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01/04/2010

Alizée : "Je ne peux pas faire tout le temps des choses très colorées"

Alizée-Camille-Vivier-05.jpg

L'ex-lolita poursuit sa mue. Avec son nouvel album «Une enfant du siècle», ­Alizée se réinvente en muse électro-pop plongée dans le New-York des années 1960. Le résultat d'une rencontre fructueuse avec le label électro Institubes. Rencontre.

Votre nouvel album «Une enfant du siècle» est née de la chanson «Fifty-Sixty» sur le précédent...

«Fifty-Sixty» était le deuxième single de «Psychédélices», écrit par le parolier Jean Fauque [collaborateur notamment d’Alain Bashung]. J’ai donc cherché à en faire des remixes. David Rubato, un des producteurs du label Institubes, en a envoyé un différent des autres. Pas du tout destiné aux clubs. C’était une nouvelle chanson. Les arrangements étaient un peu modifiés, le rythme ralenti, il avait rajouté des voix. J’ai donc fait un clip en reprenant sa version. Et rencontré Jean-René Etienne, le patron du label Institubes. De là, on est parti sur l’idée de faire un mini-album de transition, de cinq titres, autour du concept d’une jeune fille qui rencontre Edie Sedgwick, connaît la Factory et cette époque d’Andy Warhol. Du coup, j’ai rencontré les autres producteurs, Château Marmont, Rob, Para One. Qui finiront sur «Une enfant du siècle».

Au final, on se retrouve avec un véritable album…

Les chansons se sont multipliées et on a pu faire un vrai album de dix titres tout en gardant le concept de départ. Je voulais faire un album différent, d’un album classique et autobiographique. Il s’écoute comme un roman où chaque chanson raconte une histoire qui a vraiment sa place dans le track-listing.

Comment s’est passée la collaboration avec les producteurs ?

On est parti du remix de «Fifty-Sxity». Chaque producteur s’est inspiré de ça et était à l’écoute du travail des autres pour qu’il y ait une vraie cohérence entre les titres et que l’histoire soit là. J’ai reçu au fur et à mesure des chansons, quasiment terminées. Il ne manquait plus que la voix.

Il fallait ensuite se les réapproprier…

Oui, ce n’était que des maquettes avec une autre voix pour fil rouge ou simplement la mélodie au piano. Il fallait ensuite que je pose ma voix. Que j’y intègre mon univers. Le deal de départ, c’est que je ne voulais rien changer dans ma façon de chanter, dans ce que je suis. Après, c’est l’histoire d’une rencontre, d’un échange. Moi, mon chemin est tracé. Je sais ce que je voulais faire. Après eux ont apporté leur couleur, leurs sons, sans rien m’imposer. Je voulais faire un album de variété pop. Que les gens me reconnaissent.

On retrouve dans «Une enfant du siècle» des choses que vous aviez déjà commencé à mettre en place sur «Psychédélices», comme le parlé-chanté…

«Psychédélices», c’était le premier album que je produisais. J’ai pu choisir les choses, les personnes avec lesquelles je voulais travailler. Mais il y a forcément des imperfections. Même si j’étais bien entourée d’artistes avec de forts univers comme Bertrand Burgalat, Daniel Darc, Oxmo Puccino... L’approche était plus éclectique alors que là tous viennent du même endroit.

L’éclectisme de «Psychédélices» a pu dérouter ?

Peut-être. C’est vrai que le public français est vite déstabilisé. Aux Etats-Unis, et même dans d’autres pays, les artistes passent facilement d’un style à l’autre. Nelly Furtado, on l’a connue avec un album folk et elle est revenue avec un disque rap produit par Timbaland. Et les gens aiment et suivent. En France, c’est plus compliqué. Il ne faut pas lasser son public, ni le dérouter.

Peut-être que l’accumulation d’albums rendra les choses plus lisibles aussi à un moment…

Oui. Après, je pense aussi que j’ai grandi. On m’a connue j’étais très jeune. J’avais 15 ans. Et les gens ont eu du mal à me voir grandir. Vanessa Paradis, on l’a longtemps considérée comme une enfant et on lui a longtemps reparlé de «Joe les Taxi». On doit lui en reparler encore même. Moi, j’ai vécu un peu la même chose, même si les gens commencent à comprendre que j’ai dix ans de plus. Mes envies, mes goûts changent. Et on le ressent à travers la musique et à travers l’image.

Tu gardes quoi de toutes ces années d’apprentissage ?

Ca a été une très bonne expérience pour moi. Je pense que j’ai été à la meilleure école française. Mes producteurs [Mylène Farmer et Laurent Boutonnat] m’ont quasiment tout appris. Je n’aurais jamais pu produire mes disques si je n’avais pas travaillé avec eux. Mais à l’époque, l’image était déjà créée avant que je les rencontre. «Moi Lolita» était déjà écrite. Ils étaient auteurs-compositeurs. Tout était géré par eux. Maintenant, je n’ai besoin que de faire appel à des producteurs de musique. Là, je choisis les vêtements que je veux porter, les différentes éditions du disque. Mon rôle sur ce disque se rapproche un peu de ce que faisaient mes premiers producteurs. Déterminer une direction, une image. Tout contrôler. Après Institubes est compositeur de l’album.


Fifty-Sixty (David Rubato remix) :


En quoi l’univers de la Factory, de ces années là vous touche ?

Quand Jean Fauque m’a proposé le texte de «Fifty-Sixty», ça m’a attiré parce que j’ai toujours aimé Andy Warhol, la mode, New York. Puis on m’a proposé de faire un album concept autour de ça. Je trouvais intéressant de faire un album différent. Surtout autour de la figure d’Edie Sedgwick qui inspire une partie du disque qui est totalement à l’opposé de moi. Elle est morte à 28 ans. Moi, j’en ai 25. Elle était beaucoup dans la drogue, tout ça. C’était aussi l’occasion de parler de la Factory. De voir que tous ses artistes n’ont rien perdu de leur aura aujourd’hui. On continuera toujours à en parler. C’est quand même fascinant.

J’ai un peu l’impression qu’il y a à la fois la volonté de faire un album très contemporain et hors du temps…

J’ai voulu faire un album moderne. Qu’il marque les années 2010 comme «Lolita» a pu marquer les années 2000. Après il y a pleins de sons des années 1980. On peut mélanger pleins de chose. Mais il faut vivre avec son époque.

Il y a aussi l’esthétique de la pochette avec le noir et blanc…

Moi, j’aime beaucoup le noir et blanc. Les polaroids. J’aime les choses uniques. On ne développe plus les photos comme on n’achète plus de disques. C’est des choses qu’on perd et ça me dérange un peu.

Comment avez-vous abordé les textes ?

Je trouve les textes de Jean-René Etienne, qui dirige le label Institubes, du niveau de ceux de Mylène Farmer, qui est pour moi une référence. Le seul qui pouvait passer après elle pour moi c’était Jean Fauque. C’est le maître de l’écriture poétique. Il n’y a qu’à voir son travail pour Alain Bashung. Jean-René Etienne va bien dans ce style-là. Et je ne voulais pas écrire les textes moi-même. Et je ne voulais pas que les paroles ressemblent à ce qu’un enfant ou un ado aurait pu écrire. Il est important pour moi que dans mes disques il y ait une certaine lignée d’auteurs qui ont une façon d’écrire.

Il y aussi une forme d’humilité…

Je ne me vois pas chanter des choses simples. C’est une façon de se protéger aussi. Je n’aime pas parler de moi, étaler ma vie. Que les choses soient complexes, racontées à travers une histoire, ça m’arrange.

La difficulté c’est de s’y retrouver, de s’y exprimer…

Là forcément il y a quelques mots, quelques phrases de moi. Mais on me retrouve beaucoup moins que sur les autres albums.

Le disque dégage une forme de romantisme

Plus que sur les autres, mais c’est normal j’ai 25 ans. Je suis plus adulte qu’avant. Le côté romance apparaît plus.

Le disque explore aussi des choses plus sombres…

Je ne peux pas faire tout le temps des choses très colorées. Etre souriante. Ca n’existe pas les gens qui sont tout le temps comme ça. Je suis très heureuse, très épanouie mais il y a des jours où je n’ai pas envie. Où je suis plus mélancolique. Ca se ressent plus dans cet album.


Alizée - Limelight :


La Factory, c’est aussi les lumières qui éblouissent et peuvent corrompre. Ce sont des choses dont vous essayez de vous préserver…

Je ne me montre que quand j’ai quelque chose à proposer musicalement. Dès que la promo est terminée, ça n’a aucun intérêt que l’on me voit. Il faut bien faire la part des choses.

Il y a forcément aussi quelque chose de ludique à entrer dans cet univers…

On a d’abord la chance de faire un métier qui est d’abord une passion. Pour moi, tout ce qui artistique est ludique. Pour les prochains albums, je veux continuer à rencontrer des gens qui vont m’apprendre des choses. L’électro, je ne connaissais vraiment pas avant. Du coup, j’apprends, je découvre. C’est passionnant.

Les producteurs vous ont fait découvrir des artistes ?

Pas pour le disque. Ils s’en foutent de ça. Ils ne veulent pas que j’ai une certaine culture musicale. Ils sont juste venus à ma rencontre le temps de ce projet.

Il y a un côté un peu Gainsbourg sur le disque…

C’est un héritage assumé. Le remix de «Fifty-sixty» de David Rubato était très Gainsbourg. J’aurai adoré travaillé avec lui. Ca reste une référence pour beaucoup de gens.

Il avait la même démarche de s’intégrer dans différents univers musicaux…

Et il le faisait bien. Les gens ont suivi. Peu de personnes ont une même démarche aujourd’hui.

Il y a aussi une constante sexy dans sa musique comme dans la votre…

C’est vrai mais ce n’est pas forcément réfléchi. Il y a des choses qui se font naturellement.

Au-delà des chansons, on sent chez vous la volonté de mettre en avant un univers…

C’est ce que je veux. Faire rentrer les gens dans un univers, les faire voyager. Les gens écoutent de la musique pour se détendre, donc c’est important.

Qu’est-ce que vous a apporté votre réussite à l’étranger ?

