop accordée au contact des Français M. Oizo et Mirwais. Anna-Catherine Harley, alias Uffie, sort son premier album, "Sex, Dreams and Denim Jeans", porté par le single "Pop the Glock".

D’où vient votre pseudonyme ?

Je n’en suis pas tout à fait sûre. Mais, d’après ce qu’on m’a dit, quand j’étais petite, mon père me disait toujours : « Enough ! Enough Enough ! » [« Assez ! Assez ! Assez !]. Mon père est de Liverpool, mais il parle bien le français. Et il s’est dit, « enough », est un petit œuf. Et puis, c’est devenu Uffie. Il m’a toujours appelé comme ça depuis. Mon père travaillait dans la mode, côté commercial. Ma mère s’occupait de nous.

Vous êtes née où ?

En Floride, on a bougé a Hong Kong quand j’avais 4 ans. J’y suis resté jusqu’à neuf ans. Puis on est retournés en Floride, on a voyagé à travers différentes villes. Quand j’avais 15 ans, mon père habitait Paris, je suis allé lui rendre visite, je m’y plaisais bien et donc j’y suis restée.

Vous avez quels souvenirs de Hong Kong ?

C’était bizarre. J’étais tellement jeune. Et à l’époque, c’était encore britannique. C’était cool parce qu’il y avait des petits villages de pêcheurs et des plages, à l’écart de la ville. Je parlais cantonais quand j’étais petite. Mais plus trop maintenant. J’amenais mes poupées au marché… C’était un endroit très sûr et un bel endroit pour grandir. Il y avait tellement de cultures, c’était une ville internationale.

Vous y êtes retournée depuis ?

Oui, j’y allais au moins une fois par an. Mais cela fait deux ans que je n’y suis pas allée. Après Hong Kong, le retour en Floride, donc… Oui puis, le Connecticut, le Missouri… Une enfance du genre bohème !

C’était quand même un peu strict ?

Ma mère était un peu plus stricte. On voyait assez peu mon père parce qu’il travaillait beaucoup. Ma mère était du style : « Faut aller à l’église aujourd’hui ! » Mais moi, je ne suis pas d’accord avec les églises. On pourrait croire que la religion donne de l’espoir, mais elle détruit plutôt le monde. Je ne crois pas forcément en Dieu, mais en quelque chose de plus puissant que nous. Une énergie, un truc comme ça.

Pop the glock :


Vous vouliez faire quoi quand vous étiez enfant ?

Tellement de choses ! Danseuse… J’ai fait du ballet pendant onze ans. Je voulais être dentiste aussi. J’ai les dents anglaises de mon père, donc j’ai pas mal vu le dentiste. Je voulais être écrivain aussi car j’adorais les cours de littérature et d’histoire.

Vous lisez ?

Oui, avant d’avoir un bébé. Depuis, je n’ai pas ouvert un seul livre. J’aime Michel Houellebecq, Bret Easton Ellis… Ses livres sont tellement déments. C’est comme si on prenait de l’acide. Par ailleurs, j’adore aussi "Las Vegas Parano". Le film était bien, mais alors le livre ! Je me rappelais de la partie avec les chauve-souris, pendant que je lisais, je me tapais des barres de rire.

En résumé, danseuse, dentiste et écrivain…

Et peut-être aussi styliste de mode. Mon père travaillant dans ce milieu, ça me paraissait naturel.

Vous êtes toujours proche de vos parents ?

Ma mère est aux Etats-Unis, mon père et moi, on est comme des meilleurs potes. C’est mon meilleur ami.

Et quand vous étiez ado, vous écoutiez quoi ?

Du hip-hop. Lil Wayne, Pharrell, Jay-Z… Quand je suis revenu aux Etats-Unis, j’ai vu MTV et wouah… C’était plus fun, énergique et happy.

L’indie rock européen ?

Non, je n’en écoutais pas. Et je ne connaissais pas vraiment la scène électro avant de venir à Paris.

Pourquoi avoir décidé de rester en France ?

C’était difficile de retourner aux Etats-Unis après avoir vécu en Asie. J’étais toujours la fille qui a vécu à Honk Kong. Les Etats-Unis sont très fermés sur eux-mêmes, c’est un pays si jeune… En Europe, le rythme de vie est plus agréable. On peut se promener partout à pied. On peut prendre l’avion et se retrouver en deux heures dans une autre culture. Mon père vit dans le Sud de la France maintenant, en Dordogne.

 

Add SUV :


Vous êtes sur le label électro Ed Banger. Parlons un peu de clubbing…

Aux Etats-Unis, il faut avoir 21 ans pour faire quoi que ce soit. Arrivée en Europe, c’était la liberté, on peut acheter de l’alcool ! J’allais au Rex Club tous les vendredis. Et puis j’ai commencé à faire des tournées, c’est si fatigant. Vous ne pouvez pas imaginer cette sensation d’être si fatiguée que la seule chose que vous voulez faire, c’est rester allongée au lit et lire un bouquin et pourtant vous devez aller à une fête. C’est un sentiment horrible.

Vous êtes sortie où ces dernières semaines ?

Je suis allée à l’afterparty de LCD SoundSystem. James Murphy, c’est mon putain de héros. Je l’adore. Au festival Sonar, à Barcelone, je fais leur première partie, j’ai hâte.

Votre héros, pourquoi ?

Il est génial. Il fait une musique électronique chantée très émouvante. C’est pas seulement « Party ! Party ! Party ! ». Et la chanson "Someone Great"est très associée pour moi à une rupture amoureuse difficile.

Vous êtes parfois DJ ?

Je l’ai fait à la Gucci Party à Londres en avril dernier. Je le fais rarement et heureusement, j’ai des amis pour m’aider.

Que jouez-vous ?

The Specials, Dead Prez, Joy Division, Biggie, Siouxisie & The Banshees, un mélange de vieux rock et de hip-hop.

Vous avez même repris "Kong Kong Gardens" de Siouxisie & The Banshees dans votre album….

J’adore cette chanson. Ça me surprend que peu de personnes la connaissent. Et puis, je suis allée à Honk Kong, c’était une coincidence amusante.

D’être mère, ça a changé des choses ?

Absolument. J’avais 21 ans quand je l’ai eu. On doit grandir très vite. Je crois qu’un enfant est la seule chose qu’on peut aimer davantage que soi-même. On change tout pour cette personne. C’est la seule personne pour laquelle vous renonceriez à tout. Je dois prendre soin d‘elle, je pense déjà à sa scolarité. Puis maintenant qu'elle est là, je ne sors plus quand je suis à la maison. Je suis en tournée trois fois par semaine alors quand je suis chez moi je préfère rester avec ma fille.

Vous avez un bébé. C’est compliqué de faire une tournée en même temps ?

Vous ne pouvez pas imaginer. Je crois que ma fille pense que sa nounou est sa mère… C’est horrible. J’ai dû partir pendant trois semaines et quand je suis rentrée, elle ne m’a pas reconnue. C’était le pire sentiment que j’ai jamais connu. J’ai l’impression d’avoir manqué un cinquième de sa vie. Mais hier, elle était malade, donc elle a dormi avec moi, elle m’a réveillée, elle faisait un grand sourire. C’est le plus bel enfant au monde.

Quel est son prénom ?

Henrietta. J’aime les prénoms démodés et les prénoms de garçon pour les filles.

Vous avez donc des projets pour elle ?

Il faut être prêt. C’est le futur de quelqu’un qui dépend de vous. Cela dit, d’être mère m’apporte un équilibre. C’est tellement loin des concerts et des tournées.

