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28/06/2010

Karen Elson : "Tout ce que j'avais emmagasiné a eu besoin de sortir"

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Mannequin reconnue, âgée de 31 ans, Karen Elson a des goûts musicaux passés de mode. Mme Jack White des White Stripes à la ville livre avec son premier album "The Ghost Who Walks", douze morceaux mêlant folk, influences cabaret et country. Un héritage assumé.

"The Ghost Who Walks" est-il l’aboutissement de votre travail dans la musique ?

Cela fait maintenant une dizaine d’années que je participe à divers projets musicaux. Je fais notamment partie d’un groupe de cabaret depuis 7-8 ans. Mais c’est la première fois avec cet album que je suis en vue comme ça, en première ligne. Il m’a fallu attendre que le bon timing. Avant je n’étais pas prête. Il y a quelques années, j’avais passé plusieurs mois en studio avec des amis, mais à la fin je me suis rendu compte que le résultat n’était pas assez personnel. Il n’en est ressorti que la reprise de "Je t'aime moi non plus" de Gainsbourg en anglais avec Cat Power. Ca vient sûrement de mon expérience dans la mode. Si je sors un disque, il faut que j’en écrive les paroles, les musiques. Qu’il porte ma vision, mon âme.

D’où est venu le déclic ?

Après ma vie ces dernières années a été bien occupée. Je me suis installé à Nashville avec Jack White. J’ai eu deux enfants. Je n’avais pas le temps de composer ou de penser à moi. Puis les choses se sont un peu décantées. Et j’ai composé le disque. Etre à Nashville m’a beaucoup aidé. Là-bas, la musique est un vrai style de vie. Ce n’est pas comme New York où la musique est réservée aux gens cool. Là, mêmes les chauffeurs de taxis jouent le soir dans des bars. Puis les musiciens sont très professionnels. Ca te pousse à jouer du mieux possible.


The Ghost Who Walks :

 

Comment une Britannique de Manchester se sent-elle à Nashville, berceau de la country ?

A Nashville, je me sens vraiment à la maison. Je retrouve toutes ces musiques que j’aime. Ce gospel propre au Sud des Etats-Unis. J’ai toujours adoré Hank Williams ou des groupes comme Mazzy Star. Et surtout Nick Cave. Même s’il est Australien, il a porté le genre très haut. Avec une musique sombre, pleine de mystères.

La production du disque reste pourtant moderne…

Difficile à dire. Jack n’utilise que des instruments analogiques, des antiquités. Mais il a sans doute le souci de donner un air frais à des musiques plus traditionnelles. Si ça ne tenait qu’à moi, je resterai coincé dans le passé. Comme dans les années 1930. J’admire tant d’auteurs et de musiciens de cette décennie.

Votre écriture est très imagée ?

J’aime raconter de petites histoires, mais pas raconter ma vie de tous les jours. Je veux poser de petites images qui emmèneraient les gens vers un ailleurs. En tant que modèle ou qu’artiste, je suis d’abord quelqu’un de très visuel. Les images, c’est essentiel pour moi. Ma création se joue là.

Stolen Roses :

 

L’album aborde des genres très divers…

Au niveau des influences, j’avais un peu peur de m’éparpiller. Dans le disque, on retrouve des éléments psychédéliques, du folk britannique, du cabaret. Il m’a fallu me demander où était ma propre voix dans tout ça. Ca a été une lutte difficile par moment. Au final, je crois que ma personnalité se reflète dans cette diversité. Je suis totalement influencé par la musique du passé. Mais c’est comme ça que fonctionnent tous les artistes. Mêmes les musiques les plus modernes sont nées, peut-être inconsciemment, de sons composés avant elle.

Comment voyez-vous la suite ?

