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12/10/2009

Editors : « Dès qu'un morceau devenait trop joyeux, on faisait un pas en arrière »

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Leur « Back Room » en 2005 nous avait fait l'effet d'un bloc noir très prometteur. Editors revient aujourd'hui avec un troisième album rock « In this lighting and on this evening », qui troque les guitares pour des synthés. Si les Britanniques n'ont pas renoncé à leur ambition de conquérir les stades de la planète, pas question de renoncer à son côté sombre. Rencontre avec Ed Lay (batteur, tout à gauche) et Chris Urbanowicz (guitare/synthé, tout à droite).

Pour ce nouvel album, vous avez développé un plus gros son. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Ed Lay : Un peu par ennui et beaucoup grâce à l’envie de faire mieux que le disque précédent. Chris a joué un rôle déterminant dans l’évolution de notre son. Il s’est acheté quelques synthétiseurs et nous est revenu avec une nouvelle manière de composer.

Chris Urbanowicz : Je n’ai acheté qu’un synthétiseur. Ca a suffi à faire le boulot.

Vous avez fait beaucoup d’essais avant de trouver le son que vous vouliez ?

C. U. : On a essayé tout un tas d’instruments et d’idées. Chacun travaille d’abord chez lui de son côté, puis on se retrouve en répétition et on échange. Au départ, chacun suit une direction différente donc ça ne sonne pas très bien. Puis très vite, les choses se mettent en place. On trouve une idée qui nous intéresse et on part de là.

L'utilisation de synthétiseurs vous a poussé vers une écriture plus répétitive ?

C. U. : On s’est plus attaché à suivre un groove qu’à respecter une structure traditionnelle. Les refrains ne viennent pas nécessairement où on les attend. Le groove dicte sa loi sans la contrainte d’aboutir à une chanson pop de trois minutes.

L’électronique ne se retrouve pas que sur les synthés mais aussi dans la rythmique…

E. L. : Dès nos premières démos, on s’est rendu compte qu’avec ce son de synthé, on ne pouvait pas se contenter de garder une batterie et une basse traditionnelle. Il nous fallait être plus imaginatifs. On s’est notamment essayé au sample.

C. U. : Si on ne teste pas de nouvelles choses, on s’ennuie très vite en studio. Enregistrer est ce que j’aime le plus. C’est là que j’ai le plus l’impression de faire vivre cette passion que j’ai pour la musique depuis mes 11 ans. Pour ce disque là, on s’est offert de nouveaux jouets. C’était fun de s’amuser un peu avec.

Les mélodies au synthé sont très entêtantes…

C. U. : Guitare ou synthé, on a toujours conservé les mélodies qui restent coincées dans nos têtes. On a aussi essayé d’utiliser ici certaines percussions comme un riff. Les mélodies ne nous font pas peur. On ne veut pas faire de la musique pop mais de la musique mélodique.

Malgré tout votre attirail électronique, vous avez enregistré le disque dans des conditions proches du live. Vous aviez peur d’y perdre quelque chose ?

E. L. : On voulait que notre musique garde quelque chose d’humain. Conserver notre énergie. Il fallait capturer ce groove mais en sonnant naturel. On ne cherchait pas la perfection. Beaucoup d’albums sont tellement propres et travaillés qu’il est difficile de s’y attacher.

Les textures semblent plus travaillées…

E. L. : On a surtout voulu faire en sorte que chaque instrument ne soit présent que lorsque c’est nécessaire. Il y a beaucoup plus d’espace sur ses chansons. Du coup, les textures ne semblent pas saturées pour rien. La voix de Tom prend aussi plus d’importance que par le passé. Il propose de nouvelles choses.


Eat Raw meet = Blood Drool (live) :

Le nouvel album cultive le goût des contrastes…

E. L. : On voulait explorer de nombreuses pistes mais sans jamais sonner trop doux. Dès qu'un morceau devenait trop joyeux, on faisait un pas en arrière pour salir un peu notre son.

C. U. : On voulait faire un disque agressif. Presqu’effrayant.

La pochette de l’album juxtapose d’ailleurs une même scène de jour et de nuit…

C. U. : Pour moi cette image reflète bien le son de l’album. Jusqu’ici, on utilisait très peu de couleurs. Là, on est resté sur une base sombre mais en y injectant des flashs de couleurs primaires.

Votre musique a quelque chose de très urbain…

E. L. :La ville nous inspire. En tant que groupe, on y passe beaucoup de temps. Surtout la nuit. C’est un environnement très mystérieux et excitant.

C. U. : Il y a toute une imagerie derrière qui est intéressante. On peut s’appuyer dessus pour composer comme un film qui passerait dans nos têtes. C’est plus inspirant que d’écouter ce que font les autres groupes.

Ce disque est plus dansant…

C. U. : Le public a toujours dansé à nos concerts. Ce groove a toujours été là dans notre musique même si d’habitude il est davantage laissé en arrière-plan.

Pour le live, vous avez essayé de réarranger vos anciennes chansons ?

C. U. : On en a essayé une pour une émission de radio mais ça ne marchait pas. On peut ruiner une chanson en la changeant juste pour s’amuser. Et puis ce sera intéressant d’avoir ce contraste entre les synthés et les guitares.

Comment expliquez-vous que beaucoup de groupes indie comme Franz Ferdinand ou Metric se concentrent aujourd’hui sur la recherche de ce groove comme vous ?

C. U. : Je ne sais pas. Je n’écoute pas ce que font les autres. Je m’intéresse plus à traduire les images qui me passent par la tête. De toute façon, on a toujours essayé de rester à l’écart de toutes les scènes. Le dernier disque qui m’ait excité c’est « Micro-Phonies » de Cabaret Voltaire. C’est sorti il y a 25 ans. Il y a beaucoup de musique que j’aime bien mais très peu qui sonne vraiment neuve.

Vous vous intéressez à la musique électronique ?

C. U. : La musique dansante nous a toujours intéressé que ce soit Gary Numan, LCD Soundsystem ou Vitalic. Leur énergie nourrit notre musique.

Les livres et les films nourrissent-ils davantage votre imaginaire ?

E. L. : Oui, c’est certain. On s’intéresse tous les quatre au cinéma. On a beaucoup discuté de « Blade Runner » pour créer l’ambiance de ce disque. Ou de l’imagerie apocalyptique de « Terminator ». Ce sont des choses qui nous parlent.

Le groupe est aujourd’hui dispersé entre l'Europe et l'Amérique. Est-ce que ça a changé votre manière de travailler ?

C. U. : Je ne crois pas que ça ait changé quelque chose à ce niveau là. On suit toujours la même méthode. Chacun travaille de son côté puis on se réunit.

E. L. : C’est vrai que maintenant on doit être plus efficace. On a un peu moins de temps qu’avant. Mais le groupe n’a jamais été aussi créatif que ces six derniers mois.

Chacun apporte du coup des énergies un peu différentes ?

C. U. : Oui, je pense. A commencer par celle du décalage horaire.

Papillon (live) :

Ca fait dix ans que vous jouez ensemble. Qu’est-ce que vous avez gardé de vos débuts ?

C. U. : Mon son de guitare n’a pas tant changé. La voix de Tom a pris de l’ampleur mais elle garde la même profondeur. Et puis comme je l’ai dit. On plébiscite toujours les mélodies.

Jouer en septembre un concert parrainé par l’Union européenne pour sensibiliser le public au changement climatiqye, c’est quelque chose d'important pour vous ?

E. L. : Nos soyons pas hypocrites. On n’est pas le groupe le plus écolo de la planète. On voyage beaucoup en avion avec tout un tas de matériel.

C. U. : Et tu aimes ces vieilles voitures américaines.

E. L. : Et j’aime ces vieilles voitures américaines. Mais bon, c’est bien de se dire qu’un groupe comme nous peut être un petit peu utile.

Recueilli par KidB

13:31 Publié dans Interview, rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : editors

13/09/2009

Scarlett Johansson & Pete Yorn : « Insuffler de la vie dans les histoires qu'on interprète »

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Hôtel Bristol ce vendredi. Les journalistes attendent à l'entrée de la chambre où Scarlett Johansson et Pete Yorn donnent une série d'interviews avant une conférence de presse l'après-midi. Les attachés de la star passent en revue les questions de France 2. « On a presque l'impression d'interviewer Obama », lâche un membre de l'équipe. Pour la presse écrite, c'est plus tranquille. La comédienne et chanteuse, habillée d'une robe à pois, et le chanteur folk, s'assoient avec simplicité face à moi pour faire la promo de leur album « The Break Up ». L'interview peut commencer avec pour consigne de parler musique et de ne pas s'adresser uniquement à Scarlett Johansson. Message entendu.

Comment est né le projet ?

Pete Yorn : J’ai eu l’idée de faire un disque de duo à noël 2006 après avoir découvert la chanson « Bonnie & Clyde ». J’en suis tombé amoureux. Je ne l’avais jamais entendu auparavant. J’aime cette dynamique où lui parle, elle répond. J’ai pensé que c’était un bon moyen de traiter les relations amoureuses. Brigitte Bardot m’a fait penser à Scarlett. Elles ont un peu la même présence. Je lui ai envoyé un texto pour savoir si elle voulait faire ce disque. Elle m’a dit : « oui . Ça a l’air fun. »

Vous vous connaissiez déjà ?

P. Y. : Un peu mais je ne l’avais pas revu depuis un an. J’espérais qu’elle dirait oui. Je ne savais pas bien où j’allais mais je pensais que ça pouvait être une expérience intéressante. Il était clair depuis le début que si l’un d’entre nous n’était pas satisfait du résultat, on arrêtait tout. J’ai commencé à travailler les morceaux avec mon cousin et le producteur Sunny Levine. Scarlett est venue deux après-midi en janvier 2007 chanter ses parties sans même avoir entendue une note de musique. Et elle s’en est parfaitement sortie. C’est une superstar.

Et il faut attendre encore deux ans pour que sorte le disque…

Scarlett Johansson : On était tous les deux très pris par nos carrières. Lui était en tournée, moi j'avais mes films et j’ai enregistré un disque. Puis au départ, on ne l’avait pas vraiment conçu comme un album. Juste une série de chansons comme ça. Quand il m’a appelé pour me dire qu’elles avaient été masterisées. J’ai été les écouter. Elles m’ont beaucoup plus. Lui aussi été content du résultat. Alors on les a mises dans nos iPods pour pouvoir les écouter. Mais il n’y avait aucune pression pour qu’elles sortent. De toute façon, on était très occupés. Avec le temps, on arrêtait pas de se répéter à quel point les chansons étaient réussies. On s’est dit qu’elles plairaient peut-être à d’autres personnes. Et ce fut le cas. Le label qui avait sorti mon disque de reprise de Tom Waits [« Anywhere I Lay My Head »] a aimé le résultat et accepté de le sortir.

