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30/10/2009

Alec Ounsworth fait le beau

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Alec Ounsworth – Mo Beauty (J’AIME : Beaucoup)

Alec Ounsworth a vécu la rançon de la hype. Lancé en 2005 comme les successeurs d’Arcade Fire, son groupe les Clap Your Hands Say Yeah n’ont jamais pu être tout à fait à la hauteur de leur buzz malgré deux albums rock de bonne qualité. C’est donc avec beaucoup moins de pression qu’il s’essaie aujourd’hui à un petit projo parallèle avec l’album « Mo Beauty ».

S’il signe le disque de son nom et qu’il a composé les chansons seul, Alec Ounsworth sort toujours accompagné. Il a assemblé autour de lui un tout nouveau groupe de musiciens capable de donner corps à ses compositions alambiquées. Les dix chansons de « Mo Beauty » s’appuient sur tout un tas de guitares (acoustique, pedal steel, électrique, baritone…) mais aussi de l’orgue, du piano et des trombones…

Une douce folie entraînante

Cette instrumentation rock sophistiquée sert ici des titres tantôt posés, tantôt enlevés mais toujours d’une douce folie entraînante. Elle sert surtout d’écrin à la voix reconnaissable entre toutes d’Alec Ounsworth avec ses étranges intonations nasales. Un chant légèrement chevrotant qui faisait déjà la force des Clap Your Hands Say Yeah. Sauf que l’artiste explore ici un terrain un peu plus intimiste et personnel à l’image de « South Philadelphia », dédié à la ville où il vit.

« Idiots in the rain » célèbre, lui, le sentiment d’étrangeté quand « Me and you Watson » pleure la perte de l’être aimée. Album cathartique, « Mo Beauty » touche au cœur avec « Holy, Holy, Holy Moses » tendre hommage à la Nouvelle-Orléans dépossédée par les eaux et le tristement enjoué « What Fun » : « I have to find another way to express the pain I feel today. » Say Yeah !

KidB

Holy, Holy, Holy Moses :

14:44 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alec ounsworth

28/10/2009

Jack the Ripper ressuscite en Fitzcarraldo

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The Fitzcarraldo sessions – We Hear Voices (J’AIME : Beaucoup )

Que faire quand un groupe perd son chanteur ? Après le départ d’Arnaud Mazurel, les musiciens de la formation rock Jack The Ripper ont su apporter une réponse originale à cette épineuse question. Ils ont monté un nouveau projet The Fitzcarraldo Sessions, pour lequel ils ont invité onze interprètes à venir partager un bout de chemin le temps d’une chanson. Le résultat final s’appelle « We Hear Voices ».

Parmi les invités, on retrouve de nombreux noms prestigieux de Dominique A à Craig Walker d’Archive en passant par Syd Matters. Cette ouverture permet au groupe français de se frotter à un jeu de rôle créatif où il met son talent au service d’univers très variés. On reconnaît ici la sombre majesté des Tindersticks avec Stuart Staples, la tendre mélancolie de Joey Burns de Calexico ou le folk enjoué de Moriarty.

De nouveaux horizons

Pour s’adapter à chacun de ses interprètes, le groupe se déploie à géométrie variable. Le très beau et dépouillé « All the mirrors are covered by snow » chanté par Abel Hernandez en clôture se contente d’une guitare acoustique, d’un orgue et d’un piano là où violon, trompette, trombone et melodica accompagnent l’entrainante ballade « The Gambler » signée Phoebe Killder.

Le dispositif permet à la formation de s’ouvrir de nouveaux horizons comme sur l’aérienne ballade amoureuse « Drawing down the water » avec 21 Love Hotel, mais on retrouve ausssi sur des titres comme « Lips of oblivion » ou « I,Ignorist » l’excentricité qui faisait le sel de Jack The Ripper. Tout le disque est marqué par ce goût des sonorités claires et des arrangements de cordes et de cuivres soyeux qui a fait la marque du groupe disparu. Si eux entendent surtout les voix, nous on apprécie d’abord la musique.

