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11/02/2011

The Streets : "Quasiment personne ne fait de musique vraiment novatrice passé 30 ans"

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The Streets, un des fers de lance du renouveau du rap dans les années 2000, passe la main. Mike Skinner avait su proposer une approche humaine et inventive du hip-hop à l'heure où le gangsta-rap régnait en maître. Une contre-révolution menée depuis la Grande-Bretagne. The Streets vient ce mois-ci de sortir un cinquième et dernier album (Computers and Blues), suivi d'une mixtape (Cyberspace and Reds) et d'un ultime titre postérieur à cet interview donné au Guardian intitulé Close the Books. Rencontre avec un jeune père, qui tourne une page de sa vie.

 

Sur ton premier album, une chanson s’appelait Let’s Push Things Forward. As-tu l’impression d’avoir réussi ?

J’ai toujours essayé en tout cas. C’est même ce qui m’a toujours motivé avec ma musique. Mais l’important, ce n’est pas l’effort, mais le résultat. Et j’ai probablement réussi à faire avancer les choses d’une certaine manière au tout début de ma carrière. Ma musique a influencé le travail d’autres artistes. Mais depuis, ça n’a pas toujours aussi bien marché.

Tu as toujours fait l’effort de rendre compte de choses très contemporaines. Sur Computers and Blues, il y a ainsi une chanson sur Facebook...

C’est aussi pour cela que je compte arrêter. A un certain âge, on n’a plus très envie de faire avancer les choses et je ne veux pas qu’on dise de moi que je n’ai pas essayé.

Tu penses avoir atteint la limite de ce que tu peux proposer ?

Quasiment personne ne fait de musique vraiment novatrice passé trente ans. On essaie de faire un film en ce moment. Pour moi, c’est un rythme de travail qui correspond mieux à mon âge que les tournées.

Et le cinéma est une vraie continuation de votre écriture…

Chacune de mes chansons est comme un petit script. Ca me prend beaucoup de temps d’écrire un album pour The Streets. Les beats et la mélodie me viennent assez vite, mais après raconter l’histoire de la manière la plus parfaite possible demande beaucoup de travail. Enfin, la plupart du temps.

Avec beaucoup de réécritures ?

Enormement. Mais le résultat doit paraître naturel. Il ne faut pas que ça fasse trop écrit, que les gens se disent que j’y ai passé des heures. Il faut que l’écoute soit facile, comme si c’était vos propres pensées. J’ai essayé de me laisser aller à prendre en note un flux de conscience, mais le résultat était vite ennuyeux.

Vous aviez le titre de l’album, Computers and Blues dès le début ?

C’est la seule chose qui m’a vraiment guidé pendant toute la création du disque. Au départ, je souhaitais quelque chose de très futuriste et dansant. J’ai écrit beaucoup de chansons autour de robots, mais elles n’étaient pas assez humaines. Elles n’avaient aucun sens alors je les ai laissé de côté. Ensuite, j’ai développé tout notre rapport à la technologie. Les deux chansons dont je suis le plus fier sont sans doute OMG sur Facebook et Blip on a screen, l’histoire d’un père à une échographie. Les deux parlent au final de l’humain.

La technologie est aussi très présente dans la musique par le biais de l’électronique, d’effets sur les voix…

Je ne réfléchis pas trop à la musique. C’est assez automatique pour moi. J’essaie juste de garder ce qui pour moi sonne le mieux sans trop théoriser. Je pense qu’on trouve sur Computer and Blues, un peu tout ce que j’avais expérimenté sur mes albums précédents.

Le disque dresse un tableau assez large de l’expérience humaine, développant aussi bien une vision positive que négative de l’intégration de la technologie à nos vies…

On ne change pas génétiquement. Le futur de l’espèce humaine risque donc bien de ressembler à notre passé et à notre présent. On a toujours les mêmes forces et les mêmes faiblesses.

Et vous essayez toujours de garder une note d’humour...

Aujourd’hui, on manque un peu de confiance en nous pour aborder la vie et les choses de manière sérieuse. Si je me prends trop au sérieux, je sens qu’il y a quelque chose qui coince. L’ironie a quelque chose de très philosophique quand on y pense. On y arrive parce que c’est la posture qui nous semble la plus adaptée. Le bien et le mal sont de pures inventions. Scientifiquement, il est très facile de prouver que la moralité n’existe pas. Donc, il vaut mieux prendre le parti de rire des choses. La vie est si pleine de paradoxes.

 

 

Est-ce que vous lisez beaucoup pour composer vos albums ?

Je ne fais pas de recherches proprement dites, mais oui je suis toujours entrain de lire. Certaines de mes chansons sont directement inspirées de lectures. Mais au final, mon point de vue sur les choses ne change pas du tout au tout. C’est pourquoi les artistes risquent rapidement de devenir ennuyeux. Une fois que ce qui fait notre personnalité unique a été révélé, il devient très difficile de se renouveler en utilisant le même médium.

Vous pensez que c’était compliqué de survivre au succès de vos premiers albums ?

Au succès non, mais à leur nouveauté très certainement. Après j’ai su encore innover, mais les changements étaient moins forts. On attend des artistes qu’ils nous amènent à l’étape d’après. Pas qu’ils répétent ce qu’ils savent bien faire. Chaque album a été pour moi une réinvention. Peut-être moins pour l’auditeur.

Vous venez aussi de mettre en ligne une mixtape Cyberspace and reds. Quel rapport ont ces chansons avec l’album ?

J’ai fini l’album cet été et le label ne voulait pas le sortir pour Noël. J’ai donc profité du temps libre que j’avais pour continuer à écrire un peu. Surtout, ça faisant longtemps que j’avais envie de collaborer avec les MC britanniques qui remixent mes morceaux. Ce n’était pas quelque chose dans lequel je me suis très investi. C’était plus une manière de passer le temps. C’est très facile de composer rapidement comme ça, mais il n’y a pas l’effort que je mets habituellement dans mes disques. Les textes sonnent bien, mais n’ont pas beaucoup de sens. Par contre, il y avait beaucoup d’enthousiasme.

Les préoccupations se recoupent avec les textes de l’album. Il y est question de robots, de remise en cause de la vie privée…

Les deux ont été enregistrés l’uns après l’autre. Il est normal qu’il y ait quelques recoupements.

