Avertir le modérateur

14/07/2009

Animal Collective : "L'impression de revivre nos 16 ans"

animal.jpg

Avec l'album «Merriweather Post Pavilion», premier chef d'oeuvre musical de l'année 2009, Animal Collective poursuit ses expérimentations pop en délaissant les guitares pour un mille-feuille électronique. Rencontre avec les deux têtes pensantes du groupe new-yorkais, Avey Tare et Geologist.

Vous avez l’habitude de jouer vos nouveaux morceaux live avant

de les enregistrer. Comment la dernière tournée a-t-elle influencé le

disque?

Avey Tare
: Ce nouveau disque est certainement le plus électronique qu’on ait fait. On voulait produire une musique qui soit organique. Il y a pas mal de variations de rythmes pour rendre l’ensemble plus vivant. Montrer qu’il y a des musiciens derrière les machines. Pour le disque, on a passé beaucoup de temps à créer nos propres samples qu’on allait ensuite réutiliser dans les morceaux.

Geologist: On voulait surtout se concentrer sur des boucles et des motifs répétitifs. Dès la composition, on a créé un tas de couches de sons avec l’idée de faire le tri plus tard, au moment du mixage. On s’est beaucoup concentré sur l’environnement. On voulait une musique qui rappelle la nature, comme si on se trouvait en extérieur.

Votre musique a quelque chose d’euphorique…


Geologist: Les chansons nous viennent comme ça. Il y a quelque chose de très émotionnel dans tout ça, d’explosif.

Avey Tare: En travaillant sur ce disque, j’avais l’impression de revivre mes 16 ans. Comme quand on était au lycée, on
essayait d'expérimenter les choses pour la première fois.


Comment gérez-vous la notoriété?

Geologist: Ça devient plus difficile de travailler tranquillement dans notre coin. Un jour, pendant l’enregistrement du dernier album, on n’était pas content de notre cymbale. On a donc pris la voiture pour aller en acheter une dans un magasin à Memphis. A notre arrivée, on sentait les gens un peu bizarres puis on a compris. Ils nous avaient reconnus et avaient appelé leurs amis. On discute un peu. On leur explique qu’on est en studio et qu’on travaille sur notre nouvel album. Le lendemain, on a un coup de fil des animateurs du site musical Pitchfork qui nous demandent de confirmer l’info. Nous, on veut juste pouvoir travailler tranquillement.

Comment imaginez-vous la tournée à venir?


Avey Tare: On va jouer des vieux titres et des nouveaux. A 50/50. On vient de composer quelques titres mais on ne va pas les jouer. C’est d'ailleurs la première fois que nos morceaux ne seront pas testés sur scène. On les réserve pour un projet DVD. Ce sera un disque visuel composé de plusieurs vignettes juxtaposées. L’idée est de créer un paysage avec un ami cinéaste en faisant collaborer le son et l’image. Les deux devront aller parfaitement ensemble.

Vous commencez à accepter que vos titres puissent être achetés sous forme de singles sur Internet...


Geologist: Je n’aime pas trop l’idée que les gens ne vont écouter qu’un single ou qu’ils vont pouvoir avoir l’album sous format digital avant sa sortie sur disque. Mais l’important c’est que chacun prenne ses responsabilités. Pour nous, ça va totalement à l’encontre de notre démarche. Après, si nos fans veulent télécharger notre musique ou n'en acheter qu’une partie, c’est leur choix. Ce ne sera pas quelque chose que j’aurai encouragé.

Recueilli par KidB

My Girls :

Bluish :

11/07/2009

The Bewitched Hands on the top of our heads : "On aime la force du premier jet"

Pour l'été, quelques interviews en archives avec pour commencer The Bewitched Hands on the top of our heads :

 

bewitched.jpg

 

Ils sont sept viennent de Reims et se présentent sous le drôle de nom de The Bewitched Hands on the Top of our Heads (on est autorisés à les appeler les Bewitched). Remarqués pour leur énergie live et leur superbe reprise du Tonight de leur voisin Yuksek, ces pratiquants d'une pop sous influence américaine pleine de folk et d'harmonies vocales saupoudrées d'une pointe de psychédélisme étaient aux 30e Transmusicales de Rennes. Rencontre quelques heures avant leur prestation.

Comment un jeune groupe comme vous se retrouve à jouer aux Transmusicales ?

Youri (Tambourin) : C'est un peu un concours de circonstances. On a fait une reprise en version pop d'un titre de Yuksek, Tonight, ça a plu à la maison de disque. Comme ils sont labels, managers, tout ça. Ils nous ont proposé de venir jouer sur les Trans.

Pour vous, c'est un premier aboutissement ?

Antonin (guitare, chant) : Déjà, on est supers contents. Parce que c'est quand même un festival qui est énorme.

Nicolas (Basse) : C'est plutôt le début de quelque chose.

Youri : C'est vrai que c'est notre premier gros festival et puis quel festival. C'est le plus gros festival pro en France. Ca nous permet de diffuser notre musique pour ensuite nous permettre de nous développer.

Comment s'est créé le groupe ?

Antonin : On faisait déjà tous de la musique sur Reims. Pour un concert, on a essayé de faire des morceaux ensemble et ça a très bien fonctionné. On s'est alors dit qu'on allait monter un groupe.

Youri : Le groupe s'est affiné au fur et à mesure du temps. Ca fait un an et demi qu'on existe. Depuis il y a eu quelques changements de line-up mais on commence à atteindre notre rythme de croisière avec une formule à sept.

Antonin : Ce qui est marrant, c'est que le groupe au départ n'était une récréation. Chacun avait alors des projets avancés. On s'est réunis dans le seul but de s'amuser et aujourd'hui tout le monde a abandonné ses autres projets. Celui qu'on a pris le moins au sérieux marche le plus.

En étant aussi nombreux, comment fonctionne le processus créatif ?

Antonin : En fait, il y a au moins quatre auteurs-compositeurs dans le groupe. Donc soit l'un d'entre nous amène un morceau et quelques uns travaillent dessus, soit on s'y met tous. Il n'y a pas de règles. Après les arrangements sont travaillés en répétition.

Du peu que j'ai entendu, vos chansons ont l'air d'explorer des univers très variés...

Antonin : On a pas tous les mêmes influences au niveau musical. Du coup, chaque morceau que chacun d'entre nous apporte est très différent les uns des autres.

Est-ce que vous vous êtes donnés un cahier des charges à respecter pour ne pas trop se disperser ?

Nicolas : Il faut du tambourin... (Pause) Et de la guitare.

Antonin : On essaie aussi de mettre beaucoup de voix, d'harmonies. Notre musique a quand même une identité sur des éléments comme ça.

Les titres postés sur votre MySpace ont une approche plutôt live ?

Antonin : On a tous du matériel pour enregistrer. Du coup, souvent, dès qu'un morceau est créé, il est enregistré. On aime bien ce truc là. Quand un moment tu attends trop, tu perds la spontanéité, la force de ce premier jet.

Est-ce que les retours que vous avez sur votre musique par Internet ou les concerts vous guident ?

Antonin : Ca nous motive d'avoir de bons retours. C'est ce qui nous permet de continuer. Après on fait avant tout les morceaux qu'on aime.

Youri : De toute façon, les gens ont toujours été fans de tous les morceaux qu'on a fait.

Benjamin (guitare, chant) : Même des fois, on ne fait rien, ils sont fans quand même. (Rires)

Comment votre style a évolué en un an et demi ?

Youri : Il y avait un côté un peu plus cowboy au début. C'était plus folk.

Antonin : Il y avait un côté un peu plus psychédélique.

Et pourquoi cette étiquette de hippie que certains médias vous collent ? Vous comprenez ?

Nicolas : Le prochain qui me traite de hippie, je lui mets une tarte dans la gueule.

Youri : Il y en a même pas un qui a les cheveux longs.

Antonin : C'est peut-être parce qu'à une époque sur une affiche on avait mis : "Hippie mais pas trop".

Youri : Non justement, on avait fait cette affiche en réaction à ça. C'est peut-être à cause de Benjamin qui à l'époque avait tous ses morceaux psychédéliques très seventies.

Benjamin : Oui, c'est vrai. C'est ma faute.

Nicolas : Il faut dire que pendant cinq ans il a fait backing band de Maxime LeForestier.

Youri : Après, on a dû faire une épuration. On est dans la lignée des groupes un peu nombreux, avec vachement de voix. Comme les A Silver Mount Zion, qui pour le coup sont de vrais hippies.

Comment vous est venue l'idée de la reprise pop de Tonight qui a vous a valu beaucoup de presse ?

Youri : En fait, Yuksek est aussi de Reims donc ça aide. Déjà, on ne s'attendait pas à ce que notre titre soit sur son maxi.

