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09/03/2010

Les jardins verdoyants de Clogs

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Clogs - The Creatures in the garden of Lady Walton (J'AIME : Passionnément)

* Qui ? Formé autour de plusieurs membres du groupe de rock indé américain The National, Clogs pratiquait jusqu'alors une pop largement instrumentale qui piochait aussi bien dans le folk, le rock ou le classique. Pour ce cinquième album, la formation a largement fait appel à la voix de Shara Worden, leader de My Brightest Diamond.

* Genre ? Pop classe d'inspiration classique.

* MySpace de l'artiste : Clogs.

* Alors ce disque ?

Que les fans de The National se précipitent sur le nouvel album de Clogs. Le titre "Last Song" suffira à leur bonheur en attendant la sortie en mai de "High Violet". On y retrouve la voix profonde et bouleversante de Matt Berninger de passage pour ce seul titre. Accompagné d'une simple mélodie à la guitare, son chant nous remue les tripes à imaginer l'espace de quatre minutes que se pourrait être la dernière chanson. Frissons garantis. Pour le reste, c'est plutôt une voix féminine, aérienne, emportée qui domine le disque. Celle de Shara Worden, alias My Brightest Diamond, qui habille la moitié de ce "Creatures in the garden of Lady Walton". Avec un chant, plus lyrique que rock'n'roll. Celui-ci ajoute une dimension physique supplémentaire à l'ensemble ainsi qu'une pointe d'étrangeté comme avec les vocalises du morceau d'ouverture "Cocodrillo". Pour clore la liste des brillants invités, Sufjan Stevens vient poser sa voix tendre sur le tout dernier titre de l'album "We Were Here".

Ces apports vocaux très variés servent de magnifiques écrins à la musique de Clogs. La bande de Bryce Dessner et Padma Newsome a de nouveau composé ici une bande son de toute beauté. Piano, guitares, ukulele, violons, mélodica. Tout ici est joué avec élégance et finesse autour de motifs répétitifs parsemés de constantes variations. Piochant aussi bien dans le classique, la pop ou le folk, chaque morceau rend ainsi compte d'une atmosphère différente, du sombre et éthéré "Adages of Cleansing" au bucolique et romantique "The Owl of love" en passant par les envolées mélancoliques de "To Hugo". Bref, en ouvrant son jardin à la chanson, Clogs a de quoi largement ouvrir son public. Un début de reconnaissance qui serait amplement mérité au vu de la réussite de leur musique.

KidB

Lantern, extrait du disque précédent de Clogs :

* Anecdote : Le projet de ce cycle de chansons autour de la veuve du compositeur britannique William Walton remonterait à 2004. Padma Newsome a finalisé la composition des morceaux en passant six semaines en Italie sur l'ile d'Ischia où se trouvent les vrais jardins exotiques de Lady Walton.

18:23 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : clogs, the national

09/02/2010

Delphic entre dans la danse

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Delphic - Acolyte (J'AIME : Beaucoup)

* Qui ? Un quatuor de jeunes Anglais originaires de Manchester, la patrie de New Order. Après quelques singles remarqués, notamment par le label défricheur Kitsuné, ils sortent ici leur tout premier album.

* Genre ? Electro pop hédoniste.

* MySpace de l'artiste : Delphic.

This Momentary :

* Alors ce disque ?

Retour vers le futur. La filiation entre New Order, groupe phare des années 1980, et les jeunes Britanniques de Delphic a déjà été maintes fois soulignée. Plus que l'enracinement à Manchester (après tout, c'est aussi la patrie des frères Gallagher d'Oasis ne l'oublions pas), c'est ce goût pour une pop à base d'électronique aux déflagrations d'abord hédoniste qui semble lier les deux à travers les âges. Mais point de simple nostalgie ici. Les synthés et les rythmiques répondent aux canons du moment, avec une efficacité exemplaire. On entend ainsi un impressionnant déluge de percussions sur l'entraînant "This Momentary". L'important est d'abord de faire la fête et de retranscrire tout un tas de sentiments et sensations variés sur le dancefloor. "You can do everything you want, this is your life", clame le morceau d'ouverture "Clarion Call".