Vous avez aussi mis en ligne des vidéos humoristiques sur YouTube

C’est un moyen de toucher les gens autrement que par la musique ou les interviews. C’était aussi un petit entraînement pour le film que l’on va tourner.

De quoi êtes-vous le plus fier après dix ans de carrière ?

Ce dont je suis le plus fier, c’est sans doute la chanson Never Went to Church, sur mon troisième album. Il y a cette qualité humaine, que je cherche en composant [le titre rend hommage à son père, récemment décédé]. La mélodie, trouver le bon son, c’est de la mécanique. Une grande chanson, il faut qu’elle touche à quelque chose de plus profond. Du moins, dans ma musique.

Une chanson comme ABC, c’est plus ludique…

Il faut varier les plaisirs, les tons. Faire des choses différentes. Il est dangereux de créer à partir d’une formule. Tous les artistes luttent pour ne pas se répéter. Moi, je compose plusieurs chansons, qui se ressemblent en peu. Après, reste à garder la meilleure. Puis j’essaie une autre direction. Et je refais la même chose. A chaque fois, il faut ensuite s’éloigner le plus possible de chaque formule pour créer quelque chose de surprenant.

Vous faites appel à beaucoup de chœurs et d’autres voix dans vos chansons…

Je le fais depuis le début pour rendre le résultat moins ennuyeux. Sinon, on entendrait que moi entrain de parler pendant quarante-cinq minutes. Mélodiquement, je tiens la route, mais je n’aime pas le timbre de ma voix.

Le début et à la fin de l’album ressemblent à un rêve…

Je n’ai pas fait de rapprochements intentionnels entre les deux, alors que ça m’est arrivé sur d’autres disques. Outside Inside n’avait pas été composée pour être spécifiquement en ouverture. C’est après que je me suis dit que ça collait là. Lock the locks, je savais sans doute en l’écrivant que ce serait la dernière chanson de l’album. Mais ce n’est pas la dernière que j’ai écrite. La vraie dernière, c’est celle qui conclut la mixtape. Là, c’était un peu triste.

Depuis peu, vous êtres père. Est-ce que ça a changé les choses ?

Un petit peu. J’ai plus de recul sur certaines choses qu’auparavant. Le plus important, c’est que son enfant vive. Mais je savais bien avant que j’arrêterai The Streets après cinq albums.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Là, on a la dernière tournée. Pour au moins un an et demi. Puis j’ai ce projet de films. Ca m’amènera vers 35 ans. Après, je me vois bien devenir un simple producteur. J’ai pas mal de demandes.

Comment se passera la tournée ?

Elle a débuté samedi dernier. On avait pas mal de pressions. Tout s’est bien passé. On voit la fin. On sait ce qu’il reste à faire. C’est assez agréable.

Vous vous imaginez écrire ?

J’aime écrire sur le blog, mais je n’ai pas la patience pour un roman. Par contre, je coécrit une autobiographie à l’aide d’un journaliste.

Que pensez-vous de l’émergence de la scène rap britannique ?

J’y ai certainement contribué à mes débuts, mais aujourd’hui, je n’ai pas le sentiment d’en faire partie. A part Dizzee Rascal, qui a à peu près mon âge, ils sont plus jeunes maintenant. C’est comme ça que les choses doivent se passer. Une nouvelle génération prend le relais.

Recueilli par KidB

15:32 Publié dans Interview, Rap | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : the streets

04/02/2011

Agoria : "Aujourd'hui, les choses disparaissent très vite"

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Agoria, alias Sébastien Devaud, vient de sortir Impermanence. Son troisième album studio, sorti sur son label Infiné, témoigne d’une élégance rare dans l’électro française. Le Lyonnais continue de construire une œuvre très personnelle, en dehors des modes et de la facilité. Comme sur ses précédents albums Blossom et The Green Armchair, qui invitaient d’autres artistes (Tricky, Neneh Cherry…), le DJ a convié cette fois Kid A, Seth Troxler et Carl Craig.

 

Impermanence Teaser (edit by M.Foudre) by AGORIA


A l’époque de la sortie de ton mix Balance 016, en mars 2010, tu évoquais déjà au sujet d’Impermanence « l’album le moins cloisonné » que tu as réalisé jusqu’ici…

C’est un album super éclectique, j’ai toujours eu envie de faire des albums foisonnants. Avec toujours cette envie de se prouver des choses à soi-même et puis aux autres. Sinon ça serait plus un hobby et je ferais ça en tant qu’amateur. Il ne faut pas se mentir, on fait ça aussi évidemment pour le montrer aux autres. Avec Impermanence, je pense avoir réussi à garder l’éclectisme des premiers albums et à en faire un tout cohérent. Ce qui est assez dur au final quand on part dans différentes directions. J’ai des morceaux 100% acoustique comme Kiss My Soul avec Kid A ou des morceaux totalement clubs comme Panta Rei, Speechless ou Libellules. Tous mes albums ont toujours été touffu et épars, je creuse mon sillon dans cette voie : la transversalité.

Tu ne sens pas à l’étroit dans le format d’un album ?

Non, je me suis senti libre… Sans aucune arrogance, j’ai réalisé cet album avec facilité. The Green Armchair m’avait pris deux ans et demi. C’est un album dont l’accouchement a été difficile, sans parler de la qualité musicale finale. Impermanence a été conçu avec facilité, parce que je suis dans une période amoureuse épanouie. Et indéniablement, le fait d’avoir réalisé mes albums précédents me permet de savoir ce qui me plait le plus. Avant, il fallait que je fasse une vingtaine d’arrangements avant de choisir.

On peut parler d’un album plus mature ?

Non, la maturité, c’est un mot qui me fait peur. Je préfère dire que c’est un album épanoui et intime.

Pourquoi avoir choisi ce titre, Impermanence ?

Quand on parlait de l’album avec ma femme et un ami, les mots qui revenaient, c’était « fluidité », « renouvellement », « contemplation »… C’est ce qui caractérise l’impermanence : on a un point de vue intime et personnel, pendant qu’à l’extérieur tout change chaque seconde. Il y a des moments personnels dans ta vie où rien ne peut t’atteindre. Tu es dans une bulle. C’est un peu ce qui s’est passé dans cet album Il y a un côté très bouddhiste à ça. Impermanence c’est une thèse bouddhiste : rien n’est jamais définitif.