Antonin : Ce qui nous a intéressés, c'est que Yuksek, on le connaissait sans le connaître parce que lui fait partie de la scène électro. Ca nous a permis de nous rencontrer. Et surtout, il y a plein d'artistes électro qui remixent des chansons pop. Donc, ça nous amusait de prendre le chemin inverse. Y a même dans un article, un journaliste qui pensait que l'original était de nous. Et que Yuksek en avait fait le remix.

Comment abordez-vous les concerts ?

Benjamin : Les concerts, c'est notre point fort. On est beaucoup sur scène. C'est plus proche de l'énergie des morceaux que tu as entendu.

Pour l'enregistrement d'un album, vous imaginez déjà aller vers des choses plus produites ?

Youri : Je pense qu'on sera obligé de passer par là.

Antonin : Après, comme on disait tout à l'heure, on préférera toujours une prise moins bonne s'il se passe quelque chose dessus. Pour l'instant, on travaille nos morceaux. L'idée serait de sortir le disque à la fin de l'année prochaine.

Benjamin : Les chansons, on les a. Après c'est la mise en place avec un label. Tout le travaille derrière autour du disque. Ca prend du temps.

Antonin : On devrait déjà sortir un maxi au mois de mai avec deux morceaux.

Pourquoi avoir choisi un nom aussi compliqué et aussi long ?

Antonin : Au début, The Bewitched, c'était un projet de Benjamin.

Benjamin : J'aimais bien les noms à rallonge, un peu psyché. Les mains ensorcelés au-dessus de nos têtes, c'était pas mal. Du coup, on a gardé ce nom là. Mais tout le monde nous appelle les Bewitched.

Nicolas : J'en ai entendu un nous appeler les Betteraves une fois. Je crois qu'il n'avait pas compris.

Le fait de chanter en anglais. Ca vient de l'influence des musiques que vous écoutez ?

Antonin : Oui, forcément.

Youri : Ca va avec le type de musique que l'on fait.

Nicolas : De toute façon, les gens ont un problème avec ça. Dès que tu chantes en français, on te catalogue. C'est du Noir Désir, c'est du machin. Quand tu chantes en anglais, tu n'as pas ces problèmes là.

Antonin : Puis, c'est aussi qu'on préfère laisser de la place à la musique. Dès que tu écris en français, les textes passent les premiers.

Nicolas : Tu dois faire le poète.

Youri : Les groupes anglo-saxons, eux au moins, peuvent se permettre de faire des textes débiles.

 

Recueilli par KidB

 

Tonight :

06/07/2009

Passion Pit : « Faire un album électronique joué par un groupe de rock »

passionpi.jpg

Stars de la blogosphère sur la foi du quatre titres Chunk of Change, les Américains de Passion Pit ont depuis transformé l'essai avec Manners, un premier album fulgurant d'euphorie derrière lequel se cache un fond bien caché de mélancolie. Rencontre avec le chanteur Michael Angelakos et le batteur Nate Donmoyer, à l'occasion de leur deuxième tournée en Europe.

D’une à deux têtes

Michael Angelakos : C’est moi qui écris les chansons du groupe. Pour notre premier EP « Chunk of change », j’avais essentiellement tout composé seul puis j’ai beaucoup travaillé avec Nate pour élaborer notre album « Manners ». Live, on est un vrai groupe, mais en studio on créé plutôt notre musique à deux.

Un nom fantasmatique

M. A. : Passion Pit est le nom d’un classique du porno américain, mais je ne le savais pas. Moi, je voulais m’inspirer de l’univers des drive-in des années 1950. En classe, on devait donner une liste de mots associés à cette époque. Le nom vient de là en réalité.

Des familles musicales

M. A. : Mon père est professeur de musique. Donc j’ai toujours baigné dans la musique. A 5 ans, je composais des chansons sur le ninja. Ca m’a toujours intéressé mais je ne me suis jamais vu comme un vrai musicien. J’aime surtout écrire des chansons.

Nate Donmoyer : Ma mère jouait du piano donc j’ai aussi été exposé à la musique très tôt.

Chunk of change

M. A. : Passion Pit est un projet vraiment né de l’ennui. Je déprimais et j’écrivais beaucoup de chansons. A l’époque, je jouais beaucoup de guitare et d’instruments électroniques et j’ai découvert un programme informatique très facile d’utilisation, qui m’a permis de travailler mes compositions. J’en ai offert quelques unes à ma petite amie de l’époque pour la Saint-Valentin parce que je n’étais pas très doué pour les idées cadeaux, les anniversaires, ce genre de choses. Ce n’étaient pas des chansons d’amour mais une lettre d’excuses pour tout ce qui me préoccupait et affectait notre relation. Les chansons lui ont plu. J’ai commencé à les vendre à des amis, avant de leur racheter et de leur laisser le disque gratuitement. Le geste me convenait mieux.

Etudes

M. A. : Tout le groupe était étudiant à l’époque de « Chunk of Change » et l’était toujours lors de l’enregistrement de l’album « Manners ». Techniquement, moi je le suis toujours puisque je n’ai pas encore décroché mon diplôme. J’étudie les théories critiques des médias.

Influences

M. A.: A l’époque du premier EP, j’écoutais beaucoup Bjork, Human League, Phil Collins, Kate Bush. Cette dernière m’a beaucoup influencé. Au moment de la composition de l’album, on écoutait en boucle certains titres de Michael Jackson. C’était devenu notre petit secret. On écoutait aussi beaucoup de hip-hop, des choses très produites.
Pour Michael Jackson, on étudiait la manière dont Quincy Jones a produit ses albums. On voulait un son aussi explosif, une musique axée sur les rythmiques avant les mélodies. La voix même de Michael Jackson sur ces disques est un rythme en soi. C’est quelque chose dont on voulait se rapprocher. L’aide de Nate à la production de « Manners » m’a beaucoup servi.

Kanye West

N. D.: Kanye West fait partie des artistes que l’on a beaucoup écouté en amont de l’album, ses compositions personnelles comme ses productions pour Jay-Z et d’autres. C’est sans doute l’artiste qui utilise le sample de la manière la plus intelligente dans la pop aujourd’hui.

M. A. : Sa musique a aussi l’explosivité que l’on recherchait. Et certains morceaux sont tellement beaux. Pour nous, c’est un artiste pop plus que hip-hop.

Electronique et organique

N. D. : Pour « Manners », on voulait utiliser l’électronique pour arriver à quelque chose d’organique. Se servir d’un synthé pour créer des sons de cordes ou de cuivres. C’est déjà ce que faisait Quincy Jones à l’époque.

M. A. : « Chunk of Change » était tellement basé sur l’électronique et les boites à rythme qu’on a essayé pour l’album de réintégrer de vrais instruments comme la guitare ou la trompette mais passés à travers le filtre des machines. On passait constamment de l’un à l’autre. On était obsédés par les textures. On voulait faire un album d’électronique joué par un groupe de rock.

Euphorie et mélancolie

M. A. : Quand je me regarde et je regarde les autres, je vois des personnes qui essaient de cacher ce qu’ils ressentent vraiment. L’album « Manners » a été composé à cette image. On voulait un disque euphorique qui cacherait des textes très sombres et dépressifs. Cette approche me paraissait intéressante. On voulait mettre du sucre pour aider à faire passer le remède. Faire danser pour chasser la douleur. Il fallait mettre beaucoup de couleurs, d’exubérance, mais garder la beauté d’une chanson triste. Michael Jackson, jusque dans sa personnalité, a parfaitement su incarner cela.

Chorale enfantine

N. D. : Notre producteur a trouvé une chorale d’enfants sur You Tube, qui reprenaient des titres de Tori Amos, Keane, Coldplay ou des Destiny’s Child.

M. A. : Comme ils venaient de New York, on les a fait venir en studio et tout s’est très bien passé. Ils avaient une telle compréhension de la pop. C’est une des choses que j’aime le plus sur l’album.

Buzz

M. A. : La plupart des groupes aujourd’hui composent quatre chansons, sortent un EP. Ca crée un buzz. Ils en composent cinq autres et voilà leur premier album. Beaucoup ne peuvent pas se permettre de prendre le temps de bien s’appliquer pour faire du tri et sortir quelque chose d’extraordinaire. On a essayé de recycler le moins possible. On s’est d’ailleurs senti un peu coupable d’avoir gardé sur l’album Sleepyhead qui était déjà sur le EP.

N. D. : La plupart des artistes que l’on aime n’hésitent pas à changer de style d’un album à l’autre. A se renouveler. Maintenant, on veut aussi progresser en concert et proposer le meilleur show possible. Il y a beaucoup de groupes aujourd’hui doués en studio mais le live ne suit pas. C’est dur d’avancer sans cela.

New York

M. A. : On ne vient pas de New York mais du Massachussetts. On ne connaît pas vraiment tous ces autres groupes auxquels on nous associe comme Chairlift et MGMT. Mais si ça peut pousser des gens à écouter notre musique, ça nous va.