Entre pop et électronique, Delphic a fait le choix de ne pas choisir. Certains morceaux auraient leur place chez des artistes que l'on range habituellement dans la deuxième catégorie. D'autres s'appuient sur un bon vieux schéma couplet-refrain appuyé d'un gimmick pop et de guitares tranchantes. Mais à l'inverse d'Hot Chip qui sur son dernier album se permet d'aller voir complètement ailleurs si l'électronique s'y retrouve, Delphic maintient le long des dix titres de l'album un entre-deux réussi. Le single "Doubt" ou "Submission" s'apparentent à de vraies chansons, là où le turbulent "Acolyte" et l'aérien "Ephemera" se présentent comme des plages instrumentales de formats inhabituels - le premier dure 8'51'', le second 1'31''.

Voix retravaillées, rythmiques répétitives, nappes claires-obscures de synthés... Les machines sont là pour donner une énergie et une étrangeté supplémentaires à la musique des Britanniques. En contrepoint, le chant à plusieurs voix donne un peu chaleur qui sinon manquerait à l'ensemble. Les morceaux usent également à foison de variations de rythmes. L'accélération accompagnée d'un changement de rythmiques est ainsi l'arme fatale qui permet au groupe de faire voyager ses chansons sur les dancefloors, passant au sein d'un même titre d'un genre à un autre. Les orages du post-rock ne sont pas loin npn plus. Puis à la fin, la danse prend généralement le relais et tout s'emballe comme sur "Red Lights, "Halcyon" ou "Remain". Nous revoilà en terrain connu. L'ordre nouveau peut continuer.

KidB

Submission :

* Anecdote  Preuve de leur indéniable affection pour la scène électro rock britanniques, Delphic voulait initialement faire produire son premier album par Tom Rowland des Chemical Brothers ou Paul Hartnoll d'Orbital. Mais c'est finalement le producteur Ewan Pearson (The Rapture, Ladytron) qui a pris les manettes de ce premier essai.

Acolyte :

14:15 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : delphic

02/02/2010

From Hot Chip, with love

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Hot Chip - One Life Stand (J'AIME : A la folie)

* Qui ? Depuis 2006 et le tube "Over and Over", les Britanniques de Hot Chip font partie des artistes électros les plus acclamés de la planète. Particularité, leur musique intègre une bonne dose de pop sans oublier de faire danser. "One Life Stand" est leur quatrième album.

* Genre ? Electro pop lacrymale et jouissive

* MySpace de l'artiste : Hot Chip

I feel Better :

Alors ce disque ?

La tristesse durera toujours. Du moins tant que les Britanniques de Hot Chip seront dans les parages. Pour leur quatrième album, "One Life Stand", les voilà qui reviennent gâcher la soirée en essayant de nous faire pleurer sur le dancefloor. Et le pire, c'est qu'ils en sont parfaitement capables. Car pour le combo, une fête ne serait pas complète sans une petite pointe de mélancolie. Rien d'ultra dramatique, juste le rappel de la solitude de nos vies, de tous ses sentiments qui hantent parfois nos nuits. Le titre s'appelle "I Feel Better". Basé sur une boucle de synthé plaquée sur une rythmique diabolique et des voix retravaillées à l'autotune, c'est juste un des trucs les plus beaux que l'on ait entendu depuis longtemps. Ca commence avec une femme qui demande : "Comment on a pu se perdre ainsi ?" Lui, répond : "Pas question de se quitter ce soir. Dans tes bras, I feel Better." Morale de l'histoire : "Everything's nothing and nothing is ours."

Pour ce quatrième disque, Hot Chip a pris une direction plus épurée, en choisissant d'exacerber l'expression des sentiments. Les couleurs vives se mélangent alors avec des tonalités plus sombres. De "Thieves in the night" ("Baby I've lost you here in the crowd") à "Brothers" ("When will we be three again my brothers"), l'album est traversé par le thème de la perte. Même quant tout semble aller pour le mieux, l'inquiètude demeure. "I've known for a long time you are my love life / So why can't I be bright like my lover's light ?" ("Hand me down your love"). Et sur "Alley Cats" se fait plus menaçante. "The Other night you said you might try to kill that thing I Love". "Slush" et "Take it in" célèbrent heureusement l'amour sur une note plus positive. Tout comme "We Have Love" : "We Have Love / There is nothing else to be proud of".