Une certaine fierté. De pouvoir voyager, rencontrer des gens qui connaissent mes chansons même si elles sont en français et qu’ils ne parlent pas la langue. J’espère que ça va durer. Après c’est que du bonus pour moi. Je ne pense pas à ça en faisant les choses. J’essaie d’abord de me faire plaisir puis mon principal public est ici. En France. Là, je chante une chanson en espagnol, d’autres en anglais, mais c’est plus pour le clin d’œil. Et un concours de circonstances. La femme de Rob est espagnole. Adanowsky, son meilleur ami qui a écrit les paroles, vit au Mexique. Pour l’instant, je n’ai vraiment pas envie de faire un album tout en espagnol ou tout en anglais. Pour ce disque, ça m’a juste amusé de le faire.

 

Alizée - Factory Girl

 

Le disque est très produit. Comment comptez-vous l’adapter pour la scène ?

On veut garder quelque chose de très proche. De très produit, de très électro.

Ta démarche se rapproche plus de celles d’artistes étrangers…

Les gens prennent moins de risques en France. Une des rares qui le fait c’est Vanessa Paradis, collaborant avec Gainsbourg, Lenny Kravitz, M... Il faut toujours avoir le souci de proposer quelque chose de neuf. Après c’est à moi de bosser.

Pas compliqué d'avoir commencé avec un si gros succès ?

Non. One ne pourra pas faire plus gros que «Moi, Lolita». Aussi bien peut-être, mais le marché du disque a beaucoup changé. Aujourd’hui, j’essaie juste de faire les choses bien. Le marketing, tout ça, ce n’est pas mon boulot, c’est celui de la maison de disque. Moi, j’emmène un produit fini avec des chansons, une histoire, mon image. Puis le public a le dernier mot.

L’an passé, Sébastien Tellier a sorti un album un peu dans la même couleur musicale…

Rob a bossé dessus d’ailleurs. Moi, ce n’est pas ce que j’écoute. Dans mon iPod, il y a surtout des choses très populaires : Gorillaz, Madonna, Michael Jackson, Gainsbourg… Mais bon, branché, mainstream… ce sont des choses qui ne veulent plus dire grand-chose. Il y a des gens qui font une musique de qualité et les autres, c’est tout. C’est très français de cataloguer les gens. Château-Marmont, si les gens les connaissaient, ils seraient très connus. Parce qu’ils font de la bonne musique.

Recueilli par KidB

10:32 Publié dans Electro, Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (459) | Tags : alizée

12/03/2010

Gorillaz : "Rhum, sodomies et abordages. Rien à jeter là-dedans"

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A l'occasion de la sortie de "Plastic Beach", troisième album de Gorillaz - le groupe créé par Damon Albarn et Jamie Hewlett, interview de Murdoc, son bassiste et leader bien virtuel.
     

Après la dernière tournée, les membres de groupe sont-ils allés en cure de désintox ?

Rehab ? No ! No ! No ! En fait, après le concert à New York en 2006, j’ai décidé que j’avais besoin d’un break. Pour moi, la porte s’est refermée sur Gorillaz ce soir-là. J’étais écœuré par le goût et l’odeur que dégageait le groupe. J’avais besoin d’un long week-end loin de tout. Et je me suis débrouillé pour qu’il dure trois ans.

Je pense que je voulais juste purger mon âme de tout ce qui concerne Gorillaz. L’album « Demon Days » a été comme un long tunnel pour nous tous. Je crois qu’aucun autre groupe n’a réellement expérimenté les singeries ennuyeuses que nous avons traversées. Exorcismes, tentatives d’assassinats, la Grande Faucheuse, collaborations avec Madonna, îles flottantes, Black Clouds… et cet idiot de 2D.

Noodle a disparu et nous n’avons plus de ses nouvelles depuis qu’elle a été descendu dans le clip de « El Manana ». Tout comme Russel qui avait déjà connu quelques problèmes de santé mentale par la passé et ce n’est pas la première fois qu’il déserte. 2D, lui, est toujours dans les parages. Je n’arrive pas à me débarrasser de cette glue, il est pire que l’herpes.

 

Quand avez-vous ressenti le besoin de retourner en studio ?

C’était aux alentours de mai 2007.J’ai commencé à penser qu’il était temps d’assembler de nouveaux morceaux de Gorillaz. Mes poches étaient vides, j’avais une inflammation du foie mais ma tête et mon cœur étaient pleins de grands projets et de plans complexes  pour une nouvelle charge de Gorillaz. Le box office est rempli de pacotille.

« Demon Days » a été bien rentable et j’ai tout investi dans des stupides compagnies de téléphones portables et sur des projets de construction de pyramides. J’ai acheté un lot de pyramides à Gizeh, en Egypte à un certain Bernard Madoff. Les contrats n’étaient pas pires que le parchemin sur lequel ils étaient imprimés. Mais Madoff s’est tiré avec l’argent.

Je me suis aussi lancé sur le marché de la vente d’armes. C’était sympa ! J’ai battu en retraite quand j’ai rencontré certains… clients non satisfaits. Un groupe de pirates baptisés Les Nuages Noirs étaient mécontents parce que je leur avais vendu de la camelote. J’essayais juste d’apporter ma contribution pour construire la paix mondiale en leur donnant des armes qui ne fonctionnaient pas. Mais ils sont après moi maintenant. Tout ce que je pouvais faire était de fuir, et vite. J’ai tout essayé pour vendre nos studios, Kong. Mais même en le mettant en vente sur www.immensestudiohantéhorsdusageaumilieudenullepart.com, je n’ai pas trouvé preneur. Alors j’y ai mis le feu et j’ai touché l’assurance. Mouahahaha. Parfois, il faut brûler le passé pour construire un nouveau futur. Des cendres des studios Kong, Plastic Beach a surgi tel un gros cygne dégeu.

 

Quels genres musicaux vouliez-vous explorer dans cet album ?

Mmm… Subcore, bluegrime, electrowazzle, grindgrass, paper folk… Bon, je plaisante (Ma blague rend en français ?). Tu devrais écouter les chansons, mec. Elles te mèneront dans la bonne direction. Il n’y a jamais de plan prédéfini quand nous commençons un album de Gorillaz. Je veux dire, à part accomplir notre complète domination sur le monde.

 

Pourquoi être allé dans un endroit aussi reculé que Plastic Beach pour enregistrer l’album ?

Parce que les Nuages Noirs en ont toujours après moi. Je devais vraiment me cacher dans un endroit isolé. Quelque part où même Google ne pouvait pas me trouver. J’ai laissé derrière moi une piste semée d’embûche, un vrai bordel. Et Plastic Beach est le point le plus éloigné de tout. Parfait !

 

Ca vous a plu de transformer Lou Reed en un personnage de cartoon ?

Oui. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour être honnête. J’ai grandi en écoutant Lou Reed et le Velvet Underground. Bon grandir, c’est peut-être pas le bon mot mais quand j’étais jeune quoi. J’adore ses albums solos « Magic Loss », « The Blue Mask » et « Transformer » bien sûr. Produit par Daviiiiiiid Booowwwieeeeee.

 

Vous avez piraté des radios et des sites internet pour faire la promotion de l’album. Ça vous plaît de vivre comme un pirate ?

Ouh ! Ah ! Bien sûr, j’ai toujours aimé ça. Rhum, sodomie et abordages ! Rien à jeter là dedans.

 

Après les « D-Sides » et les « G-Sides », il y aura-t-il un « J-Sides » ?

Non imbécile, i, C-Sides (seasides [le bord de mer en anglais]. Note à moi-même : ce gag ne marchera qu’en anglais). De nombreuses chansons enregistrées ces derniers mois ne sont pas sur l’album. Elles verront le jour à un moment ou à un autre.

 

« Plastic Beach » est-il votre dernier album ?

Disons que oui. Ne venait pas chialer après ça. Mais comme Destiny’s Child, je suis un « survivor ». Ce n’est pas le chapitre final des aventures de Murdoc Nicalls… J’aborde chaque enregistrement comme mon dernier… et mon premier.

 

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Je pourrais bosser comme vendeur de fringues ou dans une mercerie. Ou peut-être dans un magasin de chapeau. Je dirais : « Quelle est votre taille, monsieur ? – Sept et un quart. – Bien, je crois que nous avons ça. » Je pourrais faire ce genre de choses.

 

Et un film d’animation ?

Oh, on nous a déjà proposé ça à l’époque de « Demon Days » mais avec ces gens-là, on ne fait rien d’autre que de parler. J’aime être le capitaine de mon propre bateau : Gorillaz, Navire de Sa Majesté. Et ça ne serait pas le cas avec un film. Mais quand « Plastic Beach » nous aura ramené pas mal d’argent, peut-être achèterai-je mon propre studio de cinéma. Ah ouais ! Ce sera un film de Grand Moghol ! Oublie le magasin de chapeau, c’est mon nouvel objectif de carrière maintenant !

 

Récemment, plusieurs groupes se sont séparés après un concert à Paris. Comment abordez-vous le fait de devoir jouer à Paris ?

Ouhouhou, j’ai peur… Non, sans rire, JE suis Gorilazz. Et même si j’ai très mauvais caractère, je ne peux pas me séparer de moi-même.

 

Que pensez-vous de la reformation récente de plusieurs groupes des années 1990 : Pixies, Pavement, Rage Against the Machine, Blur…

Ce que j’en pense ? Pas grand-chose. Même mon énorme cerveau a ses limites. Et si je pense aux « groupes des années 1990 », il n’y a plus assez de place pour le reste de mes activités mentales.

 

Au-delà des genres musicaux explorés et de vos nombreux invités, quelle est la vraie nature de Gorillaz ?

Oh mon Dien (en français dans le texte). C’est un peu trop métaphysique pour quelqu’un qui vient de commencer sa journée avec un rhum-cassis. Disons que notre vraie nature est… le mouvement. Nous sommes comme la mer qui s’étend autour de notre paradis de plastique : en mutation permanente, inexorables et inéluctables. Nous sommes i-n-é-lu-c-t-a-b-l-e-s.

Recueilli par KidB, ChapB et MajU

14:10 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (153) | Tags : gorillaz

09/03/2010

Agoria : « Avec Infiné, on veut s'affranchir des styles et des sentiers battus »

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Aufgang, Rone, Danton Eeprom, et maintenant Clara Moto. Le label français Infiné publie depuis quelques mois une série de premiers albums réjouissants, qui élargissent le spectre de la musique électronique. Cofondateur du label, le DJ Agoria revient sur les débuts de cette aventure. Il raconte aussi la genèse de son double album mixé, «Balance 016», qui sort en mars chez EQ Recordings.