Tournée

N. D. : La tournée se passe bien. Pour l’instant, les concerts n’ont pas affecté notre manière d’écrire, mais la formule live est encore en cours d’élaboration. On ne sait pas trop ce qu’on veut pour l’instant, mais on sent que l’on progresse à chaque concert.

M. A. : Notre première tournée a donné une direction à l’album « Manners ». Déjà, on savait à ce moment-là que l’on voulait écrire pour un groupe. Ces concerts nous ont également donné des pistes pour les choix d’instrumentation. Les morceaux de l’album sonnent d’ailleurs mieux en live que ceux de l’EP parce qu’ils ont été composés avec cette expérience. Maintenant, on va continuer à tourner pendant quelques mois puis prendre notre temps pour travailler de nouvelles compositions et aller en studio.

Recueilli par KidB

23:57 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (48)

25/06/2009

Nosfell : « Ma musique ne rentre pas dans une seule case musicale »

Nosfell.jpg

L’intrigant Nosfell revient en ce mois de juin 2009 avec une triple actualité : la sortie d’un troisième album éponyme orienté plutôt rock, celle d’un livre-disque autour de sa création orchestrale du Lac aux vélies et une nouvelle représentation de ce spectacle, légèrement remanié, salle Pleyel à Paris. L’occasion de rencontrer cet artiste unique, inventeur du monde imaginaire de Klokochazia, avec sa langue le klokobetz, ses personnages et ses drôles d’histoires.

Klokochazia

« Adolescent, j’ai eu besoin de me fabriquer cet univers pour m’échapper et simplement survivre. Les relations entre mes parents et avec mon père étaient parfois très difficiles. Mon père était quelqu’un de très brillant. Il connaissait sept langues, mais c’était aussi quelqu’un de mythomane. En partant, il m’a laissé plusieurs mots que je ne comprenais pas et qu’il a fallu que j’essaie de décrypter. J’ai passé de longues années en psychanalyse. J’ai toujours ce besoin de comprendre comment les gens et les choses fonctionnent. »

Magie

« Klokochazia était un moyen pour moi d’apprendre à communiquer avec les autres en m’effaçant derrière ma création. J’ai été très influencé par les surréalistes et les lettristes. J’aime quand les choses vous dépassent, quand on ne comprend pas forcément tout. J’ai beaucoup étudié mes rêves et le subconscient. Mon univers doit avoir quelque chose de magique. Pour la musique comme pour le cinéma, j’aime quand on emmène dans un univers. Je ne fais pas de l’art pour recréer ma vie de tous les jours. »

Héroïc fantasy

« Mon univers a parfois été ramené à de l’héroïc fantasy mais c’est quelque chose dont je me méfie beaucoup. Ce genre ne m’a jamais vraiment intéressé même si plusieurs amis me disent que je devrais lire Tolkien. Que ses livres sont beaucoup plus intéressants que ce qu’on a fait après. Mais pour moi, il y a trop de codes. Rentrer dans un genre est une démarche trop figée. »

Klokobetz

« Des gens me reprochent qu’on ne comprend pas ce que je chante. Moi, ça ne me dérange pas. Je me rappelle avoir aimé des chansons en anglais étant plus jeune sans comprendre un mot des paroles. Tout passe par l’énergie et les sonorités. L’univers que j’ai créé n’est pas figé. Il se nourrit de tout ce que je peux vivre. Après, le klokobetz n’est pas une langue vivante puisqu’il n’est parlé par personne et n’est pas confronté à l’enrichissement du quotidien. Mais je me permets encore d’adapter quelques règles syntaxiques pour que certains textes sonnent mieux. »

Le rêve américain

« J’avais rencontré Alan Johannes il y a plusieurs années et on s’était dit qu’on travaillerait ensemble un jour. Pour ce troisième album, ma maison disque m’a proposé de collaborer avec un producteur. Donc on a filé chez lui à Los Angeles. On ne voulait pas de grands studios. Alan travaille chez lui. On se sentait vraiment à la maison. Sauf que de temps en temps, il y a Joshua Homme et Brody Dalle qui passe. Alan leur a fait écouter des morceaux. Ca leur a plu. Et ils se sont retrouvés à chanter un titre sur le nouvel album. On avait l’impression de vivre un rêve. Pour travailler avec Alan, je n’ai pas eu besoin de lui expliquer tout mon univers. Je lui ai envoyé quelques maquettes et il a bien aimé l’énergie qui s’en dégageait. Il y avait un fort rapport de séduction entre nous. C’était presque érotique. »

Sortir des cases musicales

« La tournée avec Pierre Le Bourgeois et Orkhan Murat nous a poussés vers un format plus rock. Sur scène, on s’amuse à essayer différents effets à la guitare. C’était aussi un moyen de retrouver des choses que j’écoutais adolescent. Puis Alan qui travaille avec les Queens of The Stone Age a une vraie maîtrise de l’instrument. Mais je crois quand même que le disque reste fidèle à l’esprit des deux premiers albums. Il ne rentre pas dans une seule case musicale. De toute façon, je crois que la guerre des chapelles est aujourd’hui bien finie. Sur le disque, il y a des points de rendez-vous plus doux pour ceux qui me suivent depuis le début. »

Trouver la forme adéquate

« Le morceau Olyase Tilan reprend en partie une chanson que je joue depuis des années sur scène. J’avais ce riff de guitare dans la tête, mais je n’avais jamais réussi à lui donner sur disque une forme satisfaisante. Pour ce troisième album, j’ai réessayé et j’ai l’impression d’y être parvenu. C’est comme si je pouvais m’en libérer. »

Triptyque

« Dans ma tête, les trois albums forment vraiment un triptyque. Tous comprennent treize chansons qui correspondent à autant de personnages. J’y développe la même manière de raconter cet univers. La seule différence, c’est que pour ce disque, j’ai d’abord écrit tous les textes en français avant de les traduire. Il n’y a que le texte chanté par Daniel Darc, avec qui j’avais sympathisé sur le projet la bande originale, qui est resté en l’état. »

Le livre-disque du Lac aux Vélies

« Le résultat prend la forme d'un conte illustré plus que d'une bande dessinée. Si les deux projets sortent à peu près en même temps, pour moi, le livre-disque du Lac aux Vélies s'inscrit clairement entre le deuxième et troisième album. J’ai sélectionné des morceaux des deux premiers disques qui me permettaient de résoudre une équation narrative, de raconter l’histoire de Günel. Au départ, je voyais ce personnage comme une pure invention. C’est en travaillant sur le Lac aux Vélies que je me suis rendu compte tout ce que j’y avais mis de moi-même. »

Une partition comme à l’opéra

« Pierre Le Bourgeois a réarrangé les morceaux pour un grand orchestre et on a créé un peu de musique inédite pour faire le lien entre les chansons. Il y a très peu de guitare. On a travaillé autour de motifs qui correspondent à chacun des personnages un peu comme dans les opéras de Haendel ou de Wagner. Pour le concert prévu le 29 juin à la salle Pleyel, on a retravaillé les arrangements de cordes pour qu’ils soient un peu plus mis en valeur. Le conte raconte quand même une histoire d’amour. Dans la première version, les cuivres étaient un peu trop présents. On a essayé de rééquilibrer tout ça. »

La tournée live

« On tournera pour le troisième album à l’automne. Pour l’instant, on est encore entrain de réfléchir à une nouvelle scénographie. Je pense qu’on va se diriger vers un nouvel équilibre avec plus de musique et moins d’intermèdes parlés entre les titres. Avec trois albums, on a plein de morceaux à jouer. J’ai envie de plus en profiter. »

L’économie du disque

« L'économie de la musique a changé. Avant quelqu'un qui remplissait un Olympia, ça voulait dire qu'il vendait au moins 50 000 disques. Moi, je peux remplir deux fois le Bataclan, mais je n'ai pas vendu plus de 15 000 exemplaires de mon deuxième album. En concert, les gens connaissaient les chansons, donc ce n'est pas nécessairement qu'ils n'aimaient pas le résultat. Après la mondialisation et les technologies d'enregistrement et de diffusion sont encore jeunes. C'est normal que les choses évoluent. Ce qui m'inquiète, c'est que je ne sais pas si j'aurais pu aller enregistrer un album comme celui-là en Californie, si on avait été dans une autre économie. »

Recueilli par KidB et Ben C

15:44 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nosfell

21/06/2009

Sunset Rubdown : « Donner notre version d’une chanson faite pour la radio »

sunsetrubdown_main_giant.jpg

Pas le temps de s'ennuyer avec Spencer Krug. Le collaborateur de Wolf Parade, Swan Lake et Fifths of seven revient pour le début de l'été avec un nouvel album de son groupe Sunset Rubdown. Construit d'abord comme un projet personnel, la formation propose avec « Dragonslayer » un pop rock épique, romantique et passionné. Rencontre avec le jeune prodige canadien...