Une fois composées les chansons prennent vie de manière inattendue. Un morceau que j’avais écrit en référence au Dust Bowl me semble maintenant la bande son parfaite du film "The Man who Fall to Earth" avec David Bowie. Quelque chose de moderne, presque futuriste. Là, je commence déjà à réfléchir à mon second disque. Pour le premier, c’est comme si tout ce que j’avais emmagasiné avait eu besoin de sortir. Pour le second, je voudrais un son plus profond, chanter avec mon cœur.

Recueilli par KidB

The Birds They Circle / 100 Years from now

10:39 Publié dans Folk, Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : karen elson

25/01/2010

Tindersticks soulève des montagnes

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Tindersticks - Falling Down a Mountain (J'AIME : Passionnément)

* Qui ? Trésors de la scène folk rock des années 1990, les Britanniques de Tindersticks passaient en 2008 de six membres à trois après un hiatus de plusieurs années pour l'album "The Hungry Saw". Ils reviennent aujourd'hui avec "Falling Down a Mountain", un huitième disque studio ouvert à de plus larges influences.

* Genre ? Folk rock élégant

* MySpace de l'artiste : Tindersticks

Keep You Beautiful :

* Alors ce disque ?

Tindersticks fait partie de ses groupes dont on attend chaque nouvelle livraison avec respect plus qu’avec passion. A tort. Pour "Falling Down a Mountain", son huitième album studio, le groupe folk-rock, réduit à un trio depuis 2007, s’est laissé aller à explorer de nouvelles directions. On découvre ainsi les Britanniques adeptes de free-jazz sur le premier titre éponyme, de doo-wop sur l’intrigant "Harmony Around My Table" ou de grandes orchestrations sur l’instrumental final "Piano Music".

Mais que les fans de la première heure se rassurent, Tindersticks n’en a pas oublié ses fondamentaux en route. La voix profonde du chanteur Stuart Staples fait toujours merveille sur une poignée de ballades tendres ou sombres à pleurer ("Keep You Beautiful", "Factory Girls"…). Le tout mis en musique, comme à leur habitude, avec une élégance rarement égalée.

Chaleureux, le disque met le cap sur l'ouest américain avec les titres "She Rode Me Down" porté par de beaux sons de flûte, "Black Smoke" ou "No Place So Alone". Généreux, il met en avant de nombreux chœurs qui viennent soutenir la voix de Stuart Staples et accueille le très beau timbre de la chanteuse canadienne Mary Margaret O'Hara. Le morceau s'appelle "Peanuts". Et comme le reste de l'album, il ne vaut pas des cacahuètes.

KidB

Factory Girls :

* Anecdote ? Plusieurs des musiciens qui accompagnent le groupe sur ce nouveau disque ont également aidé à la composition des bandes originales des deux derniers films de la Française Claire Denis, "35 Rhums" et "White Material". Tindersticks avait déjà collaboré avec la cinéaste pour "Nénette et Boni" et "Trouble Every Day".

Falling Down a Mountain :

13:30 Publié dans Folk, rock | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tindersticks

25/11/2009

tUnE-yArDs, vent de folie

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tUnE-yArDs – BiRd-BrAiNs (J’AIME : Passionnément)

Envoûtant, aérien, enfantin, étrange. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier la musique de tUnE-yArDs. Surtout que derrière ce mystérieux projet, auteur ce mois-ci d’un premier album de freak folk très réussi « BiRd-BrAiNs », se cache une seule et même personne : Merrill Garbus. L’Américaine, signée sur le label 4AD, se révèle ainsi une nouvelle égérie du Do it yourself.

On entend sur le disque les morceaux se construire à partir de belles mélodies à l’ukulele sur laquelle l’Américaine dépose des rythmiques électroniques répétitives et par moments percussives. L’Afrique n’est pas loin. Le côté bricolé ajoute ici quelque chose d’attachant. On entre littéralement dans le quotidien de la chanteuse à l’aide de discussions avec son fils ou de petits bruits de la vie de tous les jours comme des toussotements.