 

Pourquoi avoir créé Infiné ?

 

On est quatre comparses dans ce projet. Je suis la partie visible. Mais il y a également Alexandre Cazac, qui est aussi le manager du label Warp en France, et qui s'occupait de mes intérêts depuis plusieurs années. En 2006, on a eu la chance d'écouter un pianiste, Francesco Tristano, qui vient de la Juilliard School de New York, une excellente école de piano. On a été surpris d'entendre qu'il reprenait des grands classiques de la musique électronique. Aussi bien «Strings of Life» de Derrick May, que «The Bells» de Jeff Mills ou des morceaux beaucoup plus improbables comme « Andover » de Autechre. Tout ça, entouré dans un répertoire d'interprétations de Bach ou de Pascal Dusapin. On a été bluffés par ce mec. A la base, on a créé Infiné pour sortir son premier album «Not For Piano».

 

Avec Alex, depuis des années, on avait déjà cette idée en germe de créer un label. Mais Francesco a vraiment été le déclencheur. On n'est pas déçus d'avoir commencé ce petit bonhomme de chemin. On s'est toujours dit qu'on allait faire ça à la cool, sans objectif précis. Voilà... Cela fait trois ans  qu'Infiné existe et les gens commencent à référencer ce label et à en parler. Mais on n'a jamais eu de plan de bataille écrit. On s'est simplement dit qu'on voulait signer des trucs qui nous excitaient et qui soient des coups de cœur, des trucs qu'on a pas le loisir d'écouter, des choses qui sortaient un peu de tout ce qu'on a l'habitude d'entendre dans la musique électronique.

 

Même si on est baignés par cette musique-là, on n'avait pas envie de faire un label pour ne sortir que des DJ tools. Il y a tellement de labels qui font ça très bien. On s'est juste dit : « Allons vers ce qui nous touche le plus, même si on prend des risques insensés. » On a été très surpris de voir que ce qui nous plaisait le plus, le plus risqué, est ce qui marchait le mieux. Comme quoi, on a souvent des idées bêtes et préconçues de ce que les gens vont aimer. A chaque fois, on se trompe complètement. Par exemple, le projet Aufgang, avec Tristano, Rami Khalifé et Aymeric Westrich, le batteur de Cassius, rencontre des échos extraordinaires à l'international.

 

Aufgang :

 

 

 

Le slogan de InFiné, c'est « Easy music for the hard to please ».

Vous vous adressez donc à un public exigeant ?

 

Aujourd'hui, tout est très marketé, c'est une histoire d'image et de communication. Les artistes qu'on signe sont aux antipodes de ça. C'est pour ça qu'on dit que c'est pour des gens difficiles à séduire. Mais ça ne veut pas dire que c'est forcément inaudible pour un profane. «Hard to please», c'est peut-être parce que c'est pour les gens qui vont un peu plus loin que ce qu'on leur donne à écouter. C'est pour des gens qui vont par eux-mêmes trouver leur bonheur.

 

Aufgang, qui est sorti en France en même temps que Danton Eeprom, n'a pas bénéficié d'autant de presse ou de visibilité. Pourtant, il marche encore mieux. «Groove», un magazine allemand que j'adore, et qui est l'un des magazines les plus défricheurs pour la musique électronique donne sa couverture de mars à Aufgang. On est très content de cela, mais ce n'est pas quelque chose qu'on a recherché.

 

Il y avait un des morceaux de Tristano qui figurait sur un de tes mixs...

 

Oui, C'était la reprise de Derrick May, «Strings of Life» sur «Cute and Cult». C'est à ce moment-là qu'on a rencontré Francesco. En 2005, je crois. On avait enregistré dans un petit studio, vite fait, pour pouvoir le mettre sur la compilation.

 

Dans la foulée de Tristano, vous avez signé d'autres artistes...

 

Oui, la deuxième signature, ça a été Danton Eeprom. J'avais entendu un morceau qu'il avait sorti sur le label Virgo, le label d'un Marseillais qui s'appelle Paul. J'avais flashé sur la B-Side. Et donc, je suis rentré en contact avec lui. Je lui ai proposé de nous envoyer des choses qu'il avait faites. Bonne pioche ! Depuis, le petit père a un début de carrière prometteur. Le troisième, c'est le Mexicain Cubenx. Sa musique dancefloor et mélancolique nous a beaucoup séduit. Pendant cette période, j'ai rencontré Clara Moto. On a joué ensemble au Montreux Jazz Festival. L'organisation avait oublié de me chercher à la gare, ça nous a permis de discuter un petit peu. Elle sortait juste de la Red Bull Music Academy. J'ai été séduit par ses morceaux, donc on a très vite fait un disque avec elle.

 

Mais on essaie de ne pas trop signer d'artistes, de ne pas nous éparpiller. Demain, je pourrais très bien appeler James Holden ou Carl Craig pour leur demander des morceaux afin d'avoir plus d'exposition. Et on s'est dit qu'on voudrait quelque chose avec nos artistes uniquement, pour avoir un côté fraternel et familial avec Infiné.

 

Comment définirais-tu « Polyamour », l'album de Clara Moto ?

 

C'est de la techno touchante et plutôt minimale, même si je n'aime pas beaucoup ce mot. Je préfère parler de minimalisme. La minimale, ça porte bien son nom : en général, avec deux ou trois plugs, certains font un morceau qu'on oublie tout aussi vite. Clara Moto, c'est beaucoup plus touchant et profond. C'est une artiste qui a une musique très sensuelle douce et suave, un peu à son image. Dans la vie de tous les jours, c'est un petit ange. Au premier abord, elle a l'air de quelqu'un très fragile et au final, elle est solide. On sent tout cela dans sa musique. Sa personnalité me touche beaucoup. Les morceaux chantés avec Mimu, c'est tout ce que j'aime dans la deep house.

 

Tu as pas mal retravaillé son album, pourquoi  ?

 

Dans la musique électronique, la production est très importante. Ce qu'on pourrait souvent faire comme grief aux albums technos, c'est que c'est plus une collection de morceaux ou de maxis. Ils sont parfois un peu longs et les albums durs à écouter : 7 ou 8 minutes fois dix. On est un peu lassés au bout d'un moment. On l'a donc poussé à éditer les morceaux et à aller à l'essentiel. Un mec comme Rone nous a donné son album, « Spanish Breakfast », on a quasiment rien eu besoin de lui dire. Il n'était pas DJ, donc il n'avait pas cette notion de boucle et de loop et de répétition. L'évolution de l'album était plus simple.

 

Clara Moto :

 

 

 

Quand on n'est pas DJ, c'est donc plus facile de composer ?

 

Il y a une codification dans la musique électronique. Par exemple, pour qu'un DJ ait le temps de jouer son disque, il faut une minute de beats au début pour le rentrer facilement afin que que ça soit fluide. Sur l'album, on n'a pas besoin que les morceaux s'enchaînent bien les uns avec les autres. Ce n'est pas forcément le même travail de production que pour un maxi, où il faut penser au DJ qui va le jouer.

 

Quelles sont vos prochaines signatures ?

 

Les Spitzer, qui sont très proches de moi, et Arandel, dont on va sortir l'album en avril. Ce jeune fou a décidé de faire un album uniquement autour du mi bémol. Tous les morceaux sont en mi bémol et reprennent uniquement les mêmes instruments. Ça m'a totalement bluffé. Francesco Tristano nous avait fait le disque «Auricle», deux pièces de 20 à 25 minutes. J'ai demandé à Arandel s'il voulait nous faire aussi quelque chose de conceptuel. Il est venu avec ce projet barré, le résultat est extraordinaire.

 

Infiné éclate les genres, non ?

 

On veut s'affranchir des styles et des sentiers battus. On veut créer de la surprise. Quand les gens achètent ou écoutent un disque d'Infiné, ils peuvent être surpris. Dans les années 1990, j'achetais des disques sans même savoir ce qu'il y avait dessus. Aujourd'hui, c'est impensable, quand on achète le disque, on sait ce qu'on va écouter. En raison de l'accessibilité à outrance de la musique, on perd cette cette naïveté et cette virginité.

 

Ton troisième mix, le double CD « Balance 016 », sort ce mois-ci.

 

Ce mix m'a pris beaucoup de temps. J'ai passé trois ou quatre mois à chercher les morceaux. Je me suis demandé l'intérêt de faire une nouvelle compilation mixée alors qu'il y a des podcasts chaque jour sur plein de sites Internet.  Mon premier CD, « Cute and Cult » avait été fait uniquement de façon analogique, avec des platines et des CD, sans aucun artifice, sans ordinateur. Le deuxième avait été fait avec un mélange de tout ça.

 

J'ai fait un mix qui n'est pas linéaire, mais circulaire. C'est un cycle : je commence et je finis avec le même morceau. Le milieu du mix, sur le CD1, est la pointe d'un triangle... Après, on redescend doucement. Je perds volontairement l'auditeur pendant deux ou trois minutes pour le recaresser vers la descente. J'ai beaucoup aimé ce travail de superposition de couches pour arriver à ça, à un certain équilibre. C'est le juste milieu entre toutes les influences musicales et des manières de mixer et d'appréhender la recherche musicale.

 

On a fait un concours pour trouver des nouveaux artistes : on a reçu près de 1000 morceaux, j'en ai trouvé une quinzaine qui m'ont vraiment plu. J'en ai mis un sur le CD, les Polonais de The Same. Mais une douzaine de morceaux sont exclusifs sur ce CD : je les ai trouvés via mes réseaux, via Internet ou des blogs. Et pour que ça ne soit pas trop daté dans le temps, je suis allé chercher dans mes disques... J'ai retrouvé par hasard un disque d'Avril qui reprenait « French Kiss ». J'ai aussi demandé à mes amis de me faire écouter tout ce que je pourrai ne pas connaître. Chacun m'a amené cinq disques. Avec toute cette foison musicale, le concept de « Balance » est venu de lui-même.

 

Tu travailles actuellement sur ton prochain album...

 

C'est difficile d'en parler, car je suis vraiment dedans. Je n'ai aucun recul. J'ai souvent fait des albums très éclectiques. Il est possible que celui-ci soit plus homogène.

 

Tu vas le signer sur le label Infiné ?