Est-ce que la sortie de votre premier album vous a encouragée à sortir celui-ci ?
S. J. :
La sortie de l’album de Tom Waits m’a surtout permis de rencontrer un tas de personnes qui travaillent dans la musique. Et celles-ci m’ont facilité la sortie de ce nouveau disque.

Musicalement, le disque rappelle la musique des années 1960-70 mais avec une touche de modernité…

P. Y. : Pour moi, c’est quelque chose d’important. Beaucoup de personnes font ou bien des disques retro ou bien des disques très modernes. Moi, ce qui m’a toujours intéressé c’est de produire quelque chose d’assez classique, mais remis au goût du jour avec des textures plus contemporaines. Sunny Levine nous a aidé à ça.

S. J. : Le disque me fait penser à une pop un peu old school. Pete est inspiré par pas mal de groupes de filles de cette époque là. C’est un hommage à cette période mais ce n’est pas retro. Certains artistes ne font que copier la musique du passé. Autant écouter les originaux. J’aime quand on entend les influences tout en se disant qu’on n'avait jamais entendu cela jusqu’ici.

Déjà le disque de reprises de Tom Waits apportait un traitement moderne à des chansons plus anciennes…

S. J. : Quand j’ai commencé le disque, j’ai très vite compris que de simples reprises ne feraient pas un projet très intéressant. Il fallait vraiment réinterpréter les chansons pour des oreilles plus jeunes. C’est passé par un travail important sur le son.

Comment s'est glissée dans le disque la reprise d'« I am the cosmos » ?
P. Y. :
J’étais très fan de la chanson. Quand je l’ai découverte, j’ai tout arrêté pour la réécouter. Je trouvais que le morceau s’intégrait bien dans mon projet, sans imaginer une seconde que ce serait son moment d’éclat à elle. Puis quand elle a enregistré, je me suis dit : « C’est parfait comme ça. » Même pas besoin d’en faire un duo.

Le disque étant construit comme un dialogue entre un homme et une femme, est-ce que le fait d’être actrice vous a aidé à interpréter ces chansons ?
S. J. :
Les chanteurs que j’admire sont ceux qui arrivent à insuffler de la vie dans les histoires qu’ils interprètent. C’est comme de la poésie. Il faut que l’interprète vive ce qu’il chante. Donc il y a pour moi beaucoup de points communs entre le métier d’acteur et de chanteur. On interprète des chansons. Aujourd’hui, les gens sont toujours surpris quand un acteur chante ou quand un chanteur fait la comédie, mais dans les années 1950 et 1960, les passerelles entre les deux étaient constantes. Que ce soit Judy Garland, Sinatra. Même Audrey Hepburn pouvait pousser la chansonnette dans ces films. On a un peu perdu ça de vu.

Les chansons et les voix sont très différentes les unes des autres…

S. J. : On s’en est rendu compte en avançant. Chacun a sa propre voix, son propre style.

La production est assez dépouillée avec des voix mises en avant…

P. Y. : J’aime bien la production du disque. Il n’y a pas beaucoup d’éléments, mais tout semble à sa place. Tous les instruments s’entendent très clairement.

Qu’a amené Scarlett à vos compositions ?

P. Y. : Elle a amené une énorme présence. Plus encore que ce que j’imaginais au départ. Elle a aussi amené une perspective féminine universelle. On n’a jamais l’impression que les morceaux parlent de la vie de Scarlett. J’ai l’impression que les chansons touchent à quelque chose qui va au-delà de moi-même ou d’elle. On touche à l’universel. N’importe qui pourrait chanter la même chose. Les parties féminines et masculines sont, d'ailleurs, interchangeables. Tout le monde peut s’y retrouver. C’est aussi pour cela qu’elle n’a pas eu de mal à trouver la note juste.

Vous vous êtiez limités à ces neuf chansons ?

P. Y. : Parfaitement. C’est la première fois que je travaille comme ça. D’habitude, j’ai toujours des tonnes de matériaux en trop dont je ne sais pas trop quoi faire.

Hier soir vous avez joué les chansons en live pour la première fois au Grand Journal. Ca vous a donné envie de continuer ?

P. Y. : Moi, ça m’a beaucoup amusé [Il la regarde].

S. J. : Moi aussi. Le disque est un peu court mais on pourrait faire des showcases. Ça pourrait être fun. En tout cas, les répétitions avec le groupe de Pete se sont super bien passées.

Vos deux projets musicaux sont basés sur des collaborations très fortes. Est-ce que vous vous imaginez travailler un peu plus seule un jour ?

S. J. : Sur l’album de reprises de Tom Waits [entièrement produit par David Sitek des TV on the Radio], j’étais la seule à chanter, mais je n’imagine pas me passer de l’aide de collaborateurs. Ça vaut aussi bien pour le cinéma que pour la musique. C’est pour moi l’essence même des ces deux arts. Puis c’est important d’avoir ces soutiens quand on créé. L’apport de plusieurs esprits rend les projets meilleurs. Les autres sont un peu mon inspiration.

Et vous avez d’autres disques cachés comme celui-là ?

S. J. : Oui, j’en ai avec Kenny Chesny [chanteur de country américain marié un temps à Renée Zellweger]. Je reviendrai en faire la promo l’an prochain [rires]. Non, plus sérieusement, pour l’instant il n’y a rien d’autre. On verra bien pour la suite.

Recueilli par KidB

31/08/2009

The Horrors : « Créer quelque chose de neuf et d’excitant »

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Leur deuxième album « Primary Colors » nous avait fait au printemps l'effet d'un choc salutaire. De passage à Rock en Seine samedi, nous avons pris le temps d'aller voir The Horrors en conférence de presse. On avait peur de tomber sur une bande de très jeunes gens renfermés. Il n'en fut rien. A quelques heures d'un set prenant, collant parfaitement à l'univers du disque, rencontre avec le chanteur Faris Badwan, le bassiste Spider Webb et le guitariste Joshua Third, très occupé sur son origami.

On compare souvent votre musique à celle de My Bloody Valentine ou Joy Division. Ce sont des groupes que vous écoutez ?

Faris Badwan : Ce sont deux très grands groupes mais nos influences ne se limitent pas à cela. On écoute des choses très variées.

Spider Webb : Chez Joy Division, il y a une intensité un peu noire que l’on retrouve aussi dans notre musique. Nous ne cherchons pas du tout à leur ressembler. Nous voulons juste composer quelque chose qui ait la même force. Dès qu’un artiste écrit quelque chose d’intense, les gens ont tendance à le qualifier de sombre. Alors que ce sont deux choses différentes. Ce qui est drôle avec Joy Division, c’est que le groupe est devenu tellement légendaire qu’on oublie tous ceux qui les ont influencé. Que serait devenu leur musique sans le premier album de Neu !, les albums berlinois de Bowie, Iggy Pop et les Stooges ? Quand on nous cite Joy Division, nous on a tous ces sons en tête. La musique est une source d’inspiration importante pour nous. On est toujours à l’affût de ce qu’ont fait les autres. Quant à My Bloody Valentine, Kevin Shields est un des guitaristes les plus influents des vingt dernières années.

Quelle influence a le krautrock sur votre musique ?

S. W. : Quand on a commencé a utilisé des synthétiseurs, on s’est ouvert au monde de la musique électronique que nous ne connaissions pas très bien. Pour « Strange House », on bidouillait nos synthés en studio. On expérimentait des choses avec les machines. Ca nous a poussés à aller voir plus loin par la suite. Kraftwerk est sans aucun doute un de nos groupes préférés. Tout ce qu’ils font est simplement brillant. Avec le souci constant d’explorer des idées neuves. Ces derniers mois, on a beaucoup écouté de musique électronique européenne. Les groupes allemands ont une approche des rythmiques vraiment très intéressante.

Comment expliquez-vous la différence entre le premier et le deuxième album ?

S. W. : Les deux albums semblent très différents mais notre musique a évolué de manière très progressive. Nos démos de fin 2007 ne sont pas si éloignées des morceaux de « Primary colors ». Depuis la sortie de « Strange House », on a passé tout notre temps ensemble à apprendre à mieux se connaître, à jouer, à expérimenter. Quand on a commencé, on ne savait pas bien où on voulait aller si ce n’est créer quelque chose de neuf et d’excitant.

Comment avez-vous composé « Sea within a sea », le morceau de 8 minutes qui conclut l’album ?

S. W. : C’est une des dernières chansons que l’on a composé. Pour nous, elle capture vraiment ce qu’on a voulu faire avec cet album, les sons que l’on voulait explorer. L’électronique était là dès le départ.

Sea within a sea :


Est-ce que vous qualifierez votre musique de sombre ?

F. B. : Pas nécessairement. Pour certains, ça peut avoir une connotation négative. Dans tous les cas, ce n’est pas quelque chose de délibéré. On ne veut rien s’interdire.

S.W. : C’est vrai qu’il y a certains éléments sombres dans notre musique. Notre écriture est comme ça.

Est-ce que vous pensez un jour écrire des choses plus joyeuses ?

S.W. : On pensait que c’était déjà le cas avec cet album. On l’a enregistré en plein été, à dix minutes de chez nous. C’était très inspirant.

F.B. : Quand on compose, on se laisse simplement porter par l’énergie qu’il y a dans la pièce quand on joue tous ensemble.

Comment avez-vous rencontre Geoff Barrow de Portishead qui produit l’album ?

S.W. : Il nous a demandé de jouer au festival All Tomorrow’s parties, juste après la fin de la tournée de « Strange House ». On commençait à composer de nouvelles chansons. Cette nuit-là, on a discuté avec lui de ce que nous voulions faire. C’était fantastique. Après la sortie de « Third », on s’est senti proche des voies empruntées par Portishead. On l’a donc recontacté avec les morceaux que l’on avait composés. On pensait qu’il allait vouloir nous pousser dans de nouvelles directions, mais pas du tout. Il nous a expliqué qu’il voulait simplement capter au mieux ce qu’on avait écrit. Ca nous a surpris et donné beaucoup de confiance pour la suite. La production du disque a été un travail très collaboratif.