Lors de la sortie de votre album précédent « Random Spirit Lover », vous expliquiez vouloir créer une œuvre unique et cohérente. Avez-vous abordé la composition de « Dragonslayer » avec le même état d’esprit ?

Spencer Krug : Avec « Dragonslayer », nous nous sommes éloignés de cette idée. Notre but était de faire un album pop. D'être plus mélodique, concis et moins conceptuel. On voulait donner notre version d’une chanson faite pour la radio tout en sachant que le résultat ne correspondrait pas tout à fait à ce qui passe sur les ondes. On s’est davantage concentré sur chaque morceau que sur le résultat d’ensemble.

Pourtant, les thèmes des textes se retrouvent de chanson en chanson presque comme une grande narration…

Il n’y a pas de narration proprement dite. Après, l’album traite de thèmes qui me travaillent. Il est normal qu’on puisse y trouver une certaine cohérence. Surtout que je n’ai jamais autant travaillé mes textes que pour cet album.

On retrouve beaucoup l’idée du voyage…

Je n’ai jamais autant voyagé que ces trois dernières années. Ce n’est pas étonnant que ça ressorte dans mes textes.

C’est comme si les personnages cherchaient à rentrer chez eux…

Moi, je suis bien en voyage. Etre à la maison est un peu un concept que j’ai perdu. De toute façon, chez moi, j’ai vite tendance à m’ennuyer. A chaque fois, il me faut au moins deux semaines pour me réadapter.

Avec quatre groupes différents, vous devez être bien occupés…

Ca dépend des années. Là, c’est un peu plus calme avec Wolf Parade. Donc cette année, je n’ai que quatre tournées à faire, chacune pouvant durer de deux semaines à un mois. C’est raisonnable. Beaucoup de groupes tournent plus de deux cents jours par an. Moi, ça ne m’intéresse pas. Je ne suis pas là pour gagner le plus d’argent possible. Je veux partager ma musique, tout en préservant ma vie privée.

L’identité de Sunset Rubdown semble venir moins d’un son particulier que d’une manière de construire les chansons…

Sunset Rubdown n’a pas vraiment d’identité sonore. C’est la formation où je peux le plus me permettre d’expérimenter des choses qui d’après moi peuvent intéresser les autres. Je m’ennuie facilement alors j’aime bien essayer différentes directions. Sunset Rubdown est aussi le groupe avec lequel j’aime me mesurer à ce qui se fait aujourd’hui dans la pop. Comme ça évolue beaucoup, la musique peut changer du tout au tout.

Le fait de travailler sur trois groupes en même temps vous oblige à penser en amont ce que vous voulez faire avec chaque formation…

Oui mais seulement en terme de grande ligne directrice. Pas pour l’écriture de chaque chanson. Ce qui est important à mes yeux quelle que soit la formation, c’est de créer une musique qui ait un sens. Il y a tellement de groupes inintéressants.

Vous avez une voix très expressive. Comment êtes-vous venu au chant ?

Je n’ai aucun recul là-dessus. Pour moi, c’est juste ce qui sort naturellement de ma bouche. Quand j’étais adolescent, je chantais un peu pour m’amuser avec des groupes puis j’ai arrêté pendant dix ans à partir de mon entrée dans une école de musique. Dans Wolf Parade, Dan devait être le seul chanteur puis je m’y suis remis progressivement pour une chanson puis deux. Au départ, j’essayais de chanter doucement dans le micro chez moi pour m’entraîner sans réveiller ma petite amie, mais le résultat manquait de cœur. Il me fallait projeter plus loin.

Votre musique dégage quelque chose de très passionné…

C’est important pour moi de mettre de la passion dans ce que je fais. Mais ça ne garantit pas que le résultat soit réussi. J’adore ce moment où je partage ce que je fais avec les autres membres du groupe. Quand on essaie mes compositions et qu’on se rend compte que ça marche.

Il y a beaucoup d’humour dans les textes de « Dragonslayer »…

Oui, j’aime beaucoup l’humour sarcastique, un peu noir. Dans les textes et la musique aussi. Les deux travaillent de concert. L’humour me permet d’alléger le côté très sérieux de l’artiste qui écrit une chanson. Ca peut être tellement absurde, surtout avec tous les groupes qui existent aujourd’hui. Moi, j’ai besoin de garder les pieds sur terre et de ne pas trop me prendre au sérieux.

Vos personnages ont tout des anti-héros…

Ils échouent à chaque tentative. C’est vrai.

Le mélange d’humour et d’aventures fait penser au Don Quichotte de Cervantes…

J’aime beaucoup l’idée même si je n’ai jamais lu « Don Quichotte ». Ma musique peut aussi rendre compte de notre stupidité, de l’absurdité du monde.

Et chez vous l’humour ne joue pas contre les émotions…

J’aime les artistes qui arrivent à faire un clin d’œil au public en jouant pour montrer qu’ils sont conscients de ce qui se passe. Après pas besoin que ce soit très appuyé. Les gens doivent juste avoir conscience qu’ils sont face à un monde fictionnel. Ce n’est pas la réalité.

Vous travaillez d’abord plutôt les textes ou la musique ?

J’essaie au maximum de mener les deux de front, de faire en sorte qu’ils se répondent, qu’ils s’enrichissent. Mais ce n’est pas facile. Souvent l’un est terminé avant l’autre et il faut s’adapter.

Le dernier titre du disque est très long. Ca vous laisse du temps pour travailler sur des motifs, des variations…

Avec ce disque, on voulait laisser de la respiration. Le morceau de clôture est celui qu’on a écrit en dernier. On s’est dit : bon là on arrête le montage.

Comment êtes-vous venus avec l’imagerie de Dragonslayer…

J’ai utilisé le tueur de dragon comme une métaphore. Pour dire qu’il faut tuer les démons qui nous habitent.

C’est un peu un combat sans ennemi, comme chez Cervantes…

L’écriture de l’album était en soi une manière d’exorciser mes propres problèmes. Beaucoup d’œuvres d’art fonctionnent ainsi. L’idée était de traiter d’un combat positif. Je ne voulais pas faire de commentaire sur le monde qui nous entoure et l’Irak. Mon combat, c’est plutôt de livrer une guerre contre la connerie.

Les médias mettent en avant depuis quelques années, l’existence d’une scène canadienne. Est-ce qu’elle existe vraiment ?

Je ne sais pas. Les médias ont en partie construit ce concept de scène canadienne. Ils voulaient qu’elle existe et après Arcade Fire, ils ont cherché d’autres groupes qui pourraient correspondre comme Wolf Parade. Mais des bons groupes il y en a partout. Y compris à Montréal et au Canada plus en général. On a la chance d’être un petit pays alors les musiciens se connaissent plus facilement. Mais c’est tout. Il y a plein de choses intéressantes mais ça ne fait pas une scène.

Recueilli par KidB

16:41 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sunset rubdown

09/06/2009

Placebo : « On ne se reposera pas tant qu’on ne sera pas le plus grand groupe du monde »

placebo.jpg

Trois années d’une terrible bataille. Le trio rock Placebo revient aujourd’hui avec « Battle for the Sun », un sixième album studio composé au terme d’un douloureux examen de conscience. Steve Hewitt, batteur de la formation depuis 1996, n’y a pas survécu, remplacé par Steve Forrest, à peine 22 ans. S’il ne renoue pas tout à fait avec le feu sacré des débuts, le disque démontre que le groupe a encore quelques bonnes idées de côté. Et un sens assuré de l’efficacité rock. Rencontre avec Brian Molko et Steve Forrest.

La chanson qui clot l’album «Meds » s’appelle « Song to Say Goodbye ». Avez-vous imaginé ces trois dernières années que le titre aurait pu être l’ultime chanson de Placebo ?

Brian Molko : On avait conscience que le groupe ne pouvait plus continuer en l'état. Des décisions drastiques devaient être prises. Mais on n'a jamais voulu s'arrêter. On voulait simplement réparer ce qui ne fonctionnait plus. De toute façon, je ne suis pas du tout fait pour un autre travail. Je ne sais rien faire à part être dans un groupe de rock. Steve, toi, tu as déjà eu des centaines de boulots, mais c'était pas terrible. A un moment, tu avais la charge de masturber des chiens, c’est ça ?

Steve Forrest : C’est ça (rires). J'ai dû enchainer trente-cinq petits boulots en l'espace de quatre ans.

B. M. : C'est chiant d'avoir un vrai boulot. Mieux vaut faire partie d'un groupe de rock. Tu voyages, les gens écoutent ce que tu as à dire sur le monde. C'est très valorisant. De toute façon, c’est ce que je fais le mieux. Et quand quelque chose qui a autant de valeur à tes yeux est menacé, tu es prêt à prendre des décisions difficiles. Comme on dit, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs.

Est-ce que vous avez changé vos méthodes de travail ?