 

Je pense, oui. Pendant les premières années, je ne voulais pas vampiriser avec mon nom les artistes que je signais, alors qu'ils faisaient quelque chose de totalement différent. J'ai bien aimé le fait que les artistes existent par eux-mêmes, avant même que les gens savent que c'était mon label. Aujourd'hui, maintenant que le label existe par lui-même, je n'ai pas de scrupule à faire ça. Je n'ai aucune envie d'aller signer sur une major. C'est ma petite maison à moi... Je me vois souvent comme un paysan.

 

Pendant que tu composes cet album, tu continues de jouer en club...

 

En ce moment, je fais beaucoup de choses. Je suis un peu passé à côté des tournées et des festivals quand j'ai créé la musique  du film « Go Fast ». Aujourd'hui, je suis très content d'y revenir avec ma compilation. Car c'est toujours un bonheur de voyager, de rencontrer d'autres cultures. Pendant la création d'un album, ces voyages aident aussi à la maturation des idées. Les précédents albums, j'étais beaucoup plus cloisonné.

 

Agoria :

 

 

 

 

Tu n'es pas lassé du clubbing ?

 

J'ai joué à Moscou récemment. Je suis arrivé à 23h, je suis reparti à 7h, parce qu'il n'y avait pas d'autre vol. Mais la soirée, dans une usine désaffectée, était extraordinaire. Les Moscovites étaient vraiment là pour faire la fête. Le jour où j'arriverai sur scène et que je n'aurai plus envie de m'amuser, là il faudra que je me pose la question de savoir s'il faut continuer. A 40 ans, je me demanderai si n'est pas ridicule de faire danser des jeunes de 20 ans. Faudrait demander à Laurent [Garnier] ce qu'il en pense. Je le vois toujours comme un enfant quand il joue. Il a ce regard et cette envie. Si j'arrive à garder cette fraîcheur, je pense que je continuerai. Mais physiquement, c'est assez difficile.

Laurent Garnier, que représente-t-il pour toi ?

 

Il m'a toujours beaucoup aidé, même si je n'ai jamais été sur son label. Partout dans le monde, il a toujours prêché la bonne parole me concernant. C'est quelqu'un que j'apprécie à chaque fois de rencontrer et de jouer avec. Il te donne toujours cette énergie que tu peux perdre dans les méandres du clubbing.

 

Recueilli par Lil' Joe

09:14 Publié dans Electro, Interview | Lien permanent | Commentaires (1259) | Tags : agoria, infine

21/02/2010

Magnetic Friends : "Elargir le champ lexical du festival"

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Depuis dix ans maintenant, la bande de Magnetic Friends habille les temps morts entre les concerts à la Route du rock, été comme hiver. Un exercice parfois un peu ingrat auquel Lauphi, Koulechov et Stuntman 5 aiment à se plonger plusieurs fois chaque année, sans aucune préparation. Rencontre hier soir...

Comment est partie l’aventure Magnetic Friends ?

Stuntman 5 : Au départ, il y a un label à K7 qui s’appelle Magnetic, lancé au milieu des années 1990.

Lauphi : On sortait des mixtapes sur ce micro label rennais. C’est comme ça qu’on a rencontré les gens de la Route du rock. Un des mecs du label, Jean-Marc, a proposé cette idée de mixer des morceaux entre les artistes. Et ça s’est lancé en 1998, l’année où la Route du Rock avait quitté le fort Saint-Père.

S.: Avant rien n’existait. Les gens passaient seulement des CD.

L. : Pour la petite histoire, moi j’avais fait mon premier stage à la Route du rock en 1994. J’avais ramené des cassettes comme le premier album de Blonde Redhead. Après Jean-Marc a officialisé le concept. Koulechov est arrivé en 1999 et moi en 2000. Depuis, on a fait tous les changements de plateau de Saint-Malo, tout en continuant à sortir des mixtapes. On est aussi invités sur d’autres festivals. C’est donc un peu notre spécialité. On est des devenus des tapissiers professionnels.

Comment se prépare un mix ?

S. : Il n’y a rien de prévu à l’avance. Il faut ramener le maximum de disques.

L. : Je dois prendre avec moi à peu près 80 fois le volume de ce que je passe au final. Comme on pioche un peu dans tous les genres. Il faut rebondir sur ce que joue l’autre, sur le groupe qui va passer après. Ca nous permet aussi de faire le point sur nos discothèques respectives, comme on ne se croise plus que pour les festivals, chacun vivant dans une ville différente des autres.

Vous cherchez à vous épater ?

S. : On ne cherche pas à épater, vraiment à rebondir sur le travail des autres. Et à se faire plaisir. On essaie de caler correctement les disques, ça c’est notre métier de DJ, mais des fois ça ne marche pas. L’enchaînement choisi ne fonctionne pas si bien. Des fois il y a quand même des bonnes surprises quand tout est fluide.

L. : Le set que l’on vient de faire est typique de ce que nous on aime bien. Partir sur un Tindersticks et terminer sur un truc de hip-hop ou d’électro, en ayant suivi une évolution un peu logique. On aura quand même balayé un large spectre de ce qui se fait en musique.

S. : On essaie de raconter une petite histoire à chaque fois.

Et le public ?

S. : Y a diverses réactions. Il y a ceux qui s’en foutent, ceux qui vont boire des bières et ils représentent quand même la majorité, il ne faut pas se voiler la face. De temps en temps, tu vois quelqu’un qui sautille.

L. : Ou qui demande, c’est quoi ce truc.

S. : Hier j’ai joué un morceau de Radio Dpt qui vient tout juste d’apparaître sur le Net. Il y avait une nana qui sautait dans tous les sens, c’était classe.

Avec la particularité que le public de la Route du rock est jugé plus pointu qu’ailleurs…

L. : Ca ne pourrait pas se faire sans ça.

S. : C’est génial. On passe des vieux trucs que jouait Bernard Lenoir dans les années 1990 et tu as les pères de famille qui viennent nous voir pour nous dire : "Bien cool là".

L. : Comme on a grandi avec le festival, on a un peu le même background que le public. Ailleurs, il y a des endroits où ça n’aurait pas de sens.

S. : C’est le festival le plus indie français, de cette taille là en tout cas.

L. : Et clairement, on vient de là.

Surtout qu’ici les artistes ne jouent pas en même temps…

S. : Oui, ce n’est pas la foire à la saucisse ici.

Des souvenirs de plantages mémorables ?

S. : Moi, je me suis planté deux années de suite avec le même morceau. Temptation de New Order. Tout le monde était à fond mais le fichier était abîmé. Il s’arrêtait net en plus milieu. L’année suivante, je le repasse et paf, il s’arrête au même endroit. Celui-là, je ne le passe plus.

Votre travail a évolué en dix ans ?

L. : On se doit de suivre l’actualité de la scène rock, d’écouter l’esthétique que défend le festival. Il y a des genres qu’on joue plus qu’avant d’autres moins. Quand on a commencé, on était plus hip-hop. Là, il y en a encore mais moins.

S. : On essaie quand même d’élargir le champ lexical du festival. L’affiche est quand même globalement très rock. On pense à reposer l’oreille du public en jouant un peu autre chose.

Koulechov : Sans casser l’énergie que les groupes sont entrain de monter.

S. : Et puis il faut faire gaffe à la censure. Quand Portishead était venu, Jean-Marc avait préparé en leur hommage un mix samplant un de leurs morceaux et d’autres artistes. Il l’a joué juste avant leur set. Là tout le public qui était parti boire un verre a cru que c’était le groupe qui commençait à jouer. Le sonorisateur a donc tout coupé. C’était un beau plantage aussi.

Et jouer The XX ce soir ?

L. : On a déjà fait un morceau ce soir. Mais on pourrait passer tout l’album en entier pour rigoler.

S. : Ou jouer un morceau de The XX à l’envers. Ca, c’est une idée. Au prochain set, j’essaie. On va le passer. La pure idée.

Et sur les plages horaires, il y a une gestion particulière des fins de soirées ?

S. : A Vendome où on fait la même chose, on peut jouer après les tous derniers concerts. Les gens sont plus réceptifs et puis ils dansent. Ici, c’est un peu frustrant de ne pas avoir ça.

L. : C’est bien d’avoir un long format. Le défaut de l'exercice, c’est qu’on a des créneaux très courts.

Recueilli par KidB

20/02/2010

Beach House : "Les rêves font partie de notre musique"

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Quelques heures avant d'offrir le plus beau concert de la soirée de vendredi, les Beach House, Victoria Legrand, nièce du compositeur Michel Legrand, et Alex Scully nous recevaient dans leur loge pour parler de leur merveille de troisième album pop "Teen Dream". Rencontre.

Contents de vous retrouver à Saint-Malo ?

Victoria Legrand : Oui, on est très excité à l’idée de jouer ici.

Votre troisième album « Teen Dream » sorti il y a quelques semaines a été très bien accueilli…

V. L. : On est très content que le disque soit sorti. Il a demandé beaucoup de travail. Après, il y a encore une certaine nervosité à jouer les morceaux. Tous les soirs, on apprend encore des choses sur notre musique.

Alex Scully : On essaie de ne pas trop se soucier de ce qui est écrit à notre sujet. Après tant mieux que les gens soient satisfaits de notre travail. Mais on a encore beaucoup de choses à améliorer.

Quoi, par exemple ?

A. S. : Tout un tas de choses. Comme la manière dont on partage nos chansons. Aucun de nos concerts n’approche la perfection.

V. L. : De toute façon, la perfection n’existe pas. Il y a des concerts réussis et d’autres ratés. C’est tout. En jouant sa musique tous les soirs, on se rend surtout compte de ce que l’on a plus envie de faire. Ca nous a amené dans des directions différentes pour chacun de nos disques.

L’adaptation des morceaux vous pose des difficultés ?

A. S. : Pas tellement. Tous les morceaux du disque sont déjà enregistrés plus ou moins de manière live, à l’exception de quelques samples de batteries ou de basse.

Ce nouveau disque semble plus physique que les précédents…

A. S. : C’est surtout le disque sur lequel on a bénéficié des plus gros moyens.

V. L. : Mais c’est vrai que l’album est plus physique. Je trouve qu’il y a quelque chose de sexuel. De plus intense.

La Norvège revient dans plusieurs chansons…

V. L. : On a commencé à écrire la chanson « Norway » en Norvège avant de finir le titre aux Etats-Unis. Elle nous a été inspirée par l’énergie et la poésie de ces paysages sauvages. Mais de manière générale, nous n’avons pas de bonnes explications pour ce que nous faisons. Nous ne sommes pas du genre à intellectualiser les choses.