KidB

Session with Moriarty :

Session with 21 Love Hotel :

Session with Dominique A :

24/10/2009

Tout sourit à Sourya

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Sourya – Dawdlewalk (J’aime : Passionnément)

S'essayer au lyrisme en matière de rock est un exercice très casse gueule. Beaucoup s'y sont essayés. Peu ont réussi à être pleinement convaincants. Et ce n'est pas les très nombreux détracteurs des Muse et autres Placebo (défendus ici même) qui vont me contredire. Alors quand on tombe sur des titres comme « The Ballad of star gigolo » et encore plus « Numéro 2 », on arrête tout sur le champ. Et on s'empresse de tirer son chapeau à Sourya.

Les Parisiens livrent avec « Dawdlewalk » un premier album rock impressionnant de maîtrise entre ballades joliment mélancoliques et appel de pied vers le dancefloor. Après la dispensable courte introduction « Drinking in your town », Sourya attaque ainsi tambour battant avec « Stockholm 1973 », ses guitares accrocheuses et ses rythmiques électroniques. « Unsuspected » enchaîne pied au plancher à coup de riffs de guitares, doucement d'abord puis en mode accélèré.

Humanoïde et robotique

Contrairement à ce que pourrait laisser son titre « Dawdlewalk », le disque ne lambine pas mais s'amuse à jouer de ruptures de tons et de rythmes histoire d'être bien sûr de gagner sur tous les terrains : l'organique et l'électronique. Un peu à la manière des corps humains et robotiques disséqués sur l'entraînant « Anatomy Domine » et sa mélodie répétitive jouée à l'aide d'un synthé.

La voix tendre, passionnée et délicieusement traînante du chanteur Sourya Voravong fait ensuite le reste. Elle nous embarque dans ses histoires de départs résignés et d'inadaptation au monde. « Little girl you never wish to stay », clame « Numéro 1 ». Disque des débuts, « Dawdlewalk » fait naturellement un sort particulier à l'enfance comme pour tourner une page dans la douleur : « Welcome to the monster that kill the child in me.» On vous l'aura dit, ce disque est une tuerie.

KidB

Anatomy Domine

Unsuspected (Live) :

Numero 2 (teaser) :

15:15 Publié dans pop, rock | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : sourya

23/10/2009

Depeche Mode Covers

Peu de groupes ont eu une imagerie aussi soignée que Depeche Mode. Voici donc un tour de leur discographie à travers des pochettes d'album toujours impeccables. Et en bonus quelques videos de trois de leurs plus gros tubes.

KidB

 

Personal Jesus (live) :

Enjoy the silence :

I Feel you (live) :

17:00 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : depeche mode

22/10/2009

Atlas Sound envoie le bon son

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Atlas Sound – Logos (J’AIME : A la folie)

Notre rockeur neurasthénique préféré, Bradford Cox, revient nous donner des nouvelles. D’excellentes nouvelles même sous la forme d’un deuxième album solo signé Atlas Sound. Le chanteur des géniaux Deerhunter livre avec « Logos » un disque porté par une énergie puisée dans le rock et l’électronique. A l’image du travail de ses deux invités Noah Lennox, le Panda Bear d’Animal Collective, et Laetitia Sadier de Stereolab.

C’est d’ailleurs en tournant avec Animal Collective que Bradford Cox s’est initié au sample. L’influence du combo américain se fait ici largement ressentir sur les textures complexes et liquides de « Logos » et, de manière plus éparse, sur quelques rythmiques portées sur le groove (fabuleux « Quick Canal »). Mais Bradford Cox reste plus aérien que ses comparses. Des titres comme « The Light that failed » ou « My Halo » sont avant tout de petites merveilles de pop éthérée et évanescente.

Des mélodies solaires

Le son d’Atlas Sound n’est, d’ailleurs, pas si éloignée de celui de Deerhunter. On retrouve ici l’enchevêtrement de guitares légères et accrocheuses qui a fait la marque du groupe originaire d’Atlanta. Un titre comme « The Orchid » aurait parfaitement eu sa place sur l’album « Microcastle ». « Logos » se fait ici solaire avec ses sonorités claires et cette voix plaintive aux intonations rêveuses. La joie communicative d’un « Sheila » nous envoie ainsi directement au septième ciel.

Pourtant, les thèmes abordés par Bradford Cox ont beaucoup plus à voir avec la nuit. « A dark night / We were never », clame le chanteur sur « The Light that failed » en ouverture. Par la suite, la fleur de « The Orchid » se meurt tout comme l’homme confronté au criminel qui lui demande pourquoi vit-il ainsi. Sur « Kid Climax » l’enfant se détache toujours un plus en grandissant. Cruel quand « No one wants to die alone » (« Sheila »). Allez, nous on t’aime, Brad.