En quoi tu vas te réincarner alors ?

Non, non, je n’ai aucune conviction religieuse (rires). Le monde va très vite, le meilleur moyen de le contempler, c’est de s’arrêter.

De s’arrêter et de créer ?

Ca va de pair. Mais si tu es dans une frénésie de création, tu crées mal. Je l’ai été, dans cette boulimie artistique, à faire trois morceaux par semaine. Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux.

Comment tu composes ?

Je branche ma machine et c’est parti. J’exagère un peu mais c’est ça. Je pars sur un désir d’ambiance. Quand j’ai fait l’album, je me suis demandé ce qu’il manquait, j’avais une réflexion globale sur l’album plutôt que morceau par morceau.

Il n’y a pas trop de morceaux très clubs sur cet album…

C’est marrant, c’est ce que tout le monde me dit, et pourtant je n’ai jamais autant joué de morceaux d’un album à moi dans les clubs. Je les insère tous…

Et les gens dansent…

Oui, ils ne partent pas (rires). Mais je vois ce que tu veux dire : il n’y a pas de morceau extatique, de rave. Mais quand je joue Panta Rei ou Speechless ou Little Shaman, j’ai les mêmes effets en fin de break que La Onzième Marche ou Code 1026. Tout dépend comment tu les insères dans un set.

Impermanence prend parfois des allures cinématographiques, en créant des ambiances de la même manière que la bande originale de Go Fast que tu avais composée.

Go Fast, c’était une première expérience cinématographique. C’était excitant. En plus, le réalisateur m’avait donné carte blanche en me disant tu ne fais surtout pas un thème répété vingt fois. Ce qui était difficile, c’est que le montage changeait tout le temps. Mais j’étais dans des conditions parfaites de travail. C’était une belle école.

Pourquoi une « belle école » ?

Parce que tu apprends à mettre ton ego de côté. Tu es au service de l’image.

Impermanence, c’est ton premier album sur ton label Infiné. Pourquoi ?

Mais la question, c’est plutôt : Pourquoi n’aurai-je pas signé sur mon label ? Au départ, il était naturel de développer le label en restant en retrait afin qu’il existe par ses propres artistes. J’ai vraiment envie de pousser les gens qu’on a signés, car je crois tous en eux.

Tu écoutes beaucoup de sons qu’on te soumet ou c’est plutôt des rencontres ?

Il y a des coups de cœur artistiques comme Francesco Tristano ou Clara Moto, il y a des choix par affectivité, et d’autres où on sent le potentiel de la personne et on va l’accompagner. Je me rappelle de mes premiers disques, c’était n’importe quoi, comme le Kubik 01. Quand je le réécoute aujourd’hui, il me fait rire… J’ai envie d’aider à mon tour des gens en qui je crois. C’est aussi du militantisme local et quelque chose que j’aime.

Comme sur tes précédents albums, tu as convié beaucoup de personnes. Une des plus belles surprises, c’est la chanteuse Kid A.

Un ami programmateur du festival des Nuits Sonores a découvert cette artiste via des réseaux communautaires, je crois. Il lui a fait faire un morceau avec des amis, les Spitzer, un groupe de Lyon. J’ai flashé, j’ai demandé à Kid A des morceaux, j’en ai utilisé un pour ma compilation Balance 016. J’ai toujours été profondément touché par sa voix. Ce qui m’a d’autant plus bluffé chez Kid A, c’est que c’est une artiste noire-américaine : lorsque tu l’écoutes, t’as l’impression que c’est une Islandaise ou une Norvégienne. Je l’ai fait venir à Paris et à Lyon où on a enregistré quatre ou cinq morceaux en quelques jours. Il en est sorti notamment ces deux morceaux sur l’album : Kiss My Soul et Heart Beating.

Le DJ américain Seth Troxler chante sur Souless Dreamer, qu’il a écrit pour toi. Comment tu l’as rencontré ?

Je l’avais rencontré la première fois à une excellente soirée, pour Resident Advisor. C’était au cours de l’Amsterdam Dance Event, un des meilleurs festivals actuels. On s’est revus à Miami lors d’un DJ set qui m’a beaucoup marqué. C’était un dimanche après-midi : Seth Troxler a fini en jouant ambient et les gens dansaient... Ça a duré presque vingt minutes . J’ai essayé de faire ça, je n’y suis jamais arrivé. C’est très compliqué d’amener les gens en transe. Bon… j’y suis déjà arrivé, mais jamais avec de la musique sans partie rythmique. C’est un moment de communion assez magique. Puis, il est venu jouer aux Nuits Sonores, en mai 2010. Il est venu à la maison : je lui ai donné les chaussons Chicago Bulls, alors qu’il vient de Détroit. Ça l’a fait marrer. Je lui ai fait écouter quelques pistes et c’était parti. Ca s’est fait simplement.

Carl Craig pose sa voix sur Speechless, mais vous vous connaissiez depuis longtemps ?

Oui, mais on a vraiment sympathisé il y a un an, depuis que je l’ai fait venir à ma résidence au Rex, à Paris. Lors d’un dîner, j’écoutais sa voix, elle me berçait et je lui ai dit que ce sera extraordinaire de faire avec lui.

Que représente-t-il pour toi ?

C’est un des fondateurs d’Underground Resistance et de la techno. Mais aussi Il est très impliqué dans la vie locale, à Detroit. Ce n’est pas juste un mec qui sort des disques, court le monde et prend de l’argent. Il a une âme militante.

Comme toi dans la création des Nuits Sonores. Comment ça s’est passé d’ailleurs ?

Au moment où il a été question de faire un festival de musique à Lyon, il y a une réunion de quelques acteurs locaux, et j’étais l’un de ceux-là afin de proposer des projets. Certains voulaient faire un festival de rock, d’autres de salsa. Nous, on pensait que la vie nocturne est une part considérable et mésestimée dans les villes françaises. Alors que c’est ce qui donne aux villes une jeunesse, une vitalité et un caractère sexy. Même économiquement et politiquement, c’est important qu’il y ait une vie nocturne forte dans une ville. Très motivés, on a défendu le projet. On a présenté au maire tous les artistes électroniques de Lyon. Quand je vois l’évolution de ce festival… Je n’aurais jamais cru à l’époque que ce serait un tel carton.

Malgré les clichés sur Lyon la ville endormie…

Lyon a été l’épicentre de la répression des rave-parties et soirées au milieu des années 1990. Pendant des années il ne s’est rien passé. Notre motivation est donc d’autant plus forte. Et il se passait tellement peu de choses que le public lyonnais l’a défendu à fond.

Hors de Lyon, quelles sont tes villes de prédilection ?

Tokyo reste la ville la plus excitante au monde. Pas pour y vivre, mais pour y jouer. Les Japonais ont un rapport à la culture différent des Européens. Ils sont totalement dédiés et fans. Ils ont aussi une telle frustration journalière dingue, que le soir ils ont besoin de se lâcher. Et c’est un vrai public de connaisseurs. De plus, les clubs sont extraordinaires.

Tu te mets rarement en avant, loin de la starification actuelle des DJ.

Au début, la musique électronique, celle faites par les producteurs, Juan Atkins, Derrick May, n’avait pas forcément de message. Puis il y a eu l’arrivée du marketing et de la communication. Je suis un enfant de de la première génération, plus que Daft Punk par exemple pour qui l’image est un vecteur de succès. De plus, à notre époque, il y a beaucoup d’opportunisme. Quand je vais jouer, je n’ai pas de tenue de scène, c’est la musique avant tout.

Ton pseudo m’a toujours intrigué. Il vient d’où ?

Ce n’est pas moi qui ai choisi ce nom, mais des amis à moi. Quand on était gamins, on organisait des soirées qui s’appelaient Agora. Un jour, ils ont marqué le nom Agoria sur un flyer. Je leur ai demandé qui c’était. Ils m’ont répondu : « Tu verras. » Et le jour J de cette soirée, ils m’ont dit : « Mais c’est toi ! Va vite chercher tes disques. » Moi j’avais un peu la trouille de jouer, pas trop envie. Et du coup, c’est resté. On était quinze-vingt, c’était des soirées entre amis. C’était anecdotique…

Pas tant que ça, puisque le nom t’es resté. Tu te rappelles de tes premières soirées comme Agoria ?

Une de mes toutes premières soirées en tant qu’Agoria, je faisais le warm-up de Richie Hawtin à Lyon dans un club qui s’appelle Le Space. Personne ne dansait, je finis au bout d’une heure et demie. Et Richie Hawtin met un disque et tout le monde se met à danser. Là, je me dis que je devrais peut-être faire autre chose. Et là, Richie Hawtin me rassure et me complimente sur mon set en me disant que c’est toujours le dur labeur de celui qui fait un warm-up, d’essuyer les plâtres….

Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui ?

Même si c’est très frustrant, je pense toujours que ce qui arrive ensuite est plus excitant que ce que je fais aujourd’hui, c’est mon moteur. J’ai désormais un label [Infiné], je vois énormément d’egos d’artistes – encore que les miens sont des anges par rapport à d’autres – donc j’apprends à gérer ça. Bon… je ne suis pas parfait. On a tous des moments de suffisance. Surtout aujourd’hui, où les choses disparaissent très vite. D’ailleurs, la musique est souvent en avance sur dans d’autres domaines. Par exemple, la dématérialisation de la musique. Pour nous, les DJ, ça s’était passé bien avant, avec des mecs qui mixaient avec des ordinateurs. C’est la musique électronique qui a créé cette dématérialisation. La musique électronique utilise la technologie en amont de tous les autres styles.

Recueilli par Joël Métreau

Photo : Denis Rouvre

14:58 Publié dans Electro, Interview | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : agoria

03/01/2011

" Jean-Jacques Goldman, c'est la France bien"

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2010-jean-jacques-goldman-un-homme-bien-comme-il-faut.jpg2011, année du grand retour ? Jean-Jacques Goldman qui n’a pas sorti de disque sous son nom depuis 2001 et la parution de l’album Chansons pour les pieds, revient sous les feux de l’actualité. En avril, il livrera une bonne partie de la bande originale du film Titeuf de son ami Zep avant de fêter ses 60 ans en octobre. Des rumeurs, non confirmés par sa maison de disque Sony, parlent aussi d’un nouvel album studio pour la fin de l’année. C’est en tout cas le pari que fait le journaliste Bernard Violet, auteur de la biographie Jean-Jacques Goldman, un homme bien comme il faut (Flammarion).

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Jean-Jacques Goldman ?

Ecrire cette biographie était une suite logique par rapport à mes ouvrages précédents [des biographies de Johnny et Yannick Noah notamment]. C’est un des rares artistes emblématiques de la chanson française. Malgré un retrait médiatique, Jean-Jacques Goldman suscite toujours un engouement peu banal. Puis il a un caractère assez secret, ce qui est toujours attirant pour un biographe.

Qu’avez-vous découvert d’inattendu ?

En faisant mes recherches, je me suis rendu compte qu’il avait accordé au fil de sa carrière plus de mille interviews dans lesquelles il se livrait largement sur son travail, mais aussi sa vie privée. Après la limite de mon travail a été que ses collaborateurs proches n’ont pas eu une grande indépendance d’esprit. Goldman n’ayant pas donné son feu vert, peu ont accepté de se confier à moi. Je l’ai contacté lui-même, mais il m’a répondu qu’il trouvait ridicule de consacrer une biographie à un chanteur. Lui qui s’est pourtant largement servi du travail de mes confrères pour composer des chansons pour d’autres comme Johnny.

Comment expliquez-vous son semi-retrait médiatique depuis 2001 ?

Il a fait le choix de privilégier sa famille. Goldman a refait sa vie avec une nouvelle femme, a eu trois autres enfants. Puis sans doute qu’après vingt-cinq ans de carrière, la question de l’inspiration se pose. Il y a le risque de se répéter. Mais Goldman ne s’est jamais vraiment arrêté car c’est un véritable artiste. Il organise toujours le spectacle des Enfoirés, écrit des textes pour Patrick Fiori, Grégoire. Je prédis un nouveau disque pour la fin de l’année ou au début 2012 et une tournée dans la foulée. Outre que ses proches me l’ont soufflé, ça me paraît logique. Ses enfants ont grandi, nul doute qu’il aura envie de leur laisser des chansons en héritage. Pendant ces dix années, il a vécu et a peut-être de nouvelles choses à raconter. Et à l’approche d’une présidentielle, peut-être aussi des choses à dire. Il ne faut pas non plus oublier que Goldman aura 60 ans cette année. Le temps passe vite pour lui. Il sait qu’il ne lui reste plus beaucoup de disques devant lui. Et son public fidèle, attend.

La carrière de Jean-Jacques Goldman peut se découper en deux grandes phases…

Dans les années 1970, son groupe, Taï Phong, chantait en anglais pour viser un public international. Il pratiquait un rock progressif qui a ensuite vite tourné un peu en rond. Puis Jean-Jacques Goldman a eu deux chocs musicaux qui l’ont poussé peu à peu à se lancer en solo et en français : sa découverte de Léo Ferré quand il était étudiant puis sa rencontre avec Michel Berger. Ces débuts chez Taï Phong n’ont pas été inutiles. Il y a appris la rigueur, le perfectionnisme, à travailler sa technique. Il s’est ensuite lancé en solo, non sans quelques difficultés au démarrage. Puis il a trouvé son propre style. Si Jean-Jacques Goldman n’est pas un grand innovateur, il a été un des premiers à introduire les sonorités anglaises de la new wave dans la chanson française. Il avait le goût des airs entraînants. Beaucoup n’ont pas pris une ride aujourd’hui.

Il a su aussi avec ses chansons offrir des miroirs dans lesquels les gens pouvaient se retrouver…

Il aimait aborder des sujets de société dans ses textes, avec un sens aigu du monde dans lequel il vit. Un de ses premiers titres en solo était ainsi l’histoire d’un père chômeur. Jean-Jacques Goldman est un excellent observateur. Il sent les gens, les choses. La vie par procuration, c’est d’une justesse profonde. Ce n’est pas un grand intellectuel. Il préfère être dans le concret. C’est la même chose pour les actions caritatives. Il est très engagé dans les Restos du cœur et aide de nombreuses autres associations avec beaucoup de discrétions. Yannick Noah m’avait confié : « Si tu savais quel soutien financier il apporte à mon association Les enfants de la terre. » Il s’empare aussi de cas individuels qui lui sont rapportés par des amis ou par courrier. Et avant de s’engager, il vérifie toujours que l’aide va vraiment sur le terrain.



Johnny, Florent Pagny, Celine Dion, Patricia Kaas, Khaled... Goldman a aussi beaucoup écrit pour les autres et avec succès…

Tous sont des gens pour lesquels il s’est pris d’affection et pour lesquels il compose du sur mesure. Ca lui permet d’ouvrir son inspiration, en étant moins exposé. D’où l’usage récurrent de pseudonyme. Sa musique est alors jugée pour elle-même, pas pour son nom. C’est là qu’on voit aussi l’expression de son talent.

Vous expliquez aussi qu’à ses débuts, il s’est beaucoup appuyé sur la presse jeunesse…

Alors que la presse dite sérieuse le méprisait un peu, la presse adolescente, elle, s’est enthousiasmée dès les premières chansons. Jean-Jacques Goldman avait une belle gueule et une envergure générationnelle. Je le voyais dans ma famille avec mes petits neveux qui connaissaient par cœur ces chansons quand moi j’avais plutôt en référence Brel et Brassens. Pour l’essentiel, ce public lui est ensuite resté fidèle. La relation entre Goldman et ces jeunes était intense. Avec des fans amoureuses qui faisaient parfois le pied de grue en bas de chez lui. Un peu surpris par cet enthousiasme, Goldman a donc très vite privilégié la presse jeunesse. Puis ça allait bien avec sa musique, entraînante et qui passait des messages d’amitié et de fidélité, à la fois idéaliste et lucide. Ses valeurs venaient de sa jeunesse. C’était celle de ses parents et des scouts qu’il a fréquenté. D’ailleurs, pour la presse sérieuse, il était un peu trop boy scout.

Goldman représente aussi des valeurs…

Jean-Jacques Goldman, c’est la France bien. Il a défendu l’honnêteté, le travail. J’ai été en contact avec de nombreuses personnes qui lui consacrent des sites Internet. Ils récusent le terme de « fans », se posant en simples admirateurs. Ils sont bien intégrés dans la société, souvent impliqués dans la vie associative. Ce sont des gens qui ont les pieds sur terre et qui ont appris à maîtriser le système en défendant des valeurs. Le surtitre du livre n’est pour moi pas ironique. Il m’a été inspiré par une phrase du magistrat Philippe Bilger sur son blog : « Johnny, c’est la France telle qu’elle est, et Goldman, le citoyen tel qu’il devrait être. » Goldman est marqué à gauche, mais avec une méfiance des partis politiques et de leur langage. C’est aussi une personnalité avec ses paradoxes. Très indépendant d’esprit, il peut avoir des jugements implacables comme sur la presse ou François Mitterrand. Il est humble et tolérant mais aussi par moment individualiste et moraliste.

Recuelli par KidB

PS : A la suite de la version de l'interview parue dans "20 Minutes" lundi, Jean-Jacques Goldman a envoyé un mail à Bernard Violet. Celui-ci nous l'a gentiment transmis. On lit donc :

" Je lis dans le journal "20 minutes" que vous prédisez une sortie d'album cette année.
Je peux vous assurer que je ne sortirai rien dans les prochaines années, je n'ai aucun projet à ce jour.


Je vous communique cette précision parce que je suppose qu'on vous sollicite régulièrement, et je trouve dommage que les gens n'aient pas les bonnes informations .

Sincères salutations,
Jean-Jacques Goldman "

05/07/2010

The Drums : "Tous les morceaux devaient sonner de la même manière"

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On les a découvert il y a moins d'un an sur une compilation Kitsuné avec le titre "Let's Go Surfing", hymne à la jeunesse et à la fête. The Drums étaient ce week-end de passage aux Eurockéennes pour défendre leur premier album éponyme. Rencontre avec ces passionnés de The Smiths et Orange Juice.

Comment « Let’s go surfing » s’est-il retrouvé sur la compilation Kitsuné ?
Ils nous ont appelé et demandé s’ils pouvaient utiliser le morceau. On n’avait jamais entendu parlé d’eux alors on s’est un peu renseigné. Et on a dit « oui » bien sûr.

Comment avez-vous vécu ce succès naissant ?
Bien. La seule chose qui nous embêtait c’était de se sentir un peu incompris. Les gens commençaient à parler de nous comme d’un surf band alors qu’on a jamais écouté cette musique là. On nous comparaît hâtivement aux Beach Boys alors que le morceau sonne quand même plus comme du New Order.

Let's go surfing

Votre travaillez sur un terreau pop assez étroit…
De ce que j’ai pu lire, le principal reproche que l’on fait à notre musique c’est de ne pas être assez ouverte. Tous les morceaux se ressembleraient trop. Mais c’est exactement ce que l’on voulait. Tous les morceaux devaient sonner de la même manière, avec la même instrumentations, la même structure. Et notre deuxième album sonnera encore comme cela. On n’est pas un groupe qui aime expérimenter. On veut juste écrire de belles mélodies. Elles sont chacune uniques. Moi je ne me sens pas à l’aise face à l’étendu des possibles offert à la musique aujourd’hui. Dans le passé, il était plus facile d’être fédérateur.

Vous êtes nostalgiques ?
Un peu. Je suis passionné par les années 1950 et 1960. La naïveté de cette Amérique là. C’est comme si les gens n’avaient pas idée de faire différemment des autres. Et même s’il le faisait, il n’était pas si loin d’une certaine normalité. Quand j’écoute le Velvet Underground aujourd’hui, je me dis que finalement ce n’est pas si étrange que cela. Ca a quelque chose de différent.

Votre univers est très ancré dans l’adolescence…
Nous sommes un peu restés coincés à cette période de la vie où tu te rends compte que l’amour ne durera pas toujours, les premiers chagrins. Nous sommes tous romantiques avec un goût pour le mélodrame. On retrouve dans nos chansons, toutes les choses que l’on peut ressentir. Mais elles sont insérées dans une petite histoire pour les rendre intéressants.

"You Were my best friend but then you died"... Drôle de manière de commencer un album ?
Oui ça nous amusait d’imaginer ce que les gens pourraient bien penser.en écoutant ces paroles.

Best Friend

 

Si les textes sont sombres, les mélodies sont plus joyeuses…
Les textes correspondent à qui nous sommes réellement. Ces personnes pas très bien dans leur peau capables de déprimer pour un rien. Mais on s’est dit qui aura envie d’écouter de jeunes misérables chanter sur des sons déprimants. Le côté guilleret de la musique, c’est pour la rendre plus séduisante. Attirer les gens dans notre univers.

Comment se passe la tournée ?
Bien. Les gens sont en général étonner par nos concerts. Ils ne s’attendent pas à ce qu’on donne autant d’énergie, à ce qu’on fasse ces petites danses ridicules. Les concerts doivent être une fête. On fait ça pour que les gens puissent se lâcher et s’amuse. J’ai remarqué qu’on était un groupe qui polarisait les gens. Certains nous détestent, d’autres nous adorent. Nous n’avons rien de star. Ils se reconnaissent en nous. J’ai l’impression qu’on forme un gang.

Et jouer dans un festival ?
On préférera toujours les petites salles parce qu’il y a un vrai échange avec nos fans. On peut boire des bières avec eux après les concerts. Mais c’est toujours agréable de jouer devant de nouvelles personnes. C’est dernière semaine, j’ai l’impression qu’on commence à se faire à cette idée de tourner. Surtout ici en Europe, où tout paraît neuf pour nous. On se fait peu à peu à ce drôle de quotidien.
Recueilli par KidB

14:17 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : the drums

28/06/2010

Karen Elson : "Tout ce que j'avais emmagasiné a eu besoin de sortir"

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Mannequin reconnue, âgée de 31 ans, Karen Elson a des goûts musicaux passés de mode. Mme Jack White des White Stripes à la ville livre avec son premier album "The Ghost Who Walks", douze morceaux mêlant folk, influences cabaret et country. Un héritage assumé.

"The Ghost Who Walks" est-il l’aboutissement de votre travail dans la musique ?

Cela fait maintenant une dizaine d’années que je participe à divers projets musicaux. Je fais notamment partie d’un groupe de cabaret depuis 7-8 ans. Mais c’est la première fois avec cet album que je suis en vue comme ça, en première ligne. Il m’a fallu attendre que le bon timing. Avant je n’étais pas prête. Il y a quelques années, j’avais passé plusieurs mois en studio avec des amis, mais à la fin je me suis rendu compte que le résultat n’était pas assez personnel. Il n’en est ressorti que la reprise de "Je t'aime moi non plus" de Gainsbourg en anglais avec Cat Power. Ca vient sûrement de mon expérience dans la mode. Si je sors un disque, il faut que j’en écrive les paroles, les musiques. Qu’il porte ma vision, mon âme.

D’où est venu le déclic ?

Après ma vie ces dernières années a été bien occupée. Je me suis installé à Nashville avec Jack White. J’ai eu deux enfants. Je n’avais pas le temps de composer ou de penser à moi. Puis les choses se sont un peu décantées. Et j’ai composé le disque. Etre à Nashville m’a beaucoup aidé. Là-bas, la musique est un vrai style de vie. Ce n’est pas comme New York où la musique est réservée aux gens cool. Là, mêmes les chauffeurs de taxis jouent le soir dans des bars. Puis les musiciens sont très professionnels. Ca te pousse à jouer du mieux possible.


The Ghost Who Walks :

 

Comment une Britannique de Manchester se sent-elle à Nashville, berceau de la country ?

A Nashville, je me sens vraiment à la maison. Je retrouve toutes ces musiques que j’aime. Ce gospel propre au Sud des Etats-Unis. J’ai toujours adoré Hank Williams ou des groupes comme Mazzy Star. Et surtout Nick Cave. Même s’il est Australien, il a porté le genre très haut. Avec une musique sombre, pleine de mystères.

La production du disque reste pourtant moderne…

Difficile à dire. Jack n’utilise que des instruments analogiques, des antiquités. Mais il a sans doute le souci de donner un air frais à des musiques plus traditionnelles. Si ça ne tenait qu’à moi, je resterai coincé dans le passé. Comme dans les années 1930. J’admire tant d’auteurs et de musiciens de cette décennie.

Votre écriture est très imagée ?

J’aime raconter de petites histoires, mais pas raconter ma vie de tous les jours. Je veux poser de petites images qui emmèneraient les gens vers un ailleurs. En tant que modèle ou qu’artiste, je suis d’abord quelqu’un de très visuel. Les images, c’est essentiel pour moi. Ma création se joue là.

Stolen Roses :

 

L’album aborde des genres très divers…

Au niveau des influences, j’avais un peu peur de m’éparpiller. Dans le disque, on retrouve des éléments psychédéliques, du folk britannique, du cabaret. Il m’a fallu me demander où était ma propre voix dans tout ça. Ca a été une lutte difficile par moment. Au final, je crois que ma personnalité se reflète dans cette diversité. Je suis totalement influencé par la musique du passé. Mais c’est comme ça que fonctionnent tous les artistes. Mêmes les musiques les plus modernes sont nées, peut-être inconsciemment, de sons composés avant elle.

Comment voyez-vous la suite ?

Une fois composées les chansons prennent vie de manière inattendue. Un morceau que j’avais écrit en référence au Dust Bowl me semble maintenant la bande son parfaite du film "The Man who Fall to Earth" avec David Bowie. Quelque chose de moderne, presque futuriste. Là, je commence déjà à réfléchir à mon second disque. Pour le premier, c’est comme si tout ce que j’avais emmagasiné avait eu besoin de sortir. Pour le second, je voudrais un son plus profond, chanter avec mon cœur.

Recueilli par KidB

The Birds They Circle / 100 Years from now

10:39 Publié dans Folk, Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : karen elson

21/06/2010

Trentemoller : "J'étais ouvert aux endroits où m'emmenerait la musique"

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Auteur d'un premier album remarqué, "The Last Resort", le Danois Trentemoller confirme tout le bien que l'on pense de lui avec son deuxième disque, "Into the Great Wide Yonder". Sa musique électronique s'y enrichit d'atmosphères étranges avec cordes, guitares et voix. Rencontre.

Pour ceux qui ne vous connaîtrait pas, vous pouvez-vous présenter ?

Je fais de la musique électronique depuis 5 ou 6 ans. Avant, je jouais dans des groupes d’indie rock à Copenhague. Mais sans grand succès… J’ai sorti mon premier album il y a trois ans, « The Last Resort ». Après, j’étais davantage connu pour mes morceaux techno.

Vous avez également fait plein de remix ?

Pour The Knife, Depeche Mode, Franz Ferdinand...

Comment avez-vous approché ce second album ?

Beaucoup de gens me parlent de la difficulté de sortir le deuxième album, mais honnêtement, en le créant, je n’y pensais pas du tout. Faire de la musique, c’est très personnel. Je me suis plongé dans mon propre monde. Pour moi, le plus important, c’est que j’ai fait un album dont je suis très satisfait, qui correspond à ce que je voulais. Après, cet album a sa propre vie, il peut être un succès comme un flop.


Tide :

 

Trois ans, c’est long…

Mais je ne m’y suis consacré que pendant l’année écoulée. Pour le premier album, j’ai fait une tournée mondiale, qui m’a pris beaucoup de temps et d’énergie. Je n’avais pas le calme et l’espace pour être créatif.

Il correspond à ce que vous vouliez au départ, c'est-à-dire ?

Ma maison de disques m’a donné la liberté de faire ce que je voulais. Ils n’ont rien entendu avant que l’album ne soit totalement terminé. Ils m’appelaient tout le temps en me demandant s’ils pouvaient écouter…

Pourquoi avez-vous refusé ?

J’ai peur que les maisons de disques s’intéressent davantage aux ventes.

Pourquoi n’avez-vous pas conçu votre album durant la tournée ? Vous avez besoin de calme pour composer ?

Je travaille toujours durant la nuit quand tout est silencieux. J’ai besoin d’un espace personnel, sans téléphones qui sonnent.

Pendant la journée, vous dormez alors...

Oui, je reconnais que ce n’est pas très sain, surtout durant l’hiver. Je me réveille et la nuit est déjà presque tombée.

Vous travaillez où ?

Dans mon appartement, où j’ai installé un home studio.

Au départ, un ton ?

Non, j’étais ouvert aux endroits où la musique m’emmènerait. Au début, je n’aime pas être trop conscient de ce que je veux faire.

Un album conçu pendant la nuit, mais très solaire et chaud ?

J’ai été très inspiré par Morricone. Et la guitare fait penser aux westerns. Pourtant, je n’y pensais pas. Et je n’aime pas trop les westerns en plus, juste leur atmosphère.

Morricone, mais aussi Badalamenti…

Bien sûr, je suis un grand fan de Badalamenti et aussi David Lynch. Je ne suis pas seulement inspiré par la musique, mais aussi par les films.

Neverglade :


Votre musique fonctionne par strates…

Le premier album était plus atmosphérique. Là, il y a plus de mélodies. Donc, j’ai composé la plupart des morceaux sur mon vieux piano. Après, j’ai transféré les mélodies sur l’ordinateur et construit mes morceaux autour d’elle.

Une musique très « cinématographique ». Vous pourriez composer des BO de films ?

Au Danemark, j’ai composé de la musique pour deux films. Le premier, un film dogma, s’appelle « What no one knows ». L’autre, un documentaire sur une chorale finlandaise. C’est sympa de travailler en équipe. C’est ce que j’aime aussi dans le fait d’être avec un groupe sur scène.

Vous préparez une tournée ?

On est six ou sept sur scène. Avec beaucoup de guitares, des cordes. Et les deux chanteuses sur l’album. Mais je n’ai encore jamais eu l’occasion de jouer en France.

Votre album est difficile à adapter ?