B. M. : On travaille toujours de la même manière, mais l’arrivée de Steve nous a redonné l'envie d'être créatif. C'est quelque chose que l'on avait perdu. On a aussi retrouvé un certain sens de fraternité dans le groupe. C'est comme un nouveau départ. On est la version 3 de Placebo.

Qu'est-ce que ça fait d'intégrer Placebo ?

S. F. : J'étais déjà très honoré qu'ils me considèrent pour le groupe. Je savais que les choses n'allaient pas très bien donc je n'avais pas grand chose à perdre. Surtout que j'étais dans une formation où chacun défendait son petit territoire. Je commençais un peu à m'y ennuyer. C'était intéressant pour moi de voir ce que je pouvais amener à un groupe comme Placebo, qui existait déjà depuis plus d'une dizaine d'années. Et la transition s'est faite très facilement.

B.M. : Mais il n'a toujours droit qu'à une opinion par semaine.

S. F. : Il vaut mieux que j'attende le vendredi pour la donner alors. Ca me laisse au moins quelques jours pour réfléchir.

Vous enregistrez tout ensemble ?

B. M. : J'écris des choses de mon côté, Stefan aussi. Puis on met tout ensemble. Il y a aussi des choses que l'on improvise en studio.

Vous avez élargi votre palette d'instruments. Est-ce que vous essayez beaucoup de choses en studio ?

B. M. : On se sent complètement libre en studio d'essayer un maximum de choses, si elles servent les chansons. On ne veut se répéter ou s'ennuyer. Donc on aime bien explorer de nouvelles choses. Quel que soit l'instrument pour lequel on compose, si c'est Stefan et moi qui sommes derrière, ça sonnera forcément comme du Placebo.

Vous vous-êtes toujours tenus à l'écart des modes...

B. M. : Chaque groupe rêve de se forger sa propre identité, tout en restant créatif. Je ne sais pas comment on y arrive et je ne veux même pas le savoir. Un groupe ne doit pas trop réfléchir à ces choses-là. Les modes ne nous ont jamais intéressés. C'est sans doute pour ça que l'on a réussi à durer. Le problème des groupes à la mode, c'est qu'ils sont vite démodés. Combien ont disparu après un album ?

S. F. : Les groupes que tout le monde admire sont ceux qui n'ont fait qu'à leur tête et essaient des choses différentes à chaque disque.

B. M. : Tous ces gens comme Bjork ou Radiohead qui ont une vision singulière. Ce sont de vrais créateurs qui ne se soucient pas de ce que pensent les jeunes branchés. Ils expriment ce qu'ils ont au fond d'eux. Ce qui les intéresse. Au moment de l'enregistrement, on voulait composer une musique épique, pleine d’emphase. Un album qui embrasserait une vision très large.

Les structures sont très travaillées sur le nouvel album…

B. M. : Ca vient de l'expérience de notre producteur David Bottrill. On a passé beaucoup de temps avec lui avant même l'enregistrement à travailler la structure des morceaux et les arrangements. Il a amené de la complexité à des formes qui au départ étaient plutôt simple.

L’instrumentation s’enrichit au fur et à mesure que les morceaux avancent. Un gimmick qui fonctionnait déjà bien sur le titre « Meds »…

B. M. : On ne répète pas les choses de manière consciente. Ce qui nous intéresse, au contraire, c'est de prendre de nouveaux sentiers à chaque fois.

Les textes du nouveau disque semblent un peu plus optimistes…

B. M. : On ne dit pas que la vie est faite de fleurs et d'oiseaux qui chantent mais notre instinct de survie est plus affirmé que sur « Meds ».

Le titre de l’album garde d’ailleurs cette idée de combat…

B. M. : Je crois qu’il faut se battre pour ce à quoi on croit dans la vie.

Votre voix est un élément clé de l’identité du groupe. Quand avez-vous pris conscience de sa singularité ?

B. M. : Quand j'avais 13 ans, je me rappelle avoir acheté la cassette de The Violent Femmes. Je chantais dessus en revenant du supermarché dans la voiture et ma voix sonnait comme celle de Gordon Gano. A ce moment, j'ai réalisé que j'avais une voix. Que je pouvais chanter. Je n'ai jamais arrêté depuis.

Votre technique vocale s’améliore, d’ailleurs, d’album en album…

B. M. : Aujourd'hui, je sais faire beaucoup plus de choses avec ma voix qu'au début. Même si je sais jouer de la guitare, je ne me vois pas vraiment comme un guitariste. C'est juste un instrument qui me permet de composer des chansons. Stefan est le vrai musicien. Mon vrai instrument, c’est ma voix.

En changeant de batteur, avez-vous envisagé rompre avec la formule du trio ?

B. M. : Sur scène, on est six maintenant, mais il n'a jamais été question d'être plus que trois dans le groupe. Plus tu as de musiciens, et plus tu dois partager les recettes.

Vous avez aujourd’hui une idée un peu plus claire de ce que vous voulez réaliser avec Placebo ?

B. M. : Notre objectif, n'a pas changé. On ne se reposera pas tant qu'on ne sera pas le groupe le plus important du monde. Après, on pourra s'accorder une toute petite sieste.

S. F. : Moi, j'espère que l'album et la tournée marcheront bien et qu'une fois que tout cela sera fini, les autres pourront me dire que j'ai fait du bon boulot. Alors je ferai définitivement parti du groupe.

Recueilli par KidB

For What it's worth :

16:07 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : placebo

25/05/2009

Phoenix : « Retranscrire l’espèce de magie qui existe quand tu crées pour la première fois une chanson »

phoenix_band-1.jpg

Trois ans après « It's Never been like that », les Français de Phoenix reviennent encore plus fort avec «  Wolfgang Amadeus Phoenix », un quatrième album mariant leur maîtrise de la pop et des textures électroniques. Rencontre avec le chanteur Thomas Mars et le guitariste Christian Mazzalai.

Comment s'est passé l'enregistrement du nouvel album ?

Thomas Mars : On a mis un an et demi pour faire l’album. En travaillant presque tous les jours. On s’est d'abord réunis dans un appartement qu’on occupait à Paris il y a longtemps. Puis on est allé à New York avant de revenir redécouvrir Paris. On a loué une péniche, un ancien atelier au pied de la Tour Eiffel.

Le processus est un peu l’inverse du précédent où vous vouliez aller plus vite et composer un album plus brut…

Christian Mazzalai : Exactement. Là, c’était presque un travail de chimiste. Pour enregistrer un disque, on fait plein d'expériences. Presque tous les jours, il y a des échecs mais ils nous emmènent à un autre endroit. Au final, ça donne une chanson.

Malgré ce travail, les mélodies semblent très immédiates et l’album cohérent…

C. M. : Notre but, c’est de retranscrire l’espèce de magie qui existe quand tu crées pour la première fois une chanson. Après retranscrire cette magie, demande un travail très fin. Tout le boulot est là. Dans ce mélange entre l’inconscient et le conscient, où tu ne sais plus bien où tu vas.

Derrière cette simplicité, le disque est aussi très produit…

C. M. : Tous les disques qu’on adore comme « Pet Sounds » des Beach Boys ou « What’s going on » de Marvin Gaye ont cette évidence. Ils paraissent simple à la première écoute mais plus tu te le passes, plus tu réalises qu’il y a une couche de travail incroyable. Si tu ne vois pas tous les niveaux à la première écoute, c’est que c’est réussi. Garder une part de mystère, c’est une de nos quêtes.

Est-ce que certains morceaux ont posé plus de difficultés ?

T. M. : « Love like a Sunset » est le premier morceau qu’on ait commencé et celui que l’on a terminé en dernier. Il nous a accompagnés pendant tout l’enregistrement, même de manière symbolique. Sinon, on enregistrait tout ce qu’on faisait. On avait ce besoin de tout garder pour réécouter les choses plus tard. Les trucs pour lesquels on s’enthousiasmait le plus au début n’étaient pas ceux qui tenaient la route à la fin.

C. M. : Au final, on avait quinze heures de musique qu’on avait tous validées. Puis on a rétréci.

Comment est venu le titre de l’album ?

C. M. : Le titre est venu naturellement d’un coup au milieu de l’album.

T. M. : Il y avait l’idée du lâcher prise. De faire des choses pas rationnelles. D’aller vers ces moments de petites folies qui existent tout le temps pendant l’enregistrement. Ce qui nous plait aussi, c’est que «  Wolfgang Amadeus Phoenix » est un titre d’enfant. C'est la moustache sur la Joconde. Il y a un vandalisme qui nous plait. Une façon pour nous d’exister. Plus on fait des disques et plus on a envie de forcer le trait.

Le titre donne aussi l’idée de fantaisie…

T. M. : On s’est rendu compte qu’on peut aller très très loin à coller des choses différentes. Pour notre premier album, on avait essayé plein de choses différentes mais le résultat avait une cohérence parce qu’on était derrière toutes les chansons. Nous sommes les seuls garants de notre univers.