Musicalement, ce sont donc bien souvent les voix qui prennent le pas sur l'instrumentation. Sur le génial "Slush" tout en chant et en vocalises, les éléments électroniques ont même presque complètement disparu du tableau, preuve que les Britanniques n'ont que très peu de souci des cases. De même sur "Alley Cats" ou "Keep quiet", les voix sont omniprésentes et les rythmiques électroniques mises en sourdine. Mais que les amateurs de dancefloor se rassurent. Hot Chip ne les a pas totalement oublié. Outre le premier single "One Life Stand", sa  boucle de synthé grasse et ses rythmiques entêtantes, "Thieves in the Night" en ouverture, "Hand me down your love" ou même "Brothers" savent aussi accélérer le tempo. Et surtout, "We Have Love", porté par un intrigant gimmick de voix retravaillé par les machines et quelques percussions, a les armes pour décoincer tout un tas de paires de jambes. "One Life Stand" s'impose avec "Contra" de Vampire Weekend comme un des sommets de ce début d'année. A déguster sans modération.

KidB

We Have Love :

Anecdote : Hot Chip revendique des inspirations très variées pour son nouveau disque : jazz, soul, Motown, techno de Detroit et Chicago, Madonna, Willie Nelson mais aussi Susan Boyle, dont les performances télévisuelles auraient marqué le combo.

Thieves in the night :

10:30 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hot chip

01/02/2010

Beach House, une plage de bonheur

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Beach House - Teen Dream (J'AIME : A la folie)

* Qui ? Duo prometteur de la scène folk pop de la deuxième moitié des années 2000, Beach House passe la vitesse supérieure avec son troisième album "Teen Dream". La nièce du compositeur Michel Legrand, Victoria Legrand, et l'Américain Alex Scally livrent un disque joliment rêveur sur le label Sub Pop.

* Genre ? Dream Pop

* MySpace de l'artiste : Beach House

Zebra :

 

Alors ce disque ?

Secret le moins bien gardé de la blogosphère, "Teen Dream", le troisième album de Beach House, a été l'objet, depuis sa fuite sur le Net en novembre, de très nombreux commentaires élogieux. A l'écoute des dix titres réunis sur le disque, on se dit que l'emballement est cette fois pleinement mérité. Peu de groupes ont, en effet, trouvé un si bel équilibre entre la chaleur des voix et la dureté des rythmiques. Les pieds bien sur terre mais l'esprit très haut dans le ciel, Beach House nous emmène pour un voyage au coeur de l'hiver cotonneux norvégien. Guitares scintillantes et claviers entraînants se marient à la perfection avec un constant souci d'évolution. Les mélodies se réinventent ainsi en avançant, alternant courte accélération et ralentissement.

Ce jeu sur les rythmes perturbe peu l'impression de langueur qui se dégage du disque. Les intonations traînantes de Victoria Legrand fonctionnent d'ailleurs à merveille. Le chant de l'Américaine se rapproche ici des choeurs aériens et épiques utilisés par Grizzly Bear pour leur dernier album "Veckatimest". S'en dégage quelque chose de très physique, voire sensuel. Mais la comparaison entre les deux s'arrête là. Il y a toujours eu dans la musique de Beach House quelque chose d'un peu plus casanier. Comme un bon feu auquel on viendrait se réchauffer dans une bonne vieille cabane en bois. Cet aspect plus lo-fi est renforcé par l'omniprésence des rythmiques électroniques répétitives, qui avec un souci de légèreté donnent la cadence.

Intérieur / extérieur. Beach House a toutefois décidé ici de mettre un pied dehors. On se retrouve ainsi à courir au milieu des chevaux sur le fougeux "Zebra", à se promener tranquillement le temps d'une tourbillonante "Walk in the Park" ou en escale en Norvège ("Norway"). Le grand air fait du bien à la musique du duo, surtout allié à une bonne dose de romantisme. Voilà sans doute avec l'énergie physique des titres pour le côté "Teen" du rêve. "Hear my cry / Lover of mine", chante Beach House sur le tendre titre du même nom. "I take care of you / If you ask me to", répond le chanteur sur le morceau de clôture. Tout se joue ici dans l'échange et dans le souci de l'autre. La musique du duo est donc là pour partager nos peines, nous réconforter avec le monde qui nous entoure. "You know, you know. We belong by the stream to the dawn" ("Real Love"). Quand on vous dit que Beach House a vu plus grand.

KidB

Used to Be :

Anecdote : Un DVD accompagne la sortie physique de "Teen Dream". Il comprend une vidéo pour chaque titre, chacune représentant la vision du morceau par un artiste différent.