Est-ce que le disque est difficile à adapter pour la scène ?

F. B. : Il n’y a pas tant de production que ça. Le disque a essentiellement été composé dans une configuration live. L’adaptation à la scène se fait donc très naturellement.

S. W. : Tout ce qu’on entend sur le disque a été joué à un moment dans notre local de répétition. C’est comme ça que nous approchons notre musique.

Les visuels attachaient à « Primary Colors » sont conçus autour de l’idée du flou. Vouliez-vous brouiller votre image après la hype qui a accompagné la sortie de « Strange House » ?

S. W. : On cherchait davantage à coller à la musique que l’on composait. Sur « Primary Colors », on a beaucoup joué avec la distorsion de sons. Autant appliquer ensuite le même procédé à l’image.

F. B. : On ne s’est jamais soucié de l’image que les autres avaient de nous. Nous cherchons simplement à suivre notre propre voie.

On a l’impression à écouter votre musique que vous êtes un groupe expérimenté alors que vous êtes encore très jeunes…

S. W. : C’est sans doute parce que l’on est vraiment passionné par ce que l’on fait. On essaie juste de faire les choses du mieux possible. On est obsédé par notre musique. Tant d’autres groupes n’ont pas cette passion. Ils cherchent juste la célébrité en étant au bon endroit au bon moment.

Recueilli par KidB

Mirror's image :

17:42 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : the horrors

17/08/2009

Simian Mobile Disco : « On ne voulait pas faire un album simplement dansant »

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Depuis la disparition de leur formation rock Simian et le succès de leur morceau « Never Be Alone » grâce au remix du groupe Justice, James Ford et James Shaw ont fait un sacré bout de chemin à deux. Ils sortent cette semaine « Temporary Pleasure », leur deuxième album sous l'identité électronique Simian Mobile Disco. Un disque où le duo a invité une série d'artistes (Beth Ditto de Gossip, Alexis Taylor de Hot Chip, Jamie Lidell, Telepathe, Gruff Rhys des Super Furry Animals...) à poser leur voix sur des instrumentaux alliant pop et électronique. Rencontre.

Musiciens, DJ, producteurs... Vous écoutez beaucoup de musique ?

James Ford : Beaucoup, oui. On parlait justement avant vous de la difficulté que l'on a aujourd'hui à se poser pour écouter un album. Il y a tant de choses disponibles. On nous envoie des tonnes de chansons et de disques. Il est difficile de passer du temps sur tout.

James Shaw : Même les morceaux que j'apprécie, parfois je ne les écoute qu'une ou deux fois. Alors que quand j'avais 13 ans, je pouvais me passer le même album en boucle. Je connaissais par coeur les intros de chaque morceaux. L'accès à toute cette musique a tendance à réduire notre attention.

Vous réécoutez vos propres albums ?

J. F. : Quels que soit le groupe, je n'ai jamais réécouté en entier un seul des albums sur lesquels j'ai collaboré. Après avoir passé tant de temps à tout décortiquer et travailler un morceau dans le moindre détail, la dernière chose que tu veux faire, c'est de l'écouter. Peut-être dans dix ans par nostalgie.

Mais vous restez attachés à l'idée de produire un album...

J. F. : Bien sûr. Les singles doivent capter au maximum votre attention. Sur un album, les morceaux peuvent répondre à d'autres exigences. Le format offre également plus de satisfaction. On arrive au bout de quelque chose qui résume une année de votre vie.

J. S. : Travailler sur un album permet de cadrer un peu les choses. Puis quand l'oeuvre est terminée, il est temps de s'enthousiasmer sur autre chose. C'est un processus que je trouve très sain.

Chaque titre sonne très différemment des autres...

J. F. : C'est aussi pourquoi on a fait le choix de collaborer avec des interprètes très différents. On voulait faire un disque d'électronique influencé par la danse et pas un album simplement dansant. Il fallait expérimenter différents beats, différents rythmes. On a posé les fondations des morceaux fin 2008, envoyé les fichiers à tout un tas de chanteurs. Au début de l'année, on avait une dizaine de parties chantées. Puis on a finalisé l'ensemble en avril.

J. S. : On se sert de nos ordinateurs portables pour esquisser des idées. Les morceaux prennent ensuite forme en studio.

J. F. : Les machines nous aident beaucoup à trouver de nouvelles idées. On se sert des accidents. Le résultat sonne parfois de manière très différente de ce que l'on cherchait au départ. Ce sont ces moments-là les plus excitants en studio. S'il n'y avait pas ces accidents, le travail deviendrait vite lassant. On a besoin de ce hasard. D'ailleurs, en choisissant de travailler avec plusieurs chanteurs, on se retrouve également avec un tas d'éléments qu'on ne peut pas contrôler. C'est stimulant.

Comment avez-vous choisi les artistes avec lesquels vous avez collaboré ?

J. S. : Ces dernières années, on a pu rencontrer tout un tas d'artistes en tournée ou à travers d'amis communs. Après ce sont les morceaux qui ont eux-mêmes dictés le choix des collaborateurs. Tout le monde ne nous a pas répondu mais, au final, on a eu suffisamment de personnes intéressées.

J. F. : Une fois qu'on avait les instrumentaux, on a cherché quelles voix pourraient les accompagner. Puis on réarrangeait les morceaux une fois qu'on avait obtenu les bandes. Pour certains artistes, la musique était assez proche de leur univers et la juxtaposition était évidente. Pour d'autres, on voulait que la voix aille un peu à l'encontre des instrumentaux.

C'est ce qu'avait notamment réussi le groupe Hercules and Love Affair en utilisant la voix d'Antony...

J. S. : C'était vraiment un choix intelligent.

Audacity of Huge :

 

Quand est-ce que vous savez qu'un morceau est terminé ?

J. S. : Il n'y a pas de recettes toutes faites. Souvent, c'est à l'instinct. Parfois, on continue d'ajouter des choses et le résultat est moins bon. Il faut revenir en arrière.

J. F. : A un moment aussi, on n'a plus trop d'idées pour faire évoluer le morceau. Il faut alors s'arrêter. Chaque partie peut être retravaillée à l'infini mais à un moment, il faut rassembler toutes les couches et que ça fonctionne. Le processus est le même en tant qu'artiste ou en tant que producteur.

Et c'est plus facile d'avancer à deux ?

J. F. : C'est très dur de travailler tout seul. Tu n'as personne pour te guider, te dire si tu es dans la bonne voix ou pas. Dans les groupes de cinq ou six à l'inverse, le risque est que la création parte dans tous les sens. Travailler à deux ou à trois est vraiment à mon avis le format idéal.

J. S. : Depuis le début de notre collaboration, quand on est inspiré sur un morceau, on avance. Sinon, on laisse vite tomber. On a suffisamment d'idées pour ne pas avoir à perdre du temps à retravailler pendant des jours et des jours une chanson jusqu'à ce qu'elle fonctionne.

J. F. : On ne s'acharne pas au-delà d'un jour et demi. On lance quand même beaucoup de morceaux pour n'en garder au final qu'une dizaine. Il y a pas mal de déchets. Des choses que l'on reprendra peut-être plus tard. Etrangement, souvent les morceaux que l'on aime le plus sont ceux qui ont été composés le plus vite.

J. S. : On essaie aussi de tester les morceaux en live. Ca nous permet d'avoir un retour sur ce que l'on fait. En tant que DJ, on apprend à voir si les titres ne sont pas trop longs, s'ils ont suffisamment d'énergie.

C'est important pour vous que votre musique garde un aspect dansant ?

J. F. : C'est très important même si avec ce disque, on avait conscience de faire davantage une musique à écouter chez soi. Quelque chose de plus pop. Il faudrait faire une deuxième version de l'album avec moins de chants et plus de variations de rythme. En tant que DJ, on ne jouerait probablement pas l'album tel quel. Ou alors seulement les instrumentaux.

J. S. : C'est très rare que des morceaux soient à la fois pop et adaptés aux pistes de danse.

Allez-vous garder en concert la même scénographie où vous êtes tous les deux debout à tourner autour des machines ?

J. S. : On avait choisi cette configuration parce qu'elle nous permettait de communiquer pendant les concerts tout en gardant un aspect très dynamique.

J. F. : En se faisant face, on peut être plus flexible. Changer les choses sur le moment. Pour la nouvelle tournée, il nous arrivera peut-être d'avoir des invités sur certaines dates mais on ne compte pas emmener six ou sept chanteurs avec nous en permanence. On devra donc retravailler les morceaux, déconstruire tout ce que l'on a fait en studio.

Recueilli par KidB et BenC

29/07/2009

TV on the Radio : "Même un maniaco-dépressif est parfois heureux"

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Eureka, ils ont trouvé. Pour leur troisième opus Dear Science, les Américains de TV on the Radio ont décrypté l'ADN de l'album parfait. Des montées de guitares rageuses, des cuivres et un groove très funk, de déchirants arrangements de cordes et harmonies vocales, le tout saupoudré d'une brillante production électronique. Rencontre début septembre 2008 avec le batteur Jaleel Bunton et le chanteur Tunde Adebimpe, devenu un peu parano après avoir demandé à l'hôtesse de l'hôtel de retirer la musique lounge du hall...

«Dear Science» semble plus joyeux que le précédent...

Tunde Adebimpe : Je suis d'accord. Avec cet album, on a essayé de laisser plus d'espace pour que les instruments et les voix aient la place de s'exprimer. Il y a plus de vie que dans nos disques précédents. Même si certains textes restent un peu sombre, l'enregistrement a été plus léger. Tout a été fait plus vite. C'est bien que ça s'entende. De toute façon, on commençait à avoir fait le tour de tout ce qui n'allait pas. Il était temps qu'on explore des sentiments plus heureux, histoire de mieux rendre compte de la complexité des choses.

Vous vous fixez une ligne avant de commencer à composer ?

T. A. : Jamais. Pour chaque album, on repart à zéro. On préfère se laisser porter par notre créativité en essayant de traduire du mieux possible ce que l'on vit et ce que l'on ressent à ce moment là. Pour cet album, on était dans un état d'esprit plus positif.