C. M. : Pour le disque, on s’était dit pas de limite et on s’est donné un titre sans limite de bon goût ou de style.

« Lisztomania » ajoute une deuxième référence à de la musique classique…

T. M. : On a grandi en écoutant toutes les musiques. Je me souviens du moment où on avait découvert Bach. On avait passé une semaine à décortiquer sa sonate n°1. On voulait toujours intégrer des fantasmes comme ça dans notre musique et on n’y arrivait pas. Là, ça s’est fait plus facilement. Après « Lisztomania », ça ne va pas plus loin que le clin d’œil à Liszt, que l'on décrit comme une rock star à Paris. Plus on fait des trucs comme ça hyper spé et plus on se rend compte que ça parle à des gens. Ca nous encourage à aller plus loin.

On a l’impression que chaque album vous permet de franchir des paliers...

T. M. : On ne voit pas chaque album comme une progression mais avec celui-là on a certainement franchi un palier dans la folie, dans le lâcher prise. Avec le titre, on sait qu’on va affronter des gens qui vont nous prendre pour des mégalos. Mais cette question on aime bien. Elle renforce le pacte qui existe entre nous…

Comment vivez-vous la pression médiatique autour de l’album ?

C. M. : Quand on a fait l’album, on a avait l’impression que personne nous attendait. Y a toujours un endroit où tu n’es rien. Même Robbie Williams. Peut-être qu’au Pakistan personne ne le connaît.

T. M. : Ou en Sierra Leone.

Vous vous avez cette image de meilleur groupe français à l’export…

C. M. : On a eu de la chance de tourner beaucoup à l’étranger parce qu’on était un des premiers groupes à chanter en anglais. Au début, il y a eu quelques réticences en France. Mais à partir du second album, on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’autres groupes comme cela.

On sent aujourd’hui que les groupes français ont plus envie de s’exporter…

T. M. : Nous, ça n’a jamais été notre moteur. Le vrai choix de chanter en anglais, c’est qu’à un moment on a été un peu plus obstiné que d’autres parce qu’on n’imaginait pas faire autrement.

C. M. : A part Gainsbourg, les seuls groupes qui nous intéressaient adolescents chantaient en anglais. Mais pour nous, on y super français. A l’étranger, personne n’a de doute qu’on est français.

Vous en jouiez un peu sur le précédent album avec une chanson comme « Napoleon Says »…

C. M. : Ca nous amusait parce que c’est nouveau. C’est quelque chose de très anglais en fait. Ca nous permet aussi de ne pas ressembler aux autres groupes. On n’a pas envie de parler de Cadillac. Nous, on parlera plus de Franz Liszt ou de Napoleon.

T. M. : Même si on a une tendresse pour les yéyés - on a quand même ça dans nos gènes -, on ne peut pas s’empêcher de voir les santiags et le juke-box. C’est une forme de traumatisme contre lequel on s’est construit.

Il y a ce mythe en pop de la chanson parfaite. C’est quelque chose qui vous fait rêver ?

T. M. : Pour nous, il y a toujours eu cette idée d’une chanson pop qui peut plaire à tout le monde comme Burt Bacharach, Harry Nilsson. Quand on a grandi il y avait les chansons pop comme ça qui pouvait plaire à tout le monde et il y avait une autre musique qui avait plus l’air d’un art moderne comme une toile de Jackson Pollock. Cette musique là était plus importante pour nous. Des groupes comme My Bloody Valentine, on avait l’impression qu’ils ne parlaient qu’à nous.

On a l’impression que chez vous, l’électronique prend en charge cette couche d’étrangeté…

C. M. : On a grandi avec cette musique indé et quand la musique électronique est arrivée c’était fascinant. On avait l’impression d’être dans la modernité avec un côté hyper mystérieux. Fascinant. On était potes avec des gens comme les Daft Punk. On faisait une musique différente mais dès le début, on a pris pas mal de choses à l’électronique. On a notamment grandi avec la culture du home studio. Ce qui nous fascinait dans l’électronique, c’était le bras d’honneur au musique business et aux règles.

« Wolfgang Amadeus Phoenix » apparaît comme une synthèse des deux derniers albums, l’électronique d’« Alphabetical » collée à la pop de « It's Never Been Like That »...

C. M. : C'est vrai qu'on voulait retrouver un peu l’électronique mis de côté sur le précédent. Et on cherchait à être hyper libre. A pouvoir tout faire comme dans certains albums de Prince.

Comment c’est fait la compilation pour Kitsuné ?

T. M. : Sur la compilation Kitsuné, chaque titre a une incidence directe sur un de nos morceaux. Ce sont des chansons cultes pour nous.

C. M. : Chaque morceau nous a appris de nouvelles choses, de nouvelles règles. Ah bon, on peut faire ça, ça existe.

T. M. : Tout ce qu’on écoute nous influence. Après il y a des musiques qui t’assomment comme Wagner. Peu de gens sont inspirés par son œuvre. C’est une musique faite pour dominer le monde.

C. M. : Parfois, le déclic vient de chansons nulles, où tu entrevois un potentiel. Il faut dénicher le trésor inexploité.

Et comment êtes-vous arrivé à jouer pour l’émission « Saturday Night Live » ?

T. M. : On avait mis « 1901 », notre nouvelle chanson en ligne. On était sans maison de disque, sans personne. Et on s’est dit que c’était le bon moment pour le faire. On voulait donner quelque chose pour faire patienter nos fans jusqu’à la sortie de l’album. Ça a marché parce que ça a été le morceau le plus repris sur les blogs.

C. M. : C’est tombé dans les oreilles des gens de Saturday Night Live. C’était pas du tout prévu tout ça. Là, c’est irréel comme situation.

T. M. : Les gens là-bas t’inscrivent dans une tradition. Les jeunes nous parlaient d’Edith Piaf et d'Aznavour. Il n’y avait aucune connexion depuis.

C. M. : Pour eux, c’est une institution. C’est leur Tour Eiffel à eux. D’ailleurs il y avait des visites du plateau pendant l’émission. En direct. Avec la possibilité de tout foirer sur un titre. C’est ça qui était imbattable. On s’en rappellera toute notre vie. On n’ jamais une pression à ce point là. Jouer devant des gens, c’est réel . Jouer devant des caméras, c’est excitant et surréaliste.

Etrangement le buzz arrive au moment où vous venez de quitter Virgin…

C. M. : En ce moment, le business de la musique est un tel chaos que tout peut arriver. Là, y a une espèce d’anarchie qui fait qu’à un moment comme ça il y a des choses inattendues. Comme le morceau qu’on a donné. On n’avait jamais eu ça. Aucun de nos morceaux n’avait jamais atteint autant de gens. Simplement grâce au relais de gens qui aiment la musique. Aucune pub, aucun relais marketing.

Votre nouvelle structure Loyauté vous convient ?

T. M. : On a tout fait pour ça. Nous on avait déjà réussis en étant chez Virgin à fonctionner en circuit fermé. Là, avec notre label, on a juste mis sur le papier quelque chose qu’on vivait réellement. Pour nous c’est parfait parce que c’est officialiser le truc.

Pour la tournée, ça change des choses ?

T. M. : Non. On a le même agent.

C. M. : Là, on est reparti pour un an et demi. C’est la récompense en fait.

Comment se fera l’adaptation des morceaux, l’album étant plus produit ?

T. M. : Ca paraît plus casse-tête.

C. M. : C’est ça qui est bien. Ça fait une nouvelle pression, un nouveau défi. Si on y arrive, le résultat n’en sera que meilleur.

En tournée, vous êtes plus distendus ou toujours aussi proches ?

T. M. : En tournée, c’est plus simple parce que tout est très réglé. Après c’est un truc humain qui doit fonctionner. En studio, c’est plus compliqué.

C. M. : Il y a une infinité de possibilité. Tu ne sais jamais si tu ne vas pas passer à côté d’une chanson.

Du coup vous cherchez des unités de lieu…

T. M. : On a besoin de ce cadre.

Vous jouez ensemble depuis que vous êtes ados. Qu’est-ce qui a changé ?

C. M. : On est un peu pareil que quand on était ado. On en revient aux mêmes endroits que ceux de nos débuts. On se retrouve toujours dans ce garage des parents de Tom. On dit qu’on va bouger mais on n’y est bien. On a essayé sur le deuxième album d’avoir un truc un peu plus normal, professionnel. En allant dans un studio mythique à Los Angeles avec un vrai producteur Tony Hoffer. C’était bien mais on ne veut plus le refaire. Ce qu’on aime nous, c’est brancher nous-mêmes nos trucs. C’est là où tu fais un truc personnel. Si un mec fait un truc pour toi, tu vas avoir le même son que le mec de la veille. Ça ne marche que quand on fait le truc de A à Z. On a l’impression d’avoir un truc qui nous ressemble vraiment.