Voyage à travers les sons et les continents

Mais ce qui fascine surtout ici, c’est la voix de Merrill, parfaitement androgyne et capable d’accélération dans le débit digne de rappeurs émérites. D’un titre à l’autre, elle module son chant dans tous les tons possibles et inimaginables s’offrant au passage quelques belles vocalises et envolées façon griot. Comme chez Camille, c’est la voix qui donne une vraie épaisseur physique à l’ensemble, surtout que l’Américaine n’hésite pas à en empiler plusieurs couches.

De la douce mélodie de « For You » en ouverture au folk entêtant de « Lions » en passant par le long détour par l’Afrique d’« Hatari », c’est à un drôle de voyage à travers les continents et les sons que nous convie « BiRd-BrAiNs ». « News » emporte l’adhésion avec son ukulélé avant que « Jamaican » impose son entêtante rythmique et ses tons plus graves. « Jumping Jack » lorgne vers Animal Collective, « Little Tiger » vers la fantasmagorie d’un Nosfell. « Fiya » nous enivre « Synonynonym » nous ferait pleurer. Bref, chaudement recommandé.

KidB

Hatari :

Fiya :

News (live) :

14:45 Publié dans Folk | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tune-yards

06/10/2009

Monsters of folk, monstres sacrés

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Monsters of folk – Monsters of folk (J'AIME ; Beaucoup)

Monsters of folk, c’est un peu la dream team du genre. Un super groupe composé de quatre des plus brillants talents américains à avoir émergé ces dix dernières années : Jim James, le chanteur de My Morning Jacket, Conor Orbest, plus connu sous l’appellation de Bright Eyes, Matt Ward, déjà auteur du magnifique « Hold Time » sorti en début d’année et moitié de She & Him, et le producteur qui a permis leur éclosion, Mike Mogis. Ce dernier joue ici la quatrième roue du carrosse.

Réunir trois personnalités aussi fortes dans un même ensemble est une vraie gageure. Parfaitement accomplie tant le résultat est réussi. Plus que d’une fusion des styles, on peut parler de rapprochement créatif. Pour chaque titre, on sent bien lequel des trois compositeurs tient la barre au niveau de l’écriture, mais le résultat final intègre clairement des apports des autres membres du groupe. A l’image du chant partagé par Jim James, Matt Ward et Conor Orbest sur chacun des morceaux, que soit sous la forme de voix entremêlées, de couplets séparés ou de chœurs.

Une spiritualité empreinte de doutes

Les trois artistes jouent parfaitement de leur complémentarité pour sonner comme un vrai groupe. Jim James apporte son lyrisme empreint de spiritualité, Conor Orbest, sa tendre poésie du quotidien (très beau « Map of the world »), et Matt Ward son entrain chaleureux et rêveur. Dieu fait partie ici des préoccupations récurrentes de la formation mais la foi s’accompagne de doutes salvateurs. A l’image de « The Right Place », ce qui compte, c’est de suivre au mieux sa propre voie en respectant les autres. Méfions-nous, nous dit Monsters of Folk, des détenteurs de vérités (« Man Named Truth ») et des prêcheurs va-t-en guerre (« The Master’s voice »).

Musicalement aussi, la collaboration des trois artistes débouche sur un ensemble riche de l’apport de chacun. Si Jim James s’essaie à quelques touches de rythmiques électroniques sur les premiers morceaux du disque, la musique de ces Monsters reste fidèle à une vision assez traditionnelle du folk. C’est avant tout la guitare qui se déploie ici avec élégance, des magnifiques arpèges de « Dear God », en ouverture, à la guitare steel de « Baby Boomer » en passant par les épanchements électriques de « Losin’ yo head ». Ces quatre monstres font preuve d’un appétit qui fait sacrément plaisir.

KidB

Dear God (Sincerely M.O.F.)