(Une serveuse lui apporte un café)

T. A. : Si ma gorge commence à changer de couleur, appelez-vite la police.

On pourra leur dire que l'on sait qui a fait le coup...

T. A. : (Rires)

Comme vous l'indiquiez, vos paroles, elles, sont quand même moins joyeuses...

T. A. : L'important pour nous était de trouver un équilibre. Ce n'est pas une question d'arriver à maturité. On s'est juste souvenus que beaucoup des musiques que l'on écoutait jouaient sur ce contraste entre les paroles et la musique. Pour nous, il y avait là une richesse à explorer.

Ça permet aussi d'exprimer la vie d'une manière plus complexe. Jusque dans une même chansons...

T. A. : Bien sûr. Même quelqu'un de maniaco-dépressif est parfois heureux.

Comment se déroule le processus de composition ?

T. A. : Par petits bouts. Généralement, moi je travaille a capella avec un peu de clavier. J'arrive avec un bout de mélodie et des textes plus ou moins finis puis tout le monde y apporte sa patte. David Sitek fait un peu la même chose. Tout le monde met ses idées sur la table puis il n'y a plus qu'à tout réparer. Ce qui est génial, c'est que je peux compter sur la créativité de chacun pour donner vie à des choses que je n'aurai jamais su développer tout seul. Je leur donne une petite indication comme 'la musique devient totalement folle au milieu de la chanson' et ils font le reste. Dans un délai très raisonnable.

Est-ce que beaucoup de choses sont mises à la poubelle ?

T. A. : Aujourd'hui plus tellement. C'était surtout le cas à nos débuts. Maintenant, on a appris à être efficaces. Pour cet album, je crois qu'on a vraiment coupé des parties qui ne fonctionnaient pas bien sur deux ou trois titres. Pas plus. Par le passé, on empilait les éléments jusqu'à arriver à des démos de douze minutes. Avant de conclure qu'on n’avait peut-être pas besoin de tout ça.

L'album est très produit. Est-ce que vous aviez peur que les effets puissent tuer un peu les mélodies ?

T. A. : Non. Je trouve la production du disque vraiment très juste. Elle colle au squelette de chaque chanson, donne vie à chacun des éléments.

Jaleel Bunton : A aucun moment, l'un d'entre nous se demande : 'Mais où est ma chanson ?' Et David Sitek de répondre : 'Tais-toi et écoute, c'est génial'. Pour l'instant, on n'a pas ce problème. Peut-être avec le prochain album.

T. A. : On pourrait peut-être essayer d'effacer l'apport des autres en superposant son travail dessus.

C'est vrai que si l'album est très produit, on sent moins l'effet d'empilement de couches, très présent sur le disque précédent...

T. A. : C'est quelque chose que l'on voulait essayer. Les concerts ont aussi poussé dans cette direction. On se rend compte qu'il n'y a pas forcément besoin de cinq instruments qui jouent en même temps. Il se produit des choses tout aussi intéressantes quand on laisse chacun s'exprimer.

Vous utilisez aussi beaucoup de cuivres et d'arrangements de cordes...

T. A. : D'ailleurs, je n'ai encore aucune idée de comment on va pouvoir incorporer tout ça en concert.

Il vous reste trois jours pour trouver la solution...

T. A. : Et excusez-moi pour la voix un peu tremblante. J'ai un rhume un peu bizarre qui m'empêche de dormir ces derniers jours.

Je crois que ça vient du café...

T. A. : Ah oui. Et j'ai mon épaule qui commence à faire mal. C'est sans doute pour ça. Oh mon Dieu, aahhh... (il fait semblant de s'écrouler).

Et ces derniers mots étaient 'ahhh'...

T. A. : Mince, faut que je trouve quelque chose de plus intéressant à dire...

Revenons aux cordes et aux cuivres...

T. A. : On réfléchissait à comment exprimer certains sentiments de la manière la plus juste qui soit et on a décidé d'utiliser des cordes et des cuivres. L'idéal serait bien sûr d'être accompagnés par des musiciens pour la tournée. Ca devrait pouvoir se mettre en place. Ceci étant dit, les arrangements pour cet album me semblent un peu plus traditionnels que ce que l'on a fait jusque là. Tout est plus linéaire. Les parties se succèdent les unes aux autres plus qu'elles ne se mélangent.

Les chansons prennent la forme d'un voyage. La mélodie n'est jamais stable. Et c'est un peu la même chose pour l'album. Le premier titre s'appelle 'Halfway home' et les dernières paroles sont 'I'm gonna take you home'. C'est quelque chose d'important pour vous...

T. A. : Oui. Pour nous, il est important que beaucoup de choses se passent dans une même chanson. On pourrait presque parler d'arc narratif avec un élément qui se retrouve confronté à un obstacle puis le surmonte.

J. B. : Ou échoue lamentablement.

T. A. :Exactement. Ou il épouse l'obstacle puis celui-ci part avec tout son argent. Ce qui est drôle, c'est que je n'avais jamais fait le lien entre 'Halfway Home' et 'I'm gonna take you home'.

J. B. : Moi, non plus.

J'étais persuadé que c'était quelque chose que vous aviez fait de manière délibérée...

T. A. : Pas du tout. Nous on s'est juste dit. 'Tu sais, quoi. Le début de 'Halfway Home', on a l'impression que c'est le commencement de quelque chose et les dernières mesures de 'Lover's day' ressemblent à un épilogue'. Pour nous, ça n'allait pas plus loin.

Maintenant, vous pouvez changer le titre de l'album...

T. A. : Home to home.

J. B. : On ne devrait pas prendre à notre compte les découvertes des autres.

T. A. : Vous devriez déclarer cette découverte par écrit.

J. B. : On a cracké le code de 'Dear Science' !

D'ailleurs, comment est venu le titre...

T. A. : C'était le moins ridicule des cent cinquante titres qu'on avait imaginé pour l'album. La science a aussi joué un rôle dans le mixage du disque. Mais plus on en parle et plus j'aime me dire que l'album est notre contribution à la science. Tenez les gars, pour toute la confusion, la joie, le progrès et la souffrance que vous avez cause. Ajoutez une pincée de ceci.

Pourquoi la virgule dans le titre de l'album...

T. A. : En fait, il n'y a pas de virgule. Elle n'existe que sur Internet et les papiers que vous donnent les attachés de presse. Mais j'ai commencé à faire de petites virgules en papier à la maison. Je pense les vendre 5 dollars la pièce pendant la tournée. Ajoutez votre virgule. Mettez un peu d'argent de ma poche.

Vous comptez beaucoup tourner pour défendre l'album...

T. A. : Oui. On commence début septembre.

J. B. : Dans trois jours.

T. A. : Dans trois jours, merde alors. C'est dingue. Je peux encore me perdre dans Paris.

Au pire, on dira que vous êtes morts empoisonné par la serveuse...

T. A. : C'est ça. Faisons croire que je suis décédé. Je serai libre. Sinon, on peut finir par se tirer les uns sur les autres.

Une nouvelle contribution à la science...

T. A. : Voilà. Sinon, la tournée devrait s'arrêter à la fin de l'été prochain.

En dehors des tournées, vous passez beaucoup de temps ensemble ?

T. A. : On se voit beaucoup. On habite pas loin les uns des autres. Quand on revient de tournée, il y a toujours une semaine où on se dit qu'on ne veut plus jamais voir les autres puis on décroche le téléphone. Alors, les mecs ça va. On se rend compte qu'on n'est nos seuls amis. Pour l'enregistrement de 'Dear Science', David était, lui, toujours en studio. C'est un peu sa maison. Les autres étaient répartis en deux groupes. On était jamais tous ensemble avant les deux-trois dernières semaines. En tout, l'album a été fait en trois mois. Après, sur le plan humain, il n'y a plus trop de surprises entre nous. On a été de vagues connaissances puis des amis puis les membres du même groupe puis il y a eu les tournées. On est un peu comme une famille maintenant. On a beaucoup d'admiration et de respect les uns pour les autres donc on essaie de ne pas se faire perdre notre temps. Les moments les plus sympas, c'est quand on traîne dans les cafés comme quand on n'avait pas de boulot sauf que maintenant, on en a un qui est de s'amuser avec la musique.

Avec cet album, vous mélangez un peu tous les genres de musique...

T. A. : On a grandi en écoutant tellement de musiques différentes. Ce qui est bizarre, c'est qu'avec la culture du zapping qui est la notre, il n'y ait pas plus de groupes de rock qui essaient de mélanger un peu les choses. On a accès à tellement de sons différents aujourd'hui.

J. B. : Pour nous, c'est comme d'avoir tout ses parents qu'on ne voudraient pas rejeter. On essaie d'être reconnaissant envers chacun d'entre eux. De toute façon, on finit toujours pas ressembler à ses parents. Moi, je me rappelle que plus jeune j'écoutais aussi bien les Clash que Duran Duran. Puis je passe à des phases où j'écoute tel genre ou tel autre. Tout ça nourrit notre musique.

T. A. : Les rappeurs de Clipse et le producteur Brian Eno aimeraient sûrement traîner ensemble.

J. B. : Peut-être qu'ils auraient même trop de choses en commun pour bien s'entendre.

T. A. Et puis on a quand même vécu l'évolution du synthétiseur qui était d'abord un simple instrument et qui aujourd'hui permet de recréer tout un tas de sons. Je me rappelle il y a quelques années discuter avec des amis qui disaient que le sample était du vol. Pour moi, ça peut être un acte très créatif.

J. B. : C'est du vol si tu ne copies pas intelligemment.

T. A. : Quand tu vois ce que fait Aphex Twin, DJ Shadow ou Beck. Certains gens trouvent ça bizarre ou nouveau mais faites tourner les stations de radio ou mettez votre I-pod en mode aléatoire et vous arriverez au même résultat. Il y a tellement de mélanges dans l'air. Pourtant, dès qu'un artiste essaie de faire la même chose, on dit que c'est expérimental. Alors qu'il y a trop de groupes qui se contentent de répéter le même son. Avec ma petite amie, on regardait des œuvres de caricaturistes au musée Beaubourg. On voyait qu'ils savaient dessiner mais tous se servaient des mêmes motifs pour dépeindre les  visages, le corps. On se demandait : 'Mais où ont-ils tous appris ce modèle ?' Si tu dessines aussi bien, tu peux varier tes effets. Essayer différentes approches. Mais je sais aussi que si un artiste sait qu'une formule vend et qu'elle est appréciée du public, il a tendance à s'y conformer. Peu de gens aimeraient que l'on fasse un portrait qui prendrait la forme d'un générique de fin d'un mauvais film. Peut-être que le dessinateur se ferait virer en moins de deux.