Vous n’avez jamais quitté vos sources finalement…

T. M. : On a toujours aimé le côté amateur dans la musique. Je me souviens de pros qui étaient venus nous voir à nos débuts pour nous expliquer que si on voulait que ça marche, il fallait répéter seize heures par jour pendant cinq ans et après on aura peut-être une chance. Nous, on a toujours préféré faire les choses nous-mêmes même si c’est moins bien fait. Là, en l’occurrence il y a Philippe qui a aidé.

C. M. : Mais ce n’était pas vraiment un studio. Tout était en travaux.

Le premier concert de Phoenix, c’était quand ?

T. M. : Il y a eu plusieurs premiers concerts mais le vrai c’était dans une petite salle à Versailles, une sorte de MJC.

Vous avez déjà joué dans un rallye ?

C. M. : On n’a jamais mis les pieds dans un rallye. C’est très mystérieux pour nous.

T. M. : J’ai déjà vu des gens danser le rock. C’est hallucinant. C’est hyper sauvage.

C. M. : Les rallyes c’est un peu une société secrète. Même à Versailles. On était vraiment loin d’eux. Par curiosité, j’aurai bien été voir une fois à quoi ça ressemblait mais on n’a jamais pu. A l’école en deux minutes, on s’est tout de suite reconnu. On a créé une sorte de meute pour se protéger de tout ça.

Et depuis toutes ces années, vous ne vous êtes jamais lassés ?

C. M. : Il y a toujours une quête de quelque chose pour nous motiver. Pour l’instant, c’est parfait.

Recueilli par KidB et Ben C

00:37 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : phoenix

07/05/2009

Laurent Garnier : « S’il n’y a plus d’humain, il n’y a plus de musique »

Garnier.jpg
Toujours plus éclectique. Quatre ans après avoir exorcisé son goût des musiques de film avec l’album « The Cloud Making Machine », le meilleur DJ français, Laurent Garnier, revient avec « Tales of a Kleptomaniac » un cinquième album plus dansant, mêlant électronique, jazz et hip-hop. Une manière de rendre hommage à sa passion pour les musiques noires. Rencontre.

« Tales of a kleptomaniac » peut s’écouter comme le parfait contrepoint de « The Cloud Making Machine »…

Oui. Et je suis fan des deux. « Cloud Making Machine » est un album que j’ai eu besoin de faire. J’ai toujours dit que j’aimais travailler sur les musiques de film, les images. J’avais déjà bossé avant sur un film sur les SDF, « SDF Go Home » à l’époque où je bossais à Nova. J’avais aussi travaillé sur un court métrage sur de la danse contemporaine pour un mec qui fait de la pub. J’avais besoin d’exorciser tout ça. Grâce à ce disque, j’ai bossé avec Prejlocaj, Pietragalla. Je sais que les fans ont rien compris, mais moi je savais où j’allais. Avec le nouvel album, c’est bon. On revient sur les pistes de danse à essayer de faire bouger les hanches.

Tu retrouves là les musiciens de votre album live « Public Outburst »…

« Tales of Kleptomaniac », c’est aussi le résultat d’avoir rencontré un groupe avec qui je me sens vraiment bien. Avec qui j’ai fait de la scène, il y a deux ans. Avec qui j’ai fait un disque live passé inaperçu. Ce nouvel album, c’est la transformation de l’essai de « Public Outburst ». A un moment, j’ai eu envie de transporter le truc en studio. Forcément, ça a donné un truc plus black. Ca a toujours été une plus grande partie de ma vie que les musiques blanches. 70/30 je dirai.

Ton goût des musiques noires remonte à loin ?

Quand j’étais enfant j’écoutais du funk, de la soul, beaucoup de reggae. C’était devenu le truc à la mode avec Marley et Gainsbourg. Puis il y avait le disco. Et d’un autre côté, j’aimais bien le rock’n’roll. Moi, j’avais de la chance parce qu’un des meilleurs amis de mon père travaillait chez CBS. Il amenait des cartons de disques. J’ai grandi avec beaucoup de musique sans avoir forcément une famille qui baignait dedans.

Tu écoutes ce qui se passe dans l’électro française ?

C’est mon boulot. J’écoute beaucoup de choses. Je n’aime pas forcément tout. J’écoute aussi beaucoup de hip hop. Je devais avoir 14 ans quand j’ai vu Sidney à la télé. Le hip hop, Miami bass, l’électro…. Pour moi, c’est la même famille. A Detroit, par le biais de l’électro, ils ont vendu de la techno à des fans de hip hop. Afrikaa Bambataa. C’est de la techno, mais c’est aussi du hip hop. C’est un disque aussi fédérateur dans les deux communautés.

L’esprit du disque rappelle justement un peu celui du hip hop des débuts…

Il y a eu un mouvement autour de DJ Cam qui a construit des morceaux uniquement avec des samples, sans rappeurs. C’était une musique de collage. Là, ce n’est pas tout à fait ça. C’est plutôt une musique de puzzle, où je retravaille complètement le boulot des autres. Après, j’écris toutes les mélodies. Il y a des choses qui sont jouées quand même. Tout n’est pas emprunté. Mais le mot Kleptomaniac va très bien avec ça. Aujourd’hui, on a des outils qui nous permettent de faire beaucoup de choses. Sur le dernier morceau, « From Deep Within », il y a une voix. Je crois qu’elle chante en Touareg. Je n’ai jamais pu savoir ce que le texte voulait dire. Je l’ai trouvé sur mon plug-in ethno, perdu. Le son me plaisait bien. Je l’ai collé sur une de mes musiques alors que jamais je ne pensais faire ça.

Il y a malgré tout encore beaucoup d’humain derrière le disque…

Heureusement, parce que s’il n’y a plus d’humain, il n’y a plus de musique. Ca c’est un disque très humain même si je me suis bien marré à reprendre des samples. J’ai pris la basse des Beatles alors que j’ai toujours dit que je n’aimais pas les Beatles. Et puis un peu le thème de « Mission Impossible ». Un peu détourné mais bien là. C’est ça aussi notre musique.

La frontière entre électronique et organique semble floue sur le disque…

La technologie permet cela. Avec les plug-in, t’as facilement dix Africains dans ton salon. Tu passes un peu de temps à te prendre la tête, moi j’adore ça, et ça peut donner un résultat génial. Je ne suis pas un nerd, par contre ce que j’adore, c’est construire. C’est pour ça que le studio s’appelle maintenant Jean L’orfèvre. C’est Benjamin Rippert qui a trouvé le nom. Un jour, il voulait rejouer une de ses parties parce qu’il n’était pas content du résultat. Je lui ai répondu : « Je vais te le faire ton la ». Avec mes ciseaux, il me voyait étirer sa partition sur l’ordinateur et a commencé à dire : « Putain, je vais jouer chez Jean Lorfèvre. » Je ne suis pas quelqu’un qui invente, qui va ouvrir les machines. Moi, j’aime éditer.

Comment travailles-tu avec vos musiciens ?

Quand je fais faire un solo à mes musiciens, je leur en fais faire six ou sept. Je les mets tous les uns en dessous des autres et je leur dit qu’ils peuvent rentrer chez eux. A partir de là, je prends mes ciseaux et je reconstruis tout de A à Z. Je me prends le chou. Je vais changer des notes. Ca, ça m’éclate. Même en DJ, j’ai édité tous les morceaux non technos pour que je puisse les jouer. Je reprends des boucles, j’étends les parties que j’aime bien. Quand j’achète un plug-in avec deux mille trucs de percussions, des boucles, des petites choses, c’est le pied total. Je me dis : « Tiens là, je vais me payer un Cubain, un Africain, un mec qui vient du Nord de l’Angleterre, et je vais les mettre tous ensemble et former un orchestre un peu bizarre ». Aujourd’hui, ça devient compliqué de dire qui joue, qui ne joue pas. Ca donne des choses intéressantes.

Où as-tu trouvé les artistes qui collaborent sur le disque ?

Tumi, je l’ai rencontré à France Inter. Un pote à moi qui vit à Madagascar m’avait envoyé le disque mais je n’avais pas eu le temps de l’écouter. Nous on a joué Freeverse en Live en instru. Puis je vois Tumi et le mec me retourne. Il a la présence de Forest Whitaker avec le bagout de Saul Williams. On va le voir rapidement pendant une pause et on lui demande de refaire notre morceau avec lui. La station a tellement aimé le résultat qu’elle a passé dans l’émission à la place de la première version.

MicFlow ?

