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22/08/2009

Booba, bon rapport d'autopsie

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Booba – Autopsie Vol. 3 (J'AIME : Bien)

« Pourquoi frime-t-il autant ? Pourquoi est-il si méchant ? » L’énigme Booba s’épaissit un peu plus avec la sortie cet été de la mixtape « Autopsie Vol.3 ». Le disque aligne 22 morceaux rap mais aussi reggae et R’N’B (et 3 instrumentaux en bonus). Le rappeur français pose sa voix sur 14 d’entre eux, servis par l’efficace production électro de DJ Medi Med. Et se dévoile ici un peu plus insaisissable, maniant aussi bien le premier que le second degré sur des beats lourds et des synthés criards.

Passons d’abord sur les huit morceaux de ses invités. On retiendra la belle intro et ses tonalités festives venues d’Afrique et des Caraïbes, le réussi gimmick « Trashhh » de Despo Rutti et la convaincante tentative R’n’B « Ride » signée Naadei. Pour le reste, peu de surprises sinon de nouvelles variations peu convaincantes ou maladroites sur la réussite par l’argent en banlieue ou les difficultés liées au statut d’immigrés.

Mégalo, vulgaire et inventif

Booba, lui, revisite les mêmes thèmes mais avec un humour et une écriture musicale qui le place de nouveau un cran au-dessus. « J’ai les couilles en or / je passe pas le détecteur de métaux » (« A3 ») et « Ce n’est pas que j’aime pas me mélanger / mais disons que les aigles ne traînent pas avec les pigeons » (« Rats des villes ») font ici partie des saillies les plus réussies d’un rappeur mégalo, volontiers vulgaire et mysogine, à l’écoute de son époque (« je suis dans mon living room / Je vends des ringtones ») et toujours inventif (l’ingénieux refrain « shalom, salam, salut »).

Le flow, lui, se fait toujours aussi lent, tantôt coulant, tantôt légèrement haché, remanié avec intelligence et une véritable efficacité dancefloor par le DJ Yuksek sur le remix de « Salade, tomates, oignons ». Très marqué par le destin du peuple noir, Booba cite au côté Rosa Parks et Martin Luther King, Harry Roselmack et Barack Obama. Preuve que les choses sont en train de changer mais pas pour tout le monde. « La vie en rouge » touche en collant aux pensées désabusées d’un jeune déscolarisé : « Je ne sais rien faire de mes mains à part sécher mes larmes ». Booba, c’est aussi ça.

KidB

Double poney :


La vie en rouge :

15:02 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (34) | Tags : booba

30/06/2009

Mos Def, ecstatic éclectique

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Mos Def - The Ecstatic (J'AIME : Beaucoup)

Si le quartier new-yorkais de Brooklyn a fait beaucoup parler de lui ces dernières années sur la scène rock, ses artistes rap ne sont pas en reste. Parmi ses principaux représentants, on retrouve Mos Def qui sort ces jours-ci un quatrième album studio réussi intitulé « The Ecstatic ». L’éclectique aurait été un meilleur titre tant le rappeur met en place un mélange des genres puisant aussi bien dans le jazz, le rock, l’électronique ou la musiques hispanique ou arabisante.

Les guitares électriques se font donc beaucoup moins présentes que sur ses premiers disques. L’utilisation de boucles et de beats assez simples permet au rappeur de faire un pont entre des sonorités très années 1990 et des textures plus complexes et modernes intégrant cuivres et cordes. Mos Def se sert de nombreux samples de voix pour accompagner son flow tendu et monocorde. Slick Rick, le fidèle Taleb Kweli et la chanteuse Georgia Anne Muldrow l’accompagnent sur trois morceaux.

Make love, not war

Dès son ouverture, l’album est placé sous le signe de l’appel au changement. « There has to be a change », clame la voix de Malcolm X. I don’t care what colour you are as long as you wanna change this miserable condition on this earth. » Politique, « The Ecstatic » développe tout un discours critique envers les ravages de la drogue et la guerre en Irak. Deux fléaux dont les Afro-Américains sont les victimes. Sur le génial « Auditorium », un GI demande à un Irakien s’il vient le voir parce qu’il a faim. L’autre lui demande de quitter son pays.

Au-delà de la dénonciation politique, « The Ecstatic » cherche avant tout à délivrer un message positif d’amour et de paix. « God before everything / Love before anything », nous enseigne le morceau « Priority ». Très soucieux des conditions de vie de la communauté noire, Mos Def prône une libération par la force de l’imagination : « Black imagination activated through one another. Elevated when working with the greatest. » (« Pretty Dancer »). L’acteur reprend alors le dessus s’imaginant au temps des cowboys (« Pistola ») ou en espion en mission (« True Embassy »). Le monde a bien besoin d’une petite touche de fantaisie.

KidB

Auditorium :

Priority :

16:37 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mos def

17/04/2009

L'Angle mort vivant

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Hamé, Casey et Zone Libre – L’Angle mort (J'AIME : Beaucoup)

Ceux qui ont suivi Serge Teyssot-Gay loin des sentiers battus de Noir Désir connaissent le goût de l’aventure du guitariste que ce soit sur ses disques solos ou en compagnie du joueur d’oud Khaled AlJaramani sur le projet Interzone. C’est sous le nom de Zone libre que l’on le retrouve aujourd’hui au côté des rappeurs Hamé de la Rumeur et Casey pour l’album « L’Angle mort ». Eux ont fait les textes, le groupe de Teyssot-Gay la musique, organisant une rencontre revigorante entre rap et rock.

A l’origine de cette collaboration, un même sentiment de colère. Et la même envie de donner à entendre ceux que l’on laisse à la périphérie. Les sans voix, les sans vie. L’angle mort. Sur le titre d’ouverture « Les Mains noires », hommage à un siècle de lutte pour l’émancipation des noirs, un extrait audio d’une émission télé ou radio évoque la beauté de dix volcans qui crachent leur lave. « C’est une colère cosmique, explique la voix. Elle est créatrice. Et c’est de cela que nous devons être dignes ».

Guitares heavy et envolées lyriques

Le temps de neuf morceaux, Hamé et Casey déversent donc leurs flots de rage pour dénoncer les discriminations persistantes (« Voici mes papiers, relevez mon adresse et mon blase / Et arrêtez de me palper à la moindre occase » sur « L’Angle Mort »), les clichés médiatiques autour de la banlieue (« Et on me traite de hyène sur toutes les ondes hertziennes » sur « Purger ma peine »), l’ultra-sécurisation des quartiers (« Les yeux de E.L.S.A / En mode furtif / Survolent le 9-3 » sur « E.L.S.A ») ou la remise en cause de la liberté d’expression (« A la cour correctionnelle de mes sept vies je suis / La pourriture de l’intérieur / Le mal des profondeurs / Reste-t-il une insulte » sur « Maintenant »).

La musique de Zone libre est à l’unisson, superposition de riffs de guitares heavy et d’envolées lyriques virtuoses. Elle dit la colère froide et la mélancolie, dans un dialogue continue avec les textes. Sur la « chanson du mort-vivant », la mélodie avance morne, lancinante pour accompagner le récit poignant d’un homme complètement coupé du monde, de ses joies comme de ses peines. Et quand les volcans crachent leur lave, les guitares montent en intensité et se déchaînent comme une éruption. « L’Angle mort » est porté par l’énergie d’un feu sacré.

KidB

14:26 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : zone libre, casey, hamé, la rumeur

 
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