Parlons de votre album, "Sex, Dreams and Denim Jeans"...

C’est une chronique de ma jeunesse, un chapitre qui s’achève. Le sexe est une partie importante de l’adolescence, rêver aussi. L’album résume toutes ces expériences.

Votre album évoque aussi les relations amoureuses...

L’amour, c’est très important pour moi.

C’était comment la collaboration avec Mirwais ?

Incroyable. J’ai travaillé récemment avec lui sur de nouvelles chansons. Mon album a pris tellement longtemps à se faire. Autant commencer maintenant pour le second ! On s’est rencontrés dans une boite. J’étais fan de lui et de ce qu’il a fait pour Madonna. Je traversais une rupture amoureuse. Je me demandais pourquoi ça me faisait si mal. Il m’a beaucoup écouté. Au départ, on a enregistré un morceau ensemble. C’était "Illusion of Love". Et comme ça marchait bien, on a continué. C’est un plaisir de travailler avec lui. Il n’est pas accroché à sa musique, donc on peut faire des suggestions. Il n’y a pas de clashs d’ego, ce qui est rare dans la musique.

Et le travail avec le label Ed Bangers ?

Avec eux, c’était plus des échanges de fichiers. Avec Mirwais, on s’asseyait avec une guitare. Une belle expérience.

Avec Pharell, ça s’est passé comment ?

On a fait une fête ensemble au Japon quand j’avais 19 ans. Quand j’étais ado, c’était un de mes artistes préférés. Quand je créais ADD, je savais que je voulais un rappeur. C’était mon choix idéal. Je ne pensais pas que cela arriverait. Et si !

Comment vous écrivez les paroles ?

J’écris à la dernière minute. J’aime la pression.

Vous aimez votre voix ?

Je commence à l’accepter. Beaucoup de personnes l’aimaient, je la détestais. Maintenant, je commence à la comprendre. C’est comme un muscle, il faut l’entraîner. Chaque personne possède une tonalité. Je chantais des chansons qui n’étaient pas dans la mienne ! Quand il produit, Mirwais pense beaucoup à la voix, à ce qui va marcher pour moi. Sur ses morceaux, ma voix me paraît complètement différente. Je l’aime davantage. Pour les concerts, je la travaille. Parce que si vous n’avez pas la bonne note au début d’un morceau, vous vous plantez. Et en live, il n’y a qu’une seule prise !

 

Sex, Dreams and Denim Jeans :


Vous aimez vous produire en live ?

Davantage, maintenant que j’ai un groupe avec moi. Quand on fait les premières parties seule sur scène lors de festivals, c’est difficile. On ne sait pas quel morceau va jouer le DJ après. J’étais terrifiée. Maintenant, comme le groupe et moi on a répétés ensemble, je me sens plus à l’aise.

Vous n’avez pas le trac avant de rentrer en scène ?

Oh si ! Mais je ne vomis plus maintenant !

Quand êtes-vous contente d’un concert ?

Jamais. Je suis quelqu’un de perfectionniste. Je me dis toujours que ça aurait pu être mieux.

Que faites-vous après le concert ?

J’avais l’habitude de ramener des personnes à l’hôtel pour des after-partys. Maintenant, je dois me lever à 9h du matin et rencontrer des journalistes. Alors, je vais me coucher. C’est dingue, j’ai vraiment un emploi du temps très chargé. On est dans le speed jusqu’à ce qu’on arrive sur scène. Les gens crient : « On t’aime, on t’aime », puis on rentre à sa chambre d’hôtel et on est si seule. Cette solitude, personne ne peut comprendre à moins de l’avoir vécue.

Recueilli par Lil' Joe

12:40 Publié dans Electro, Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : uffie

27/05/2010

LCD Soundsystem : "Si ça sonne bien, on est libres"

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Quelques jours avant la sortie de son troisième album sous l'identité LCD Soundsystem, James Murphy se confiait à nous entre deux concerts parisiens. L'occasion de parler de "This is happening", de la création et de sa fatigue d'être un musicien professionnel. Rencontre.

Comment avez-vous trouvé votre concert du samedi 8 mai au Bataclan, à Paris ?

Très amusant.

Les murs étaient suintants, nan ?

C’était dégoûtant. Après être être allés backstage minutes pour se rafraichir, quand on est revenus, c’était comme marcher dans la gueule d’un chien.

Vous avez joué quelques morceaux de votre dernier album, « This is happening » ?

Juste quelques-unes pour le moment car l’album n’est pas censé être sorti. Mais quelqu’un a fait fuiter l’album sur Internet. On n’avait pas prévu de jouer autant de chansons nouvelles pour ce premier tour. Cela fait deux ans qu’on n’avait pas joué, donc on voulait plutôt jouer des chansons anciennes. Vu la taille des concerts, on joue pour des gens qui nous voient pour la première fois.

La fuite de votre album sur Internet, ça vous énerve ?

Le disque devrait sortir quand l’artiste le décide. Par exemple, vous faites de la cuisine pour vos amis et que vous sortez chercher le courrier. En revenant, vous voyez l’un de vos amis la manger et la donner à d’autres personnes, eh bien vous direz : « ah non non ! Je prépare le dîner »… C’est juste impoli. C’est ce que je pense à propos de l’album. L’album sort les 17 et 18 mai. Je voulais servir des cocktails et des petits hors-d’œuvre ! Ne commencez pas à manger pas le gâteau. Je voulais faire la tournée avec juste un single, puis sortir l’album, puis mettre davantage de morceaux. C’est comme si quelqu’un lisait votre journal personnel. Pire, c’est comme s’il le lisait et le copiait et le postait sur Internet après.

Vous avez enregistré l’album
dans un manoir en Californie ?

Une partie. Chaque fois que j’enregistre un album, je sors de New York deux ou trois mois. Puis je rentre à New York pour le terminer dans mon studio. Cette fois c’était Los Angeles. Cela paraissait très rock’n’roll. Je savais que ça allait être notre dernier album, donc je voulais faire quelque chose de ce genre une fois dans ma vie. C’était moins cher que de louer un studio. J’ai emballé tout mon matériel, je l’ai mis dans un camion et je l’ai envoyé à LA. Je l’ai déballé, et on était prêt à bosser.

Combien de temps avez-vous mis ? Avec combien de personnes ?

Trois mois. Il y avait un noyau dur de cinq personnes. Mais parfois jusqu’à vingt personnes. Des amis qui passaient juste pour se baigner dans la piscine, s’amuser.

I can change :

 

LCD, c’est qui ? Vous ? Un groupe ?

Un exemple : Il y a plusieurs types de metteurs en scène, certains se mettent en scène dans les films, d’autres pas. Certains font des films à gros budgets, d’autres petits. Martin Scorsese travaille souvent avec Robert De Niro. On dira que l’un est réalisateur, l’autre acteur. Mais leur relation est plus différente. Ils parlent du film, du script… Leur relation est plus floue, que dans un film très gros budget où les acteurs doivent se plier à ce qu’on leur demande de faire. Ma collaboration avec Pat et Nancy est de cet ordre-là. Je suis comme le réalisateur, c’est sûr. Mais ce n’est pas moi qui donne des ordres, c’est collaboratif. J’ai la responsabilité du metteur en scène. Parfois je travaille seul, parfois avec des gens, c’est très libre..

Vous êtes comme un chef d’orchestre alors ?

Non, c’est assez autocratique.

Vous n’êtes pas comme ça ?

Non, je suis plus comme James Brown.

Ah ouais ?

Oui. « Be Funky ! »

Vous avez mis trois mois à composer donc ?

J’écris quand j’enregistre. A Los Angeles, J’ai fait 6 ou 7 morceaux sur les 9 que compte l’album. A New York, j’ai écrit « Pow Pow » et « Drunk Girls ».

La première que vous avez enregistrée, c’est ?

« All I Want » et après, « Somebody’s calling me ».

Justement, qui vous appelle ?

Tout le monde. C’est chiant. J’ai écrit ce morceau une nuit où j’avais pris du Xanax. Je l’ai composé dans ma chambre. Quand je me suis réveillé, on l’a enregistré.

Pourquoi du Xanax ?

Parce que j’étais stressé. Alors j’en ai pris, je me suis assoupi. Au milieu de la nuit, je me suis réveillé, j’ai fait une petite démo. Au matin, je me suis réveillé, j’avais oublié que j’avais fait ça, j’ai réécouté et je l’ai retravaillé. J’ai retravaillé les paroles, mais j’ai gardé ce côté endormi.

Quand est-ce que vous avez commencé à chanté ?

J’étais chanteur de classique quand j’étais petit. Mon école avait une chorale réputée. On allait en tournée, en Europe.

Vous travaillez toujours votre voix ?

Non, j’ai toujours détesté ma voix, même si je m’y suis habitué. J’aime quand elle marche, comme un outil. Mais elle est souvent abîmée, c’est très frustrant.

Elle est abîmée aujourd’hui ? Pourquoi ?

A l’after-party, j’ai fait un set jusqu’à 6 h 30 du matin au Baron. On devait crier pour se faire entendre.

La chanson « Home » a un côté très Talking Heads…

C’est la guitare, comme dans « Pow Pow ». Je suis un gros fan de la manière dont David Byrne joue de la guitare, de manière minimale et physique à la fois. Surtout à l’époque de leur album « Remain in Light ».

Pourquoi des pandas dans le clip de « Drunk Girls » ?

C’était drôle. Je déteste faire des vidéos. Mais là, c’était sympa. Mon label n’était pas au courant. Je l’ai payé moi-même et réalisée avec Spike Jonze. Au départ, ça devait être moi tout seul.

Qui a eu l’idée ?

Tous les deux. J’aime les « bad ideas ». C’était bien de travailler avec lui.

Avez-vous été blessé ?

Un petit peu, je saignais, je me suis coupé la lèvre, j’ai été frappé des poings et des pieds. Mon genou. Pat s’est fait attaqué à l’extincteur, Nancy par des œufs.

Drunk Girls :


Dans une vidéo sur votre site, vous dites que vous aimez être « out of control » ?

J’aime arranger les choses de manière à ne pas avoir à réfléchir. Par exemple avec le groupe. Je suis plus préoccupé que ça sonne bien sur scène que n’importe quoi d’autre. Si j’oublie les paroles, tant pis. Si ça sonne bien, on est libres.

Vous affirmez aussi que c’est votre dernier disque. C’est la fin de LCD comme un groupe de rock professionnel, qui fait des albums, des clips et des tournées. Pourquoi ?

Parce que je veux faire autre chose. J’ai 40 ans, un jour je vais mourir. Je ne vais probablement pas vivre au-delà de 70 ans. Tous les membres de ma famille n’ont jamais dépassé 70 ans.

Ça va, vous êtes encore loin ?

Non, juste 30 ans. Et j’ai 40 ans, j’en ai presque fini. Et le temps passe plus vite quand on vieillit. Dix ans auparavant, j’ai fondé DFA, et j’ai l’impression que c’était il y a une minute. Je veux faire plein d’autres choses. J’adore être dans un groupe, faire des disques et des tournées. Je veux lire des livres, être avec mes amis, produire des gens... Je continuerai à faire de la musique comme LCD, mais retourner en livrant un EP par ici, un single par là. Interviews, budgets, télé, etc… Je ne veux plus faire ce job à plein temps.

Recueilli par Lil' Joe

01/04/2010

Alizée : "Je ne peux pas faire tout le temps des choses très colorées"

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L'ex-lolita poursuit sa mue. Avec son nouvel album «Une enfant du siècle», ­Alizée se réinvente en muse électro-pop plongée dans le New-York des années 1960. Le résultat d'une rencontre fructueuse avec le label électro Institubes. Rencontre.

Votre nouvel album «Une enfant du siècle» est née de la chanson «Fifty-Sixty» sur le précédent...

«Fifty-Sixty» était le deuxième single de «Psychédélices», écrit par le parolier Jean Fauque [collaborateur notamment d’Alain Bashung]. J’ai donc cherché à en faire des remixes. David Rubato, un des producteurs du label Institubes, en a envoyé un différent des autres. Pas du tout destiné aux clubs. C’était une nouvelle chanson. Les arrangements étaient un peu modifiés, le rythme ralenti, il avait rajouté des voix. J’ai donc fait un clip en reprenant sa version. Et rencontré Jean-René Etienne, le patron du label Institubes. De là, on est parti sur l’idée de faire un mini-album de transition, de cinq titres, autour du concept d’une jeune fille qui rencontre Edie Sedgwick, connaît la Factory et cette époque d’Andy Warhol. Du coup, j’ai rencontré les autres producteurs, Château Marmont, Rob, Para One. Qui finiront sur «Une enfant du siècle».

Au final, on se retrouve avec un véritable album…

Les chansons se sont multipliées et on a pu faire un vrai album de dix titres tout en gardant le concept de départ. Je voulais faire un album différent, d’un album classique et autobiographique. Il s’écoute comme un roman où chaque chanson raconte une histoire qui a vraiment sa place dans le track-listing.

Comment s’est passée la collaboration avec les producteurs ?

On est parti du remix de «Fifty-Sxity». Chaque producteur s’est inspiré de ça et était à l’écoute du travail des autres pour qu’il y ait une vraie cohérence entre les titres et que l’histoire soit là. J’ai reçu au fur et à mesure des chansons, quasiment terminées. Il ne manquait plus que la voix.

Il fallait ensuite se les réapproprier…

Oui, ce n’était que des maquettes avec une autre voix pour fil rouge ou simplement la mélodie au piano. Il fallait ensuite que je pose ma voix. Que j’y intègre mon univers. Le deal de départ, c’est que je ne voulais rien changer dans ma façon de chanter, dans ce que je suis. Après, c’est l’histoire d’une rencontre, d’un échange. Moi, mon chemin est tracé. Je sais ce que je voulais faire. Après eux ont apporté leur couleur, leurs sons, sans rien m’imposer. Je voulais faire un album de variété pop. Que les gens me reconnaissent.

On retrouve dans «Une enfant du siècle» des choses que vous aviez déjà commencé à mettre en place sur «Psychédélices», comme le parlé-chanté…

«Psychédélices», c’était le premier album que je produisais. J’ai pu choisir les choses, les personnes avec lesquelles je voulais travailler. Mais il y a forcément des imperfections. Même si j’étais bien entourée d’artistes avec de forts univers comme Bertrand Burgalat, Daniel Darc, Oxmo Puccino... L’approche était plus éclectique alors que là tous viennent du même endroit.

L’éclectisme de «Psychédélices» a pu dérouter ?

Peut-être. C’est vrai que le public français est vite déstabilisé. Aux Etats-Unis, et même dans d’autres pays, les artistes passent facilement d’un style à l’autre. Nelly Furtado, on l’a connue avec un album folk et elle est revenue avec un disque rap produit par Timbaland. Et les gens aiment et suivent. En France, c’est plus compliqué. Il ne faut pas lasser son public, ni le dérouter.

Peut-être que l’accumulation d’albums rendra les choses plus lisibles aussi à un moment…

Oui. Après, je pense aussi que j’ai grandi. On m’a connue j’étais très jeune. J’avais 15 ans. Et les gens ont eu du mal à me voir grandir. Vanessa Paradis, on l’a longtemps considérée comme une enfant et on lui a longtemps reparlé de «Joe les Taxi». On doit lui en reparler encore même. Moi, j’ai vécu un peu la même chose, même si les gens commencent à comprendre que j’ai dix ans de plus. Mes envies, mes goûts changent. Et on le ressent à travers la musique et à travers l’image.

Tu gardes quoi de toutes ces années d’apprentissage ?

Ca a été une très bonne expérience pour moi. Je pense que j’ai été à la meilleure école française. Mes producteurs [Mylène Farmer et Laurent Boutonnat] m’ont quasiment tout appris. Je n’aurais jamais pu produire mes disques si je n’avais pas travaillé avec eux. Mais à l’époque, l’image était déjà créée avant que je les rencontre. «Moi Lolita» était déjà écrite. Ils étaient auteurs-compositeurs. Tout était géré par eux. Maintenant, je n’ai besoin que de faire appel à des producteurs de musique. Là, je choisis les vêtements que je veux porter, les différentes éditions du disque. Mon rôle sur ce disque se rapproche un peu de ce que faisaient mes premiers producteurs. Déterminer une direction, une image. Tout contrôler. Après Institubes est compositeur de l’album.


Fifty-Sixty (David Rubato remix) :


En quoi l’univers de la Factory, de ces années là vous touche ?

Quand Jean Fauque m’a proposé le texte de «Fifty-Sixty», ça m’a attiré parce que j’ai toujours aimé Andy Warhol, la mode, New York. Puis on m’a proposé de faire un album concept autour de ça. Je trouvais intéressant de faire un album différent. Surtout autour de la figure d’Edie Sedgwick qui inspire une partie du disque qui est totalement à l’opposé de moi. Elle est morte à 28 ans. Moi, j’en ai 25. Elle était beaucoup dans la drogue, tout ça. C’était aussi l’occasion de parler de la Factory. De voir que tous ses artistes n’ont rien perdu de leur aura aujourd’hui. On continuera toujours à en parler. C’est quand même fascinant.

J’ai un peu l’impression qu’il y a à la fois la volonté de faire un album très contemporain et hors du temps…

J’ai voulu faire un album moderne. Qu’il marque les années 2010 comme «Lolita» a pu marquer les années 2000. Après il y a pleins de sons des années 1980. On peut mélanger pleins de chose. Mais il faut vivre avec son époque.

Il y a aussi l’esthétique de la pochette avec le noir et blanc…

Moi, j’aime beaucoup le noir et blanc. Les polaroids. J’aime les choses uniques. On ne développe plus les photos comme on n’achète plus de disques. C’est des choses qu’on perd et ça me dérange un peu.

Comment avez-vous abordé les textes ?

Je trouve les textes de Jean-René Etienne, qui dirige le label Institubes, du niveau de ceux de Mylène Farmer, qui est pour moi une référence. Le seul qui pouvait passer après elle pour moi c’était Jean Fauque. C’est le maître de l’écriture poétique. Il n’y a qu’à voir son travail pour Alain Bashung. Jean-René Etienne va bien dans ce style-là. Et je ne voulais pas écrire les textes moi-même. Et je ne voulais pas que les paroles ressemblent à ce qu’un enfant ou un ado aurait pu écrire. Il est important pour moi que dans mes disques il y ait une certaine lignée d’auteurs qui ont une façon d’écrire.

Il y aussi une forme d’humilité…

Je ne me vois pas chanter des choses simples. C’est une façon de se protéger aussi. Je n’aime pas parler de moi, étaler ma vie. Que les choses soient complexes, racontées à travers une histoire, ça m’arrange.

La difficulté c’est de s’y retrouver, de s’y exprimer…

Là forcément il y a quelques mots, quelques phrases de moi. Mais on me retrouve beaucoup moins que sur les autres albums.

Le disque dégage une forme de romantisme

Plus que sur les autres, mais c’est normal j’ai 25 ans. Je suis plus adulte qu’avant. Le côté romance apparaît plus.

Le disque explore aussi des choses plus sombres…

Je ne peux pas faire tout le temps des choses très colorées. Etre souriante. Ca n’existe pas les gens qui sont tout le temps comme ça. Je suis très heureuse, très épanouie mais il y a des jours où je n’ai pas envie. Où je suis plus mélancolique. Ca se ressent plus dans cet album.


Alizée - Limelight :


La Factory, c’est aussi les lumières qui éblouissent et peuvent corrompre. Ce sont des choses dont vous essayez de vous préserver…

Je ne me montre que quand j’ai quelque chose à proposer musicalement. Dès que la promo est terminée, ça n’a aucun intérêt que l’on me voit. Il faut bien faire la part des choses.

Il y a forcément aussi quelque chose de ludique à entrer dans cet univers…

On a d’abord la chance de faire un métier qui est d’abord une passion. Pour moi, tout ce qui artistique est ludique. Pour les prochains albums, je veux continuer à rencontrer des gens qui vont m’apprendre des choses. L’électro, je ne connaissais vraiment pas avant. Du coup, j’apprends, je découvre. C’est passionnant.

Les producteurs vous ont fait découvrir des artistes ?

Pas pour le disque. Ils s’en foutent de ça. Ils ne veulent pas que j’ai une certaine culture musicale. Ils sont juste venus à ma rencontre le temps de ce projet.

Il y a un côté un peu Gainsbourg sur le disque…

C’est un héritage assumé. Le remix de «Fifty-sixty» de David Rubato était très Gainsbourg. J’aurai adoré travaillé avec lui. Ca reste une référence pour beaucoup de gens.

Il avait la même démarche de s’intégrer dans différents univers musicaux…

Et il le faisait bien. Les gens ont suivi. Peu de personnes ont une même démarche aujourd’hui.

Il y a aussi une constante sexy dans sa musique comme dans la votre…

C’est vrai mais ce n’est pas forcément réfléchi. Il y a des choses qui se font naturellement.

Au-delà des chansons, on sent chez vous la volonté de mettre en avant un univers…

C’est ce que je veux. Faire rentrer les gens dans un univers, les faire voyager. Les gens écoutent de la musique pour se détendre, donc c’est important.

Qu’est-ce que vous a apporté votre réussite à l’étranger ?

Une certaine fierté. De pouvoir voyager, rencontrer des gens qui connaissent mes chansons même si elles sont en français et qu’ils ne parlent pas la langue. J’espère que ça va durer. Après c’est que du bonus pour moi. Je ne pense pas à ça en faisant les choses. J’essaie d’abord de me faire plaisir puis mon principal public est ici. En France. Là, je chante une chanson en espagnol, d’autres en anglais, mais c’est plus pour le clin d’œil. Et un concours de circonstances. La femme de Rob est espagnole. Adanowsky, son meilleur ami qui a écrit les paroles, vit au Mexique. Pour l’instant, je n’ai vraiment pas envie de faire un album tout en espagnol ou tout en anglais. Pour ce disque, ça m’a juste amusé de le faire.

 

Alizée - Factory Girl

 

Le disque est très produit. Comment comptez-vous l’adapter pour la scène ?

On veut garder quelque chose de très proche. De très produit, de très électro.

Ta démarche se rapproche plus de celles d’artistes étrangers…

Les gens prennent moins de risques en France. Une des rares qui le fait c’est Vanessa Paradis, collaborant avec Gainsbourg, Lenny Kravitz, M... Il faut toujours avoir le souci de proposer quelque chose de neuf. Après c’est à moi de bosser.

Pas compliqué d'avoir commencé avec un si gros succès ?

Non. One ne pourra pas faire plus gros que «Moi, Lolita». Aussi bien peut-être, mais le marché du disque a beaucoup changé. Aujourd’hui, j’essaie juste de faire les choses bien. Le marketing, tout ça, ce n’est pas mon boulot, c’est celui de la maison de disque. Moi, j’emmène un produit fini avec des chansons, une histoire, mon image. Puis le public a le dernier mot.

L’an passé, Sébastien Tellier a sorti un album un peu dans la même couleur musicale…

Rob a bossé dessus d’ailleurs. Moi, ce n’est pas ce que j’écoute. Dans mon iPod, il y a surtout des choses très populaires : Gorillaz, Madonna, Michael Jackson, Gainsbourg… Mais bon, branché, mainstream… ce sont des choses qui ne veulent plus dire grand-chose. Il y a des gens qui font une musique de qualité et les autres, c’est tout. C’est très français de cataloguer les gens. Château-Marmont, si les gens les connaissaient, ils seraient très connus. Parce qu’ils font de la bonne musique.

Recueilli par KidB

10:32 Publié dans Electro, Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (459) | Tags : alizée

09/03/2010

Agoria : « Avec Infiné, on veut s'affranchir des styles et des sentiers battus »

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Aufgang, Rone, Danton Eeprom, et maintenant Clara Moto. Le label français Infiné publie depuis quelques mois une série de premiers albums réjouissants, qui élargissent le spectre de la musique électronique. Cofondateur du label, le DJ Agoria revient sur les débuts de cette aventure. Il raconte aussi la genèse de son double album mixé, «Balance 016», qui sort en mars chez EQ Recordings.

 

Pourquoi avoir créé Infiné ?

 

On est quatre comparses dans ce projet. Je suis la partie visible. Mais il y a également Alexandre Cazac, qui est aussi le manager du label Warp en France, et qui s'occupait de mes intérêts depuis plusieurs années. En 2006, on a eu la chance d'écouter un pianiste, Francesco Tristano, qui vient de la Juilliard School de New York, une excellente école de piano. On a été surpris d'entendre qu'il reprenait des grands classiques de la musique électronique. Aussi bien «Strings of Life» de Derrick May, que «The Bells» de Jeff Mills ou des morceaux beaucoup plus improbables comme « Andover » de Autechre. Tout ça, entouré dans un répertoire d'interprétations de Bach ou de Pascal Dusapin. On a été bluffés par ce mec. A la base, on a créé Infiné pour sortir son premier album «Not For Piano».

 

Avec Alex, depuis des années, on avait déjà cette idée en germe de créer un label. Mais Francesco a vraiment été le déclencheur. On n'est pas déçus d'avoir commencé ce petit bonhomme de chemin. On s'est toujours dit qu'on allait faire ça à la cool, sans objectif précis. Voilà... Cela fait trois ans  qu'Infiné existe et les gens commencent à référencer ce label et à en parler. Mais on n'a jamais eu de plan de bataille écrit. On s'est simplement dit qu'on voulait signer des trucs qui nous excitaient et qui soient des coups de cœur, des trucs qu'on a pas le loisir d'écouter, des choses qui sortaient un peu de tout ce qu'on a l'habitude d'entendre dans la musique électronique.

 

Même si on est baignés par cette musique-là, on n'avait pas envie de faire un label pour ne sortir que des DJ tools. Il y a tellement de labels qui font ça très bien. On s'est juste dit : « Allons vers ce qui nous touche le plus, même si on prend des risques insensés. » On a été très surpris de voir que ce qui nous plaisait le plus, le plus risqué, est ce qui marchait le mieux. Comme quoi, on a souvent des idées bêtes et préconçues de ce que les gens vont aimer. A chaque fois, on se trompe complètement. Par exemple, le projet Aufgang, avec Tristano, Rami Khalifé et Aymeric Westrich, le batteur de Cassius, rencontre des échos extraordinaires à l'international.

 

Aufgang :

 

 

 

Le slogan de InFiné, c'est « Easy music for the hard to please ».

Vous vous adressez donc à un public exigeant ?

 

Aujourd'hui, tout est très marketé, c'est une histoire d'image et de communication. Les artistes qu'on signe sont aux antipodes de ça. C'est pour ça qu'on dit que c'est pour des gens difficiles à séduire. Mais ça ne veut pas dire que c'est forcément inaudible pour un profane. «Hard to please», c'est peut-être parce que c'est pour les gens qui vont un peu plus loin que ce qu'on leur donne à écouter. C'est pour des gens qui vont par eux-mêmes trouver leur bonheur.

 

Aufgang, qui est sorti en France en même temps que Danton Eeprom, n'a pas bénéficié d'autant de presse ou de visibilité. Pourtant, il marche encore mieux. «Groove», un magazine allemand que j'adore, et qui est l'un des magazines les plus défricheurs pour la musique électronique donne sa couverture de mars à Aufgang. On est très content de cela, mais ce n'est pas quelque chose qu'on a recherché.

 

Il y avait un des morceaux de Tristano qui figurait sur un de tes mixs...

 

Oui, C'était la reprise de Derrick May, «Strings of Life» sur «Cute and Cult». C'est à ce moment-là qu'on a rencontré Francesco. En 2005, je crois. On avait enregistré dans un petit studio, vite fait, pour pouvoir le mettre sur la compilation.

 

Dans la foulée de Tristano, vous avez signé d'autres artistes...

 

Oui, la deuxième signature, ça a été Danton Eeprom. J'avais entendu un morceau qu'il avait sorti sur le label Virgo, le label d'un Marseillais qui s'appelle Paul. J'avais flashé sur la B-Side. Et donc, je suis rentré en contact avec lui. Je lui ai proposé de nous envoyer des choses qu'il avait faites. Bonne pioche ! Depuis, le petit père a un début de carrière prometteur. Le troisième, c'est le Mexicain Cubenx. Sa musique dancefloor et mélancolique nous a beaucoup séduit. Pendant cette période, j'ai rencontré Clara Moto. On a joué ensemble au Montreux Jazz Festival. L'organisation avait oublié de me chercher à la gare, ça nous a permis de discuter un petit peu. Elle sortait juste de la Red Bull Music Academy. J'ai été séduit par ses morceaux, donc on a très vite fait un disque avec elle.

 

Mais on essaie de ne pas trop signer d'artistes, de ne pas nous éparpiller. Demain, je pourrais très bien appeler James Holden ou Carl Craig pour leur demander des morceaux afin d'avoir plus d'exposition. Et on s'est dit qu'on voudrait quelque chose avec nos artistes uniquement, pour avoir un côté fraternel et familial avec Infiné.

 

Comment définirais-tu « Polyamour », l'album de Clara Moto ?

 

C'est de la techno touchante et plutôt minimale, même si je n'aime pas beaucoup ce mot. Je préfère parler de minimalisme. La minimale, ça porte bien son nom : en général, avec deux ou trois plugs, certains font un morceau qu'on oublie tout aussi vite. Clara Moto, c'est beaucoup plus touchant et profond. C'est une artiste qui a une musique très sensuelle douce et suave, un peu à son image. Dans la vie de tous les jours, c'est un petit ange. Au premier abord, elle a l'air de quelqu'un très fragile et au final, elle est solide. On sent tout cela dans sa musique. Sa personnalité me touche beaucoup. Les morceaux chantés avec Mimu, c'est tout ce que j'aime dans la deep house.

 

Tu as pas mal retravaillé son album, pourquoi  ?

 

Dans la musique électronique, la production est très importante. Ce qu'on pourrait souvent faire comme grief aux albums technos, c'est que c'est plus une collection de morceaux ou de maxis. Ils sont parfois un peu longs et les albums durs à écouter : 7 ou 8 minutes fois dix. On est un peu lassés au bout d'un moment. On l'a donc poussé à éditer les morceaux et à aller à l'essentiel. Un mec comme Rone nous a donné son album, « Spanish Breakfast », on a quasiment rien eu besoin de lui dire. Il n'était pas DJ, donc il n'avait pas cette notion de boucle et de loop et de répétition. L'évolution de l'album était plus simple.

 

Clara Moto :

 

 

 

Quand on n'est pas DJ, c'est donc plus facile de composer ?

 

Il y a une codification dans la musique électronique. Par exemple, pour qu'un DJ ait le temps de jouer son disque, il faut une minute de beats au début pour le rentrer facilement afin que que ça soit fluide. Sur l'album, on n'a pas besoin que les morceaux s'enchaînent bien les uns avec les autres. Ce n'est pas forcément le même travail de production que pour un maxi, où il faut penser au DJ qui va le jouer.

 

Quelles sont vos prochaines signatures ?

 

Les Spitzer, qui sont très proches de moi, et Arandel, dont on va sortir l'album en avril. Ce jeune fou a décidé de faire un album uniquement autour du mi bémol. Tous les morceaux sont en mi bémol et reprennent uniquement les mêmes instruments. Ça m'a totalement bluffé. Francesco Tristano nous avait fait le disque «Auricle», deux pièces de 20 à 25 minutes. J'ai demandé à Arandel s'il voulait nous faire aussi quelque chose de conceptuel. Il est venu avec ce projet barré, le résultat est extraordinaire.

 

Infiné éclate les genres, non ?

 

On veut s'affranchir des styles et des sentiers battus. On veut créer de la surprise. Quand les gens achètent ou écoutent un disque d'Infiné, ils peuvent être surpris. Dans les années 1990, j'achetais des disques sans même savoir ce qu'il y avait dessus. Aujourd'hui, c'est impensable, quand on achète le disque, on sait ce qu'on va écouter. En raison de l'accessibilité à outrance de la musique, on perd cette cette naïveté et cette virginité.

 

Ton troisième mix, le double CD « Balance 016 », sort ce mois-ci.

 

Ce mix m'a pris beaucoup de temps. J'ai passé trois ou quatre mois à chercher les morceaux. Je me suis demandé l'intérêt de faire une nouvelle compilation mixée alors qu'il y a des podcasts chaque jour sur plein de sites Internet.  Mon premier CD, « Cute and Cult » avait été fait uniquement de façon analogique, avec des platines et des CD, sans aucun artifice, sans ordinateur. Le deuxième avait été fait avec un mélange de tout ça.

 

J'ai fait un mix qui n'est pas linéaire, mais circulaire. C'est un cycle : je commence et je finis avec le même morceau. Le milieu du mix, sur le CD1, est la pointe d'un triangle... Après, on redescend doucement. Je perds volontairement l'auditeur pendant deux ou trois minutes pour le recaresser vers la descente. J'ai beaucoup aimé ce travail de superposition de couches pour arriver à ça, à un certain équilibre. C'est le juste milieu entre toutes les influences musicales et des manières de mixer et d'appréhender la recherche musicale.

 

On a fait un concours pour trouver des nouveaux artistes : on a reçu près de 1000 morceaux, j'en ai trouvé une quinzaine qui m'ont vraiment plu. J'en ai mis un sur le CD, les Polonais de The Same. Mais une douzaine de morceaux sont exclusifs sur ce CD : je les ai trouvés via mes réseaux, via Internet ou des blogs. Et pour que ça ne soit pas trop daté dans le temps, je suis allé chercher dans mes disques... J'ai retrouvé par hasard un disque d'Avril qui reprenait « French Kiss ». J'ai aussi demandé à mes amis de me faire écouter tout ce que je pourrai ne pas connaître. Chacun m'a amené cinq disques. Avec toute cette foison musicale, le concept de « Balance » est venu de lui-même.

 

Tu travailles actuellement sur ton prochain album...

 

C'est difficile d'en parler, car je suis vraiment dedans. Je n'ai aucun recul. J'ai souvent fait des albums très éclectiques. Il est possible que celui-ci soit plus homogène.

 

Tu vas le signer sur le label Infiné ?

 

Je pense, oui. Pendant les premières années, je ne voulais pas vampiriser avec mon nom les artistes que je signais, alors qu'ils faisaient quelque chose de totalement différent. J'ai bien aimé le fait que les artistes existent par eux-mêmes, avant même que les gens savent que c'était mon label. Aujourd'hui, maintenant que le label existe par lui-même, je n'ai pas de scrupule à faire ça. Je n'ai aucune envie d'aller signer sur une major. C'est ma petite maison à moi... Je me vois souvent comme un paysan.

 

Pendant que tu composes cet album, tu continues de jouer en club...

 

En ce moment, je fais beaucoup de choses. Je suis un peu passé à côté des tournées et des festivals quand j'ai créé la musique  du film « Go Fast ». Aujourd'hui, je suis très content d'y revenir avec ma compilation. Car c'est toujours un bonheur de voyager, de rencontrer d'autres cultures. Pendant la création d'un album, ces voyages aident aussi à la maturation des idées. Les précédents albums, j'étais beaucoup plus cloisonné.

 

Agoria :

 

 

 

 

Tu n'es pas lassé du clubbing ?

 

J'ai joué à Moscou récemment. Je suis arrivé à 23h, je suis reparti à 7h, parce qu'il n'y avait pas d'autre vol. Mais la soirée, dans une usine désaffectée, était extraordinaire. Les Moscovites étaient vraiment là pour faire la fête. Le jour où j'arriverai sur scène et que je n'aurai plus envie de m'amuser, là il faudra que je me pose la question de savoir s'il faut continuer. A 40 ans, je me demanderai si n'est pas ridicule de faire danser des jeunes de 20 ans. Faudrait demander à Laurent [Garnier] ce qu'il en pense. Je le vois toujours comme un enfant quand il joue. Il a ce regard et cette envie. Si j'arrive à garder cette fraîcheur, je pense que je continuerai. Mais physiquement, c'est assez difficile.

Laurent Garnier, que représente-t-il pour toi ?

 

Il m'a toujours beaucoup aidé, même si je n'ai jamais été sur son label. Partout dans le monde, il a toujours prêché la bonne parole me concernant. C'est quelqu'un que j'apprécie à chaque fois de rencontrer et de jouer avec. Il te donne toujours cette énergie que tu peux perdre dans les méandres du clubbing.

 

Recueilli par Lil' Joe

09:14 Publié dans Electro, Interview | Lien permanent | Commentaires (1259) | Tags : agoria, infine

09/02/2010

Delphic entre dans la danse

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Delphic - Acolyte (J'AIME : Beaucoup)

* Qui ? Un quatuor de jeunes Anglais originaires de Manchester, la patrie de New Order. Après quelques singles remarqués, notamment par le label défricheur Kitsuné, ils sortent ici leur tout premier album.

* Genre ? Electro pop hédoniste.

* MySpace de l'artiste : Delphic.

This Momentary :

* Alors ce disque ?

Retour vers le futur. La filiation entre New Order, groupe phare des années 1980, et les jeunes Britanniques de Delphic a déjà été maintes fois soulignée. Plus que l'enracinement à Manchester (après tout, c'est aussi la patrie des frères Gallagher d'Oasis ne l'oublions pas), c'est ce goût pour une pop à base d'électronique aux déflagrations d'abord hédoniste qui semble lier les deux à travers les âges. Mais point de simple nostalgie ici. Les synthés et les rythmiques répondent aux canons du moment, avec une efficacité exemplaire. On entend ainsi un impressionnant déluge de percussions sur l'entraînant "This Momentary". L'important est d'abord de faire la fête et de retranscrire tout un tas de sentiments et sensations variés sur le dancefloor. "You can do everything you want, this is your life", clame le morceau d'ouverture "Clarion Call".

Entre pop et électronique, Delphic a fait le choix de ne pas choisir. Certains morceaux auraient leur place chez des artistes que l'on range habituellement dans la deuxième catégorie. D'autres s'appuient sur un bon vieux schéma couplet-refrain appuyé d'un gimmick pop et de guitares tranchantes. Mais à l'inverse d'Hot Chip qui sur son dernier album se permet d'aller voir complètement ailleurs si l'électronique s'y retrouve, Delphic maintient le long des dix titres de l'album un entre-deux réussi. Le single "Doubt" ou "Submission" s'apparentent à de vraies chansons, là où le turbulent "Acolyte" et l'aérien "Ephemera" se présentent comme des plages instrumentales de formats inhabituels - le premier dure 8'51'', le second 1'31''.

Voix retravaillées, rythmiques répétitives, nappes claires-obscures de synthés... Les machines sont là pour donner une énergie et une étrangeté supplémentaires à la musique des Britanniques. En contrepoint, le chant à plusieurs voix donne un peu chaleur qui sinon manquerait à l'ensemble. Les morceaux usent également à foison de variations de rythmes. L'accélération accompagnée d'un changement de rythmiques est ainsi l'arme fatale qui permet au groupe de faire voyager ses chansons sur les dancefloors, passant au sein d'un même titre d'un genre à un autre. Les orages du post-rock ne sont pas loin npn plus. Puis à la fin, la danse prend généralement le relais et tout s'emballe comme sur "Red Lights, "Halcyon" ou "Remain". Nous revoilà en terrain connu. L'ordre nouveau peut continuer.

KidB

Submission :

* Anecdote  Preuve de leur indéniable affection pour la scène électro rock britanniques, Delphic voulait initialement faire produire son premier album par Tom Rowland des Chemical Brothers ou Paul Hartnoll d'Orbital. Mais c'est finalement le producteur Ewan Pearson (The Rapture, Ladytron) qui a pris les manettes de ce premier essai.

Acolyte :

14:15 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : delphic

02/02/2010

From Hot Chip, with love

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Hot Chip - One Life Stand (J'AIME : A la folie)

* Qui ? Depuis 2006 et le tube "Over and Over", les Britanniques de Hot Chip font partie des artistes électros les plus acclamés de la planète. Particularité, leur musique intègre une bonne dose de pop sans oublier de faire danser. "One Life Stand" est leur quatrième album.

* Genre ? Electro pop lacrymale et jouissive

* MySpace de l'artiste : Hot Chip

I feel Better :

Alors ce disque ?

La tristesse durera toujours. Du moins tant que les Britanniques de Hot Chip seront dans les parages. Pour leur quatrième album, "One Life Stand", les voilà qui reviennent gâcher la soirée en essayant de nous faire pleurer sur le dancefloor. Et le pire, c'est qu'ils en sont parfaitement capables. Car pour le combo, une fête ne serait pas complète sans une petite pointe de mélancolie. Rien d'ultra dramatique, juste le rappel de la solitude de nos vies, de tous ses sentiments qui hantent parfois nos nuits. Le titre s'appelle "I Feel Better". Basé sur une boucle de synthé plaquée sur une rythmique diabolique et des voix retravaillées à l'autotune, c'est juste un des trucs les plus beaux que l'on ait entendu depuis longtemps. Ca commence avec une femme qui demande : "Comment on a pu se perdre ainsi ?" Lui, répond : "Pas question de se quitter ce soir. Dans tes bras, I feel Better." Morale de l'histoire : "Everything's nothing and nothing is ours."

Pour ce quatrième disque, Hot Chip a pris une direction plus épurée, en choisissant d'exacerber l'expression des sentiments. Les couleurs vives se mélangent alors avec des tonalités plus sombres. De "Thieves in the night" ("Baby I've lost you here in the crowd") à "Brothers" ("When will we be three again my brothers"), l'album est traversé par le thème de la perte. Même quant tout semble aller pour le mieux, l'inquiètude demeure. "I've known for a long time you are my love life / So why can't I be bright like my lover's light ?" ("Hand me down your love"). Et sur "Alley Cats" se fait plus menaçante. "The Other night you said you might try to kill that thing I Love". "Slush" et "Take it in" célèbrent heureusement l'amour sur une note plus positive. Tout comme "We Have Love" : "We Have Love / There is nothing else to be proud of".

Musicalement, ce sont donc bien souvent les voix qui prennent le pas sur l'instrumentation. Sur le génial "Slush" tout en chant et en vocalises, les éléments électroniques ont même presque complètement disparu du tableau, preuve que les Britanniques n'ont que très peu de souci des cases. De même sur "Alley Cats" ou "Keep quiet", les voix sont omniprésentes et les rythmiques électroniques mises en sourdine. Mais que les amateurs de dancefloor se rassurent. Hot Chip ne les a pas totalement oublié. Outre le premier single "One Life Stand", sa  boucle de synthé grasse et ses rythmiques entêtantes, "Thieves in the Night" en ouverture, "Hand me down your love" ou même "Brothers" savent aussi accélérer le tempo. Et surtout, "We Have Love", porté par un intrigant gimmick de voix retravaillé par les machines et quelques percussions, a les armes pour décoincer tout un tas de paires de jambes. "One Life Stand" s'impose avec "Contra" de Vampire Weekend comme un des sommets de ce début d'année. A déguster sans modération.

KidB

We Have Love :

Anecdote : Hot Chip revendique des inspirations très variées pour son nouveau disque : jazz, soul, Motown, techno de Detroit et Chicago, Madonna, Willie Nelson mais aussi Susan Boyle, dont les performances télévisuelles auraient marqué le combo.

Thieves in the night :

10:30 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hot chip

16/11/2009

Hudson Mohawke, le Butter et l'argent du Butter

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Hudson Mohawke – Butter (J’AIME : Passionnément)

Retenez bien ce nom : Hudson Mohawke. Car le jeune artiste électro, originaire d’Ecosse, est un des talents les plus prometteurs pour les années à venir. A peine a-t-il sorti son premier album « Butter » chez le prestigieux label Warp que les médias l’annoncent collaborant avec les DJ Italiens de Crookers, la chanteuse soul Erykah Badu, le leader du combo rock Bloc Party, Kele Okereke et, plus impressionnant encore, la chanteuse R’n’B Rihanna avec qui il serait en discussion.

Il faut dire que, long de dix-huit titres abordant des styles très variés, ce premier disque fait figure d’impressionnant C.V. Dès l’ouverture « Shower Melody » donne le ton avec sa petite musique sucrée au synthé matraquée par des rythmiques concassées. « Joy Fantastic » est, pas loin derrière, le premier sommet de l’album rappelant à l’aide de la voix d’Olivier Daysoul l’énergie positive et le groove que peuvent dégager les disques d’Outkast.

Bidouillages ludiques

La musique d’Hudson Mohawke jette alors un pont entre le R’n’B et la musique électronique la plus exigeante. Adepte de bidouillage en tous genres, l’Ecossais laisse ainsi parler ses machines pleines de basses vrombissantes, de petites sonorités ludiques, de voix trafiquées et de boîtes à rythme accélérées. Le résultat doit autant au monde des jeux vidéo et ses glitchs qu’à une musique pop aux mélodies mutantes.

De savantes variations et répétitions permettent à Hudson Mohawke de maltraiter les structures plus traditionnelles et de se tenir légèrement à l’écart des dancefloors. Du sombre « ZOo00OOM » à l’enfantin « Velvet Peel » en passant par l’entêtant « FUSE » ou l’aérien « Star Crackout », le jeune homme réécrit avec aisance les gammes d’un hip-pop défricheur et étrangement beau et harmonieux. On signe pour les dix prochaines années.

KidB

ZOo00OOM :

FUSE :

Velvet Peel :

22:14 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : hudson mohawke

01/11/2009

Turzi, le b.a.-ba électro rock

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Turzi – B (J’AIME : Beaucoup)

Les Français de Turzi aiment brouiller les pistes, même si, chez eux, tout semble très cadré en apparence. Ainsi, après un premier album « A », voici la suite, logiquement intitulée « B ». Sauf que les dix nouvelles chansons, sur lesquelles Bobby Gillepsie de Primal Scream et Brigitte Fontaine font une apparition, viennent un peu casser l’image kraut rock psyché qui colle désespérément à la peau du groupe.

« B » explore ainsi un territoire musical qui va de l’électronique au rock en passant par des sonorités orientales. Certes on retrouve un certain goût pour la répétition mais celui-ci prend ici moins les devants que la débauche d’énergie. A l’heure où les boites à rythmes prennent d’assaut la scène rock, Turzi s’appuie encore beaucoup sur des sons de batterie pour mener la charge à un rythme soutenu.

Riffs rock et fibre technoïde

Synthés et guitares sont ensuite d’attaque. Se drapant même dans des sonorités heavy metal sur un morceau comme « Bombay ». « Beijing », « Baltimore », « Bangkok » ou « Baden Baden » canalisent à coup de riffs et autres accords le moteur rock du disque. Tandis que « Buenos Aires », « Brasilia » ou « Bogota » laissent davantage parler la fibre purement technoïde. Le chant, intermittent, souvent, parlé est, lui, filtré par les machines.

Voyage intense à travers la planète en dix étapes, « B » pioche logiquement dans des sonorités plus exotiques. D’Inde notamment. Le gros rock qui tâche de « Bombay » s’accompagne de motifs orientalisant tout comme « Bethléem » avec ses sons lancinants proches d’un sitar et son chant balbutiant façon mantra. En clôture, les dix minutes de « Bamako » composées avec Areski et Brigitte Fontaine déverse d’entêtantes percussions. Un mot d’ordre : « Nous sommes des mutants. »

KidB

Lire une intéressante interview de Turzi : Ici.

Baltimore (live)

Buenos Aires (Live) :

Bombay (live) :

14:30 Publié dans Electro, rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : turzi

26/10/2009

Fuck Buttons part en vrille

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Fuck Buttons – Tarot Sport (J’AIME : A la folie)

Les amateurs de sensations fortes et de musiques étranges peuvent suivre Fuck Buttons les yeux fermés. Le duo britannique formé d’Andrew Hung et de Benjamin John Power nous avait déjà pris par surprise avec son premier album « Street Horrrsing ». Son successeur, « Tarot Sport », est de nouveau aussi brillant que taré à la frontière de la musique noise et de l’électronique psychédélique.

Les bases de la musique de Fuck Buttons restent invariables. Le groupe enchevêtre boucles vrillées ou lancinantes, drones et rythmiques tribales dans un ensemble purement instrumental. L’univers des britanniques est aussi physique que mental. « Tarot Sport » se joue ainsi des répétitions et d’une incroyable maîtrise de la durée (cinq des sept morceaux approchent les dix minutes) pour mieux pénétrer nos synapses.

Textures liquides et aériennes

Il s’agit ici de se laisser doucement porter vers un ailleurs qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux confins de la folie. Pour la face plus sombre du disque, « Phantom Limb » nous entraîne au cœur d’un chaos sonore foutraque de beats concassés et vrombissements malsains. Quant au morceau « Rough Steez », il semble traverser un épais brouillard à l’aide d’un cheval déterminé à maintenir coûte que coûte son allure.

Les morceaux les plus longs à l’inverse empruntent des sentiers plus liquides ou aériens, dans tous les cas plus lumineux. « Surf Solar » en ouverture et « The Lisbon Maru » annoncent la couleur avec leurs tonalités rock qui refluent comme des vagues. « Olympians » et « Flight of the feathered serpent » dégagent de leur côté un sentiment de joie de haut vol. Leurs lentes montées en intensité nous plongent progressivement vers le septième ciel. Ce Fuck Buttons est foutrement orgasmique.

KidB

Olympians :

The Lisbon Maru :

Rough Steez :

19:25 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fuck buttons

18/10/2009

Noirs Desire

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Desire – II (J'AIME : Passionnément)

Il y a des disques que l’on aime avant même de les avoir écoutés. C’est le cas pour moi des productions du label Italians do it better. Très peu distribués, ces albums à la simple pochette cartonnée sous papier plastique se présentent comme de petits trésors à dénicher. Après quelques semaines de recherche pas très intense, j’ai enfin pu mettre la main sur « II » de Desire, successeur 2009 des révélations Chromatics et Glass Candy.

On retrouve une nouvelle fois ici le génie de Johnny Jewel à la baguette. L’Américain reste fidèle à son esthétique entre disco minimaliste et expérimentations no wave à base de boucles de synthés, de rythmiques électroniques et de lignes de guitares dures et sèches. Plusieurs titres s’accompagnent en plus d’arrangements de cordes ou de solos de saxophones qui les portent littéralement vers des cieux toujours plus déchirants.

Une obsession pop

Mais la vraie star de Desire, c’est la chanteuse Megan Louise. La Canadienne sait parfaitement se jouer du chaud et du froid entre aspiration romantique et dépitement. Avec ses intonations douces et rêveuses, elle fait un peu penser aux filles d’Au Revoir Simone. Notamment sur le très beau « Dans mes rêves » et ses couches de voix superposées. Plus insolite, avec « Oxygène », elle reprend en français un morceau signé du parolier Luc Plamondon (« Starmania », Diane Tell, Diane Dufresne, Garou...). Et même là le résultat est plus que réussi.

D’obédience presque pop, « II » clairement marqué par la nuit. S’ouvrant et se renfermant sur des applaudissements, l’album prend des airs de faux concert durant lequel Megan s’épanche sur ses obsessions amoureuses : « I don’t eat / I don’t sleep / I do nothing but think of you » (« Under your spell ») ou « I can dream about you / if I can’t hold you tonight / I’ll lay awake / all night long » (« If I can’t hold you »). Du dansant « Miroir Miroir » au léger « Colorless Sky » en passant par l’envoûtant « Don’t call », le disque dépeint une suite ininterrompue de désirs inassouvis et de rêves mis à mal par le réel. « Show me your heart and I’ll show you my blood ».

KidB

Miroir Miroir

Under your spell

If I can't hold you :

17:38 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : desire, johnny jewel

 
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