J. B. : Je ne peux même pas montrer le portrait à mes voisins...

T. A. : Après certaines personnes excellent dans un seul genre, sont passionnés par un seul type de musique. On voit bien ceux qui essaient toujours de se réapproprier des sons un peu novateurs, différents.

On sent quand même qu'il y a une nouvelle génération de groupes aux Etats-Unis qui essaie d'ouvrir les portes. Que ce soit vous ou des gens comme Animal Collective...

T. A. : Je suis d'accord. En plus, j'adore Animal Collective. Ils ont vraiment pris le temps d'apprivoiser leur propre langage. Aujourd'hui, ils communiquent avec tellement de monde. J'aimerai qu'il y ait plus de groupes avec cet esprit un peu aventureux. Même si quand leur album 'Strawberry Jam' est sorti, j'étais dégoûté que tout d'un coup tout le monde s'est mis à aimer cet obscur groupe que j'adorais. J'étais là :' Ah, ils sont devenus tellement pop maintenant.' Tout ça parce que j'étais un peu jaloux comme un ado de 15 ans. Un mois plus tard, je me rendais bien compte. 'Il est quand même génial cet album.'

Ce qui est fou c'est l'influence qu'ils ont sur tellement d'autres groupes...

T. A. : C'est vrai que c'est étonnant. Pour vous quels groupes ont-ils vraiment influencé?

Grizzly Bear, MGMT...

T. A. : Je suis d'accord avec vous. Pour MGMT, je suis très heureux du succès qu'ils ont mais l'autre fois je regardais un de leur clip et je me disais :'On dirait que quelqu'un a filé un tas de pognon à Animal Collective. Comment est-ce possible ?' Et effectivement, aujourd'hui ça devient possible grâce au succès de groupes comme Animal Collective.

Ce qui est étrange, c'est que peu de groupes essaient de copier ou suivre ce que vous faites...

T. A. : De temps en temps, les gens disent de certains groupes qu'ils font du TV on the Radio. Généralement, c'est parce qu'ils utilisent des harmonies de voix a capella.

Vous n'avez que dire que c'est vous qui l'avez inventé. 'Non, non, personne n'avait fait ça avant'...

T. A. : On devrait le faire. J'étais assis chez moi, je chantais. Tout à coup, il ya eu comme un écho et je me suis mis à chanter avec. J'ai appelé ça des harmonies. Et j'ai déposé le copyright.
Souvent, c'est une étiquette qui sert à décrire des artistes qui chantent un peu faux et sont obligés de s'appuyer sur d'autres voix. Les gens font parfois des comparaisons étranges. Quand Bloc Party a sorti son deuxième album, une personne de notre label nous a envoyé un e-mail pour dire que ça sonnait comme du TV on the Radio. Donc, j'ai soigneusement évité de les écouter jusqu'au jour où je suis tombé dessus par hasard. Le mec de notre label nous dit : 'C'est de cette chanson que je vous parlais. Ils vous ont tout copié. 'Et nous on était là : 'Mais de quoi tu nous parles?' Il n’y avait pas une seule note qui ressemblait à ce que nous faisons.

Peut-être qu'il pensait ça parce que le chanteur est noir...

J. B. : 'Regarde, il a la même couleur que vous.' J'ai plus trop envie de lui parler d'un coup.

T. A. : Peut-être qu'il était un peu sourd... ou alors raciste. Enfin, tout ça pour dire que j'ai du mal à dire comment nous sonnons.

J. B. : Il y a quand même cette pub pour UPS où ils ont vaguement changé 'Staring at the sun'.

T. A. : Vraiment ?? J'utilise UPS. J'aurais pu leur prêter mon travail contre un peu d'argent bien sûr.

Est-ce que l'optimisme de l'album a à voir avec l'état de  l'Amérique ou est-ce que ça renvoie à des choses plus personnelles ?

T. A. : Ce sont en général des choses plus personnelles mais on n’est pas indifférent à ce qui se passe dans le monde. Comme on disait au début, quand on a épuisé tout ce qui ne va pas, on ne peut que remonter la pente. Plein de choses restent possibles. Mais nos albums n'ont jamais été totalement désespérés. Tiens, ça ferait un bon titre d'album 'Désespoir total'.

Vous avez déjà le mot désespéré dans le titre de votre premier album...

T. A. : Ah oui. Ca pourrait faire un peu : 'Ils sont à deux doigts de me pousser de la falaise, mais je peux encore leur arracher les yeux.' Ce genre d'ambiance. En faisant le disque, je n'avais pas l'impression d'exprimer un changement de mentalité aux Etats-Unis. Ceci étant dit, je suis optimiste que George Bush quitte le pouvoir. Où va-t-il pouvoir aller maintenant ?

Pas en France a priori...

T. A. : Quelqu'un va devoir lui construire une petite reproduction du monde totalement fermée sur elle-même dans laquelle il pourra se déplacer à loisir. T'imagines un peu si tu le croises faisant la queue pour aller au cinéma. 'Je crois que j'ai l'occasion de régler quelques comptes, là.' Il ne va quand même pas faire des tournées diplomatiques.

J. B. : En même temps, il est déjà allé tellement fois dans le ventre de la bête en faisant comme si tout allait bien. Je crois qu'il s'en fout.

T. A. : Je suis content pour lui, qu'il aille faire des croisières, ce genre de choses... On verra bien ce qu'il se passe en novembre. De toute façon, ça ne peut être qu'étrange. Etrange en bien ou en mal. J'espère que ce sera étrange en bien.

Pour finir sur un mode plus léger, l'album intègre beaucoup de sonorités du funk. Est-ce que aimeriez que les gens se mettent à danser sur votre musique ?

T. A. : Ca serait bien. Ca donne un côté plus fun à notre musique. Moi-même je me suis surpris à faire quelques pas en écoutant les morceaux seuls dans ma chambre. C'était bizarre. J'espère que d'autres suivront le mouvement.

Ca changera l'ambiance des concerts...

T. A. : Je préfère ne pas trop y penser, histoire de ne pas être trop déçus. 'Ben alors, les gars, faut se bouger là.' J'espère que tout se passera bien. On espère amener une 'dance party' un peu partout.

Une sorte de Bloc party...

T. A. : Une Bloc party avec ces Animal Collective et le maximum de groupes imaginables. Déjà jusqu'ici mes moments préférés, c'était quand les chansons provoquaient quelque chose chez le public. Pas seulement quelques personnes qui regardent un groupe jouer. Parfois, il y a un échange. C'est pour ça que les gens se déplacent. J'espère que ces moments là ne manqueront pas d'arriver pour cette nouvelle tournée.

Recueilli par KidB & BenC

DLZ :

Family Tree : 

14:31 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tv on the radio

26/07/2009

Yo ! Majesty : « On vous offre la vérité. Ne la téléchargez pas. Achetez-là »

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Ce matin de juin 2008, c'est le branle-bas de combat chez Pias. Shunda K.,une des deux chanteuses du groupe de rap américain Yo! Majesty a soudainement quitté les locaux de la maison de disque en pleine journée promo sans téléphone et sans argent sur elle.
En attendant son retour qui ne se fera qu'en fin de journée, Jwl. B assure sans se plaindre les interviews avec la presse pour  la  sortie fin septembre de leur premier album Futuristically Speaking... Never Be Afraid. Sur ce recueil de hip-hop énergique porté par des beats électroniques sensuels, les deux rappeuses lesbiennes transforment leur quotidien difficile en un message d'amour et de fête. Explication avec Jwl. B...

Votre musique est portée par une très forte énergie?

C'est une énergie réaliste. Celle de la vraie vie des «niggas». Je ne prétends jamais être quelqu'un d'autre. Ce sont mes sentiments que je mets sur la scène.

On sent que dans vos textes sont très proches de vos vies?

On vous offre la vérité. Achetez-la. N'allez pas la télécharger ou en faire des copies. On a écrit ces textes. Shunda a fait sa part, j'ai fait la mienne. Puis nos producteurs ont collé tous les morceaux pour qu'on ne forme plus qu'une seule entité.

Votre musique dégage quelque chose de très brut...

On ne répète pas trop les choses. Ces chansons ont été écrites et enregistrées sur plusieurs années. On a appris plein des choses grâce à l'expérience. Cet album est un recueil de notre passé, de notre présent et du futur. C'est pourquoi on l'a nommé «Futuristically speaking». C'est moi qui est trouvé l'expression et Shaunda a rajouté 'Never be afraid'. Le disque est le fruit de notre combinaison.

Votre musique a un côté très affirmatif. Au-delà de l'aspect réaliste, on sent aussi une certaine fierté à s'assumer...

Je viens des quartiers pauvres. D'une famille très religieuse. J'ai dû apprendre à survivre dans la rue. D'où je viens, rien ne t'est donné gratuitement. Il faut se battre. Je suis aussi  une lesbienne. Pour une partie des hommes que l'on rencontre, Yo! Majesty, c'est un freak show. Mais nous sommes des êtres humains quelle que soit notre sexualité. Nous avons nos valeurs, notre morale.

La violence est toujours là en arrière-plan dans la musique...

Cette violence explique aussi l'énergie que l'on retrouve dans l'album. Je décris juste d'où je viens. Ce que j'ai dû faire pour arriver  où j'en suis aujourd'hui. Notre énergie, c'est une manière de transformer des sentiments négatifs en ondes positives. Plutôt que de faire mal aux autres, on vide notre colère dans notre musique. La musique, c'est tout pour nous.


A l'écoute de l'album, on aussi l'impression que la musique est votre religion. C'est elle qui libère votre esprit...

Comme la religion, la musique est quelque chose qui se pratique. On peut en faire tous les jours. Tout le monde veut se sentir désiré, entouré et aimé. Je ne suis pas religieuse mais je crois que Dieu existe dans l'amour. Il est la part d'humanité en chacun denous. Après il existe des milliers de forme de spiritualité. Ce qui mène aussi à une certaine confusion. Il faut garder l'esprit ouvert.

Quand vous étiez plus jeunes, vous faisiez du gospel...