KidB

Sheila :

Walkabout (featuring Panda Bear) :

Quick Canal (featuring Laetitia Sadier) :

20/10/2009

New Moon, Twilight décroche la lune

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Twilight – New Moon (J'AIME : Beaucoup)

Nul doute que le casting était un des plus attendus de l’année. Une bonne partie du gratin de la planète indie rock réunie sur un même disque. On trouve ainsi au générique de la B.O. de « New Moon », le deuxième volet de la franchise Twilight : Thom Yorke, Muse, Grizzly Bear, Editors, The Killers, Lykke Li, Death Cab for Cutie, Black Rebel Motorcycle Club, Bon Iver & St. Vincent… Et dans la version française en bonus, un titre des BB Brunes.

A l’exception de Thom Yorke et de Lykke Li qui s’aventurent sur un terrain électro-pop et de l’instrumental au piano « New Moon (the Meadow) » signé Alexandre Desplat, l’ensemble du disque explore un territoire très rock. Et si « New Moon » assume un certain goût pour la grandiloquence, les habitués du genre mettent un peu en sourdine les hymnes de stade en sourdine. The Killers et The Editors offrent ainsi à leur manière avec « A white demon love song » et « No sound but the wind », deux bluettes mélancoliques.

Noir, c’est noir

Car c’est là une des grandes réussites de « New Moon ». Derrière la diversité des artistes et des styles, on retrouve sur la bande originale un même goût pour une certaine noirceur que ce soit dans la musique ou dans les paroles. Dès la très belle ouverture des Death Cab For Cutie « Meet me on the equinox », on est prévenu : « Understand that everything ends ». Le disque se poursuit ensuite entre insatisfaction, cœurs brisés et grandes déclarations désespérées. Que d’émotions.

« New Moon » offre au passage quelques beaux trésors (Anya Marina, OK Go…). Les textures azimutées de Thom Yorke et son « Hearing Damage » s’incrustent dans nos crânes par la suite apaisés par le superbe enchaînement Bon Iver & St. Vincent -Black Rebel Motorcycle club. Les premiers y vont à deux voix pour conter les tourments de « Rosilyn ». Les seconds font preuve d’une simplicité exemplaire sur le déchirant « Done All Wrong ». Reste le cas Grizzly Bear qui avec « Slow Life » démontre une nouvelle fois sa maîtrise des cathédrales pop lunaires. On est mordu.  

KidB

Meet me on the equinox (Death Cab For Cutie) :

Hearing Damage (Thom Yorke) :

Done all wrong (Black Rebel Motorcycle club) :

Slow Life (Grizzly Bear) :

19/10/2009

Wild Beasts se sublime

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Wild Beasts – Two dancers (J'AIME : Beaucoup)

Leur premier album « Limbo, Panto », sorti l’an passé, nous avait laissés sur notre faim. Certes s’y révélait l’incroyable falsetto d’Hayden Thorpe mais à côté de cela les compositions rock étaient plutôt décevantes. Bref Wild Beasts, ça ne tenait pas trop la route. Heureusement, pour son deuxième album, « Two Dancers », le groupe britannique a eu la bonne idée de se remettre très vite au travail avec l’aide du producteur Richard Formby.

Si le chant d’Hayden Thorpe fait toujours des merveilles et demeure l’atout numéro 1 des Wild Beasts, le reste de la formation a su cette fois-ci élever son niveau de jeu. Moins bancal, « Two Dancers » retombe sur ses deux pieds pour sonner comme un disque moderne et inventif. Les rythmiques (batterie et percussions) y ont notamment été remontées au tout premier plan au côté de la voix énergique du chanteur pour appuyer le côté dansant.

Des guitares plus en retrait

Le groupe a surtout mis le paquet pour diversifier sa palette musicale. Chaque instrument est utilisé à bon escient de manière à ne pas se marcher sur les pieds. Plus en retrait, les guitares donnent encore leur coloration à certains des morceaux. « We still got the taste dancin’ on our tongues » s’appuie sur une mélodie claire et lancinante là où « Two Dancers (i) » joue de sonorités plus sèches. Mais basses et synthés entendent bien aussi se faire une place au soleil.

Résultat « Two Dancers » réussit le grand écart entre certains titres énergiques comme le superbe « Hooting & Howling » et d’autres plus contemplatifs comme le court « Underbelly». Les Wild Beasts s’y révèlent ainsi tour à tour romantiques (« Do you want my heart between your teeth » sur « Two Dancers (ii) »), mauvais garçons (« scaring the oldies » sur « We still got the taste ») ou bouleversants d’impuissances (« Our son was dying and we could hardly eat » sur (« Two Dancers (i) »). Bref cette fois-ci délicieusement insaisissables.

KidB

Hooting and Howling :

All the king's men :

We still got the taste dancing on our tongues :

19:30 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wild beasts

17/10/2009

Editors, papillons de nuit

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Editors – In this light and on this evening (J'AIME : Passionnément)

Après Bloc Party, Franz Ferdinand et les Yeah Yeah Yeahs, maintenant Editors. Apparu au milieu des années 2000 en plein retour du rock aux guitares frénétiques, le groupe britannique se convertit à son tour aux synthétiseurs et à l’électronique pour son troisième album. « In this light and on this evening » s’inscrit dans un mouvement de fond visant à remettre le groove au premier plan.

Et il faut dire que le résultat est accrocheur. Difficile de résister aux mélodies entêtantes de « Papillon » ou « You don’t know love » qui vous restent des jours dans la tête. Moins enchevêtrés, les instruments ont chacun la place de s’exprimer. Si la guitare est ainsi plus effacée, elle n’en a que plus de force à chacune de ses apparitions. Boîtes à rythme et batterie se partagent de même les rythmiques à tour de rôle.

Un paysage urbain de nuit

La voix grave et profonde de Tom Smith fait ici merveille. Elle donne corps aux tonalités lugubres et inquiétantes du disque, seulement allégées par la présence de quelques chœurs. « In this light and on this evening » est un peu la photographie d’un paysage urbain la nuit (« London’s become the most beautiful thing I see »). Cinématographique, la musique nourrit ainsi tout un tas d’images plutôt sombres, alternant plages agressives et mélancoliques.

De l’absence de dieu à la peur de faire partie des laissés pour compte, l’album n’entrevoit que très peu la lumière. « I don’t want to be left out or get fucked » se lamente le narrateur d’«Eat raw meat=blood drool ». Mais on sent qu’il est sans doute trop tard. « You don’t feel love like you used to / You don’t feel love like you did before », prévient Editors sur « You don’t know love » avant d’ajouter « They took what once was ours » (« The Big Exit »). La partie est déjà perdue.

KidB

Ici, l'interview d'Editors.

Papillon :

You don't know love :

The Big Exit :

11:22 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : editors

16/10/2009

The Flaming Lips ravive la flamme

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The Flaming Lips – Embryonic (J'AIME : Passionnément)

Fer de lance du rock psychédélique dans les années 1990, The Flaming Lips semble aujourd’hui ne plus faire événement alors même que le genre n’a jamais été aussi prisé. Un comble pour ces amateurs de phénomènes paranormaux. Heureusement, la relève est là pour afficher son soutien (MGMT fait une apparition sur le titre « Worm Mountain »). Avec raison. « Embryonic » démontre une fois de plus que la bande à Wayne Coyne n’a rien perdu de sa créativité.

Fourre-tout de dix-huit morceaux long d’une heure dix, « Embryonic » explore deux directions opposées avec d’un côté des ballades pop sucrées et éthérées et de l’autre des morceaux rock tout en groove et en dissonances. Les premiers plébiscitent les harmonies vocales et de douces nappes de synthés. Les seconds donnent l’assaut à coup de guitares électriques et de roulements de batterie. Le groupe passe ainsi de l’un à l’autre ou fait de drôles de mélanges en toute liberté comme s’il laissait ses semis s’épanouir en terreau sauvage.

Les petits hommes verts

 « Pleasure and pain both get you high », clame le titre « Powerless ». La formule vaudrait presque ici valeur de manifeste. Disque à deux facettes, « Embryonic » adresse la question de la cohabitation du bien et du mal. Avec un net avantage pour ce dernier. « People are evil, it’s true / but on the other side / They can be gentle too / If they decide / But they don’t always decide » (« If »). Au fil des morceaux, un homme tire sur le soleil sans raison, l’aigle attaque le moineau, la feuille tombe et se meurt. Mais tout ceci est dans l’ordre des choses.

Sans verser dans un écologisme à la mode, « Embryonic » fait le tour de la nature de l’homme. Le ramène à sa place. Il est dans ces chansons comme dans la vie. Au cœur de la planète, des animaux, avec ses instincts pas toujours moraux. Le vrai ennemi est ici l’égo qui pense l’homme est bon et supérieur aux autres et ne peut s’épanouir que dans la destruction de ce qui l’entoure (« Ego’s last stand »). «Yes, yes, yes, killing the ego », conclut « Watching the planets ». Pour notre bien à tous, brûlons donc les dogmes. « There are no answers to find ».

KidB

I can be a frog (feat. Karen O) :

Worm Mountain (feat. MGMT) :

Watching the planets :

11:24 Publié dans pop, rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : the flaming lips

12/10/2009

Editors : « Dès qu'un morceau devenait trop joyeux, on faisait un pas en arrière »

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Leur « Back Room » en 2005 nous avait fait l'effet d'un bloc noir très prometteur. Editors revient aujourd'hui avec un troisième album rock « In this lighting and on this evening », qui troque les guitares pour des synthés. Si les Britanniques n'ont pas renoncé à leur ambition de conquérir les stades de la planète, pas question de renoncer à son côté sombre. Rencontre avec Ed Lay (batteur, tout à gauche) et Chris Urbanowicz (guitare/synthé, tout à droite).

Pour ce nouvel album, vous avez développé un plus gros son. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Ed Lay : Un peu par ennui et beaucoup grâce à l’envie de faire mieux que le disque précédent. Chris a joué un rôle déterminant dans l’évolution de notre son. Il s’est acheté quelques synthétiseurs et nous est revenu avec une nouvelle manière de composer.

Chris Urbanowicz : Je n’ai acheté qu’un synthétiseur. Ca a suffi à faire le boulot.

Vous avez fait beaucoup d’essais avant de trouver le son que vous vouliez ?

C. U. : On a essayé tout un tas d’instruments et d’idées. Chacun travaille d’abord chez lui de son côté, puis on se retrouve en répétition et on échange. Au départ, chacun suit une direction différente donc ça ne sonne pas très bien. Puis très vite, les choses se mettent en place. On trouve une idée qui nous intéresse et on part de là.

L'utilisation de synthétiseurs vous a poussé vers une écriture plus répétitive ?

C. U. : On s’est plus attaché à suivre un groove qu’à respecter une structure traditionnelle. Les refrains ne viennent pas nécessairement où on les attend. Le groove dicte sa loi sans la contrainte d’aboutir à une chanson pop de trois minutes.

L’électronique ne se retrouve pas que sur les synthés mais aussi dans la rythmique…

E. L. : Dès nos premières démos, on s’est rendu compte qu’avec ce son de synthé, on ne pouvait pas se contenter de garder une batterie et une basse traditionnelle. Il nous fallait être plus imaginatifs. On s’est notamment essayé au sample.

C. U. : Si on ne teste pas de nouvelles choses, on s’ennuie très vite en studio. Enregistrer est ce que j’aime le plus. C’est là que j’ai le plus l’impression de faire vivre cette passion que j’ai pour la musique depuis mes 11 ans. Pour ce disque là, on s’est offert de nouveaux jouets. C’était fun de s’amuser un peu avec.

Les mélodies au synthé sont très entêtantes…

C. U. : Guitare ou synthé, on a toujours conservé les mélodies qui restent coincées dans nos têtes. On a aussi essayé d’utiliser ici certaines percussions comme un riff. Les mélodies ne nous font pas peur. On ne veut pas faire de la musique pop mais de la musique mélodique.

Malgré tout votre attirail électronique, vous avez enregistré le disque dans des conditions proches du live. Vous aviez peur d’y perdre quelque chose ?

E. L. : On voulait que notre musique garde quelque chose d’humain. Conserver notre énergie. Il fallait capturer ce groove mais en sonnant naturel. On ne cherchait pas la perfection. Beaucoup d’albums sont tellement propres et travaillés qu’il est difficile de s’y attacher.

Les textures semblent plus travaillées…

E. L. : On a surtout voulu faire en sorte que chaque instrument ne soit présent que lorsque c’est nécessaire. Il y a beaucoup plus d’espace sur ses chansons. Du coup, les textures ne semblent pas saturées pour rien. La voix de Tom prend aussi plus d’importance que par le passé. Il propose de nouvelles choses.


Eat Raw meet = Blood Drool (live) :

Le nouvel album cultive le goût des contrastes…

E. L. : On voulait explorer de nombreuses pistes mais sans jamais sonner trop doux. Dès qu'un morceau devenait trop joyeux, on faisait un pas en arrière pour salir un peu notre son.

C. U. : On voulait faire un disque agressif. Presqu’effrayant.

La pochette de l’album juxtapose d’ailleurs une même scène de jour et de nuit…

C. U. : Pour moi cette image reflète bien le son de l’album. Jusqu’ici, on utilisait très peu de couleurs. Là, on est resté sur une base sombre mais en y injectant des flashs de couleurs primaires.

Votre musique a quelque chose de très urbain…

E. L. :La ville nous inspire. En tant que groupe, on y passe beaucoup de temps. Surtout la nuit. C’est un environnement très mystérieux et excitant.

C. U. : Il y a toute une imagerie derrière qui est intéressante. On peut s’appuyer dessus pour composer comme un film qui passerait dans nos têtes. C’est plus inspirant que d’écouter ce que font les autres groupes.

Ce disque est plus dansant…

C. U. : Le public a toujours dansé à nos concerts. Ce groove a toujours été là dans notre musique même si d’habitude il est davantage laissé en arrière-plan.

Pour le live, vous avez essayé de réarranger vos anciennes chansons ?

C. U. : On en a essayé une pour une émission de radio mais ça ne marchait pas. On peut ruiner une chanson en la changeant juste pour s’amuser. Et puis ce sera intéressant d’avoir ce contraste entre les synthés et les guitares.

Comment expliquez-vous que beaucoup de groupes indie comme Franz Ferdinand ou Metric se concentrent aujourd’hui sur la recherche de ce groove comme vous ?

C. U. : Je ne sais pas. Je n’écoute pas ce que font les autres. Je m’intéresse plus à traduire les images qui me passent par la tête. De toute façon, on a toujours essayé de rester à l’écart de toutes les scènes. Le dernier disque qui m’ait excité c’est « Micro-Phonies » de Cabaret Voltaire. C’est sorti il y a 25 ans. Il y a beaucoup de musique que j’aime bien mais très peu qui sonne vraiment neuve.

Vous vous intéressez à la musique électronique ?

C. U. : La musique dansante nous a toujours intéressé que ce soit Gary Numan, LCD Soundsystem ou Vitalic. Leur énergie nourrit notre musique.

Les livres et les films nourrissent-ils davantage votre imaginaire ?

E. L. : Oui, c’est certain. On s’intéresse tous les quatre au cinéma. On a beaucoup discuté de « Blade Runner » pour créer l’ambiance de ce disque. Ou de l’imagerie apocalyptique de « Terminator ». Ce sont des choses qui nous parlent.

Le groupe est aujourd’hui dispersé entre l'Europe et l'Amérique. Est-ce que ça a changé votre manière de travailler ?

C. U. : Je ne crois pas que ça ait changé quelque chose à ce niveau là. On suit toujours la même méthode. Chacun travaille de son côté puis on se réunit.

E. L. : C’est vrai que maintenant on doit être plus efficace. On a un peu moins de temps qu’avant. Mais le groupe n’a jamais été aussi créatif que ces six derniers mois.

Chacun apporte du coup des énergies un peu différentes ?

C. U. : Oui, je pense. A commencer par celle du décalage horaire.

Papillon (live) :

Ca fait dix ans que vous jouez ensemble. Qu’est-ce que vous avez gardé de vos débuts ?

C. U. : Mon son de guitare n’a pas tant changé. La voix de Tom a pris de l’ampleur mais elle garde la même profondeur. Et puis comme je l’ai dit. On plébiscite toujours les mélodies.

Jouer en septembre un concert parrainé par l’Union européenne pour sensibiliser le public au changement climatiqye, c’est quelque chose d'important pour vous ?

E. L. : Nos soyons pas hypocrites. On n’est pas le groupe le plus écolo de la planète. On voyage beaucoup en avion avec tout un tas de matériel.

C. U. : Et tu aimes ces vieilles voitures américaines.

E. L. : Et j’aime ces vieilles voitures américaines. Mais bon, c’est bien de se dire qu’un groupe comme nous peut être un petit peu utile.

Recueilli par KidB

13:31 Publié dans Interview, rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : editors

 
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