Pourquoi ce titre « Teen Dream » ?

V. L. : Le titre nous est venu spontanément. Il a quelque chose de très classique et suggère la passion. L’album n’a rien à voir avec nos adolescences. On a pris cette formule parce qu’elle nous inspirait beaucoup de choses.

Votre écriture fonctionne beaucoup à travers des images…

V. L. : Nous sommes des artistes très visuels. C’est quelque chose de très important pour nous. On a ainsi confié à dix artistes la mission de mettre en image nos chansons. Les clips ont été assemblés sur un DVD qui accompagnait le disque. Pour nous, c’est une manière d’élargir notre langage. De s’ouvrir de nouveaux horizons. C’est très excitant.

Votre musique est souvent qualifiée de « Dream Pop »…

V. L. : On n’a pas de problème avec cette catégorisation. On y voit juste une manière d’orienter les gens, de les guider vers notre musique. Mais c’est sûr que les rêves font partis de notre musique, de notre monde.

On trouve sur « Teen Dream » toute une palette d’émotions…

V. L. : C’est l’essence même de la musique de relayer des émotions. Elle reflète ce que les artistes ont au plus profond d’eux. Plus le spectre est large, plus les chansons deviennent intéressantes.

Recueilli par KidB

19/02/2010

BEAK> : " Des potes qui ont la chance d'avoir des micros dans la salle"

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Membre du groupe star Portishead, auteur de seulement trois albums en une bonne quinzaine d'années, Geoff Barrow (à droite) s'est offert l'an dernier une récréation en montant avec Billy Fuller (à gauche) et Matt Williams le groupe BEAK>. Le trio, enfermé pendant quinze jours, a enregistré un album qu'ils défendent ce soir à la Route du rock, déclinaison hiver. Rencontre après des balances très prometteuses.

Comment s’est formé le groupe ?

Geoff Barrow : Rien n’était planifié. On a commencé à faire de la musique, tous les trois ensemble et on s’est rendu compte que personne n’était là pour perdre son temps. On était juste trois individus qui voulions faire la meilleure musique possible.

Billy Fuller : Et nous n’avions même pas besoin d’en discuter.

G. B. : On a commencé à jouer, en enregistrant ce que l’on faisait. Et très vite, on s’est fixé un dogme. On n’ajoute pas de couches de sons en plus de ce qui est enregistré live. La musique jouée était pure. On était si fier des morceaux qu’on les a sortis sur disque et après on a enchaîné avec une tournée. Là, ça fait près de deux mois qu’on n’a pas rejoué ensemble, alors on se cherche un petit peu. Ce qui est bizarre, c’est que les morceaux avaient bien évolué. Là, il va falloir revenir aux squelettes. On perd du temps à retrouver notre son. On n’a plus le temps d’expérimenter.

B. F. : Nos meilleurs morceaux sont ceux qui restent vivants, qui évoluent. Les autres prennent une forme stable.

Rien n’était arrêté avant d’entrer en studio ?

G. B. : La première chanson du disque, ce sont les toutes premières notes que l’on a joué ensemble.

B. F. : Tout a été écrit en direct.

C’est un processus inverse à celui de Portishead où les enregistrements peuvent prendre des années…

G. B. : Matt Williams a souvent travaillé dans le cadre de ce processus un peu libre. Avec Bill, on est habitué à des méthodes plus laborieuses, qui peuvent aussi être très gratifiantes.

Pill :

 Avant d’entrer en studio, vous aviez idée du type de musique que vous vouliez faire ?

G. B. : Pas vraiment.

B. F. : Avant qu’on entre en studio, Geoff nous a seulement joué Egon Bondy's Happy Hearts Club Banned, un disque de The Plastic People of the Universe, enregistré au début des années 1970. Ce sont des Tchèques qui sonnaient comme un groupe qui joue dans la même pièce. C’est ce qu’on a gardé du disque. Je crois que c’est d’ailleurs un label français qui l’a sorti en 1978.

G. B. : Moins que le son du groupe, j’étais intéressé par la manière dont ils avaient capté une énergie. Mais ce n’était qu’une de nos influences. Après on voulait avant tout jouer ensemble. C’est la première fois que je tiens la batterie sur tout un disque en entier.

B. F. : Ce sont juste des potes qui jouent ensemble et qui ont la chance d’avoir des micros dans la salle.

Le disque explore des atmosphères très variées…

G. B. : On a  essayé plein de choses après tout ne fonctionnait pas. Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas fini sur le disque parce que le résultat était trop chiant ou trop mauvais. On a enregistré vingt-cinq chansons en deux semaines, douze ont fini sur l’album.

Les titres des morceaux font référence à pleins d’éléments du paysage…

B. F. : Les morceaux reflètent les endroits d’où l’on vient. Cette campagne un peu dure et inspirante à la fois.

G. B. : Ce ne sont pas des villes. Plutôt des villages à l’ancienne. Leur atmosphère nous inspire beaucoup.

Geoff, vous avez aussi produit l’album de The Horrors qui se produit aussi ce soir à la Route du Rock…

G. B. : Je n’ai pas fait grand-chose. Tout était déjà là. J’ai juste eu à leur dire que ce qu’il faisait était excellent et à l’enregistrer.

Sur leur disque, comme sur le votre, on sent une forte influence krautrock…

G. B. : Tout un tas de groupes veulent aujourd’hui expérimenter des choses qui sortent du format blues, revenir aux distorsions de Hendrix, aux sons post-punk de New York. Pendant des années, des musiciens comme moi ont travaillé à moderniser le blues avec des samples hip-hop ou autres, maintenant on regarde de nouveau ailleurs. Commes les Beatles qui ont commencé en jouant du R’n’B avec des choses comme All My Loving à de la musique presque concrète sur Tomorrow Never Knows.

Sur Third de Portishead, il y avait déjà beaucoup de distorsions, des morceaux basés sur le groove…

G. B. : Je n’ai pas trop d’explications. On n’essaie pas de faire revivre la scène de Düsseldorf en 1970. On a juste envie d’expérimenter des choses différentes. Chacun essaie de garder ce qui l’accroche dans la musique passée pour en faire quelque chose de personnel.

Ou en est l’enregistrement du quatrième album de Portishead ?

G. B. : On est toujours en cours d’écriture pour le moment.

Vous avez le temps d’enregistrer un nouvel album avec Beak> avant ?

G. B. : Je ne sais pas, on verra. On s’est retrouvé pour faire une reprise d’un groupe australien. Après on verra bien.

Après pas besoin de garder le contact, juste vous retrouver pour jouer…

G. B. : On est quand même dans une sorte d’entreprise ensemble. On doit régler nos histoires d’impôts et tout ça. Ce serait bien qu’on puisse juste vivre comme avant, comme à Dusseldorf en 1971. Tourner dans une caravane avec nos enfants et nos vingt et un femmes. Mais on a tous hâte de retourner en studio.

Recueilli par KidB

19:00 Publié dans Interview, Live Report | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : beak>

29/01/2010

Jay-Z : "Il faut être à la fois musicien et businessman pour s'en sortir"

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Sean Carter, jeune enfant élevé seul par sa mère à Brooklyn, est devenu depuis le milieu des années 1990, un des rappeurs les plus en vue de la planète. Sa fortune est estimée par la magazine Forbes à 1,3 milliards de dollars. Rencontre vendredi dernier quelques mois après le succès de son dernier disque «The Blueprint 3».

D’où vient ce nom de «Jay-Z»?

Enfant, j’essayais de me tenir comme un grand dans la rue. Les gens du quartier disaient : «C’est le petit jazzy», qui voulait dire cool en argot. En grandissant, je me suis lassé du surnom. C’était un peu trop flamboyant, alors je l’ai transformé en Jay-Z.

Depuis vous avez été n° 1 des ventes aux Etats-Unis pour onze de vos albums, un de plus qu’Elvis Presley

C’est quelque chose dont je suis très fier. Surtout en faisant du rap. Dans ce genre, les carrières ne sont pas si longues. On pourrait dire qu’en matière de rap, une année en vaut sept. J’ai donc déjà 105 ans de carrière derrière moi.

Multimillionnaire, marié à Beyoncé… Tout semble vous réussir. Pourquoi continuer?

Je fais de la musique de manière très égoïste. C’est d’abord pour moi parce que j’aime ça. J’ai besoin de me mettre au défi. Quand je compose, j’essaie juste de faire la meilleure musique possible, en essayant d’être fidèle à ce que je suis dans la vie.

En 2003, vous aviez pourtant annoncé votre retraite…

J’étais à bout. Je n’en pouvais plus. Je pensais vraiment ne plus faire de disques. Puis deux années plus tard, j’ai senti une douleur en moi. Il fallait que j’y retourne.

La concurrence vous motive?

Bien sûr. Le rap, c’est comme un sport de haut niveau. Pour réussir, il faut être très compétitif.

Vous déclariez il y a quelques mois que votre dernier album «The Blueprint 3» était un de ceux qui vous a donné le plus de fil à retordre…

Il m’a demandé beaucoup d’efforts. J’ai le sentiment d’avoir ouvert de nouvelles perspectives dans ma carrière et le hip-hop en général. Je suis d’ailleurs prêt à faire un nouveau disque. Je sais maintenant ce que j’ai envie de faire.

Votre ambition aujourd’hui dépasse largement le rap?

Le rap n’est qu’une musique parmi les autres. On se sert de mots, de mélodie. Je ne veux pas me limiter. J’ai grandi en écoutant tout un tas de musique. Pour moi, ce n’est pas un souci. J’ai toujours eu l’esprit ouvert. J’apprécie aussi bien Ol’ Dirty Bastard, Linkin Park que les Kings of Leon.

Mais aujourd’hui, il est plus facile de mélanger les genres?

Oui, et c’est une bonne chose. J’espère d’ailleurs avoir aidé à ouvrir les esprits.

Run this Town :

 

Votre musique a d’ailleurs été utilisée dans plusieurs mash-up comme le «Grey Album» de Danger Mouse?

C’était un bon disque. Pour encourager les artistes à se servir de mes chansons, je mets à disposition des versions a cappella de mes titres. Ca m’amuse beaucoup de voir le résultat. J’adore "Jaydiohead" (mash-up Jay-Z/Radiohead) par exemple.