Dans mon quartier, beaucoup de jeunes vont à l'église. Les parents essaient ainsi de le préserver un peu de la rue. C'est une manière d'appartenir à un groupe aux valeurs positives. Dans les quartiers les plus pauvres, on retrouve maintenant des centaines d'églises différentes. Je suis une fille de l'église. Ma grand-mère était pasteur. Nous adonné une éducation religieuse très stricte. Forcément, c'est quelque chose qui marque.

Est-ce qu'on ne pourrait pas dire que la musique de Yo! Majesty est un gospel un peu remanié?

On peut le dire. Yo! Majesty croit en dieu. Shunda K. a eu la même éducation religieuse. Même si on est deux personnes vraiment très différentes, on a ce même passé en commun.

Votre musique dégage surtout quelque chose de très positif...


Cette croyance en la bonté de Dieu est une partie importante de ma vie même si par la suite beaucoup de choses rentrent en jeu : comment je me suis affirmée comme une personne indépendante, ma vie dans la rue, la valeur de la famille. Tout ça, on doit l'apprendre par soi-même. On doit apprendre à respecter ses parents, à gagner de l'argent. L'album reflète toutes ces expériences.

A quel moment vous avez décidé de vivre de votre musique?

Je n'ai rien décidé. La musique m'a choisie. A 3 ans, je chantais. Mes soeurs m'appelaient la «star». J'étais la petite fille qui était partout assez place. Un peu aussi de la moyenne à l'école avec surtout cette grande intelligence de la rue. Puis j'ai grandi et j'ai appris à apprécier tout ça comme j'apprécie dieu qui me permet d'être là face à vous aujourd'hui.

Comment en êtes-vous venus à faire du rap?

Quand j'ai rejoint Yo! Majesty, qui existait alors déjà sous la forme d'un duo, j'ai du apprendre à rapper. Toute ma vie, on m'avait dit: 'Qu'est-ce que tu chantes bien!'. Mais là j'ai dû repartir de zéro. Yo! Majesty m'a donné l'opportunité d'exprimer l'autre face de ma vie : la rue.

Comment êtes-vous rentrées en contact avec les producteurs britanniques de Hard Feelings qui ont conçu une grande partie de vos beats électroniques?

David Alexander est venu en Floride il y a cinq ans. Il était fou de notre musique. A l'époque, on utilisait comme tout le monde, ces sons typiques du R'n'B. Mais il nous a tiré vers le haut. Quand on a commencé, il y a sept-huit ans, on était le seul groupe de rap afro-américain ouvertement homosexuel. C'était quelque chose qui n'existait pas. Les gens de Tampa ne nous ont jamais aimé et ils ne nous aiment toujours pas mais on y est arrivé quand même. Alors arrête de t'amuser, arrête de te pisser dessus et achète l'album. N'oublie pas, le 29 septembre...

Aujourd'hui, il y a tout un mouvement booty qui reprend ces mêmes sonorités...

Certains décrivent aujourd'hui notre musique comme du booty crunk mais je n'avais jamais entendu ça quand on composait notre album.

Comment en êtes-vous venues à signer avec le label rock Domino?

Je ne sais pas trop comment c'est arrivé mais c'est arrivé. En tout cas, ils ont été très respectueux de notre travail et nous ont permis de sortir le meilleur album possible. Le meilleur album de tous les temps. Vous pouvez rigoler mais ces connards du quartier rigolaient aussi en nous voyant il y a 7 ans. Ils doivent moins se marrer aujourd'hui. On ne fait pas du putain de rap comme tout le monde. On n'a pas besoin de belles robes ou de maquillage. Notre son est suffisamment dur. Si l'on croit fortement en quelque chose, tout devient possible.


L'histoire du groupe a été assez chaotique ces dernières années (Une des trois membres est partie, les deux autres ont fait une longue pause avant de repartir...). Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui tout va pour le mieux?

Les choses évoluent. Quand on a commencé ce groupe, on était très jeunes. On avait 21-22 ans. Aujourd'hui, je suis bien plus matures. On croit toutes en dieu et en notre musique. Depuis le départ, on a ce brûlant besoin d'être entendues. Les gens se moquaient de nous, ne nous montraient aucun amour, nos familles nous avaient renié. La musique était notre bulle de survie. Le gospel, le hip-hop et le R'n'B.


Est-ce que le succès a changé un peu le regard des autres ?

C'est dur de gagner le respect des gens. De toute façon, on représentera toujours Tampa même si personne ne nous aime là-bas ou nous connaît. On est plus connu en Europe que dans notre quartier. Au moins, ça nous permet de garder une vie normale. Heureusement, David nous a poussées à travailler dur. Il nous a donné ces instrumentaux gratuitement. Au départ, c'est aussi pour cela qu'on a travaillé avec lui. On écrivait des paroles mais on n'avait pas de musique. Il nous a dit si vous me suivez, votre musique sera jouée partout dans le monde. Il a été le premier à croire en nous comme ça. Alors aujourd'hui, on apprécie ce qu'on a.

Recueilli par KidB

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13:18 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : yo majesty

Vampire Weekend : "Coller des éléments d'un même état d'esprit"

Les Américains de Vampire Weekend sont à Belfort pour défendre leur excellent premier album éponyme. Rencontre avec le chanteur Ezra Koenig et le bassiste Chris Baio.

Que pensez-vous des festivals français ?

Ezra Koenig : On en a fait qu'un seul pour l'instant, Solidays hier, et ça c'est très bien passé. On n'avait jamais eu un accueil aussi enthousiaste en France. En plus, c'est la première fois qu'on jouait dans un festival engagé comme cela autour d'une cause. Apparemment, ils ont recueilli pas mal d'argent pour la lutte contre le sida. On était assez fiers.

Comment abordez vous la scène ?

Chris Baio : Il y avait deux pièges à éviter. Il ne fallait qu'on se limite sur l'album en se disant qu'ensuite il faudrait jouer les chansons sur scène. Il ne fallait pas non plus qu'on cherche à rejouer les morceaux à l'identique. Pour nous, le live, c'est quelque chose à part. Nos chansons y sont plus énergiques que sur disque.

Vous décrivez votre musique comme de "l'Upper West Side". Vous pouvez être un peu plus précis ?

E. K. : On ne l'appelle plus comme ça maintenant. Mais c'est un terme qu'on utilisait au début. On aime bien définir notre propre genre. Pour nous, il y a un peu d'ironie dans cette expression, mais c'est surtout qu'on a tous étudié dans une fac de ce quartier new-yorkais. Moi et Chris on a aussi grandi là avec des parents typiques de cette classe un peu bohème, ouverte sur ce qu'il se passe dans le monde. Très loin du cliché des riches conservateurs.

Comment en êtes-vous arrivés à mêler influences africaines et pop anglo-saxonne ?

E. K. : Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de chercher les deux choses les plus éloignées et de les associer, ce qui serait complètement vain, mais plutôt de coller des éléments qui nous paraissent tenir d'un même état d'esprit même si ce n'est pas évident au premier abord. Ainsi, les tenues que certains décriront comme typique du milieu blanc bourgeois new-yorkais sont liées à l'histoire coloniale anglo-saxonne et sont fabriquées en Inde. Un peu comme les vêtements de la marque Ralph Lauren. Son travail n'a pas été apprécié à sa juste valeur.


Aimeriez-vous jouer en Afrique ?

E. K. : On nous demande ça souvent. Très peu de pays africains ont les infrastructures nécessaires pour accueillir des concerts de rock. On a eu une proposition d'un festival, mais ça ne nous intéresse pas d'aller jouer là-bas pour les expatriés et pouvoir dire : « Voyez, on est au Kenya. » Il y a plus de chances qu'on visite l'Afrique à titre personnel avant qu'on s'y produise avec le groupe.

Dans quel état d'esprit étiez-vous en enregistrant l'album ?

E. K. : Les chansons peuvent avoir l'air un peu légère, mais on a passé énormément de temps à les travailler. L'écriture, elle a été beaucoup plus spontanée.C'était vraiment quatre personnes en train d'échanger dans une pièce. Peut-être que ce processus imprègne un peu les chansons.

C. B. : On s'est juste demandé quel type de musique on voulait faire et quelles influences on pouvait chacun apporter. Un instrument comme la flûte traversière qui pour moi donne une touche années 1950-1960 à notre musique vient juste d'un sample qu'a utilisé Rostam sur son clavier. Notre musique doit beaucoup aux expérimentations comme celle-là.


Votre écriture semble très influencée par la littérature ?

E. K. : Je prends ça comme un compliment. D'habitude, les gens disent que nos paroles ne veulent rien dire. Pour moi, écrire une chanson, c'est bien sûr différent d'une nouvelle parce que l'on ne recherche pas la même chose mais c'est aussi une manière de raconter des histoires de manière plus subtile peut-être, plus imagée.

Comment vivez-vous le succès ?

E. K. :
On a dû mal à évaluer ces choses-là. On ne se rend pas bien compte. Même à New York parce qu'on y est jamais. Après, ça nous fait très plaisir quand on voit en Espagne ou en France, des pays qui ne sont pas anglophones, des gens reprendre nos chansons sur Cape Cod. Ca montre qu'on a dépassé le particularisme local. Et concernant notre succès auprès des filles, on est très content que notre public ne se réduit pas à de jeunes hommes de trente ans. Ca montre que le côté séduisant de notre musique fonctionne bien.

Et la compétition avec MGMT.. qui jouent dimanche aux Eurockéennes ?

E. K. : On est devenus très amis avec eux. On fait plein de festivals ensemble. Même si notre musique est très différente, à la fin de la journée on est un peu pareils. On vient du même milieu universitaire chic new-yorkais même si leur fac libérale est aussi connue pour abriter tous ses hippies. Eux ont le meilleur des deux mondes.

Recueilli par Anne-Sophie Lambell, Vincent Glad et Boris Bastide

08:57 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : vampire weekend

23/07/2009

Melpo Mene : « Comme la culture française, ma musique est sensuelle et féminine »

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En Grèce, Melpomène est la muse du chant, de l'harmonie musicale et de la tragédie. En Suède, Melpo Mene, c'est surtout une sacré formation pop qui dit «merci and bisou» à tous les internautes qui ont voté pour qu'il soit dans le journal. Il faut dire que la tendresse est la première des qualités du combo d'Erik Mattiasson. Quand il ne s'imagine pas un bref instant «faire l'amour à tout le public» lors d'un concert à Paris, le musicien compose des ballades solaires comme «I Adore You». Interview.


Un petit mot pour les internautes qui ont voté pour vous face à Pacific! et Envelopes?

Je leur dit : «merci et bisou». Et surtout n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ma musique par mail (erik@melpomene.se).Avant j'étais quelqu'un de très timide mais aujourd'hui, je suis heureux de discuter avec les gens.

Qui est Melpo Mene?

Dans la mythologie grecque, c'est la muse de la musique et de la tragédie. C'est aussi
mon nom d'artiste. Pour moi, Melpo Mene est un nom plus excitant que le mien.

Quand avez-vous commencé la musique?

J'ai commencé à composer quand j'étais un petit morveux qui faisait du skate et portait des tee-shirts de Nirvana. Le million d'affreuses chansons punk que j'ai écrit à cette période ont donné naissance à Melpo Mene. J'ai d'abord sorti un E.P. super underground en 2004. Je ne pense pasque plus de vingt personnes l'ont écouté.

Que faisiez-vous avant Melpo Mene?

Ça a toujours été Melpo Mene pour moi. Je n'ai rien d'autre dans ma vie. Pas de plan B, pas d'autres talents. Ça peut paraître triste mais je me sens riche. Je vois tous les jours des gens qui n'ont pas trouvé un sens à leur vie.


Pourquoi êtes-vous devenu musicien?

La première fois que j'ai vu un instrument de ma vie, j'ai pensé que c'était la chose la plus fantastique qui existe sur cette planète. Mieux que le sport, les gens, l'eau, les femmes, les enfants, les avions, les animaux, la religion. Un instrument te permet d'amplifier tout ce que tu as au fond de toi. Pour moi, c'était le coup de foudre.


Quel type de musique écoutais-tu quand tu étais plus jeune?

Depuis très jeune, j'écoute tous les disques qui traînent autour de moi. Dans la famille, on écoutait Bruce Springsteen, Rod Stewart et de l'opera. Ma mère était une prof d'aérobic très influencée par le son des années 1980. Puis, dès que j'ai pu me payer mes propres disques, c'était Nirvana, des groupes de punk liés au monde du skate et REM.


Quel musique écoutes-tu aujourd'hui?

De la musique classique et de l'opéra, les démos de mon prochain album, les fantastiques atmosphères du duo américain Stars of the Lid, la chanson «New Jersey» des Red HousePainters et les arrangements de cordes du «Faust Arp» de Radiohead.


Comment définiriez-vous votre musique?

A mon image. Pleine d'émotions et un peu manipulatrice. C'est très difficile de définir quelque chose dont on est si proche. J'imagine que c'est une musique pop un peu trop intime pour être grand public.


Melpo Mene, comment ça fonctionne?

Je compose essentiellement dans mon apportement. J'enregistre des démos que je donne à mon producteur et mentor. On échange des idées puis on se bat pour convaincre des gens d'investir dans ce que je fais. Ensuite, on peut passer au vrai travail.

Où trouves-tu l'inspiration?

Je ne sais pas bien d'où ça vient. Le processus m'échappe totalement. J'ai simplement appris qu'il ne faut pas que je me mette à composer quand je suis pris d'émotions trop violentes. La plus belle musique peut soudain apparaître quand on ne pense à rien, dans les moments les plus anodins.

Qu'avez-vous appris en faisant votre premier album «Holes» en 2004?

«Holes» était mon premier album. J'avais écrit certains des titres à l'âge de 14 ans, alors pour moi c'est un disque un peu jeune et fragile. A l'adolescence, tu as des idées assez arrêtées sur les choses et tu essaies juste de te faire comprendre. Pendant la fabrication de «Holes», j'a irendu mon producteur complètement fou en m'attachant à de petits détails. Il vaut mieux lâcher un peu de contrôle sur les choses. La créativité vient plus facilement quand je suis dans un état d'esprit plus détendu. Ca ne sert à rien de s'entêter quand on n'y arrive pas. Tout ça, on ne l'apprend pas dans un manuel. Il faut faire ses propres erreurs puis les corriger. Ainsi, j'ai pu découvrir que j'étais plus fort et talentueux que je ne le pensais. Et j'en suis ravi.

Dans quel état d'esprit êtiez-vous pour «Bring the Lions Out»?

Je n'allais pas bien du tout. Je pensais au suicide à longueur de journée. Vivre n'est pas facile. Tout semble si chaotique, il faut essayer de mettre un peu d'ordre dans tout ça, tracer des lignes, poser des étiquettes sur les choses pour pouvoir survivre. A un moment, je me sentais pris au piège, comme dans une prison. Mais heureusement, j'ai pu m'échapper de tout ça. Le titre de l'album «Bring the Lions Out» va dans ce sens. C'est ma manière de dire qu'un changement ne peut se faire que de manière violente. Il ne faut pas de demi-mesure. Il faut lâcher le lion. Aujourd'hui, je suis bien plus heureux que par le passé. La musique que je compose est plus libre et bien plus belle.


Etait-ce un disque difficile à enregistrer pour vous?

J'étais plus calme et j'avais plus de tripes que pendant l'enregistrement de «Holes». Donc, ce n'était pas trop compliqué. Les chansons de ce disques m'ont demandé plus de réflexion et ça c'était parfois pas facile. Melpo Mene ne s'amuse pas à suivre le dernier son à la mode. Ma musique passe par mon cerveau avant d'irriguer mon cœur. J'espère que la prochaine session sera encore plus facile et plus fun. Amenez un de vos journalistes en studio, je suis sûr qu'on va s'amuser comme des petits fous.

 

Une grande partie de l'album semble coller au point de vue d'unadolescent confronté à la difficulté de grandir...

C'est vrai. Quand j'écris mes textes, j'essaie de ne pas trop réflechir. Je mets tout ça sur papier puis j'analyse. J'essaie simplement d'éviter d'entrer dans des sujets un peu trop concrets qui tendraient à trop limiter les choses. Les émotions sont plus fortes quand on ne les comprend pas. Mais avec le recul, l'album semble effectivement parler d'un garçon qui deviendrait un homme.

 

Vous citez Bono et les jedi. Est-ce que la culture pop vous intéresse?

Pas vraiment. Je n'ai pas la pochette de «Dark Side of the Moon» des Pink Floyd dans ma chambre, je n'achète pas les éditions limitées des DVD, je vais rarement à des concerts. Je ne crois pas du tout à tout ce qui relève de la hype. J'utilise des symboles pour toucher à certains sentiments, pas pour faire un commentaire sur notre époque ou jouer avec cette culture pop.


Si vos textes sont plutôt sombres, la musique, elle, est plus enjouée. C'est un contraste qui vous intéresse?

C'est quelque chose d'universel. Les rues à voie unique, les politiciens de droite, de gauche, les bimbos, les machos, les films pour ados, tout ça sont des choses très statiques. L'excitation, la séduction et l'art ne peuvent naître que quand les choses ont au moins deux dimensions. Je veux composer des choses tristes de manière joyeuses et vice-versa. Je veux avoir les pieds sur terre entre les chansons puis m'élever avec la musique, être moche et sexy. Tout est dans le contraste. Généralement, on tombe amoureux de gens très différents de ce que nous sommes. Je me souviens d'un morceau d'une douce ballade de Belle and Sebastian où était employé le mot «fuck». C'était quelque chose de bien plus fort que d'entendre le même vocable dans une chanson de rap.


«Bring the Lions out» semble être le disque parfait du dimanche matin. Quand conseillez-vous d'écouter l'album?

N'importe quel moment est un bon moment pour écouter l'album. Après j'aurai quatre suggestions à faire. Quand on a besoin de réconfort, quand on marche dans la rue avec ses écouteurs et qu'on veut se sentir mieux que les autres passants, quand on est ado et qu'on rêve de la liberté de la vie d'adulte et quand on prépare un dîner et qu'on veut créer une atmosphère un peu plus culturelle.


Les chansons de l'album semblent très ordonnées. Vous avez passé du temps dessus?

Quelque soit l'ordre des chansons, on peut tirer une histoire de l'album. Mais oui, j'ai choisi un certain ordre pour aider à raconter cette histoire. Quelque soit le format, je ne veux pas me contenter de partager une seule chanson avec le public. J'ai besoin d'un album pour communiquer ce que je veux. Les singles perdent un peu de leur sens sortis du contexte. Après, je n'ai pas d'attachement particulier au format CD.


Vous avez connu un petit succès avec le titre «I Adore You»? Est-ce que vous êtiez content que Volvo ait choisi la chanson pour une de ses publicités?

J'adore cette chanson. C'est vrai que de l'avoir à la télé partout aux Etats-Unis m'a permis de me faire connaître un peu.Ce petit succès est arrivé au meilleur moment possible pour moi. Mais je ne pense pas que McDonald's se mette à servir des menus I Adore you. Ce n'est pas un tube mais certainenement mon titre le plus connu.


Ces dernières années de nombreux musiciens suédoisont commencé à être remarqué en Europe (José Gonzalez, Loney Dear, I'm from Barcelona, Lykke Li...).Quelle vision avez-vous de cette scène très disparate?

Aujourd'hui, la musique ressemble de plus en plus à une mode et la Suède est devenue très branchée. Il y a aussi une certaine noirceur très scandinave qui pousse notre créativité.

Vous avez fait quelques concerts en France. Etiez-vous content de l'accueil fait à votre musique?

Les Français aiment en général que je ne sois pas un de ces types un peu tristes qui jouent la même chanson à l'infini avec sa guitare. Je crois que comme la culture française, ma musique a une dimension très sensuelle et féminine. Ma sœur vit en France. Je m'y sens presque comme chez moi. Je suis content que les Français apprécient ce que je fais.

Quel est votre meilleur souvenir avec Melpo Mene?

Créer me mets dans des états pas possibles. Je me souviens que quand j'ai apporté les notes finales à la chanson «Jedi», j'avais les yeux tout embués. Je me souviens aussi du moment où j'ai trouver la mélodie de «Kling Klang Clock». Je marchais sous la pluie avec mes écouteurs dans un état de grande excitation. Sinon, pendant un bref instant, lors d'un de mes concerts à Paris, j'ai eu envie de faire l'amour à tout le public. Je me sentais si bien.

Et le plus mauvais?

Je me souviens d'un petit concert donnée pour une soirée donnée par une entreprise. C'était impossible de toucher les gens qui étaient là. Ca m'a servi de leçon mais, sur le moment, je me suis senti complètement rejeté.

Comment vous voyez-vous dans cinq ans?

Un meilleur musicien et un meilleur être humain qui a beaucoup à donner aux autres.


Recueilli par KidB

21:17 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (168) | Tags : melpo mene

20/07/2009

Naïve New Beaters : "On s'habille chic comme pour aller à la messe"

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Bien de chez nous, les Naïve New Beaters, David Boring (chant), Eurobélix (beats) et Martin Luther BB King (guitare) ont imposé leur univers pop ludique mêlant électro, rap et rock vendredi soir aux Transmusicales 2008 à Rennes. A un mois et demi d'une date parisienne à la Maroquinerie et à quatre mois de la sortie de leur premier album, rencontre en coulisses avec le trio déjanté qui a déjà conquis le Web.

Quelques words pour les transiens et les transiennes qui ont mis une bonne ambiance à votre concert ?


David Boring : Déjà tous les transiens et les transiennes, on voulait faire un gros Wallace. Et même un double Wallace. C'était un super concert alors qu'il était tôt et que les gens n'avaient pas bu.

Eurobélix : Pourquoi un double Wallace ? Mets en un triple.

D. B. :
C'était chaud. Y avait l'ambiance. Les gens ils crachaient sur nous. C'était super. Nous on a transpiré et quand on transpire beaucoup, ça veut dire le concert il était vraiment bien. On avait quelques pas de chorégraphies qu'on avait bien répétés (les trois se mettent en ligne puis se décalent peu à peu jusqu'à ce qu'on les voit chacun individuellement).



Le seul problème c'est qu'il fallait être bien en face pour en profiter.

D. B. : Ca y est les premières critiques.

Martin Luther BB King : La prochaine fois, on fera un concert multidimensionnel. On amènera 27 personnes qu'on mettra en rangée de 3.



Vous sentiez un peu de pression en venant ici ?

D. B. : Oui, c'est vrai. On avait un peu le pression. Parce que c'est un beau festival. En plus, y avait le papa de Martin Luther BB King dans la salle. Et c'était l'anniversaire de Jean-Louis Brossard. Il a 30 ans même s'il en fait un peu plus je trouve.



Que les ados réagissent si bien à votre univers, ça vous fait plaisir ?

D. B. : C'est vrai que nous à 45 ans, on est un peu en décalage avec les jeunes mais c'est cool qui nous aiment. Merci les Jeunes avec un gros J. C'est cho-mé, cho-mé. Puisque tu me poses la question, je peux même te dire qu'on va partir à Londres dans dix jours enregistrer l'album.



Comment vous imaginez la configuration de l'album avec votre univers aussi décalé ?

D. B. : C'est un peu décalé aussi avec le style de musique que l'on fait, le pop rap avec des sentiments chaloupés. Le décalage, il vient aussi du mélange des genres. Et puis il y a quand même une bonne ambiance, même si on ne s'aime pas.

M. L. : Et on espère qu'on ira dans un studio en bois, qu'on aura un casque sur les oreilles et qu'on filmera tout ça comme dans le clip de Metallica, Nothing Else Matters.

D. B. :
On voudrait qu'il y ait des hits californiens dans l'album.



Comment êtes-vous venus à ce mélange des genres ?


D. B. : Ben, on écoute tous des choses très différentes.

M. L. : Moi, j'aime bien le rock'n'roll, la guitare, AC/DC.

E. : Moi, j'aime le rap et la musique électronique.

D.B. : Et le ?

E. : Et le boum-boum.

D. B. : Et moi j'aime tout ce qui est culture pop de L.A. Et tout ce qui fait ce rêve américain. Parce que moi, je l'ai promis à mes girlfriends qui sont là, on va y aller. On passe d'abord par l'Albanie puis direct L.A.



Ecrire une chanson, ça vous prend du temps ?

D. B. : T'es entrain de dire qu'on est des glandeurs, qu'on ne bosse pas. Ouais, c'est vrai tu n'as pas tort.

E. : On fait nos chansons très vite.

D. B. : C'est une musique quand on le fait, c'est assez spontané. Quand on le fait chez Martin, chez Eurobelix ou chez moi. Il est tard le soir, on y va, on le fait. Et on sort tout ce qu'on a.

E. : Les 3/4 du morceaux on le fait en deux heures puis on passe trois semaines à travailler les 25% qui restent. Les détails, c'est très long mais l'échange au départ lui est plutôt rapide.

 


Et la mise en ligne sur MySpace avec le retour immédiat du public, c'est important pour vous?

D. B. : Ca fait du bien d'être aimé. Non, j'aurai pas du dire ça. Désolé.



Je vais l'effacer alors...

E. : Non, mais c'est pas totalement faux non plus.

D. B. : Ce qu'on essaie, c'est de tout de suite essayer les nouveaux morceaux en  live pour voir si les gens aiment ou pas s'ils dansent.

M. L. : Certains morceaux qui seront sur l'album seront arrangés un peu  différemment parce qu'on a eu cette expérience du live.

D. B. : C'est pas les seules techniques qu'on ait. On a en plein d'autres. Gérard Majax, il révèle pas tous ses trucs. Là, on vous en a donné un, c'est cadeau.



Vos concerts ont un côté très show ?

D.B. : Nous ce qu'on veut, c'est surtout que les gens s'amusent et passent un bon moment. Puis on a ces chemisiers qu'aime beaucoup ma maman. Elle voudrait qu'ils vivent éternellement. Sur scène, on s'habille chic comme si on allait à la messe.

M. L. : On avait dit pas de politique, ni de religion.



Martin Luther BB King qui dit pas de politique, pas de religion...

D. B. :
Quand même c'est un peu culotté. A l'époque, t'étais plus contestataire.

E. : Et plus rêveur.

M. L. : Mais le rêve on est entrain de le réaliser.

E. : Moi, j'avoue j'ai eu la chair de poule ce soir pendant tout le concert.



Et dire que c'était sûrement vos dernières Trans ?

D. B. : Non, j'ai vu avec Jean-Louis. On va changer de pulls, ils vont pas nous reconnaître. On va tous les avoir.



Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour 2009 ?

D. B. : Un bel album qui sortira en avril, si L.A. veut.

M. L. : Une belle tournée au Japon. Y a que moi qui veut ça ? Bon, je retire pas de tournée au Japon alors.

D. B. : Moi, je veux bien la carte Carrefour aussi.



Recueilli par KidB

Live Good : 

Get Love :  

17/07/2009

Ebony Bones : "Je créé ma musique toute seule"

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Plus belle trouvaille de la fin de cette 30e édition des Transmusicales, la chanteus  Britannique Ebony Bones a mis tout le monde d'accord en trois quarts d'heure à coup de folles percussions, de riffs de guitares et d'entraînantes mélodies jouées au synthé. Mais aussi à l'aide d'une belle énergie. Rencontre près d'une heure plus tard dans l'espace pro pour une conférence de presse où l'artiste évoque sa joie d'être là et son parcours.

 

Comment c'est passé le concert aux Transmusicales ?

C'était fantastique. Il y avait une telle énergie. C'était comme se retrouver sur des montagnes russes. Jouer ici a été pour moi une fantastique opportunité.

 

Comment avez-vous préparé ce concert ?

On a joué notre show habituel. On était très heureux de jouer pour la première fois à Rennes, en plus pour le trentième anniversaire. On est venu ici comme une caravane un peu folle venue des Caraïbes. C'était très inspirant.

 

Avant de faire de la musique, vous étiez une actrice. Est-ce que ça aide ?

Je n'ai jamais été une bonne actrice et les deux domaines sont quand même très différents. La comédie m'a quand même appris à évoluer dans un univers créatif où j'ai pu ensuite travailler mes tenues, mes chansons. Mais la musique amène une connexion avec les gens totalement différentes de la télé. C'est quelque chose d'unique. Il y a une énergie qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

 

On sent chez vous un vrai plaisir de partager...

La chose la plus formidable pour un artiste, c'est de pouvoir partager quelque chose avec le public. Pour l'instant, je ne suis pas très connue mais les gens me réservent un accueil merveilleux. Ca montre quand même le pouvoir d'Internet et de MySpace aujourd'hui. Et puis je sens chez les gens une certaine vague d'optimisme ces derniers temps. Je ne sais pas si ça a un rapport avec la politique. En tout cas, c'est le message que j'essaie de faire passer dans mes textes. Ma vie jusqu'ici m'a permis d'être parfaitement indépendante. Il faut faire ce en quoi on croit. Personne ne le fera pour vous.

 

Pourquoi avoir choisi une coiffure et une tenue si exubérante ?

J'ai toujours été fan des artistes des années 1970 qui avaient des personnalités incroyables comme dans le mouvement glam rock ou chez Funkadelic. Il n'y avait pas de stylistes à l'époque pour les conseiller mais ils s'impliquaient beaucoup dans leur apparence. Ils étaient là pour faire le show, pas simplement pour proposer de la musique. L'important alors, c'était d'être créatif. Moi, je suis fatigué de voir ces groupes composés de quatre garçons en jeans slim qui écrivent des chansons sur leur petite amie suicidaire.

 

Dans votre concert, il y avait une énergie punk. Un peu comme chez Nina Hagen...

Je suis très fan de Nina Hagen. J'ai toujours beaucoup aimé sa musique, tout comme celle de Grace Jones ou de Joni Mitchell. Ces artistes ont su redéfinir ce qu'était la féminité à leur manière. Et ce, en apportant un vrai message. Pas en jouant la carte sexy. Je me rappelle très bien écouter un morceau des Slits quand j'étais plus jeune et me dire : « Mais pourquoi ne m'a-t-on pas fait écouter ça à la radio ? »

 

A Rennes, vous vous produisez le même soir que Switch et Diplo (producteurs de titres pour M.I.A et Santogold). Un honneur pour vous ?

J'aime beaucoup ce qu'ils font, même si ça a peu à voir avec la manière dont je travaille. Je créé toute ma musique seule. Personne n'y retouche derrière. Il y a une approche très Do it yourself et j'aime autant ce qui fonctionne que les petites imperfections. Pour moi, l'important, c'est ce que je libère en moi pour pousser les gens à libérer quelque chose en eux aussi.

 

Recueilli par KidB

 

Don't fart on my heart :

 

We all know about you : 

13:47 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : ebony bones

 
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