Lover of mine :

10:46 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : beach house

24/01/2010

Get Well Soon : « Un patchwork créé à partir d'œuvres déjà là »

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Il y a deux ans, Konstantin Gropper se faisait un nom sur la scène indépendante sous l'identité Get Well Soon. L'album "Rest Now, Weary Head !" mariait avec harmonie ambition symphonique et pop song façon Radiohead. Son deuxième album "Vexations" pousse un peu plus loin le curseur vers le classicisme en piochant chez Erik Satie ou Sénèque...

Le premier album avait été composé sur une période de cinq ans, votre deuxième disque « Vexations » n’a pris que deux ans. Etait-ce plus difficile ?

Le premier album est souvent un best of des années précédentes. Cette fois-ci, les choses se sont passées différemment, sur des périodes plus concentrées. J’ai pris cinq-six mois pour l’écrire puis deux mois pour tout enregistrer. Je m’améliore.

Toutefois, le disque sonne un peu comme le premier…

J’ai travaillé un peu de la même façon pour les deux, en essayant d’expérimenter avec divers instruments. Sauf que là, j’ai fait appel à de vrais musiciens et je les ai enregistrés dans un studio. Ce ne sont plus de simples programmes informatiques. Le son est plus chaleureux, plus humain.

La tournée suivant le premier album vous a-t-elle aussi aidé ?

L’énergie de la tournée se retrouve très certainement dans ce deuxième album. J’ai d’ailleurs gardé les musiciens qui m’accompagnaient.

Les thèmes abordé dans « Vexations » semblent plus humain…

Ceux sont les mêmes que ceux du premier album, mais l’écriture a évolué. Dans mon premier disque, il y avait plus de métaphores. Là, j’ai fait de nombreuses recherches en amont pour trouver des citations intéressantes. Puis je les ai transformés en paroles de chansons. Plutôt que de venir avec mes propres images, je voulais piocher dans le travail des autres. C’était très amusant. Surtout que je pouvais en faire ce que je voulais.

Angry Young Man :

Comment vous êtes-vous réapproprié les citations ?

Tout partait de choses très personnelles que j’avais envie d’exprimer. Mais je ne me vois pas chanter directement ma vie personnelle. Ce serait ennuyeux pour tout le monde. J’ai surtout gardé des artistes qui me touchent, en essayant de les combiner à mes propres pensées. Le processus est parfois distant, parfois très émotionnel.

Et toutes ces recherches ont eu un impact sur la musique ?

En fait, d’abord, j’ai assigné un thème à chaque chanson. Ensuite, celui-ci m’a inspiré la musique. J’ai voulu pousser les contrastes en empruntant des choses à plusieurs genres : le folk, la musique classique… Après, j’ai écrit les paroles. Le tout est un patchwork crée à partir d’œuvres déjà là. Ma musique doit offrir des émotions mais aussi des références dans lesquels l’auditeur peut se plonger. Les choses sont plus intéressantes ainsi.

Votre approche est donc très ouverte…
C’est exactement ce que je voulais faire avec le projet Get Well Soon. Combiner tout un tas d’éléments venant d’horizons divers et les transformer dans une œuvre personnelle.

Le titre « Vexations » fait référence à un morceau d’Erik Satie…

Je voulais que mon disque parle de la manière dont on fait face à nos tourments, aux vexations de la vie adulte. Puis le morceau de Satie est très beau. C’est en fait un motif répétitif qui doit être joué 840 fois de suite. Je l’ai repris une ou deux fois sur l’album. Je comprends parfaitement cette rumination qui créé peu à peu de l’anxiété, de la colère. Puis, en anglais, c’est un mot très vieux, qu’on n’utilise plus. Je trouve qu’il symbolise bien l’album.

Le disque s’ouvre sur un bruit de forêt. Que signifie-t-il ?

Adolescent, j’ai passé énormément de temps dans une forêt, près d’où habitaient mes parents. Pour moi, elle dégageait l’idée d’innocence. C’est un lieu idéal où l’on est protégé. La forêt enregistrée au début du disque est d’ailleurs celle où j’allais plus jeune. Je l’ai placée au début du disque pour dire que l’on sortait de la forêt magique de l’enfance. On plonge alors dans le monde adulte et tous ses tourments.

Les orchestrations sont très riches…

Le choix des arrangements est là dès le départ. Je ne compose pas à la guitare ou au piano mais à l’aide d’un ordinateur. Je créé une orchestration puis ensuite viennent les harmonies, les mélodies, le rythme. Le plus dur pour l’album, comme je ne voulais pas me contenter de programmes informatiques, a été de trouver certains instruments en vrai et d’apprendre à les maîtriser. Mais la musique par essence doit être imparfaite. Avec des samples, on ne reste qu’au stade de l’idée. Il faut les vrais instruments pour que les morceaux prennent vie, avec parfois des accidents, des choses inattendues. J’ai donc essayé de faire très peu de prises.