The Right Place :

Map of the world :

28/09/2009

Why ? poursuit sa mue

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Why ? – Eskimo snow (J'AIME : Beaucoup)

Yoni Wolf a passé un peu trop de temps sous le soleil de Californie. Le leader du quatuor américain Why ? achève en tout cas avec « Eskimo Snow » son glissement progressif de l’abstract hip-hop à un mix lumineux de pop et de folk. D’ailleurs, si les chansons du nouvel album ont été enregistrées en même temps que le disque précédent « Apolecia », elles s’en différencient par une approche encore plus live.

Finies donc les machines. « Eskimo Snow » donne à entendre un groupe qui se joue de ses instruments organiques en studio. Et explore différentes directions. Autant des titres comme « One Rose » ou « This Blackest Purse » présentent de belles mélodies très directes, autant des morceaux comme « Even the good wood gone » ou « Into the shadows of my embrace » lâchent totalement la bride autour de constructions psychédéliques à tiroirs.

Un chant nasal plus solennel

Piano et guitare, prédominants sur le disque, semblent se réinventer de chanson en chanson dans un constant dialogue créatif. Les titres d’« Eskimo Snow » sont ouverts à tous les vents, laissant de la place pour que chaque instrument ait son espace pour s’exprimer. Ainsi, sur un morceau comme la pépite pop « January Twenty someting », la batterie et les riffs de guitare viennent frapper par à-coups la mélodie au piano.

La voix nasale de Yoni Wolf se fait aussi plus grave et solennelle, son phrasé parlé gardant seulement à des cours instants l’énergie d’un flow rap. Ce sont les chœurs qui apportent alors un peu de chaleur comme sur l’envolée finale de « Berkeley by hearseback ». Cette évolution stylistique va de paire avec les textes à l’ironie moins omniprésente. Reste quelques saillies comme l’ouverture « These Hands », où Yoni se compare à Jesus parce que lui aussi porte des vêtements de son époque. Globalement moins entraînant et grinçant, Why ? se révèle aussi plus émouvant.

KidB

Into the shadows of my embrace :

This Blackest Purse :


Even the good wood gone :

16:59 Publié dans Folk, pop | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : why ?

18/09/2009

The Dodos, ça réveille

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The Dodos – Time to die (J'AIME : Passionnément)

Le disque sommeillait depuis quelques semaines sur la table de chevet. Bon, il faut dire que les Américains de The Dodos ne m'avaient que partiellement conquis avec leur précédent album « The Visiter ». Puis là, l'évidence. Leur folk rock légèrement psychédélique scintille de mille feux, le temps de neuf petits titres compilés sous le nom de « Time to die ».

En attendant cette mort promise, le duo originaire de San Francisco - accompagné ici de Keaton Snyder au vibraphone -, semble déterminé à profiter un maximum de la vie. Batterie et guitares galopent ainsi à toute blinde, changeant sans cesse de forme comme pour mieux se dérober à tout sentiment de lassitude. Les lignes aquatiques du morceau « Two Medecines » répondent aux arpèges de « Longform » qui s'ouvre lui-même sur une bruyante salve acoustique.

Un puits de lumière

Là où la plupart des groupes utilisent cette agressivité des rythmiques pour peindre des tableaux noirs, The Dodos mettent de la lumière dans tout ce qu'ils touchent. La faute à ce son de guitare toujours clair mais surtout à la voix légèrement traînante de Meric Long qui déguste chacun des mots qu'il prononce. Si la musique court se jetter dans le vide, le chant lui gambade avec douceur dans les prés.

Plébiscitant les longues plages musicales et le travail sur les textures de son, « Time to die » se nourrit d'uné écriture pleine d'images. Il y est question du soleil, du feu, de fantômes et de forêt. Un environnement énigmatique et parfois hostile où chacun doit trouver le moyen de s'épanouir. « Come on make a difference », clame le groupe sur le mordant « This is business » après avoir invité les enfants à tuer les prêcheurs : « Because you know they will only doubt you ». On ne doute pas de The Dodos impunément.

 

KidB

Two Medecines :

Time to die :

The Strums :

17:09 Publié dans Folk, pop | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : the dodos

13/09/2009

Scarlett Johansson & Pete Yorn : « Insuffler de la vie dans les histoires qu'on interprète »

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Hôtel Bristol ce vendredi. Les journalistes attendent à l'entrée de la chambre où Scarlett Johansson et Pete Yorn donnent une série d'interviews avant une conférence de presse l'après-midi. Les attachés de la star passent en revue les questions de France 2. « On a presque l'impression d'interviewer Obama », lâche un membre de l'équipe. Pour la presse écrite, c'est plus tranquille. La comédienne et chanteuse, habillée d'une robe à pois, et le chanteur folk, s'assoient avec simplicité face à moi pour faire la promo de leur album « The Break Up ». L'interview peut commencer avec pour consigne de parler musique et de ne pas s'adresser uniquement à Scarlett Johansson. Message entendu.

Comment est né le projet ?

Pete Yorn : J’ai eu l’idée de faire un disque de duo à noël 2006 après avoir découvert la chanson « Bonnie & Clyde ». J’en suis tombé amoureux. Je ne l’avais jamais entendu auparavant. J’aime cette dynamique où lui parle, elle répond. J’ai pensé que c’était un bon moyen de traiter les relations amoureuses. Brigitte Bardot m’a fait penser à Scarlett. Elles ont un peu la même présence. Je lui ai envoyé un texto pour savoir si elle voulait faire ce disque. Elle m’a dit : « oui . Ça a l’air fun. »

Vous vous connaissiez déjà ?

P. Y. : Un peu mais je ne l’avais pas revu depuis un an. J’espérais qu’elle dirait oui. Je ne savais pas bien où j’allais mais je pensais que ça pouvait être une expérience intéressante. Il était clair depuis le début que si l’un d’entre nous n’était pas satisfait du résultat, on arrêtait tout. J’ai commencé à travailler les morceaux avec mon cousin et le producteur Sunny Levine. Scarlett est venue deux après-midi en janvier 2007 chanter ses parties sans même avoir entendue une note de musique. Et elle s’en est parfaitement sortie. C’est une superstar.

Et il faut attendre encore deux ans pour que sorte le disque…

Scarlett Johansson : On était tous les deux très pris par nos carrières. Lui était en tournée, moi j'avais mes films et j’ai enregistré un disque. Puis au départ, on ne l’avait pas vraiment conçu comme un album. Juste une série de chansons comme ça. Quand il m’a appelé pour me dire qu’elles avaient été masterisées. J’ai été les écouter. Elles m’ont beaucoup plus. Lui aussi été content du résultat. Alors on les a mises dans nos iPods pour pouvoir les écouter. Mais il n’y avait aucune pression pour qu’elles sortent. De toute façon, on était très occupés. Avec le temps, on arrêtait pas de se répéter à quel point les chansons étaient réussies. On s’est dit qu’elles plairaient peut-être à d’autres personnes. Et ce fut le cas. Le label qui avait sorti mon disque de reprise de Tom Waits [« Anywhere I Lay My Head »] a aimé le résultat et accepté de le sortir.

Est-ce que la sortie de votre premier album vous a encouragée à sortir celui-ci ?
S. J. :
La sortie de l’album de Tom Waits m’a surtout permis de rencontrer un tas de personnes qui travaillent dans la musique. Et celles-ci m’ont facilité la sortie de ce nouveau disque.

Musicalement, le disque rappelle la musique des années 1960-70 mais avec une touche de modernité…

P. Y. : Pour moi, c’est quelque chose d’important. Beaucoup de personnes font ou bien des disques retro ou bien des disques très modernes. Moi, ce qui m’a toujours intéressé c’est de produire quelque chose d’assez classique, mais remis au goût du jour avec des textures plus contemporaines. Sunny Levine nous a aidé à ça.

S. J. : Le disque me fait penser à une pop un peu old school. Pete est inspiré par pas mal de groupes de filles de cette époque là. C’est un hommage à cette période mais ce n’est pas retro. Certains artistes ne font que copier la musique du passé. Autant écouter les originaux. J’aime quand on entend les influences tout en se disant qu’on n'avait jamais entendu cela jusqu’ici.

Déjà le disque de reprises de Tom Waits apportait un traitement moderne à des chansons plus anciennes…

S. J. : Quand j’ai commencé le disque, j’ai très vite compris que de simples reprises ne feraient pas un projet très intéressant. Il fallait vraiment réinterpréter les chansons pour des oreilles plus jeunes. C’est passé par un travail important sur le son.

Comment s'est glissée dans le disque la reprise d'« I am the cosmos » ?
P. Y. :
J’étais très fan de la chanson. Quand je l’ai découverte, j’ai tout arrêté pour la réécouter. Je trouvais que le morceau s’intégrait bien dans mon projet, sans imaginer une seconde que ce serait son moment d’éclat à elle. Puis quand elle a enregistré, je me suis dit : « C’est parfait comme ça. » Même pas besoin d’en faire un duo.

Le disque étant construit comme un dialogue entre un homme et une femme, est-ce que le fait d’être actrice vous a aidé à interpréter ces chansons ?
S. J. :
Les chanteurs que j’admire sont ceux qui arrivent à insuffler de la vie dans les histoires qu’ils interprètent. C’est comme de la poésie. Il faut que l’interprète vive ce qu’il chante. Donc il y a pour moi beaucoup de points communs entre le métier d’acteur et de chanteur. On interprète des chansons. Aujourd’hui, les gens sont toujours surpris quand un acteur chante ou quand un chanteur fait la comédie, mais dans les années 1950 et 1960, les passerelles entre les deux étaient constantes. Que ce soit Judy Garland, Sinatra. Même Audrey Hepburn pouvait pousser la chansonnette dans ces films. On a un peu perdu ça de vu.

Les chansons et les voix sont très différentes les unes des autres…

S. J. : On s’en est rendu compte en avançant. Chacun a sa propre voix, son propre style.

La production est assez dépouillée avec des voix mises en avant…

P. Y. : J’aime bien la production du disque. Il n’y a pas beaucoup d’éléments, mais tout semble à sa place. Tous les instruments s’entendent très clairement.

Qu’a amené Scarlett à vos compositions ?

P. Y. : Elle a amené une énorme présence. Plus encore que ce que j’imaginais au départ. Elle a aussi amené une perspective féminine universelle. On n’a jamais l’impression que les morceaux parlent de la vie de Scarlett. J’ai l’impression que les chansons touchent à quelque chose qui va au-delà de moi-même ou d’elle. On touche à l’universel. N’importe qui pourrait chanter la même chose. Les parties féminines et masculines sont, d'ailleurs, interchangeables. Tout le monde peut s’y retrouver. C’est aussi pour cela qu’elle n’a pas eu de mal à trouver la note juste.

Vous vous êtiez limités à ces neuf chansons ?

P. Y. : Parfaitement. C’est la première fois que je travaille comme ça. D’habitude, j’ai toujours des tonnes de matériaux en trop dont je ne sais pas trop quoi faire.

Hier soir vous avez joué les chansons en live pour la première fois au Grand Journal. Ca vous a donné envie de continuer ?

P. Y. : Moi, ça m’a beaucoup amusé [Il la regarde].

S. J. : Moi aussi. Le disque est un peu court mais on pourrait faire des showcases. Ça pourrait être fun. En tout cas, les répétitions avec le groupe de Pete se sont super bien passées.

Vos deux projets musicaux sont basés sur des collaborations très fortes. Est-ce que vous vous imaginez travailler un peu plus seule un jour ?

S. J. : Sur l’album de reprises de Tom Waits [entièrement produit par David Sitek des TV on the Radio], j’étais la seule à chanter, mais je n’imagine pas me passer de l’aide de collaborateurs. Ça vaut aussi bien pour le cinéma que pour la musique. C’est pour moi l’essence même des ces deux arts. Puis c’est important d’avoir ces soutiens quand on créé. L’apport de plusieurs esprits rend les projets meilleurs. Les autres sont un peu mon inspiration.

Et vous avez d’autres disques cachés comme celui-là ?

S. J. : Oui, j’en ai avec Kenny Chesny [chanteur de country américain marié un temps à Renée Zellweger]. Je reviendrai en faire la promo l’an prochain [rires]. Non, plus sérieusement, pour l’instant il n’y a rien d’autre. On verra bien pour la suite.

Recueilli par KidB

26/08/2009

Magnolia Electric Co - Osez Joséphine

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Magnolia electric & co – Josephine (J'AIME : Beaucoup)

Injustement méconnu, Magnolia Electric Co publie depuis une dizaine d’années des albums de folk rock de très haute tenue. « Josephine », livraison 2009, ne déroge pas à la règle. Porté par la belle voix plaintive de leur leader Jason Molina, le groupe américain aligne ici quatorze titres d’une douceur chaleureuse. Une nouvelle fois bien entendu, l’humeur n’est pas à la fête, mais plutôt à la désolation.

Dans la lignée d’un Neil Young, Magnolia Electric Co manie aussi bien l’acoustique que l’électrique, le piano que la guitare. « Josephine » alterne ainsi des morceaux plutôt dépouillés en terme d’instrumentation simplement appuyés par des chœurs et d’autres soutenus par des envolées de cuivres ou un vibraphone. Seul the « Handing down » déploie une vraie rage sonique.

La solitude, les larmes et les regrets

Jason Molina s’illustre surtout ici par son incroyable talent d’écriture. « Josephine » peut presque s’écouter comme un album concept racontant l’histoire d’un homme qui quitte celle qu’il aime (Joséphine) pour explorer le monde. Mais sur la route, fantôme livré à lui-même, il ne trouve que la solitude et les regrets. « It’s pain / and then it’s pain that isn’t pain / and then it’s pain that never comes. » (« Shiloh »)

La route est ainsi omniprésente tout au long du disque, le narrateur allant jusqu’à faire corps avec les éléments qui l’entoure. « What the horizon only says to us ghosts / is that when it’s quiet in our hearts / we become the smoke / we become the prairie /we become the spark » (« Map of the falling sky »). Mais la réconciliation avec l’aimée, elle, reste impossible. « I weep for it all and I weep for nothing at all. » A l’arrivée, plein d’amertume dans la voix , ne reste plus que les larmes.

KidB

Joséphine :

Song for Willie / The Handing Down (Live) :

24/08/2009

Edward Sharpe & the Magnetic Zeros, troupe de choc

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Edward Sharpe & The Magnetic Zeros – Up from below (J'AIME : Passionnément)

Ils sont une dizaine de musiciens, viennent de Los Angeles et ont pour leader un dénommé Edward Sharpe. Enfin un certain Alex Erbert qui a adopté l’identité d’Edward Sharpe. Leur credo : un mélange de folk, de pop et de rock dispersé en treize morceaux sur leur premier album « Up from below ». Enregistré dans des conditions proches du live, le disque dégage une chaleur et une énergie communicative, qui rappelle un peu les joies de l’enfance.

On y tape des pieds et des mains avant de commencer à jouer un morceau, ça siffle, ça s’amuse. La formation élargie prend littéralement corps sur une bonne partie des titres de l’album. Sans s’empêcher à un moment de s’offrir une belle ballade mélancolique avec un simple arrangement guitare-voix (« Brother »). Chœurs, cuivres et cordes donnent une dimension un peu plus épique à l’ensemble qui par moments rappelle un peu la fougue d’Arcade Fire.

Une voix de caméléon

Au-délà des belles trouvailles mélodiques à la guitare acoustique ou électrique (« Desert song »), c’est la voix d’Alex Erbert qui impressionne ici se glissant avec facilité dans tout un tas de registres très différents. Il s’essaie au dialogue parlé sur le génial duo « Home », pousse son timbre jusqu’à l’éraillement sur « Janglin » ou « Kisses over Babylone » (et en espagnol !), chante l’amour avec douceur sur « Simplest love » et adopte des tons plus aigus pour donner du groove au morceau « Come in please ». Un vrai caméléon.

Les thèmes des textes sont, eux, plus regroupés. Il est essentiellement question ici d’amour et plus particulièrement de celui d’Alex pour Jade, également membre des Magnetic zeros. Une chanson porte même son nom. « You won’t soon forget her name » (« Jade »). La musique et la vie de groupe sont l’autre sujet d’inspiration de la formation (« Janglin », « Come in Please ») qui tient à se présenter comme une vraie famille. « Up from below » donne sacrément envie d’y être adopté.

KidB

Home :

40 Day Dream (live) :

24/04/2009

Un Lhasa dont on ne se lasse pas

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Lhasa – Lhasa (J'AIME : Beaucoup)

Pour son troisième album éponyme, la chanteuse Lhasa s'est construite au Canada une cabane douillette pour les amoureux éplorés. Ils viennent s’y réchauffer le cœur au près d’un feu qui brûle tous les mauvais souvenirs, les rejets et les ruptures. Et en sortent libérés et vaillants, prêts à affronter le monde. « You walk out front door front door / Out into sound and sun / And people say hello to you / And you say hello to everyone » chante Lhasa sur le morceau de clôture « Anyone and Everyone ».

Enregistré à l’Hotel 2 Tango à Montréal, le studio où Arcade Fire avait composé son chef d'œuvre « Funeral », « Lhasa » bénéficie d’une instrumentation aussi élégante que dépouillée. La musique se contente sur la plupart des douze titres de l’album d’une lente mélodie de guitare, accompagnée d’un peu de harpe, d’une rythmique légère et occasionnellement de quelques notes de piano, de clappements de main ou d’un violon. La voix de Lhasa, avec ses tonalités graves et traînantes, est le principal écrin de ce folk mélancolique qui rappelle très fortement l’univers d’une Cat Power. Chaleureuse, elle guide l’auditeur à travers les sombres tempêtes.

L’amour plus fort que la mort

Les tourments de « Lhasa » sont tous de nature intime, inexorablement liés au grand ballottement des sentiments. « I got caught in a storm / I was rising up / Hitting the ground /And breaking and breaking » déclame ainsi le superbe « Rising ». La cécité est sur le disque la plus juste des métaphores pour décrire l’état amoureux. « What kind of heart would a blind man / What’s best to wear in the dark for love » s’interroge « What kind of heart » là où sur le morceau d’ouverture « Is anything wrong », Lhasa confesse « People outside / They know what to do / They look at me / And they think I know too / Is anything wrong / Oh love is anything right ».

De l’araignée seule dans sa toile à attendre que le bonheur vienne lui rendre visite (« The Lonely Spider ») à la femme qui met en doute toutes les mots doux prononcés par son amant qui a décidé de la quitter (« Fool’s Gold »), les sentiments bafoués sont ici l’expérience la plus communément partagée. Mais ce qui impressionne surtout, c’est cette inconditionnelle foi en l’amour qui résiste aux ruptures (« Now I’ll have to live with loving you forever / Although our days of living life together / Of living life together are over » sur « Love came here ») et même à la mort. Sur « I’m going in », une femme décédée décide finalement de revenir à la vie pour pouvoir se rapprocher de son homme même si lui ne la reconnaîtra plus. « Even lost and blind / I still invented love ».

Kid B

14:40 Publié dans Chanson, Folk | Lien permanent | Commentaires (89) | Tags : lhasa

 
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