Vous mettez toujours en avant de jeunes artistes sur vos disques?

J’écoute beaucoup de musique et je trouve que c’est une bonne chose d’aider ceux qui ont le plus de talent. Pour mon  nouveau label, Roc Nation, j’essaie de repérer les meilleurs. Côté producteurs, j’ai été un des premiers à faire travailler Timbaland ou Kanye West.

Pourriez-vous produire vous-même vos disques?

Je ne pourrais pas. Ca prend déjà tellement temps de finaliser le concept et les paroles. S’il fallait en plus produire, perfectionniste comme je suis, je ne m’en sortirais pas. Jeune, je produisais un petit peu, mais je me suis arrêté très tôt. Peut-être que si j’avais continué dans cette voix…

Vous êtes connu pour ce flow souple et élégant, capable de se jouer de rythmes rapides ou lents. C’est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ?

Plus jeune, bien avant de sortir mon premier disque, j’étais constamment entrain d’écrire des textes et de les chanter a cappella. Je n’avais pas de musique alors je passais du temps à travailler à ce flow. Des heures et des heures, comme un maniaque jusqu’au petit matin. C’est la première chose que j’ai maitrisé. Ensuite, avec un peu plus d’expérience, j’ai eu des choses à raconter.

Votre enfance a été très formatrice…

Ce passage difficile m’a servi à avoir la motivation pour réussir. Mon enfance m’a appris la vie. Par la suite, tout s’est parfaitement emboîté. Je n’ai sorti mon premier disque qu’à 26 ans. Ca m’a laissé du temps pour mûrir. J’avais déjà mes 10 000 heures au compteur.

Vous restez d’ailleurs très attachés à vos racines, Brooklyn…

Le quartier pourrait être crédité comme auteur associé. C’est ma muse. C’est là que je suis devenu la personne que je suis aujourd’hui. Il est normal que j’essaie de lui rendre un petit peu de ce que j’ai.

Death of Auto-tune :

 

Vous avez toujours été intéressé par le côté business de la musique. Dès 1996, vous fondiez votre propre label…

Ce n’était pas un coup de génie. Aucun label ne voulait me signer alors on a monté notre propre maison de production (Roc-a-fella). Aujourd’hui, il faut être à la fois musicien et businessman pour s’en sortir. Très peu touchent de vrais bénéfices avec la crise du disque. Les fenêtres se réduisent. Une ou deux erreurs, et ta carrière peut se retrouver à la poubelle. Surtout, pour les jeunes artistes.

Comment gérez-vous vos relations avec les grosses maisons de disque ?

Il faut se créer son espace de liberté. La position idéale, c’est bien sûr de ne pas avoir besoin de l’argent des autres. Là, tu fais ce que tu veux. Placés dans une situation difficile, certains vont abandonner ce en quoi ils croient. Certains vont se conformer à certaines formules qui ont du succès en espérant en avoir aussi. L’art se retrouve sacrifié au final.

Dans vos chansons vous critiquez les morceaux faits pour être des sonneries de mobiles, l’auto-tune (logiciel de correction des voix)…

C’est des sujets un peu compliqués à aborder pour moi. Parce que je vais continuer à en vendre des sonneries. Mais quand je parle dans mes disques, c’est au nom de mon amour pour la musique. Si tout le monde fait la même chose, pourquoi posséder plus d’un album de rap. Autant se tourner vers des genres plus créatifs. En même temps, tout le monde veut le même succès que les autres. Mais, l’art véritable s’apprécie sur le long terme. Même si tu ne vends pas tout de suite, d’autres vont se nourrir de ce que tu as fait.

Certains prétendent qu’aujourd’hui le rap est mort…

Le genre est encore jeune. Il fait face pour la première fois à un mur. Il faut qu’on réfléchisse à quelle musique on veut faire. Kanye West, Drake sont déjà entrain d’ouvrir de nouvelles portes. On est arrivé au bout de la formule Gangsta Rap. Il faut maintenant essayer quelque chose de différent.

Vous venez de composer une chanson pour Haïti avec Bono. Comment s’est lancée cette initiative ?

Tout s’est fait il y a quelques jours. Moi, j’avais des réserves sur le projet quand le producteur Swiss Beatz et Bono me l’ont présenté. Il y a une vraie différence entre faire un spectacle pour dire qu’on aide les gens et aider vraiment les gens. J’ai dit à Bono : « Je ne veux pas faire ce genre d’opérations si on est pas sûr que l’argent sera bien utilisé sur le terrain ». J’avais déjà donné beaucoup d’argent à La Nouvelle-Orléans au moment de l’ouragan Katrina, mais je n’étais pas à l’aise avec ça. Je ne m’étais pas assez assuré que mes dons serviraient vraiment. Il m’a répondu qu’à part U2, sa vie était consacrée à ça. Il allait se renseigner. Il a fait ses recherches et trouvé une super organisation. Alors, on est allé de l’avant.

Que pouvez-vous nous en dire ?

Je ne sais pas quand la chanson va sortir, mais on doit la chanter pour la première fois ce soir (vendredi dernier à l’occasion du programme télé Hope for Haïti Now. Tout a été très vite. Je n’ai même pas encore entendu le mix final. Espérons que tout se passe bien. Il faut se rendre compte que le rap, ce n’est pas comme une chanson rock. Les textes sont beaucoup plus longs à apprendre. Pour moi, c’est difficile d’aller aussi vite.

Recueilli par KidB

Stranded (Haïti mon amour) :

09:50 Publié dans Interview, Rap | Lien permanent | Commentaires (64) | Tags : jay-z

24/01/2010

Get Well Soon : « Un patchwork créé à partir d'œuvres déjà là »

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Il y a deux ans, Konstantin Gropper se faisait un nom sur la scène indépendante sous l'identité Get Well Soon. L'album "Rest Now, Weary Head !" mariait avec harmonie ambition symphonique et pop song façon Radiohead. Son deuxième album "Vexations" pousse un peu plus loin le curseur vers le classicisme en piochant chez Erik Satie ou Sénèque...

Le premier album avait été composé sur une période de cinq ans, votre deuxième disque « Vexations » n’a pris que deux ans. Etait-ce plus difficile ?

Le premier album est souvent un best of des années précédentes. Cette fois-ci, les choses se sont passées différemment, sur des périodes plus concentrées. J’ai pris cinq-six mois pour l’écrire puis deux mois pour tout enregistrer. Je m’améliore.

Toutefois, le disque sonne un peu comme le premier…

J’ai travaillé un peu de la même façon pour les deux, en essayant d’expérimenter avec divers instruments. Sauf que là, j’ai fait appel à de vrais musiciens et je les ai enregistrés dans un studio. Ce ne sont plus de simples programmes informatiques. Le son est plus chaleureux, plus humain.

La tournée suivant le premier album vous a-t-elle aussi aidé ?

L’énergie de la tournée se retrouve très certainement dans ce deuxième album. J’ai d’ailleurs gardé les musiciens qui m’accompagnaient.

Les thèmes abordé dans « Vexations » semblent plus humain…

Ceux sont les mêmes que ceux du premier album, mais l’écriture a évolué. Dans mon premier disque, il y avait plus de métaphores. Là, j’ai fait de nombreuses recherches en amont pour trouver des citations intéressantes. Puis je les ai transformés en paroles de chansons. Plutôt que de venir avec mes propres images, je voulais piocher dans le travail des autres. C’était très amusant. Surtout que je pouvais en faire ce que je voulais.

Angry Young Man :

Comment vous êtes-vous réapproprié les citations ?

Tout partait de choses très personnelles que j’avais envie d’exprimer. Mais je ne me vois pas chanter directement ma vie personnelle. Ce serait ennuyeux pour tout le monde. J’ai surtout gardé des artistes qui me touchent, en essayant de les combiner à mes propres pensées. Le processus est parfois distant, parfois très émotionnel.

Et toutes ces recherches ont eu un impact sur la musique ?

En fait, d’abord, j’ai assigné un thème à chaque chanson. Ensuite, celui-ci m’a inspiré la musique. J’ai voulu pousser les contrastes en empruntant des choses à plusieurs genres : le folk, la musique classique… Après, j’ai écrit les paroles. Le tout est un patchwork crée à partir d’œuvres déjà là. Ma musique doit offrir des émotions mais aussi des références dans lesquels l’auditeur peut se plonger. Les choses sont plus intéressantes ainsi.

Votre approche est donc très ouverte…
C’est exactement ce que je voulais faire avec le projet Get Well Soon. Combiner tout un tas d’éléments venant d’horizons divers et les transformer dans une œuvre personnelle.

Le titre « Vexations » fait référence à un morceau d’Erik Satie…

Je voulais que mon disque parle de la manière dont on fait face à nos tourments, aux vexations de la vie adulte. Puis le morceau de Satie est très beau. C’est en fait un motif répétitif qui doit être joué 840 fois de suite. Je l’ai repris une ou deux fois sur l’album. Je comprends parfaitement cette rumination qui créé peu à peu de l’anxiété, de la colère. Puis, en anglais, c’est un mot très vieux, qu’on n’utilise plus. Je trouve qu’il symbolise bien l’album.

Le disque s’ouvre sur un bruit de forêt. Que signifie-t-il ?

Adolescent, j’ai passé énormément de temps dans une forêt, près d’où habitaient mes parents. Pour moi, elle dégageait l’idée d’innocence. C’est un lieu idéal où l’on est protégé. La forêt enregistrée au début du disque est d’ailleurs celle où j’allais plus jeune. Je l’ai placée au début du disque pour dire que l’on sortait de la forêt magique de l’enfance. On plonge alors dans le monde adulte et tous ses tourments.

Les orchestrations sont très riches…

Le choix des arrangements est là dès le départ. Je ne compose pas à la guitare ou au piano mais à l’aide d’un ordinateur. Je créé une orchestration puis ensuite viennent les harmonies, les mélodies, le rythme. Le plus dur pour l’album, comme je ne voulais pas me contenter de programmes informatiques, a été de trouver certains instruments en vrai et d’apprendre à les maîtriser. Mais la musique par essence doit être imparfaite. Avec des samples, on ne reste qu’au stade de l’idée. Il faut les vrais instruments pour que les morceaux prennent vie, avec parfois des accidents, des choses inattendues. J’ai donc essayé de faire très peu de prises.

Etes-vous sensible à la beauté que peut dégager votre musique ?

Plus que la beauté, je suis attaché aux émotions. Il y a ici quelques passages dissonants pour donner à entendre ces tourments qui viennent perturber l’ordre idéal.

Vexations_Packshot_small.jpg

Comment avez-vous trouvé l’image de la pochette ?

Elle était utilisée dans un magazine d’art pour annoncer une exposition de cet artiste roumain. Il y a quelque chose d’assez sombre qui m’attirait. Et puis elle collait bien avec le titre de l’album. Ce que je trouve génial par ailleurs, c’est que l’œuvre est en réalité un morceau de bobine d’une comédie des Three Stooges retravaillé. Il y a là un paradoxe qui fait pour moi tout le sel de l’art.

Parmi vos références, peu sont modernes…

Ma musique n’est pas très moderne. Il y a cette nostalgie, ces racines très traditionnelles. Après peut-être que simplement les artistes que je lis sont en général déjà morts.

Avec toujours un attachement pour le format pop…

Je suis un enfant de la pop. C’est ce que j’écoutais plus jeune. Même si j’ai composé quelques musiques de film, il est plus simple pour moi d’écrire dans ce format. La pop song est après tout devenue un format classique.

Comment allez-vous adapter le disque pour la scène ?

Même si j’espère faire quelques concerts avec de vrais orchestres, l’adaptation sera nécessairement très différente. On verra. C’est un nouveau challenge.

En France, de nombreux jeunes s’essaient à la pop et au folk. Est-ce qu’on a le même mouvement en Allemagne ?

Je connais très peu d’artistes allemands. On a surtout beaucoup de mal à s’exporter à part l’électronique. Il y a quelques groupes folk mais je n’appellerais pas ça un mouvement. Concernant la langue, l’allemand est un peu dur. Il sied très mal à mes douces harmonies.

Recueilli par Boris Bastide

Retrouvez Get Well Soon dans la playlist de la rédaction de la semaine

19:04 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : get well soon

12/01/2010

Vampire Weekend : "On n'a jamais prétendu être un groupe de rock"

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A l'occasion de la sortie de la sortie de "Contra", le deuxième album des Vampire Weekend, chroniqué hier ici-même, rencontre avec Ezra Koenig (à gauche sur la photo), le chanteur du groupe new-yorkais, autour de la pop, du piratage et des filles, un an et demi après un premier entretien réalisé à Belfort.

Votre deuxième album sonne encore plus pop que le premier…
Ezra Koenig :
Wouah, merci ! Parce que la plupart des gens nous ont dit que c’était plus rock. Nous, on fait de la pop music. Ça a toujours été notre but. Avec des influences multiples, notamment africaines mais c’est de toute façon de la pop. On a jamais prétendu être un groupe de rock.

Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de faire de la musique depuis deux ans ?
On essaie de garder le même état d’esprit tout en étant plus ambitieux. Je pense vraiment qu’on est plus matures. Notre premier album ressemble plus à quelque chose d’étudiant. On a trois ans de plus aujourd’hui, on fait une longue tournée. Et notre musique s’en ressent certainement. Si on avait fait exactement la même chose, on se serait fait traiter de trous du cul !!!

Il y a de nouveaux instruments sur cet album…
Oui, il y a un xylophone en bois, le « marimba »  et des maracas brésiliennes pour le côté latino. D’autres dont on ignore le nom comme un gros djembe. On aime aussi mélanger les sons germaniques, asiatiques, et africains.

On vous a beaucoup comparé à des groupes new-yorkais de la même génération que vous comme Ra Ra Riot et MGMT. Ça vous énerve ?
J’ai grandi avec le mec de Ra Ra Riot pendant près de 20 ans. On était dans le même lycée. Musicalement on a eu des expériences communes mais finalement ce qui nous rapprocher, c’était de vivre les mêmes choses : être dans un groupe, se pointer sur scène, stresser pour enregistrer son prochain album. On était tous les deux dans le même esprit.

Vous avez aussi mis en ligne l’intégralité de l’album sur votre myspace. C’est pour lutter contre le piratage ?
On sait très bien que dès qu’un album sort, il est téléchargeable et téléchargé. Et on ne peut rien faire contre ça. C’est quelque chose qu’on a fait quand on était plus jeunes. C’est la façon dont les gens consomment la musique de nos jours et on ne compte pas se battre contre ça. On espère que les gens achèteront ce disque pour nous soutenir.

California English (live) :


Vous avez mystérieusement diffusé photo de la pochette de l’album il y a plusieurs mois. C’était du marketing ?
On n’aime pas dire que c’est « marketing ». On voulait juste donner quelque chose à nos fans. L’idée n’est pas de vendre les choses mais de les faire découvrir. C’est une démarche artistique.

Quel mot pourrait résumer vos deux dernières années de tournée ?
Aéroport. On a tellement voyagé ! On n’a même pas encore visité notre propre pays ! Les USA sont tellement vastes… On a été à Londres, Paris, Rome mais on ne connaît pas le Montana et pour la première fois de notre vie on a été au Texas ! On peut enfin voyager dans notre propre pays grâce à la musique. C’est pour ça qu’on attend avec impatience notre tour de Californie. On a déjà joué en Floride dans une toute petite ville, dans des clubs où il n’y a pas plus de 100 personnes. C’est encore plus fou !  

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à Rock en Seine en août dernier ?
Les dizaines de filles au premier rang qui hurlaient !

On imagine que ça doit être plus facile avec les filles depuis quelque temps non ?
C’est vraiment très frustrant, c’est un cauchemar, vous avez lu « ommes sans femmes  d’Ernest Hemingway. … En gros il y a en a trop on ne sait plus ni quoi, ni comment faire !

Recueilli par Clémence Millet

Retrouvez aussi Vampire Weekend dans notre sélection Brooklyn
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08:41 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : vampire weekend

19/11/2009

Muse : « L’excentricité fera toujours partie de notre univers »

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Deux heures avant leur concert à Paris-Bercy mardi dernier, Muse nous reçoit dans ses loges. Loin des rocks stars à l’ancienne, le chanteur Matthew Bellamy, le bassiste Chris Wolstenholme et le batteur Dominic Howard sont devenus parmi les groupes les plus vendeurs de la planète sans faire de compromis sur leur image ou sur leur vie privée. Dix ans après leur premier album «Showbiz», les Britanniques défendent leur petit dernier «The Resistance» dans des salles de plus en plus grandes. Très à l’aise avec leur succès. Rencontre avec un groupe à l'écoute de ses fans.

Comment se passe la tournée ?

Dominic Howard (batteur) : La tournée se passe bien. On joue dans beaucoup de salles du même type mais le show évolue constamment. On essaie d’améliorer les lumières, les visuels. On se nourrit de l’énergie du public. Quand la foule se déchaîne, on a envie de donner plus. Il nous faut mettre en place le meilleur show possible. Là, j’ai totalement revu ma manière de jouer «Undisclosed Desires». C’est une vraie prise de tête.

Matthew Bellamy (chanteur) : Nous essayons de tourner beaucoup. Dans des grandes salles pour que le maximum de personnes puissent venir nous voir. On ne le fait pas tous les jours mais parfois on va à la rencontre de nos fans. Certains sont devenus des amis au fil des ans. Même si on ne les voit pas trop souvent.

Comment vous adaptez-vous aux grandes salles ?

M. B. : Dans ces grandes salles, il faut donner beaucoup plus d’énergie. Bien penser à tout : les lumières, les vidéos, l’équipe. Ca peut être quelque chose de très gratifiant. On n’a pas juste affaire à un groupe mais à tout un travail d’équipe. C’est un process très collaboratif. Mêmes les gens assis au fond de la salle doivent pouvoir s’amuser et retirer quelque chose de cette expérience artistique. J’aime ce challenge. Ce n’est plus seulement que de la musique.

Chris Wolstenholme (Bassiste) : On essaie de séparer les choses. Là, notre tournée se concentre sur des grandes salles donc le show a été pensé en conséquence. En septembre, par contre, on avait joué dans des espaces plus petits. C’était sympa de renouer un petit peu avec ça mais rien ne bat un grand stade. Tu peux mettre en place les lumières et toute la production que tu souhaites.

Surtout que votre musique se prête bien aux stades…

C. W. : En septembre, certaines chansons comme «United States of Eurasia» ne marchaient pas très bien dans les petites salles. Alors que tout fonctionne dans une grande salle, aussi bien les titres les plus épiques que les chansons les plus douces. Avec la lumière, les visuels, c’est une expérience plus totale. Sans doute la meilleure disposition pour voir le groupe.

D. H. : On aime monter un show énorme et spectaculaire. C’est fun. C’est le genre de concerts qu’on aimerait voir nous en tant que spectateur. Il n’y a pas la même énergie. Au fil du temps, on s’est rendu compte que plus les salles étaient grandes et plus on a eu le sentiment que notre musique fonctionnait bien. Après, on ne sait pas ce que nous réserve le futur. On est aussi content de faire de grands stades parce qu’il n’y a pas tant de groupes de notre génération qui le font à part peut-être Coldplay et Radiohead. Après, c’est Bon Jovi, les Rolling Stones, Bruce Springsteen. Mêmes les pop stars délaissent les stades depuis Madonna. C’est excitant parce que c’est un vrai challenge. Il serait plus facile d’aller dans une petite salle jouer pour un millier de personnes [le groupe sera au Stade de France le 12 juin 2010].

The Uprising (Live) :

 

En composant, vous avez déjà la tournée en tête derrière ?

M. B. : La taille des salles dans lesquelles on joue peut avoir une influence sur la manière dont on écrit les chansons. On ne le faisait pas trop au début mais maintenant j’utilise beaucoup plus le « nous » que le « je ». En jouant dans des grandes salles, on se rend compte qu’on ne parle pas tout seul. On parle d’une même voix avec le public. Surtout que souvent il chante avec nous.

C. W. : Quand on a commencé l’enregistrement de «The Resistance», on n’avait pas cette idée en tête mais très vite quand les morceaux se sont mis en place, on a réalisé que certains marcheraient bien dans de grandes salles. On s’est dit : autant les faire aussi épiques que possible. Après, c’est difficile de savoir quelles chansons on aurait écrit si on avait joué que dans des petites salles. Mais je pense que, oui, ça a certainement eu une influence sur nous. Pour être apprécié par le plus grand nombre, il faut faire une musique facilement accessible. Tous les groupes qui sont arrivés à ce niveau ont des chansons qui peuvent aussi bien être appréciées par un gamin de 5 ans qu’une personne de 90 ans.