Puis quand je voulais travailler avec un rappeur français, j’ai rencontré MicFlow. Sa voix marchait bien avec le même morceau mais je ne pouvais pas l’avoir deux fois sur l’album. J’ai donc pris l’a capella de Tumi et je l’ai posé sur une autre musique. Lui préférait le premier mais il m’a laissé mettre le deuxième. MicFlow, lui, je ne le connaissais pas. Il était champion de France de Beat Box. Je l’ai rencontré par l’intermédiaire de ma graphiste. Je préférais trouver un petit jeune. J’ai commencé à chercher et on m’a présenté Florent. Je lui ai dit ce qui serait bien, c’est que tu ne sois pas que d’un seul flow. Tu montes, tu descends. On a fait plusieurs prises. La première en yaourt. Je lui ai renvoyé le morceau avec les intonations placées puis il a retravaillé le texte. J’aime beaucoup le fait de découvrir des gens.

Et Winston McAnuff ?

J’avais adoré son album « Paris Rocking ». Je l’ai vu une fois en concert à Marseille. J’ai dit au mec de son label : tu crois qu’il voudrait faire un featuring. On a commencé à s’emailer. Je lui ai envoyé du son. Il m’a renvoyé un super gimmick avec tout un texte que je n’aimais pas trop. Je lui ai donc renvoyé le morceau avec juste le gimmick et ma voix qui lui expliquait les intonations que je voulais. Je parlais à un mec que je ne connaissais pas, en Jamaïque. Il m’a renvoyé un deuxième texte. Je l’ai un peu remonté et c’était bon.

L’album est un peu construit comme un mix…

C’était très difficile de faire un tracklisting quand tu as douze morceaux qui ne se ressemblent pas. J’ai fait des tonnes de versions différentes et puis un soir on a écouté en boucle avec Scan X celle que je croyais être la bonne mais il y avait quelque chose qui ne marchait pas. On a rebossé les intros, des fins et là ça passait. Un mix, c’est ça, c’est raconter une histoire. Amener les gens là où ils ne voudraient pas forcément aller. Le montage, c’est super important.

En Live, c’est un peu la même chose ?

On a fait six concert s pour l’instant, on a changé cinq fois le tracklisting. Là, c’est bon, je crois qu’on a trouvé. Mais ça a été très compliqué. Moi, l’idée de ce que j’ai envie de faire en DJ, c’est de passer le plus de musique possible, mais tu ne peux pas passer d’un morceau techno à un autre drum’n’bass, à du hip-hop. Tu peux faire ça mais il y a des transitions. Un mix, ça se construit. Même quand je travaillais à la Locomotive il y a 20 ans, le patron me disait tu nepeux pas passer des Sex Pistols à Nina Simone. Il y a des liens à faire. Ou tu choisis une sonorité, des instruments. Moi depuis que je suis môme, j’ai essayé de mélanger les choses le mieux possible.

Les rythmiques de l’album sont très travaillées…

Les rythmiques ça a toujours été super important dans mon travail. Un jour, un type m’avait dit : « Votre musique, c’est zbounz, zbounz, zbounz… C’est toujours la même chose. Tout le monde peut le faire. » Alors je me suis dit qu’il n’avait pas tout à fait tort. Il fallait peut-être commencer à se prendre la tête. Un morceau comme « Last Dance@Yellow », il est entièrement basé sur de la polyrythmique. Je suis arrivé là grâce à Benjamin qui m’a fait écouter Steve Coleman. Il appelle son travaille du M-Base. Je me suis dit ça serait bien d’arriver à travailler un morceau qui n’a plus de repère. Plutôt que de compter et d’utiliser des éléments qui reviennent de manière cyclique, je vais le faire au feeling. C’est la même chose avec « Desireless », une vraie galère. Surtout que j’ai dû rééditer les morceaux pour qu’ils puissent rentrer sur un CD. Les versions digitales sont plus longues. Comme jamais tout ne revient à zéro, couper donner un résultat forcément bancal. Mais j’aime bien me prendre la tête avec ça.

Tu as mis de côté l’aventure F-COM ?

Là, c’est sur pause. Ca faisait vingt ans qu’Eric Morland travaillait dans ce milieu. Il avait envie de faire autre chose. Et puis on vendait de moins en moins de disque. Il y a un moment où on a dû licencier tous les gens qui travaillaient avec nous, c’était super dur. Pour moi F-Com, ça a d’abord été une famille. On a vécu des moments super beaux. Moi, je ne travaille que comme ça. A partir du moment où je ne m’entends pas avec quelqu’un, je m’en vais. Je m’écroule vite quand les gens travaillent les uns contre les autres.

Quelle est ta plus grande fierté avec le label ?

Je suis fier que F-Com soit devenu une référence sans suivre aucune des modes. On a écrit quelque chose d’intéressant. Avoir un label aujourd’hui, c’est un peu fou. Les deux dernières années, on s’est planté sur tous les disques. A la fin, Eric n’avait même plus de salaire mais il faut bien vivre. Il m’a dit : « On garde F-Com mais que pour toi ». Je lui ai répondu que je voulais bien être le fer de lance mais pas être tout seul. On a donc mis le label sur pause pour ne pas vendre le catalogue. Si dans cinq ans, on reçoit une démo qui nous retourne, on le produira.

KidB & Lil Jo

18:35 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : laurent garnier

29/04/2009

Metric : « On s'approche tout doucement, et paf, on frappe un grand coup »

Metric_Fantasies_Press_Shot_Norman_Wong_001_Color.jpg

Depuis son apparition en 2004 dans le film « Clean » d'Olivier Assayas, le groupe pop rock canadien Metric a fait un sacré bout de chemin. A l'occasion de la sortie sur leur propre label de leur quatrième album « Fantasies », rencontre avec la chanteuse Emily Haines et le guitariste James Shaw.

Dans quel état d'esprit avez-vous abordé « Fantasies » ?

James Shaw : On voulait explorer de nouvelles choses, ne pas être ce type un peu lourd qui va répèter la même phrase toute la soirée. Et puis partout dans le monde, on sent une vague d'espoir. Il est temps d'être plus positif, même si apparemment ça ne va pas très bien chez vous.

Vous avez pris beaucoup de temps pour écrire l'album...

J. S. : On a pris un an et demi pour tout écrire. Après la dernière tournée, on s'est retrouvés dans le parc de Bear Creek au Canada pour se concentrer sur les nouvelles pistes à explorer et oublier la lassitude des concerts à répétition. On était comme une bande de hippies au milieu de la nature avec beaucoup de tequila. C'était très organique. On a pris cette énergie puis on l'a intégré dans le cadre d'un album rock et dansant à la Metric.

On sent chez vous cette volonté de recréer de l'organique à partir de machines...

J. S. : On ne veut pas sonner comme Fleetwood Mac, ou un de ses groupes rock à cheveux longs des années 1970, mais on voulait se rapprocher de leur état d'esprit. Avec ce disque, on a essayé de retrouver l'émotion de l'organique avec un son plus électronique.

Il y a aussi plus de contrastes...

J. S. : Quand je réécoute « Live it out », j'ai l'impression d'entendre quelqu'un se faire tabasser par un gang de Porto-Ricains pendant la durée de tout l'album. Là, on voulait refaire le coup du lapin dans le film « Down by law ». On s'approche tout doucement, et paf, on frappe un grand coup.

En attendant la sortie de l'album, vous avez joué beaucoup des nouvelles chansons en acoustique. Ses versions sont très réussies mais aussi très différentes de celles du disque...

J. S. : En écrivant l'album, on voulait que chacune des chansons puissent passer le test de l'acoustique. Il fallait que les mélodies sonnent bien avec juste une guitare et la voix. On ne voulait pas que la production soit là pour rafistoler de mauvaises chansons. La beauté devait être là avant le maquillage.

Avec toujours cette volonté d'une production moderne...

J. S. : On a tous entendu en 2007 au moins un groupe qui sonnait comme si on était encore en 1977. Mais ça ne marche pas. On a plus les mêmes équipements et les mêmes techniciens. Aujourd'hui, un ingénieur du son, c'est un joueur de basse cramé dont le groupe a échoué. Surtout qu'en 1977, personne n'essayait d'être retro. Ce son, c'était celui de la modernité. C'est à notre tour de pousser un peu les choses.

Vous avez décidé d'assurer la distribution du disque par vos propres moyens sur une bonne partie de la planète.

Emily Haines : Les maisons de disque ne cherchent pas à s'adapter aux changements en cours. La technologie évolue. Plutôt que de suivre cette direction, ils mettent tous leurs efforts pour la stopper. On ne voulait pas participer à ça. Tout ce qui est donné aux musiciens leur est ensuite repris par des moyens qu'ils n'auraient jamais imaginé.

L’album a fuité sur Internet un mois avant sa sortie. Ca vous a déçu…

E. H. : Ce qui est décevant, c’est que les fuites viennent généralement des personnes travaillant dans les mêmes maisons de disque qui ensuite vont faire la chasse à ceux qui téléchargent l’album simplement parce qu’ils sont fans du groupe. Ces gens ont combattu Napster et tous ceux qui défendaient le format digital pour défendre leur copyright.

Kid B
Photo : Norman Wong

14:01 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : metric, interview

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu