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11/06/2012

Hot Chip, l'ode à la joie

hot chipEureka ! Après « Over and Over » sur The Warning et « I Feel Better » sur One Life Stands, Hot Chip a une nouvelle fois trouvé la recette du tube qui tue à écouter sans relâche pendant des mois et des mois. En boucle sur notre iPod depuis quelques semaines : « Flutes ». Soit 7 minutes 05 secondes de rythmiques entêtantes, de nappes de synthés rêveuses et de chants mélodique et syncopé. Une pépite hédoniste et dansante, sommet du brillant nouvel album In Our Heads.

Il faut dire que le groupe britannique arrive à une maîtrise parfaite de l’intéraction entre instruments et machines. Le premier morceaux, « Motion Sickness », se pose comme une démonstration de force. Dès les toutes premières notes, on l’entend se construire strate par strate, chaque son s’empilant avec grâce sur le précédent jusqu’à former une chanson qui trouvera sa place aussi bien dans les salons que sur le dancefloor.

Tout l’art de Hot Chip se tient là. Dans cette capacité de partir de l’électronique pour aller vers tout autre chose. Batir un univers ouvert aux sentiments, à la pop, à la soul. L’affirmation d’une vraie identité plutôt que l’enfermement dans un genre. Une manière toute personnelle de concevoir la musique sans se soucier du qu’en pensera-t-on. « Look at where we are » s’apparente à une sirupeuse et réussie ballade R’n’B quand deux pistes plus loin « Night and Day » est furieusement orienté vers la danse.

Surtout, In Our Heads respire étonnament la joie. Là, où One Life Stands versait dans la mélancolie pour dancefloor, ce nouvel album se déploie comme une cathédrale dédiée à la lumière (« A church is not for praying/it’s for celebrating the light that shines through the pain » sur « How do You do »). L’amour y est célébré à longueur de refrains (« These chains you bound around my heart/Complete me/Completely » sur « These Chains) comme pour mieux chasser la douleur (« Take this words, take it somewhere else, somewhere we don’t hurt » sur « Don’t Deny Your Heart »). Hot Chip n’a jamais été aussi heureux. À les entendre, nous aussi.

KidB

Motion Sickness

Look at where we are

Flutes

16:45 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hot chip

07/06/2012

Chromatics entretient la flamme

Kill-For-Love-300x300.jpgNo escape. Si les albums électro-pop de Chromatics sont si passionnants, c’est qu’ils ne se contentent pas d’aligner les titres qui tuent. Sans suivre un fil narratif précis, ils nous racontent des histoires, nous emmènent en voyage. Night Drive, leur précédent essai, privilégiait la route, la nuit, la fête, la violence. Kill For Love, lui, suit la voie de l’incandescence, des fantômes, de l’amour qui se consumme doucement au soleil. Rien de bien joyeux, avouons-le. D’ailleurs, le parti pris le plus bouleversant est sans doute ici la manière dont la désolation et la tristesse prennent progressivement le pas au fil des dix-sept morceaux. Comme si la sensualité vénéneuse des premiers titres n’était aussi qu’un leurre que le temps devait balayer. Comme le reste. Pour finir sur de plus en plus d’instrumentaux et les sonorités sourdes, presque éteintes du dernier morceau « No escape ».

Cette histoire, la bande de Johnny Jewel, l’intègre dans une autre, beaucoup plus grande. Celle de la musique. Kill for Love s’ouvre avec le titre « Into the Black », une reprise du dernier morceau de l’album Rust Never Sleeps de Neil Young, sorti en 1979. Manière de s’imposer dans la cour des grands des songwriters. De s’échapper de la seule chappelle électronique pour embrasser une pop au sens très large mêlant guitares, machines et cordes. Et de poser l’imagerie qui travaillera tout l’album : le feu, la mort… Surtout, le morceau est une réussite absolue, préservant l’émotion de l’original tout en y ajoutant d’entêtantes rythmiques. On ira danser sur vos cendres.

La suite est au niveau, à commencer par l’enjoué « Kill for Love » à l’énergie romantique toute communautive derrière son voile de noirceur (« I was waiting for change while the world just stayed the same ») et son final qui prend la forme d’une rêverie macabre (« I put a pillow right on top of my head/I killed for love »). « Burn », « flame », « light », « fire »… Les hymnes amoureux s’enchaînent ressassant les mêmes mots, les mêmes motifs sur des rythmes tantôt rapides et sexy (« Back from the grave », « The Page »…) tantôt lents et langoureux (« Lady », « Candy »…). Avec à chaque fois, la même évidence mélodique. Les ritournelles de Chromatics, toute en simplicité, nous restent coincées dans la tête (« Birds of Paradise », « At Your door »…). L’histoire d’amour, elle, s’efface peu à peu jusqu’à la mort, le ciel et les larmes. Ne laissant que la musique, immense, en lointain écho.


KidB

Into the black

The Lady

Birds of Paradise

13:42 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chromatics

17/03/2011

Institubes is dead

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La nouvelle est tombée hier. La machine Institubes met la clé sous la porte, car elle perd trop d'argent. Alors que trois de ses principaux artistes, Para One, Surkin et Bobmo, viennent d'annoncer la création de Marble Music, retour en vidéo sur le catalogue du label qui a accompagné l'éclosion de la bande TTC, mais pas que (Das Glow, Midnight Juggernauts...) depuis 2003, mêlant l'électronique à d'évidentes affinités pop ou hip-pop voire rock. R.I.P. en musique.

Kidb

Para One - Turtle Trouble (2003)

L'atelier - Le hip-hop, c'est mon pote (2003)

Teamtendo - Philippines Volunteers (2004)

Out One - Vitamin House (2005)

Vitamin House MIX by Out One

Surkin - Ghetto Obsession (2006)

Para One - Dun Dun (2006)

Tacteel - L'hiver vous va si bien (2006)

Curses! - Hungry for Love (2007)

Das Glow - Weiss Gaz (2007)

Bobmo - Home Alone (2007)

Midnight Juggernauts - Road to Recovery (2007)

David Rubato - Circuit (2007)

Para One - Finale, Naissance d'une pieuvre (2007)

Bobmo - To the Bobmobile (2008)

Cuizinier - The Good Guys (2008)

Midnight Juggernauts - Shadows (2008)

David Rubato - Institubes Express 999 (2008)

Tekitek - Six Pack anthem (2008)

Alizée - Fifty Sixty (Rubato remix)

 

Poney Poney - When do you wanna stop working ? (2009)

Chateau Marmont - Solar Apex (2009)

Teki Latex - Dinosaurs with Guns (2010)

Surkin - Silver Island (2010)

Jean Nippon - Cairo (2011)

16:24 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : institubes

04/02/2011

Agoria : "Aujourd'hui, les choses disparaissent très vite"

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Agoria, alias Sébastien Devaud, vient de sortir Impermanence. Son troisième album studio, sorti sur son label Infiné, témoigne d’une élégance rare dans l’électro française. Le Lyonnais continue de construire une œuvre très personnelle, en dehors des modes et de la facilité. Comme sur ses précédents albums Blossom et The Green Armchair, qui invitaient d’autres artistes (Tricky, Neneh Cherry…), le DJ a convié cette fois Kid A, Seth Troxler et Carl Craig.

 

Impermanence Teaser (edit by M.Foudre) by AGORIA


A l’époque de la sortie de ton mix Balance 016, en mars 2010, tu évoquais déjà au sujet d’Impermanence « l’album le moins cloisonné » que tu as réalisé jusqu’ici…

C’est un album super éclectique, j’ai toujours eu envie de faire des albums foisonnants. Avec toujours cette envie de se prouver des choses à soi-même et puis aux autres. Sinon ça serait plus un hobby et je ferais ça en tant qu’amateur. Il ne faut pas se mentir, on fait ça aussi évidemment pour le montrer aux autres. Avec Impermanence, je pense avoir réussi à garder l’éclectisme des premiers albums et à en faire un tout cohérent. Ce qui est assez dur au final quand on part dans différentes directions. J’ai des morceaux 100% acoustique comme Kiss My Soul avec Kid A ou des morceaux totalement clubs comme Panta Rei, Speechless ou Libellules. Tous mes albums ont toujours été touffu et épars, je creuse mon sillon dans cette voie : la transversalité.

Tu ne sens pas à l’étroit dans le format d’un album ?

Non, je me suis senti libre… Sans aucune arrogance, j’ai réalisé cet album avec facilité. The Green Armchair m’avait pris deux ans et demi. C’est un album dont l’accouchement a été difficile, sans parler de la qualité musicale finale. Impermanence a été conçu avec facilité, parce que je suis dans une période amoureuse épanouie. Et indéniablement, le fait d’avoir réalisé mes albums précédents me permet de savoir ce qui me plait le plus. Avant, il fallait que je fasse une vingtaine d’arrangements avant de choisir.

On peut parler d’un album plus mature ?

Non, la maturité, c’est un mot qui me fait peur. Je préfère dire que c’est un album épanoui et intime.

Pourquoi avoir choisi ce titre, Impermanence ?

Quand on parlait de l’album avec ma femme et un ami, les mots qui revenaient, c’était « fluidité », « renouvellement », « contemplation »… C’est ce qui caractérise l’impermanence : on a un point de vue intime et personnel, pendant qu’à l’extérieur tout change chaque seconde. Il y a des moments personnels dans ta vie où rien ne peut t’atteindre. Tu es dans une bulle. C’est un peu ce qui s’est passé dans cet album Il y a un côté très bouddhiste à ça. Impermanence c’est une thèse bouddhiste : rien n’est jamais définitif.

En quoi tu vas te réincarner alors ?

Non, non, je n’ai aucune conviction religieuse (rires). Le monde va très vite, le meilleur moyen de le contempler, c’est de s’arrêter.

De s’arrêter et de créer ?

Ca va de pair. Mais si tu es dans une frénésie de création, tu crées mal. Je l’ai été, dans cette boulimie artistique, à faire trois morceaux par semaine. Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux.

Comment tu composes ?

Je branche ma machine et c’est parti. J’exagère un peu mais c’est ça. Je pars sur un désir d’ambiance. Quand j’ai fait l’album, je me suis demandé ce qu’il manquait, j’avais une réflexion globale sur l’album plutôt que morceau par morceau.

Il n’y a pas trop de morceaux très clubs sur cet album…

C’est marrant, c’est ce que tout le monde me dit, et pourtant je n’ai jamais autant joué de morceaux d’un album à moi dans les clubs. Je les insère tous…

Et les gens dansent…

Oui, ils ne partent pas (rires). Mais je vois ce que tu veux dire : il n’y a pas de morceau extatique, de rave. Mais quand je joue Panta Rei ou Speechless ou Little Shaman, j’ai les mêmes effets en fin de break que La Onzième Marche ou Code 1026. Tout dépend comment tu les insères dans un set.

Impermanence prend parfois des allures cinématographiques, en créant des ambiances de la même manière que la bande originale de Go Fast que tu avais composée.

Go Fast, c’était une première expérience cinématographique. C’était excitant. En plus, le réalisateur m’avait donné carte blanche en me disant tu ne fais surtout pas un thème répété vingt fois. Ce qui était difficile, c’est que le montage changeait tout le temps. Mais j’étais dans des conditions parfaites de travail. C’était une belle école.

Pourquoi une « belle école » ?

Parce que tu apprends à mettre ton ego de côté. Tu es au service de l’image.

Impermanence, c’est ton premier album sur ton label Infiné. Pourquoi ?

Mais la question, c’est plutôt : Pourquoi n’aurai-je pas signé sur mon label ? Au départ, il était naturel de développer le label en restant en retrait afin qu’il existe par ses propres artistes. J’ai vraiment envie de pousser les gens qu’on a signés, car je crois tous en eux.

Tu écoutes beaucoup de sons qu’on te soumet ou c’est plutôt des rencontres ?

Il y a des coups de cœur artistiques comme Francesco Tristano ou Clara Moto, il y a des choix par affectivité, et d’autres où on sent le potentiel de la personne et on va l’accompagner. Je me rappelle de mes premiers disques, c’était n’importe quoi, comme le Kubik 01. Quand je le réécoute aujourd’hui, il me fait rire… J’ai envie d’aider à mon tour des gens en qui je crois. C’est aussi du militantisme local et quelque chose que j’aime.

Comme sur tes précédents albums, tu as convié beaucoup de personnes. Une des plus belles surprises, c’est la chanteuse Kid A.

Un ami programmateur du festival des Nuits Sonores a découvert cette artiste via des réseaux communautaires, je crois. Il lui a fait faire un morceau avec des amis, les Spitzer, un groupe de Lyon. J’ai flashé, j’ai demandé à Kid A des morceaux, j’en ai utilisé un pour ma compilation Balance 016. J’ai toujours été profondément touché par sa voix. Ce qui m’a d’autant plus bluffé chez Kid A, c’est que c’est une artiste noire-américaine : lorsque tu l’écoutes, t’as l’impression que c’est une Islandaise ou une Norvégienne. Je l’ai fait venir à Paris et à Lyon où on a enregistré quatre ou cinq morceaux en quelques jours. Il en est sorti notamment ces deux morceaux sur l’album : Kiss My Soul et Heart Beating.

Le DJ américain Seth Troxler chante sur Souless Dreamer, qu’il a écrit pour toi. Comment tu l’as rencontré ?

Je l’avais rencontré la première fois à une excellente soirée, pour Resident Advisor. C’était au cours de l’Amsterdam Dance Event, un des meilleurs festivals actuels. On s’est revus à Miami lors d’un DJ set qui m’a beaucoup marqué. C’était un dimanche après-midi : Seth Troxler a fini en jouant ambient et les gens dansaient... Ça a duré presque vingt minutes . J’ai essayé de faire ça, je n’y suis jamais arrivé. C’est très compliqué d’amener les gens en transe. Bon… j’y suis déjà arrivé, mais jamais avec de la musique sans partie rythmique. C’est un moment de communion assez magique. Puis, il est venu jouer aux Nuits Sonores, en mai 2010. Il est venu à la maison : je lui ai donné les chaussons Chicago Bulls, alors qu’il vient de Détroit. Ça l’a fait marrer. Je lui ai fait écouter quelques pistes et c’était parti. Ca s’est fait simplement.

Carl Craig pose sa voix sur Speechless, mais vous vous connaissiez depuis longtemps ?

Oui, mais on a vraiment sympathisé il y a un an, depuis que je l’ai fait venir à ma résidence au Rex, à Paris. Lors d’un dîner, j’écoutais sa voix, elle me berçait et je lui ai dit que ce sera extraordinaire de faire avec lui.

Que représente-t-il pour toi ?

C’est un des fondateurs d’Underground Resistance et de la techno. Mais aussi Il est très impliqué dans la vie locale, à Detroit. Ce n’est pas juste un mec qui sort des disques, court le monde et prend de l’argent. Il a une âme militante.

Comme toi dans la création des Nuits Sonores. Comment ça s’est passé d’ailleurs ?

Au moment où il a été question de faire un festival de musique à Lyon, il y a une réunion de quelques acteurs locaux, et j’étais l’un de ceux-là afin de proposer des projets. Certains voulaient faire un festival de rock, d’autres de salsa. Nous, on pensait que la vie nocturne est une part considérable et mésestimée dans les villes françaises. Alors que c’est ce qui donne aux villes une jeunesse, une vitalité et un caractère sexy. Même économiquement et politiquement, c’est important qu’il y ait une vie nocturne forte dans une ville. Très motivés, on a défendu le projet. On a présenté au maire tous les artistes électroniques de Lyon. Quand je vois l’évolution de ce festival… Je n’aurais jamais cru à l’époque que ce serait un tel carton.

Malgré les clichés sur Lyon la ville endormie…

Lyon a été l’épicentre de la répression des rave-parties et soirées au milieu des années 1990. Pendant des années il ne s’est rien passé. Notre motivation est donc d’autant plus forte. Et il se passait tellement peu de choses que le public lyonnais l’a défendu à fond.

Hors de Lyon, quelles sont tes villes de prédilection ?

Tokyo reste la ville la plus excitante au monde. Pas pour y vivre, mais pour y jouer. Les Japonais ont un rapport à la culture différent des Européens. Ils sont totalement dédiés et fans. Ils ont aussi une telle frustration journalière dingue, que le soir ils ont besoin de se lâcher. Et c’est un vrai public de connaisseurs. De plus, les clubs sont extraordinaires.

Tu te mets rarement en avant, loin de la starification actuelle des DJ.

Au début, la musique électronique, celle faites par les producteurs, Juan Atkins, Derrick May, n’avait pas forcément de message. Puis il y a eu l’arrivée du marketing et de la communication. Je suis un enfant de de la première génération, plus que Daft Punk par exemple pour qui l’image est un vecteur de succès. De plus, à notre époque, il y a beaucoup d’opportunisme. Quand je vais jouer, je n’ai pas de tenue de scène, c’est la musique avant tout.

Ton pseudo m’a toujours intrigué. Il vient d’où ?

Ce n’est pas moi qui ai choisi ce nom, mais des amis à moi. Quand on était gamins, on organisait des soirées qui s’appelaient Agora. Un jour, ils ont marqué le nom Agoria sur un flyer. Je leur ai demandé qui c’était. Ils m’ont répondu : « Tu verras. » Et le jour J de cette soirée, ils m’ont dit : « Mais c’est toi ! Va vite chercher tes disques. » Moi j’avais un peu la trouille de jouer, pas trop envie. Et du coup, c’est resté. On était quinze-vingt, c’était des soirées entre amis. C’était anecdotique…

Pas tant que ça, puisque le nom t’es resté. Tu te rappelles de tes premières soirées comme Agoria ?

Une de mes toutes premières soirées en tant qu’Agoria, je faisais le warm-up de Richie Hawtin à Lyon dans un club qui s’appelle Le Space. Personne ne dansait, je finis au bout d’une heure et demie. Et Richie Hawtin met un disque et tout le monde se met à danser. Là, je me dis que je devrais peut-être faire autre chose. Et là, Richie Hawtin me rassure et me complimente sur mon set en me disant que c’est toujours le dur labeur de celui qui fait un warm-up, d’essuyer les plâtres….

Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui ?

Même si c’est très frustrant, je pense toujours que ce qui arrive ensuite est plus excitant que ce que je fais aujourd’hui, c’est mon moteur. J’ai désormais un label [Infiné], je vois énormément d’egos d’artistes – encore que les miens sont des anges par rapport à d’autres – donc j’apprends à gérer ça. Bon… je ne suis pas parfait. On a tous des moments de suffisance. Surtout aujourd’hui, où les choses disparaissent très vite. D’ailleurs, la musique est souvent en avance sur dans d’autres domaines. Par exemple, la dématérialisation de la musique. Pour nous, les DJ, ça s’était passé bien avant, avec des mecs qui mixaient avec des ordinateurs. C’est la musique électronique qui a créé cette dématérialisation. La musique électronique utilise la technologie en amont de tous les autres styles.

Recueilli par Joël Métreau

Photo : Denis Rouvre

14:58 Publié dans Electro, Interview | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : agoria

21/01/2011

Braids batifole en toute liberté

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Braids - Native Speaker

Animal Collective continue d’essaimer ses graines fructueuses, jusqu’au Canada. Native Speaker, premier album du groupe Braids, reprend les choses à peu près là où le combo américain les a laissées. Le premier morceau, Lemonade, s’ouvre sur une texture aquatique et des chants d’oiseaux au loin. La voix, elle, n’arrive qu’une minute plus tard, moitié chantée, moitiée parlée, sur une rythmique syncopée.

Une musique électronique donc à forte consonance physique. Un univers ouvert à tous les vents et d’une incroyable liberté, où s’épanouit la voix de la chanteuse Raphaelle Standell-Preston, maniant aussi bien le cri primal, la distorsion avec effets que la douceur d’un murmure. Des chœurs de ses comparses viennent compléter la riche panoplie vocale des sept petits morceaux qui forment le disque.

Etranges paysages sonores

A la fois brute et très sophistiquée, la musique de Braids fonctionne donc par accumulations de couches et de boucles, dessinant d’étonnants paysages se mêlent l’eau, le feu, l’air et la terre. Les morceaux s’étirent pour partie en longueur, laissant une large place à l’intrusion d’étranges sonorités qui donnent un sacré relief à l’ensemble. Le tout pour crier l’amour physique (« And What I, and what I found is that we / We’re all just sleeping around » dans Lemonade) ou paganisme un peu mystique (« We’re all from the same mum » dans Same Mum).

On se laisse ainsi totalement prendre par la débauche d’énergie de Plath Heart, l’univers bucolique de Glass Deers, le doux cocon amoureux de Native Speaker, la puissante obscurité de Lammicken et les fourmillements sans voix de Little Hand en cloture. Un disque plein de vie donc baigné d’une belle lumière et d’un arc en ciel de couleurs. Revigorant.

KidB

13:56 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : braids

19/01/2011

Fujiya & Miyagi au coeur de la machine

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Fujiya & Miyagi - Ventriloquizzing

A force de construire leur musique autour de la figure de la répétition, les Britanniques de Fujiya & Miyagi prennent le risque de finir par eux-mêmes se répéter. Leur quatrième album Ventriloquizzing, dans la parfaite lignée de Transparent Things et de Lightbulbs, n’échappe pas totalement à ce défaut, mais propose par ailleurs quelques intéressantes pistes de renouvellement.

Dès le titre éponyme en ouverture, nous voilà en terrain connu : une grosse ligne de basse, un chant parlé autour d’un texte pince sans rire, une mélodie au synthé. Bref, une forme de krautrock modernisée, volontairement un peu terne. Et avec Sixteen Shades of Black and Blue placée ensuite, on retrouve cette forme d’obsession mathématique qui convient parfaitement à cette musique au carré. Et le résultat est bien souvent entêtant, à l’image du Yoyo, qui n’arrête pas de monter et de descendre.

Perte d’humanité

Mais là où le groupe manie à la perfection la répétition donc, Ventriloquizzing offre aussi quelques beaux effets de variations. Si l’album forme un tout cohérent, chaque morceau a sa propre mélodie parfaitement soignée, du lent mouvement de synthé de Pills au plus rapide Tinsel & Glitter. Surtout, le quatuor s’évertue à briser la monotonie au sein même des titres. Des chœurs prennent peu à peu possession d’Universe, Cat Got Your Tongue est habité par des guitares un peu crades en fond sonore qui passent ensuite au premier plan et Minestrone est traversé de plusieurs lignes mélodiques qui se répondent.

Il faut voir dans cette volonté de dérégler peu à peu la machine plus qu’un simple jeu formel. On touche ici au cœur même d’un album qui se sert d’images et d’un ton monocorde pour dénoncer une certaine perte d’humanité. Le yo-yo est ainsi l’individu qui n’a pas de pensées propres mais va là où va le vent. Le ventriloque est de même celui qui ne fait que répéter ce que le pouvoir lui souffle. Des sentiments peu à peu amoindris par l’effet des pilules et leurs effets secondaires (Pills), fondus dans les paillettes du décor (Tinsel & Glitter). Et même quand le groupe chante : « Let me whisper in your ear and tell you it will be OK » (OK), une forme d’inquiétude s'installe. A répétition.

KidB

 

13:11 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fujiya & miyagi

18/01/2011

Les apprentis sorciers de Salem

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Salem - King Knight
 
Leur imagerie nous promet les enfers, mais leur musique nous amènera peut-être au paradis. Tel est un des nombreux paradoxes qui entourent les Américains de Salem. Ce trio originaire du Michigan s’est fait connaître en 2008 avec le titre Yes I Smoke Crack avant de sortir en septembre dernier son premier album King Knight. Celui-ci vient tout juste de bénéficier d’une publication en format CD en France. D’où une importante couverture presse, un peu à retardement.
 
La musique de Salem est pourtant bien dans son époque : sombre et mutante. Le son du trio a quelque chose d’indéfinissable entre électronique rêveuse, puissance des boites à rythmes et forte influence hip-hop. Des éléments hétéroclites que l’on retrouve jusque dans les mixtapes ou les remix du combo (du rappeur Gucci Mane à Radiohead). Complètement vrillée, cette musique a la force d’un Fuck Buttons qui sortirait s’encanailler la nuit.
 
Ombres et lumières
 
Salem manie ainsi des textures très complexes qui accumulent les couches de son. Le combo se joue beaucoup des contrastes entre des lignes d’ombres (saturations, infrabasses) et de lumières (mélodies synthétiques), entre dureté et douceur. Ce jeu de collage est utilisé avec beaucoup de brio au niveau des voix avec d’un côté des timbres masculins au flow alangui durcis par des effets et de l’autre des vocalises féminines éthérées.
 
Des onze titres de l’album, on retiendra tout particulièrement la puissance mélodique de King Knight en introduction, l’élan mystique de Frost, le flow rappé maladif de Sick ou de Hound ou encore l’entraînante noirceur de Killer. Bande originale d’un long cauchemar d’hiver, le disque n’a pas fini d’hanter nos nuits comme nos jours.
KidB

13:32 Publié dans Electro | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : salem

23/09/2010

!!! a le chic chic chic pour faire danser

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!!! - Strange weather isn't it ?

Il est minuit. La fête bat son plein. Les !!! sont à fond, déversant leur groove infernal sur la foule qui en redemande. Encore et encore. Partout, les gens se bougent, portés par de superbes lignes de basse, les guitares enivrantes du groupe, les rythmiques répétitives et la voix chaleureuse du chanteur. Punk funk, maestro.

Un homme est assis seul dans un coin, un écouteur à l’oreille. AM/FM. Il est branché sur la radio. Une femme le rejoint : « Tu n’es encore qu’un garçon. Tu as encore beaucoup à apprendre », lui dit-elle avant de repartir. Lui se décompose. Comme en écho à sa douleur, le groupe chante : « You'll find the heartache is hard to hide / When the blade's so deep in your back / It comes out the other side ».

Transe, rêve, ennui

De l’autre côté de la pièce, un homme est au bar, noyant sa solitude dans l’alcool. Pas loin, une drôle de conversation prend forme : « Je ne vois pas pourquoi les rêves seraient restreints à leur monde. » Le couple s’embrasse, le groove repart encore plus fort. Bientôt suivi par une envolée de cuivres. La piste est chauffée à blanc. « If the kids love it then I would bet it / That the beat goes on. »

A l’entrée, une femme en tailleur s’ennuie ferme. « What’s the harm in getting a little confortable ?, semble ironiser le chanteur. Jump back. There’s time enough for dying later. » Un homme se rapproche, l’invite à danser. Elle refuse. « And please don’t think we’re friends. » Pas loin, la foule est en transe. Le groupe lâche ses dernières forces dans la bataille. « Don’t stop / Come on. » Plus rien n’arrêtera la fête.

KidB

13:34 Publié dans Electro, pop, rock | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : !!!

17/09/2010

Zola Jesus porte bien sa croix

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Zola Jesus - Stridulum II

Vous voilà mort. D’étranges voix se font entendre. Autour de vous, tout est noir. Vous ne voyez plus rien. Très vite une voix féminine se fait plus précise, accompagnée d’un son de synthé et de rythmiques électroniques. Elle vous parle : « Don’t be afraid / Don’t be alarmed / In the end of the night / You’re in my arms. » Vous frissonnez. Cette voix, c’est celle de Zola Jesus. Elle vous implore de la rejoindre. Pleine d’émotion. Vous avez peur. Vous êtes touché. Bienvenue dans l’univers sombre de « Stridulum II ».

Vous progressez dans une ambiance lugubre. Zola Jesus ne vous lâche pas d’une semelle, avec sa belle voix grave. « I’ll be here / I told you trust me », vous dit-elle. Vous hésitez déjà à succomber. « It’s not easy to fall in love », ajoute-t-elle, pleine d’emphase. Les paysages se succèdent autour du vous. Tous aussi décharnés. Tous aussi blêmes. Zola Jesus parle à votre âme : « It’s good for your soul. »

Voix fantomatiques

Peu à peu acclimaté à l’endroit, il ne vous reste plus que la détresse de Zola Jesus, qui vient vous frapper au visage. Comme nue. « Run me out again », répète-t-elle à l’envie, entourée d’étranges voix fantomatiques. Son cri de secours monte doucement, vers le ciel. Avant de retomber. « You’ve got a get me out ». Vous en pleureriez presque, si vous n’étiez pas mort. « And it feels like I’m the only one ».

Puis le miracle a lieu. L’obscurité se dissipe peu à peu sur la fin. La lumière vous réchauffe, matérialisée jusqu’à quelques notes piano. Tout autour de vous semble reprendre des couleurs. Vous faites face à la mer. La voix de Zola Jesus se fait alors plus aérienne. Presque comme un ange. « You’re lost », prévient-elle. Peut-être. Mais rendu à la vie.

KidB

13:04 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : zola jesus

21/06/2010

Trentemoller : "J'étais ouvert aux endroits où m'emmenerait la musique"

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Auteur d'un premier album remarqué, "The Last Resort", le Danois Trentemoller confirme tout le bien que l'on pense de lui avec son deuxième disque, "Into the Great Wide Yonder". Sa musique électronique s'y enrichit d'atmosphères étranges avec cordes, guitares et voix. Rencontre.

Pour ceux qui ne vous connaîtrait pas, vous pouvez-vous présenter ?

Je fais de la musique électronique depuis 5 ou 6 ans. Avant, je jouais dans des groupes d’indie rock à Copenhague. Mais sans grand succès… J’ai sorti mon premier album il y a trois ans, « The Last Resort ». Après, j’étais davantage connu pour mes morceaux techno.

Vous avez également fait plein de remix ?

Pour The Knife, Depeche Mode, Franz Ferdinand...

Comment avez-vous approché ce second album ?

Beaucoup de gens me parlent de la difficulté de sortir le deuxième album, mais honnêtement, en le créant, je n’y pensais pas du tout. Faire de la musique, c’est très personnel. Je me suis plongé dans mon propre monde. Pour moi, le plus important, c’est que j’ai fait un album dont je suis très satisfait, qui correspond à ce que je voulais. Après, cet album a sa propre vie, il peut être un succès comme un flop.


Tide :

 

Trois ans, c’est long…

Mais je ne m’y suis consacré que pendant l’année écoulée. Pour le premier album, j’ai fait une tournée mondiale, qui m’a pris beaucoup de temps et d’énergie. Je n’avais pas le calme et l’espace pour être créatif.

Il correspond à ce que vous vouliez au départ, c'est-à-dire ?

Ma maison de disques m’a donné la liberté de faire ce que je voulais. Ils n’ont rien entendu avant que l’album ne soit totalement terminé. Ils m’appelaient tout le temps en me demandant s’ils pouvaient écouter…

Pourquoi avez-vous refusé ?

J’ai peur que les maisons de disques s’intéressent davantage aux ventes.

Pourquoi n’avez-vous pas conçu votre album durant la tournée ? Vous avez besoin de calme pour composer ?

Je travaille toujours durant la nuit quand tout est silencieux. J’ai besoin d’un espace personnel, sans téléphones qui sonnent.