Etes-vous sensible à la beauté que peut dégager votre musique ?

Plus que la beauté, je suis attaché aux émotions. Il y a ici quelques passages dissonants pour donner à entendre ces tourments qui viennent perturber l’ordre idéal.

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Comment avez-vous trouvé l’image de la pochette ?

Elle était utilisée dans un magazine d’art pour annoncer une exposition de cet artiste roumain. Il y a quelque chose d’assez sombre qui m’attirait. Et puis elle collait bien avec le titre de l’album. Ce que je trouve génial par ailleurs, c’est que l’œuvre est en réalité un morceau de bobine d’une comédie des Three Stooges retravaillé. Il y a là un paradoxe qui fait pour moi tout le sel de l’art.

Parmi vos références, peu sont modernes…

Ma musique n’est pas très moderne. Il y a cette nostalgie, ces racines très traditionnelles. Après peut-être que simplement les artistes que je lis sont en général déjà morts.

Avec toujours un attachement pour le format pop…

Je suis un enfant de la pop. C’est ce que j’écoutais plus jeune. Même si j’ai composé quelques musiques de film, il est plus simple pour moi d’écrire dans ce format. La pop song est après tout devenue un format classique.

Comment allez-vous adapter le disque pour la scène ?

Même si j’espère faire quelques concerts avec de vrais orchestres, l’adaptation sera nécessairement très différente. On verra. C’est un nouveau challenge.

En France, de nombreux jeunes s’essaient à la pop et au folk. Est-ce qu’on a le même mouvement en Allemagne ?

Je connais très peu d’artistes allemands. On a surtout beaucoup de mal à s’exporter à part l’électronique. Il y a quelques groupes folk mais je n’appellerais pas ça un mouvement. Concernant la langue, l’allemand est un peu dur. Il sied très mal à mes douces harmonies.

Recueilli par Boris Bastide

Retrouvez Get Well Soon dans la playlist de la rédaction de la semaine

19:04 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : get well soon

19/01/2010

Memory Tapes, savant mutant

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Memory Tapes - Seek Magic (J'AIME : A la folie)

* Qui ? Sans doute un des plus gros buzzs de la blogosphère fin 2009, Memory Tapes est en réalité une seule et unique personne, Dayve Hawk. Remarqué l'an passé à l'aide de quelques remixes et premiers singles, l'Américain a sorti dans la foulée à l'automne un premier album intitulé "Seek Magic", pour l'heure disponible chez nous uniquement en import ou en téléchargement.

* Genre ? Pop teintée d'électronique

* MySpace de l'artiste : Memory Tapes

Bicycle :

* Alors ce disque ?

S'il est parfois difficile de dire d'où viennent et où vont les drôles de compositions de l'Américain Memory Tapes, on sent bien qu'elles ont dans tous les cas un pied dans les années 1980 et un autre bien ancré dans les années 2000. Teintée d'électroniques et de mélodies bigger than life jouées aux claviers, sa pop nous remue les jambes s'appuyant dans ses meilleurs moments sur un groove proche du R'n'B. D'un autre côté, les morceaux de Dayve Hawk sont aussi par moments délicieusement rêveurs et liquides, comme une version moins tordue d'Animal Collective. Bref, on est ici à des kilomètres d'une musique gentiment retro. Dans un pur enchantement.

A ce niveau, le titre de l'album "Seek Magic" pourrait presque valoir de programme. Dayve Hawk cherche la magie et la trouve dans ce jeu de contraste entre des tonalités organiques presque évanescentes et d'autres, à l'inverse, posées avec force comme pour ne laisser aucun répit à l'auditeur. De l'électronique, Memory Tapes retient surtout ce goût des rythmiques qui claquent, quitte à s'entrechoquer avec les mélodies. Sur le final de "Stop Talking" ou "Graphics", les sonorités se font plus grasses et grésillantes. La joliesse des mélodies n'est ici pas une fin mais un des moyens utilisés par Dayve Hawk pour nous plonger vers un ailleurs plus incertain.

