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17/08/2009

Simian Mobile Disco : « On ne voulait pas faire un album simplement dansant »

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Depuis la disparition de leur formation rock Simian et le succès de leur morceau « Never Be Alone » grâce au remix du groupe Justice, James Ford et James Shaw ont fait un sacré bout de chemin à deux. Ils sortent cette semaine « Temporary Pleasure », leur deuxième album sous l'identité électronique Simian Mobile Disco. Un disque où le duo a invité une série d'artistes (Beth Ditto de Gossip, Alexis Taylor de Hot Chip, Jamie Lidell, Telepathe, Gruff Rhys des Super Furry Animals...) à poser leur voix sur des instrumentaux alliant pop et électronique. Rencontre.

Musiciens, DJ, producteurs... Vous écoutez beaucoup de musique ?

James Ford : Beaucoup, oui. On parlait justement avant vous de la difficulté que l'on a aujourd'hui à se poser pour écouter un album. Il y a tant de choses disponibles. On nous envoie des tonnes de chansons et de disques. Il est difficile de passer du temps sur tout.

James Shaw : Même les morceaux que j'apprécie, parfois je ne les écoute qu'une ou deux fois. Alors que quand j'avais 13 ans, je pouvais me passer le même album en boucle. Je connaissais par coeur les intros de chaque morceaux. L'accès à toute cette musique a tendance à réduire notre attention.

Vous réécoutez vos propres albums ?

J. F. : Quels que soit le groupe, je n'ai jamais réécouté en entier un seul des albums sur lesquels j'ai collaboré. Après avoir passé tant de temps à tout décortiquer et travailler un morceau dans le moindre détail, la dernière chose que tu veux faire, c'est de l'écouter. Peut-être dans dix ans par nostalgie.

Mais vous restez attachés à l'idée de produire un album...

J. F. : Bien sûr. Les singles doivent capter au maximum votre attention. Sur un album, les morceaux peuvent répondre à d'autres exigences. Le format offre également plus de satisfaction. On arrive au bout de quelque chose qui résume une année de votre vie.

J. S. : Travailler sur un album permet de cadrer un peu les choses. Puis quand l'oeuvre est terminée, il est temps de s'enthousiasmer sur autre chose. C'est un processus que je trouve très sain.

Chaque titre sonne très différemment des autres...

J. F. : C'est aussi pourquoi on a fait le choix de collaborer avec des interprètes très différents. On voulait faire un disque d'électronique influencé par la danse et pas un album simplement dansant. Il fallait expérimenter différents beats, différents rythmes. On a posé les fondations des morceaux fin 2008, envoyé les fichiers à tout un tas de chanteurs. Au début de l'année, on avait une dizaine de parties chantées. Puis on a finalisé l'ensemble en avril.

J. S. : On se sert de nos ordinateurs portables pour esquisser des idées. Les morceaux prennent ensuite forme en studio.

J. F. : Les machines nous aident beaucoup à trouver de nouvelles idées. On se sert des accidents. Le résultat sonne parfois de manière très différente de ce que l'on cherchait au départ. Ce sont ces moments-là les plus excitants en studio. S'il n'y avait pas ces accidents, le travail deviendrait vite lassant. On a besoin de ce hasard. D'ailleurs, en choisissant de travailler avec plusieurs chanteurs, on se retrouve également avec un tas d'éléments qu'on ne peut pas contrôler. C'est stimulant.

Comment avez-vous choisi les artistes avec lesquels vous avez collaboré ?

J. S. : Ces dernières années, on a pu rencontrer tout un tas d'artistes en tournée ou à travers d'amis communs. Après ce sont les morceaux qui ont eux-mêmes dictés le choix des collaborateurs. Tout le monde ne nous a pas répondu mais, au final, on a eu suffisamment de personnes intéressées.

J. F. : Une fois qu'on avait les instrumentaux, on a cherché quelles voix pourraient les accompagner. Puis on réarrangeait les morceaux une fois qu'on avait obtenu les bandes. Pour certains artistes, la musique était assez proche de leur univers et la juxtaposition était évidente. Pour d'autres, on voulait que la voix aille un peu à l'encontre des instrumentaux.

C'est ce qu'avait notamment réussi le groupe Hercules and Love Affair en utilisant la voix d'Antony...

J. S. : C'était vraiment un choix intelligent.

Audacity of Huge :

 

Quand est-ce que vous savez qu'un morceau est terminé ?

J. S. : Il n'y a pas de recettes toutes faites. Souvent, c'est à l'instinct. Parfois, on continue d'ajouter des choses et le résultat est moins bon. Il faut revenir en arrière.

J. F. : A un moment aussi, on n'a plus trop d'idées pour faire évoluer le morceau. Il faut alors s'arrêter. Chaque partie peut être retravaillée à l'infini mais à un moment, il faut rassembler toutes les couches et que ça fonctionne. Le processus est le même en tant qu'artiste ou en tant que producteur.

Et c'est plus facile d'avancer à deux ?

J. F. : C'est très dur de travailler tout seul. Tu n'as personne pour te guider, te dire si tu es dans la bonne voix ou pas. Dans les groupes de cinq ou six à l'inverse, le risque est que la création parte dans tous les sens. Travailler à deux ou à trois est vraiment à mon avis le format idéal.

J. S. : Depuis le début de notre collaboration, quand on est inspiré sur un morceau, on avance. Sinon, on laisse vite tomber. On a suffisamment d'idées pour ne pas avoir à perdre du temps à retravailler pendant des jours et des jours une chanson jusqu'à ce qu'elle fonctionne.

J. F. : On ne s'acharne pas au-delà d'un jour et demi. On lance quand même beaucoup de morceaux pour n'en garder au final qu'une dizaine. Il y a pas mal de déchets. Des choses que l'on reprendra peut-être plus tard. Etrangement, souvent les morceaux que l'on aime le plus sont ceux qui ont été composés le plus vite.

J. S. : On essaie aussi de tester les morceaux en live. Ca nous permet d'avoir un retour sur ce que l'on fait. En tant que DJ, on apprend à voir si les titres ne sont pas trop longs, s'ils ont suffisamment d'énergie.

C'est important pour vous que votre musique garde un aspect dansant ?

J. F. : C'est très important même si avec ce disque, on avait conscience de faire davantage une musique à écouter chez soi. Quelque chose de plus pop. Il faudrait faire une deuxième version de l'album avec moins de chants et plus de variations de rythme. En tant que DJ, on ne jouerait probablement pas l'album tel quel. Ou alors seulement les instrumentaux.

J. S. : C'est très rare que des morceaux soient à la fois pop et adaptés aux pistes de danse.

Allez-vous garder en concert la même scénographie où vous êtes tous les deux debout à tourner autour des machines ?

J. S. : On avait choisi cette configuration parce qu'elle nous permettait de communiquer pendant les concerts tout en gardant un aspect très dynamique.

J. F. : En se faisant face, on peut être plus flexible. Changer les choses sur le moment. Pour la nouvelle tournée, il nous arrivera peut-être d'avoir des invités sur certaines dates mais on ne compte pas emmener six ou sept chanteurs avec nous en permanence. On devra donc retravailler les morceaux, déconstruire tout ce que l'on a fait en studio.

Recueilli par KidB et BenC

29/06/2009

Gossip fait grand bruit

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Gossip – Music for men (J'AIME : Passionnément)

« Music for men », quatrième album studio du combo américain Gossip, ne figurera peut-être pas dans tous les palmarès des meilleurs disques de l’année, mais il mériterait au moins d’être récompensé pour son artwork. La pochette du successeur de « Standing in the way of control » est en tout cas une des plus réussies que l’on ait vu depuis janvier, parfait reflet d’une œuvre qui tente d’insuffler un peu d’altérité dans un univers pop mainstream plutôt conservateur. Car Gossip a décidé cette fois d’avancer masqué, à l’image du titre « Music For Men » à prendre avec beaucoup d’ironie.

Côté musique, la formule n’a pas beaucoup changé mais la production de Rick Rubin révolutionne le son de Gossip en douceur. La voix de l’icône Beth Ditto est toujours là au premier plan, se jouant allégrement d’effets de vocalises, mais derrière l’instrumentation se fait plus minimaliste et compacte. La basse s’accompagne sur plusieurs morceaux de mélodies aux synthés et de riffs de guitares. Rick Rubin a également choisi de soigner les rythmiques, des percussions et boite à rythme renforçant par moments la batterie métronomique d’Hannah. Malgré deux-trois titres bruts de décoffrage, « Music For Men » tend vers une pop électronique énergique, propice à la danse.

Déchirements intimes

Moins abrasif, ce nouvel album reste toutefois fidèle au message de révolte porté par « Standing in the way of the world ». Beth Ditto prône ici une nouvelle fois la nécessité de rester soi-même contre tous les conservatismes de la société. « I make the right mistakes / and I say what I mean », chante-t-elle sur « Spare me from the mold » là où en ouverture « Dimestore Diamond » fait l’éloge d’une pauvre femme de la rue. Avec un certain sens de la provocation, Beth Ditto place le refrain « Men in love / With each other » sur un titre pop traitant d’une relation amoureuse naissante que l’on pourrait croire écrite du point de vue d’une femme.

Mais plutôt que de s’en prendre au monde entier, « Music for Men » se concentre essentiellement sur la sphère intime. L’amour occupe une très large portion de l’album, un peu pour le meilleur (« Heavy Cross », « Vertical Rhythm ») et beaucoup pour le pire. « Love is for leaving / O is for on time / V is for the voicies warning me I’ll lose my mind / E is for the ending. The unhappy ending of the four letter word » (« Four letter word ») résume bien l’esprit général de « Long Love Distance » et surtout de l’enchaînement « For Keeps », « 2012 » et « Love and let love » qui développent toutes une même vision désabusée des relations. Il n’est pas toujours facile de concilier l’appel de la liberté et la nécessité de rester proches de ceux que l’on aime. Il n’est pas toujours facile d’être une rock star.

KidB

Heavy Cross :

Pop Goes the World :

16:24 Publié dans Electro, pop, rock | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gossip

11/05/2009

Laurent Garnier à bons contes

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Laurent Garnier – Tales of a kleptomaniac (J'AIME : Beaucoup)

L’approche est franche et directe. « On va sauter du coq à l’âne », nous prévient une voix que l’on croirait tout droit sortie d’une radio. A la programmation, Laurent Garnier. Le DJ nous convie avec l’album « Tales of a kleptomaniac » à un festin d’un éclectisme éclatant. Jazz, hip-hop et reggae sont ici passés à la moulinette d’une électronique pleine d’inventivité.

Le disque bénéficie surtout d’un impressionnant travail sur les rythmiques. Aussi puissantes que variées, elles tirent une bonne moitié des titres vers les pistes de danse là où le reste de l’album fait davantage office de nourriture pour l’esprit, à l’image des deux derniers morceaux « Food for thought » et « From deep within ». Ce sens du rythme vient pour partie directement d’Afrique comme sur le sublime « Gnanmankoudji » et ses envolées de percussions.

Comme un lego

Laurent Garnier aime prendre son temps. La plupart des morceaux bien que raccourcis pour la version CD dépassent ainsi facilement les cinq minutes. Un travail sur la durée qui permet au DJ d’affiner ses jeux de construction. « Tales of a kleptomaniac » peut s’écouter comme un sommet de répétitions, de variations et de contrastes. Le musicien aime poser ses boucles avant de les enrichir, les détourner, les superposer et les monter en intensité au gré d’une approche à la fois précise et ludique.

Construit à la manière d’un mix de DJ, l’album embrasse une forme hybride d’électro totale où se mêlent sons organiques, machines, invités de passage – les rappeurs MicFlow et Tumi ainsi que le rastaman Winston McAnuff – et voix directement tirées de plug-ins. En parfait kleptomaniac, Laurent Garnier puise dans toutes les ressources à sa disposition pour exprimer un large éventail de l’expérience humaine. Un voyage spirituel où la musique règne en maître. Comme le clame Tumi, « Let the music speak »…

Kid B

Gnanmankoudji :

22:27 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : laurent garnier

09/05/2009

Sa Magnificence Ribbons

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Ribbons – Royals (J'AIME : Passionnément)

Otez vos chaussures et rentrez sans faire de bruit. Surtout n’oubliez pas de laisser vos soucis derrière la porte. Le multi-instrumentiste Jherek Bischoff vous accueille sous l’identité de Ribbons dans son douillet bric-à-brac mêlant influences classique, pop et électronique. S’y croisent les expérimentations psychédéliques d’Animal Collective et les vocalises de Sigur Ros.

Majestueux, l’album " Royals " prend son temps pour faire naître chez l’auditeur un tas d’images organiques où se mêlent sonorités aquatiques et aériennes. La musique de Ribbons se propage ainsi comme une onde de choc où la finesse d’une instrumentation à la base plutôt rock (guitare et batterie mâtinées d’arrangements de cordes) exerce un vrai pouvoir de sidération.

Intimes confidences

On traverse " Royals " comme dans un rêve rempli de fantômes évanescents. Jherek Bischoff y délaisse les structures traditionnelles de la pop song pour une approche plus évolutive des compositions. Tout semble tenir là avec peine, prêt à disparaître à la moindre seconde. Une fragilité accentuée par la voix poignante de l’artiste, toujours ici dans le registre de la confidence.

Se dégage des neuf morceaux de l’album une forme de lyrisme cotonneux, à l’exception peut-être du plus terrien " Children’s song ". Ethérée, la musique de Ribbons est obsédée par tout ce qui touche à la parole et à la transmission. Ce qui compte ici, c’est de laisser une trace de son passage. " Speak of me ", réclame le narrateur de " The Last and the Least Likely ". " Please don’t tell me / That’s all I was to you ", supplie celui du titre de clôture " All I was ". De notre côté, on n’est pas près d’oublier une telle réussite.

KidB

12:26 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ribbons

19/04/2009

Rone, eau-de-vie

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Rone – Spanish Breakfast (J'AIME : Beaucoup)

Le plus beau compliment qu’on aurait envie de faire à Rone, c’est lui dire que son électronique génère chez nous une douce euphorie. Et si son premier album s’appelle « Spanish Breakfast », on le recommande sans modération au réveil pour attaquer la journée. Attention, toutefois, les dix morceaux qui composent le disque n’ont rien d’un voyage au pays du matin calme.

Les rythmiques mènent le bal d’un pas certes plutôt léger et souple mais toujours alerte. Elles nous entraînent à toute allure au cœur d’un univers fait de douces nappes de claviers et d’enchevêtrement de boucles entêtantes. Ces motifs mélodiques vont et viennent au gré des morceaux, disparaissant un temps pour revenir de façon plus intense l’instant suivant.

Du sucré au salé

La musique de Rone se joue de contrastes avec une note d’humour. Un monologue hargneux d’Alain Damasio accompagne ainsi la mélodie très lumineuse de « Bora Vocal ». Sur « La Dame blanche », c’est la planante partition de saxophone d’Adrien Roch qui se frotte à des boucles plus grasses.

A la manière d’un brunch, « Spanish Breakfast » commence par du sucré pour finir au salé. Après une intro planante et le beau titre éponyme, on déambule dans « Belleville » et ses fines sonorités africaines avant de se plonger dans les échos aquatiques d’ « Aya Ama ». Puis peu à peu la musique se fait plus orageuse. Les grésillements, les motifs sombres et les rythmiques dures prennent le pas sur un tempo tout aussi échevelé. La journée peut commencer.

Kid B

15:49 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : rone

14/04/2009

Telepathe, esprit malin

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Telepathe - Dance Mother (J'AIME : A la folie)

Beauté noire. Là où des producteurs comme Timbaland ou Pharell Williams ont donné il y a quelques années un sacré coup de fouet au R’n’B, David Sitek, tête pensante des TV on the radio, est entrain de donner ses lettres de noblesses à la pop défricheuse. Après le coup de maître Foals l’an passé, le voilà aux manettes de l’incroyable millefeuille sonore créé par le duo New Yorkais Telepathe.

Sur leur premier album intitulé « Dance Mother », Busy Gangnes & Melissa Livaudais empilent voix, lignes de synthés, basses, percussions et boites à rythme pour un résultat terriblement excitant. D’inventives textures de claviers accompagnées de rythmiques souvent répétitives dessinent un univers froid auxquelles viennent se frotter les voix éthérées et entremêlées des deux chanteuses.

Charme vénéneux

Cette habilité à insuffler par le chant des lignes mélodiques au milieu d’un univers électronique touffu et sombre rappelle dans ses meilleurs moments les expérimentations du « Kid A » de Radiohead. C’est notamment le cas sur les sept minutes du morceau « Trilogy », qui commence comme le conte enfantin de jeunes amoureux en fuite pour se terminer en doux susurrement sanglant au fond d’un puits après une folle course meurtrière.

Si la violence est un thème omniprésent tout au long du disque – « Je veux te voir dans d’atroces souffrances » peut-on entendre sur le titre « Michael » ­- celle-ci est souvent mise à distance par la légèreté d’un phrasé traînant. « So Fine » proclame ainsi la très belle chanson d’ouverture où le rêve et la mort cohabitent dans un même cœur. En l’espace de neuf morceaux, « Dance Mother » se déploie comme le plus séduisant des cauchemars.

Kid B

 
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