Pendant la journée, vous dormez alors...

Oui, je reconnais que ce n’est pas très sain, surtout durant l’hiver. Je me réveille et la nuit est déjà presque tombée.

Vous travaillez où ?

Dans mon appartement, où j’ai installé un home studio.

Au départ, un ton ?

Non, j’étais ouvert aux endroits où la musique m’emmènerait. Au début, je n’aime pas être trop conscient de ce que je veux faire.

Un album conçu pendant la nuit, mais très solaire et chaud ?

J’ai été très inspiré par Morricone. Et la guitare fait penser aux westerns. Pourtant, je n’y pensais pas. Et je n’aime pas trop les westerns en plus, juste leur atmosphère.

Morricone, mais aussi Badalamenti…

Bien sûr, je suis un grand fan de Badalamenti et aussi David Lynch. Je ne suis pas seulement inspiré par la musique, mais aussi par les films.

Neverglade :


Votre musique fonctionne par strates…

Le premier album était plus atmosphérique. Là, il y a plus de mélodies. Donc, j’ai composé la plupart des morceaux sur mon vieux piano. Après, j’ai transféré les mélodies sur l’ordinateur et construit mes morceaux autour d’elle.

Une musique très « cinématographique ». Vous pourriez composer des BO de films ?

Au Danemark, j’ai composé de la musique pour deux films. Le premier, un film dogma, s’appelle « What no one knows ». L’autre, un documentaire sur une chorale finlandaise. C’est sympa de travailler en équipe. C’est ce que j’aime aussi dans le fait d’être avec un groupe sur scène.

Vous préparez une tournée ?

On est six ou sept sur scène. Avec beaucoup de guitares, des cordes. Et les deux chanteuses sur l’album. Mais je n’ai encore jamais eu l’occasion de jouer en France.

Votre album est difficile à adapter ?

Plus facile car la dernière fois, car The Last Resort était très électronique. Je voudrais aussi faire des versions différentes de l’album.

Sur le disque, quatre chansons sont chantées…

Il y a une grande scène musicale à Copenhague et la plupart des personnes qui chantent sur l’album sont des amis. Cela dit, Sur un des morceaux, il y a le Britannique Fyfe Dangerfield des Guillemots. Il avait écrit sur mon MySpace qu’il avait beaucoup aimé mon premier album et qu’il voulait faire quelque chose avec moi. Je me suis rendu compte que son groupe avait déjà sorti une poignée d’albums. Je lui ai envoyé un morceau, il a enregistré une démo dans sa cuisine et il me l’a renvoyée quatre heures plus tard. C’était vraiment bien. Il voulait aller en studio pour le refaire, mais j’ai conservé l’original parce qu’il y avait ce ton si spontané et intime. On l’a gardé, non mixé.

Le morceau "Tide" ?

La chantenuse s'appelle Solveig Sandnes. C’était le dernier morceau de l’album. J’en avais neuf, mais j’avais l’impression qu’il en manquait un pour l’achever. Je terminais le mastering dans le studio et je suis sorti dans un bar boire une bière. Elle chantait dans un bar avec un groupe, je ne l’avais jamais rencontrée avant. Sa voix ressemblait un peu à celle de Liz Frazer des Cocteau Twins. Après le concert, je lui ai demandée si elle voulait travailler avec moi. Je suis rentré chez moi, un peu saoul, j’ai écrit la mélodie. On a enregistré deux jours plus tard. Parfois un morceau met un mois à se faire, d’autres fois trois jours.

Pourquoi avoir mis tant de cordes et de guitare ?

Ce n’était pas calculé. J’avais juste envie de le faire. Je trouve que mon premier album manquait parfois de mélodies.

« Silver Surfer, Ghost rider go ! » Pourquoi ce titre ? Vous lisez des comics ?

C’est un morceau typiquement « surf ». Je n’étais pas sûr de vouloir le mettre sur l’album tellement il est différent des autres.


Silver Surfer, Ghost Rider Go :

 

Et "Häxan" ?

Je n’ai pas été inspiré par le film. Je voulais quelque chose de groovy et d’inquiétant à la fois. Je me suis rappelé de ce film que j’avais vu quand j’étais gamin et qui m’avait effrayé à l’époque. Je suis retourné sur Youtube et j’ai revu ce film effrayant. J’ai trouvé que c’est un moyen de lui rendre hommage.

Aujourd’hui vous écoutez quoi ?

A Place to Bury Strangers, We Fell To Earth…

Recueilli par Lil' Joe

 

12:27 Publié dans Electro, Interview | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : trentemoller

 
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