D'énormes choeurs portent ainsi la mélodie pop de "Plain Material" qui prend peu à peu des allures plus monstrueuses. Déjà "Swimming Field" et ses aboiements en ouverture commencent par des simples accords de guitares avant de basculer en frénétique comptine afro pop riche en percussions. Les huit titres réunis ici se réinventent ainsi en faisant jouer des superpositions de couches et d'importantes variations d'intensité. Difficile alors de résister à la vague qui prend forme et nous entraîne irrémédiablement sur les pistes de danse avec les titres "Bicycle" et "Green Knight". Les Hot Chip se sont trouvés ici un sacré challenger.

KidB

Swimming Field : 

* Anecdote ? Sur son Blog We're Tapes, Memory Tapes publie de nombreux remixes d'artistes d'horizons très divers comme le rappeur Gucci Mane ou les rockeurs azimutés de Yeasayer.

Graphics :

18:57 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : memory tapes

18/01/2010

Chats persans : l'underground iranien persé à jour

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 Les chats persans - BO (J'AIME : Passionnément)

* Qui ? Chat bouge en Iran. S'appuyant sur de vrais groupes, la fiction "Les chats persans" dresse un réjouissant panorama de la scène pop underground de Teheran et ses alentours. La BO reprend onze titres entendus dans le film, dont ceux du duo star Take It Easy Hospital.

* Genre ? Pop orientale

* MySpace du groupe : Take It Easy Hospital

Take It Easy Hospital - Human Jungle

* Alors cet album ?

La pop, c'est tout un monde. Il suffit d'écouter la BO des "Chats persans", le film de Bahman Ghobadi, pour en réaliser l'ampleur. Sous les régime très conservateur présidé par Ahmadinejad, des Iraniens rêvent d'aller écouter Sigur Ros en Islande et jouent une musique accrocheuse et entraînante, chantée en anglais, comme pourraient le faire des jeunes du même âge chez nous. Dans son film, Bahman Ghobadi défend ainsi une vision très large de la pop. La BO s'ouvre d'ailleurs sur le rageur et mélancolique "Ekhtelaf" d'Hichkas. Un titre rap, accompagné d'une mélodie au piano, qui dénonce la pauvreté d'une partie de la population de Téhéran et les maux qui vont avec. On sent ainsi dans une bonne partie des onze titres retenus une certaine mélancolie, témoignage privilégié du malaise d'une société.

"Out there it is a jungle / Together or alone", clame LE tube de la BO, à savoir "Human Jungle" des Take It Easy Hospital. Le groupe phare du film, sans aucun doute le plus pop d'entre tous, place cinq titres sur le disque. L'occasion de révéler au monde toute la palette que ces jeunes Iraniens ont à leur disposition, de l'orientalisant "Me and You" à la ballade romantique minimaliste "My Sleepy Fall" en passant par l'acoustique "Chasing The Sun" que n'aurait pas renié Noel Gallagher dans les années 1990 ou le tendre instrumental "They Sing". Quant à "Human Jungle", c'est une comptine pop pleine d'urgence portée par une entraînante mélodie jouée au synthé. Un morceau d'une efficacité redoutable qu'on ne quitte plus depuis quelques jours.

Le reste du disque prend plus directement ses racines dans un univers musical oriental. Chanté en perse, "Emshab" de Mirza s'apparente à une sorte de blues interprété avec une déchirante voix profonde et cassée. Les guitares ont ainsi le beau rôle, acoustiques sur "Opening Title" de Shervin Najafian, électriques sur "Fekr" d'Hamed Seyed Javadi, et son solo  très inspiré. Proche d'un chant soufi, "DK" de Dar Kub dégage quelque chose de plus spirituel. Avec en toile de fond quelques percussions et toujours la même douleur. Ce sont au final les quelques incrustations électroniques, presque jungle, sur "Gereftari" de Maddyar Aqhajani qui ne cessent de nous étonner. Orient-Occident, tradition-Modernité. Tout est de plus en plus lié. De mieux en mieux connecté.

KidB

Hichkas - Ekhtelaf

 

* Anecdote : La musique occidentale a été bannie de la radio et de la télévision d'Etat en 2005 par Ahmadinejad. Les musiciens de Take It Easy Hospital, qui résident en Grande-Bretagne, ont demandé il y a quelques mois un droit d'asile par peur des représailles s'ils devaient rentrer en Iran. 

Emshab :

12/01/2010

Vampire Weekend : "On n'a jamais prétendu être un groupe de rock"

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A l'occasion de la sortie de la sortie de "Contra", le deuxième album des Vampire Weekend, chroniqué hier ici-même, rencontre avec Ezra Koenig (à gauche sur la photo), le chanteur du groupe new-yorkais, autour de la pop, du piratage et des filles, un an et demi après un premier entretien réalisé à Belfort.

Votre deuxième album sonne encore plus pop que le premier…
Ezra Koenig :
Wouah, merci ! Parce que la plupart des gens nous ont dit que c’était plus rock. Nous, on fait de la pop music. Ça a toujours été notre but. Avec des influences multiples, notamment africaines mais c’est de toute façon de la pop. On a jamais prétendu être un groupe de rock.

Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de faire de la musique depuis deux ans ?
On essaie de garder le même état d’esprit tout en étant plus ambitieux. Je pense vraiment qu’on est plus matures. Notre premier album ressemble plus à quelque chose d’étudiant. On a trois ans de plus aujourd’hui, on fait une longue tournée. Et notre musique s’en ressent certainement. Si on avait fait exactement la même chose, on se serait fait traiter de trous du cul !!!

Il y a de nouveaux instruments sur cet album…
Oui, il y a un xylophone en bois, le « marimba »  et des maracas brésiliennes pour le côté latino. D’autres dont on ignore le nom comme un gros djembe. On aime aussi mélanger les sons germaniques, asiatiques, et africains.

On vous a beaucoup comparé à des groupes new-yorkais de la même génération que vous comme Ra Ra Riot et MGMT. Ça vous énerve ?
J’ai grandi avec le mec de Ra Ra Riot pendant près de 20 ans. On était dans le même lycée. Musicalement on a eu des expériences communes mais finalement ce qui nous rapprocher, c’était de vivre les mêmes choses : être dans un groupe, se pointer sur scène, stresser pour enregistrer son prochain album. On était tous les deux dans le même esprit.

Vous avez aussi mis en ligne l’intégralité de l’album sur votre myspace. C’est pour lutter contre le piratage ?
On sait très bien que dès qu’un album sort, il est téléchargeable et téléchargé. Et on ne peut rien faire contre ça. C’est quelque chose qu’on a fait quand on était plus jeunes. C’est la façon dont les gens consomment la musique de nos jours et on ne compte pas se battre contre ça. On espère que les gens achèteront ce disque pour nous soutenir.

California English (live) :


Vous avez mystérieusement diffusé photo de la pochette de l’album il y a plusieurs mois. C’était du marketing ?
On n’aime pas dire que c’est « marketing ». On voulait juste donner quelque chose à nos fans. L’idée n’est pas de vendre les choses mais de les faire découvrir. C’est une démarche artistique.

Quel mot pourrait résumer vos deux dernières années de tournée ?
Aéroport. On a tellement voyagé ! On n’a même pas encore visité notre propre pays ! Les USA sont tellement vastes… On a été à Londres, Paris, Rome mais on ne connaît pas le Montana et pour la première fois de notre vie on a été au Texas ! On peut enfin voyager dans notre propre pays grâce à la musique. C’est pour ça qu’on attend avec impatience notre tour de Californie. On a déjà joué en Floride dans une toute petite ville, dans des clubs où il n’y a pas plus de 100 personnes. C’est encore plus fou !  

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à Rock en Seine en août dernier ?
Les dizaines de filles au premier rang qui hurlaient !

On imagine que ça doit être plus facile avec les filles depuis quelque temps non ?
C’est vraiment très frustrant, c’est un cauchemar, vous avez lu « ommes sans femmes  d’Ernest Hemingway. … En gros il y a en a trop on ne sait plus ni quoi, ni comment faire !

Recueilli par Clémence Millet

Retrouvez aussi Vampire Weekend dans notre sélection Brooklyn
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08:41 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : vampire weekend

11/01/2010

Vampire Weekend contrattaque

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Vampire Weekend - Contra (J'AIME : A la folie)

* Qui ? Auteurs d'un premier album éponyme plébiscité par la critique en 2008, ces jeunes New Yorkais bien éduqués se démarquaient par l'intégration de sonorités africaines (mais pas que) au sein d'une pop très anglo-saxonne. Ils reviennent en ce début d'année avec un deuxième disque.

* Genre ? Pop guillerette et voyageuse.

* MySpace du groupe : Vampire Weekend

Run (live) :

* Alors cet album ?

Leur premier disque faisait partie il y a quelques jours de mes albums favoris des années 2000. C'est dire l'attente que pouvait susciter l'arrivée de ce "Contra". Mais que l'on se rassure, ce deuxième essai est largement à la hauteur. Les Américains s'ouvrent à de nouvelles sonorités en élargissant leur palette d'instruments. Ce n'est plus seulement l'Afrique qui est convoquée ici mais aussi les Caraïbes ou le soleil de Californie. Le premier titre "Horchata", lâché il y a déjà quelques mois sur le Net, donnait le ton avec son déluge de percussions et sa légèreté comme tout droit sortie d'un xylophone. Les guitares sont ainsi en retrait par rapport au premier album, habilement remplacées par d'entêtants gimmicks de synthés et de nombreux arrangements de cordes.

Outre "Horchata", "Contra" enchaîne donc neuf titres réussis et très différents les uns des autres. "Holiday", "California English" et le single "Cousins" se placent du côté des morceaux enlevés là où "Taxi Cab" s'étire langoureusement. Le génial "Run" s'avance lui sur un versant plus électronique et psychédélique. Sans rien oublier d'une séduction pop très immédiate avec ses onomatopées accrocheurs qui font également le sel du refrain de "White Sky". Mais il faut attendre la toute fin du disque pour toucher au sommet avec d'abord les six minutes du ravissant "Diplomat's son" et son étrange groove presque dub suivi de l'évanescente ballade "I Think U'r Contra".

Plus richement produit que le premier essai des Vampire Weekend avec ses choeurs et ses légères touches d'électroniques, ce nouvel album présente également une écriture plus sophistiquée. Avec là aussi un internationalisme fortement marqué. On y boit des horchata (boisson espagnole), passe quelques jours au ski dans les Alpes ("California English"), et croise des filles au "Tokugawa smile" ("Giving up the gun"). Sortis du simple tropisme estudiantin, les Vampire Weekend s'attaquent à un songwriting un peu plus adulte et mordant ("Dad - was a risk taker / His - was a shoe maker / You - Greatest hits 2006 and a list maker" sur "Cousins"). La relève est assurée.

KidB

White Sky :

* A savoir ? - Le titre de l'album "Contra" fait aussi bien référence à un groupe anti-révolutionnaire au Nicaragua qu'à un jeu vidéo catégorie shoot'em up.


Horchata :

Retrouvez aussi Vampire Weekend dans notre sélection Brooklyn
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09:14 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vampire weekend

17/11/2009

Sufjan Stevens trace sa route

Sufjan.jpg

Sufjan Stevens – The BQE (J’AIME : Beaucoup)

Pas de nouvelles depuis trois ans et ses chansons pour noël déposées au pied du sapin puis voilà que Sufjan Stevens met les bouchées doubles. L’artiste américain livre pas moins de deux disques cet automne. A l’écriture classique de « Run Rabbit Run », réorchestration à l’aide du quatuor à cordes Ossos de l’album électronique de 2001 « Enjoy Your Rabbit », on préférera « The BQE ».

« The BQE » est à l’origine une série de trois concerts donnés en 2007 par Sufjan Stevens autour d’un film hommage réalisé pour une sorte d’autoroute new-yorkaise – The Brooklyn-Queens Expressway – et de sa bande-son. Le projet renaît aujourd’hui sous la forme d’un coffret comprenant un DVD du moyen métrage projeté et d’un CD incluant les treize morceaux composés pour l’occasion par l’artiste.

Instrumentations soignées

Terminée la pop song. Ici, Sufjan Stevens laisse sa voix au repos se concentrant uniquement sur l’écriture symphonique. Mais que les fans des derniers albums ne s’inquiètent pas, ils vont s’y retrouver. Alternance de vrais titres et de courts interludes, « The BQE » renoue avec les instrumentations soignées d’« Ilinoise » mariant avec talent cuivres, cordes et claviers.

Après un démarrage littéralement en fanfare, on est transporté par la beauté de la mélodie au piano du 1er mouvement : « In the countenance of kings ». Avant que la « Dream Sequence » et ses chœurs vire à l’expressif cauchemar. « Traffic Shock » introduit par la suite quelques étranges touches d’électronique. Puis le dernier mouvement se termine dans la fantaisie et l'allégresse. On ne se lasse pas de voyager avec Sufjan Stevens.

KidB

Movement I : In the countenance of kings :

Dream Sequence :

Traffic Shock :

23:53 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sufjan stevens

 
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