Vous voulez être accessible, mais l’album contient aussi une symphonie en trois parties…

C. W. : Même avec la symphonie, tant qu’il y a une belle mélodie. C’est tout ce qui compte. Tu peux écrire la musique la plus travaillée qu’il soit, s’il n’y a pas une mélodie que les gens peuvent reprendre ou qui leur reste dans la tête, ils ne vont pas l’aimer de la même façon.

D. H. : Sur scène, on fait très attention à la réaction du public. On écoute ce que les gens nous disent à la sortie des concerts. Et on lit très attentivement ce qui s’écrit sur le Message Board de notre site. C’est important d’avoir ce retour. Et nos fans sont très actifs sur Internet. Ils ont ainsi une influence directe sur nos concerts. On a commencé à jouer «MK Ultra», une chanson de notre dernier album, parce qu’ils la réclamaient. La set list a évolué pour leur faire plaisir. Au début de la tournée, on est à l’affût de toutes les réactions.

Ce lien direct avec vos fans, c’est quelque chose d’important…

C. W. : C’est grâce à eux que l’on est arrivé à un tel niveau. Il faut maintenir une relation proche avec nos fans, que ce soit avec la chasse au trésor que l’on a organisé un juillet [pour avoir accès à un titre en avant-première] ou grâce à twitter. On s’y est vraiment mis cette année. Internet facilite les choses et je pense que les gens l’apprécient. Ado, j’aurais adoré que Kurt Cobain me twitte quelque chose. Ca aurait été géant. Mais on n’avait pas ça à l’époque. Longtemps, il y avait ce fossé entre les artistes et le public. Les premiers étaient placés sur un piédestal. C’est moins le cas aujourd’hui et je pense que c’est une bonne chose. Nous ne sommes pas des dieux, juste des gens qui font de la musique.

D. H. : Les groupes sont aujourd’hui plus proches de leurs fans, c’est vrai. Avec Twitter, on peut échanger directement, avoir une conversation. La seule étape qui reste derrière, c’est de donner son numéro de téléphone. Moi, ça me plaît. La manière dont les gens communiquent, écoutent la musique évolue constamment. C’est excitant. Quand on a sorti notre premier disque il y a dix ans, on n’avait pas de site Internet et ce n’était pas très important.

M. B. : C’est sympa de pouvoir envoyer des photos à nos fans. Avec Internet les gens peuvent voir un peu plus qui nous sommes vraiment, la vraie vie d’un musicien en tournée. Ils se rendent compte que nous sommes des gens normaux.

Vous-même vous restez fans de groupes ?

D. H. : Aujourd’hui, je ne suis plus fan d’autres groupes mais ado j’adorais Nirvana, Primus, les Pixies. A 13-14 ans, on était à fond derrière certaines formations. On avait tous leurs disques, les tee-shirts. Si on avait eu accès à cette technologie à l’époque, je pense que j’aurais été aussi à fond. Ce qui est bien, c’est qu’en tant qu’artiste, tu peux ajuster à quel degré tu veux t’impliquer.

Votre succès ne vous fait pas peur ?

D. H. : Si on nous avait dit il y a 15 ans qu’on jouerait dans des salles aussi grandes, on aurait probablement répondu : « Non, mais ça va pas. Jamais. » Maintenant, on ne reviendrait pas en arrière. Très tôt, on a cru en nos chances d’y arriver mais pas à ce point là. On pensait qu’on était bon mais avec le recul je me rends compte que ce n’est pas ça. On a surtout toujours cru qu’on allait y arriver. On a su être ambitieux. Notre son a beaucoup évolué au fil des ans. On a été influencé par des choses auxquelles on ne s’intéressait pas plus jeune comme les compositions au piano. On essaie de trouver notre propre son. On tient quelque chose aujourd’hui, mais il faut continuer à avancer.

C. W. : Nous, on veut simplement que les gens apprécient notre musique. Le pied, c’est de monter sur scène et de voir le public se lâcher. C’est ce qu’on adore. On ne veut pas être respecté pour autre chose. La presse people, ce n’est pas pour nous. Il faut le dire, ce qui y sont, c’est en partie de leur faute. On sait les bars où vont être les paparazzis. On ne fait pas de grandes déclarations fracassantes sur la drogue. Les gens ne savent rien de notre vie privée mais il n’y a pas grand-chose à dire. A la maison, je joue simplement avec mes enfants. Si on mettait nos vies dans un magazine, les gens trouveraient ça ennuyeux. On n’est pas dans un groupe pour faire la une du « Sun ».

M. B. : Moi non plus, je n’avais pas du tout imaginé quelque chose comme ça. Quand j’étais ado, le groupe à la mode, c’était Nirvana, qui jouait dans des salles de taille moyenne. Mon rêve le plus fou, c’était d’arriver à ce niveau là. C’est une vraie surprise pour moi de se produire dans des salles plus beaucoup plus grandes. Je ne m’y attendais pas du tout. Notre musique l’exige maintenant tout comme la forte demande qu’ont les fans de nous voir. Dans des petites salles, les tickets se vendent en un rien de temps puis se retrouvent sur eBay à des prix démesurés. Après l’ambiance dans les concerts s’en ressent. Il nous fallait voir plus grand.

C. W. : Après c’est vrai que parfois notre niveau de succès peut faire un peu peur. Mais on a eu la chance. Tout s’est construit petit à petit. Je crains les groupes dont le premier album marche du tonnerre. Si le deuxième fait moins bien, on a l’impression que l’on est sur une pente descendante avant même d’avoir vraiment commencé. Qu’on ne pourra plus faire aussi bien que ce qui est attendu de nous. Ca met une grosse pression. Avec Muse, on a toujours l’impression d’être sur une pente ascendante. Mais c’est dur de se faire une idée précise aujourd’hui. Le succès d’un groupe ne se mesure plus au volume de disques vendus. Même si nous ça va plutôt bien de ce côté là. «The Resistance» a déjà fait mieux que le précédent dans un marché qui lui a rétréci. Il y a vingt ans, on en aurait peut-être vendu 50 millions d’exemplaires. Mais pour nous, le succès se mesure à l’affluence de nos shows pas aux ventes de disque. Tant que les gens continuent de vouloir nous écouter sur scène, c’est parfait.

Vous avez depuis vos débuts un rapport privilégié avec la France…

C. W. : La France a toujours été un pays un peu particulier pour nous. On a été apprécié dès nos tous débuts. Quand notre premier album est sorti, on était un tout petit groupe un peu partout sauf ici. Les fans français ont accroché tout de suite. Bercy était la première grande salle dans laquelle nous nous sommes produits avec les Red Hot Chili Peppers et Foo Fighters il y a dix ans. Le public français est fou. Avec les Britanniques, il saute et crie plus que tous les autres à nos concerts. On sait quand on est ici. Il suffit de regarder la réaction du public.

D. H. : On aime venir ici. Il y a dix ans, ça a marché tout de suite en France. C’est une drôle d’histoire d’amour qui continue. On a tellement aimé le succès qu’on a eu à Paris qu’on a commencé à tourner dans de plus petites villes. Cet effort est récompensé aujourd’hui. Le public a sans doute apprécié ça et est resté avec nous. On a grandi ensemble.

Et maintenant Matthew chante même en français…

C. W. : On peut se rendre compte que l’accent de Matthew en français est vraiment très mauvais. C’est quelque chose à laquelle il tenait. Moi, je trouvais ça plutôt drôle. Dominic vit dans le sud de la France. On traîne beaucoup ici.

Vous parliez d’Internet tout à l’heure mais votre musique intègre aussi aujourd’hui de nouvelles technologies…

D. H. : On a toujours été fans des nouvelles technologies. Surtout en studio. On essaie de se tenir au courant des derniers softwares. Certains producteurs trouvent qu’une chanson sonne bien quand ils ont reproduit cette chaleur que l’on trouvait dans les années 1960. Mais parfois, ça sonne comme de la merde. Nous on veut rester à la pointe de ce qui se fait aujourd’hui, constamment explorer de nouveaux sons. Surtout que les possibilités deviennent gigantesques avec les machines de nos jours. Le plus dur, c’est de composer de la bonne musique avec tout ça. Sur notre dernier album, j’ai l’impression qu’on s’en est bien sortis. On a appris à utiliser un tas de technologies qu’on n’avait pas par le passé.

M. B. : Au-delà de l’électronique, je crois qu’on est tous intéressés dans le groupe par différents types de musique. Et, je ne crois pas qu’un artiste doive créer quelque chose de complètement coupé du reste. De totalement original. J’aime avoir l’honnêteté d’intégrer ce que j’aime dans la musique.

 

Undisclosed Desires (Live) :

«Undisclosed Desires» sur votre dernier album est produit comme un titre R’n’B…

D. H. : Avec « Undisclosed desires », on s’est essayé à un autre type de production à l’aide de samples. Maintenant, il faut essayer de rendre ça en live. Au départ, j’ai essayé de jouer ça sur ma batterie mais c’était l’horreur. Je suis donc passé à un petit kit électronique pour rester dans l’esprit de ce qu’on avait composé en studio.

Plus ça va et plus votre musique paraît excentrique…

M. B. : Ca fait partie de notre univers. Et ça en fera toujours partie je pense. Il y aura toujours chez nous des éléments qui sortent de la réalité. Après la question n’est pas d’aller plus loin mais de refaire la même chose, différemment. J’aime que notre musique soit un mélange de petites choses de la vie de tous les jours et de fantaisie. Les deux vont bien ensemble. Elles recoupent l’expérience humaine. Je n’aime pas trop les musiques qui ne sont que dans la fantaisie ou au contraire que dans le quotidien le plus banal. Notre musique doit être l’expression de ce que nous sommes en tant qu’individu, en tant que groupe et en tant qu’humain. Les chansons intègrent des éléments de ma vie personnelle mais aussi mes espoirs et mes peurs concernant la manière dont marche le monde. Les concerts sont une expérience plus enrichissante et honnête quand on peut montrer toutes ces différentes facettes de nous-mêmes.

Recueilli par Kid B et Ben C

09:38 Publié dans Interview, rock | Lien permanent | Commentaires (68) | Tags : muse

 
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