Plus facile car la dernière fois, car The Last Resort était très électronique. Je voudrais aussi faire des versions différentes de l’album.

Sur le disque, quatre chansons sont chantées…

Il y a une grande scène musicale à Copenhague et la plupart des personnes qui chantent sur l’album sont des amis. Cela dit, Sur un des morceaux, il y a le Britannique Fyfe Dangerfield des Guillemots. Il avait écrit sur mon MySpace qu’il avait beaucoup aimé mon premier album et qu’il voulait faire quelque chose avec moi. Je me suis rendu compte que son groupe avait déjà sorti une poignée d’albums. Je lui ai envoyé un morceau, il a enregistré une démo dans sa cuisine et il me l’a renvoyée quatre heures plus tard. C’était vraiment bien. Il voulait aller en studio pour le refaire, mais j’ai conservé l’original parce qu’il y avait ce ton si spontané et intime. On l’a gardé, non mixé.

Le morceau "Tide" ?

La chantenuse s'appelle Solveig Sandnes. C’était le dernier morceau de l’album. J’en avais neuf, mais j’avais l’impression qu’il en manquait un pour l’achever. Je terminais le mastering dans le studio et je suis sorti dans un bar boire une bière. Elle chantait dans un bar avec un groupe, je ne l’avais jamais rencontrée avant. Sa voix ressemblait un peu à celle de Liz Frazer des Cocteau Twins. Après le concert, je lui ai demandée si elle voulait travailler avec moi. Je suis rentré chez moi, un peu saoul, j’ai écrit la mélodie. On a enregistré deux jours plus tard. Parfois un morceau met un mois à se faire, d’autres fois trois jours.

Pourquoi avoir mis tant de cordes et de guitare ?

Ce n’était pas calculé. J’avais juste envie de le faire. Je trouve que mon premier album manquait parfois de mélodies.

« Silver Surfer, Ghost rider go ! » Pourquoi ce titre ? Vous lisez des comics ?

C’est un morceau typiquement « surf ». Je n’étais pas sûr de vouloir le mettre sur l’album tellement il est différent des autres.


Silver Surfer, Ghost Rider Go :

 

Et "Häxan" ?

Je n’ai pas été inspiré par le film. Je voulais quelque chose de groovy et d’inquiétant à la fois. Je me suis rappelé de ce film que j’avais vu quand j’étais gamin et qui m’avait effrayé à l’époque. Je suis retourné sur Youtube et j’ai revu ce film effrayant. J’ai trouvé que c’est un moyen de lui rendre hommage.

Aujourd’hui vous écoutez quoi ?

A Place to Bury Strangers, We Fell To Earth…

Recueilli par Lil' Joe

 

12:27 Publié dans Electro, Interview | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : trentemoller

14/06/2010

Uffie : "Une chronique de ma jeunesse, un chapitre qui s'achève"

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De l'électro-pop accordée au contact des Français M. Oizo et Mirwais. Anna-Catherine Harley, alias Uffie, sort son premier album, "Sex, Dreams and Denim Jeans", porté par le single "Pop the Glock".

D’où vient votre pseudonyme ?

Je n’en suis pas tout à fait sûre. Mais, d’après ce qu’on m’a dit, quand j’étais petite, mon père me disait toujours : « Enough ! Enough Enough ! » [« Assez ! Assez ! Assez !]. Mon père est de Liverpool, mais il parle bien le français. Et il s’est dit, « enough », est un petit œuf. Et puis, c’est devenu Uffie. Il m’a toujours appelé comme ça depuis. Mon père travaillait dans la mode, côté commercial. Ma mère s’occupait de nous.

Vous êtes née où ?

En Floride, on a bougé a Hong Kong quand j’avais 4 ans. J’y suis resté jusqu’à neuf ans. Puis on est retournés en Floride, on a voyagé à travers différentes villes. Quand j’avais 15 ans, mon père habitait Paris, je suis allé lui rendre visite, je m’y plaisais bien et donc j’y suis restée.

Vous avez quels souvenirs de Hong Kong ?

C’était bizarre. J’étais tellement jeune. Et à l’époque, c’était encore britannique. C’était cool parce qu’il y avait des petits villages de pêcheurs et des plages, à l’écart de la ville. Je parlais cantonais quand j’étais petite. Mais plus trop maintenant. J’amenais mes poupées au marché… C’était un endroit très sûr et un bel endroit pour grandir. Il y avait tellement de cultures, c’était une ville internationale.

Vous y êtes retournée depuis ?

Oui, j’y allais au moins une fois par an. Mais cela fait deux ans que je n’y suis pas allée. Après Hong Kong, le retour en Floride, donc… Oui puis, le Connecticut, le Missouri… Une enfance du genre bohème !

C’était quand même un peu strict ?

Ma mère était un peu plus stricte. On voyait assez peu mon père parce qu’il travaillait beaucoup. Ma mère était du style : « Faut aller à l’église aujourd’hui ! » Mais moi, je ne suis pas d’accord avec les églises. On pourrait croire que la religion donne de l’espoir, mais elle détruit plutôt le monde. Je ne crois pas forcément en Dieu, mais en quelque chose de plus puissant que nous. Une énergie, un truc comme ça.

Pop the glock :


Vous vouliez faire quoi quand vous étiez enfant ?

Tellement de choses ! Danseuse… J’ai fait du ballet pendant onze ans. Je voulais être dentiste aussi. J’ai les dents anglaises de mon père, donc j’ai pas mal vu le dentiste. Je voulais être écrivain aussi car j’adorais les cours de littérature et d’histoire.

Vous lisez ?

Oui, avant d’avoir un bébé. Depuis, je n’ai pas ouvert un seul livre. J’aime Michel Houellebecq, Bret Easton Ellis… Ses livres sont tellement déments. C’est comme si on prenait de l’acide. Par ailleurs, j’adore aussi "Las Vegas Parano". Le film était bien, mais alors le livre ! Je me rappelais de la partie avec les chauve-souris, pendant que je lisais, je me tapais des barres de rire.

En résumé, danseuse, dentiste et écrivain…

Et peut-être aussi styliste de mode. Mon père travaillant dans ce milieu, ça me paraissait naturel.

Vous êtes toujours proche de vos parents ?

Ma mère est aux Etats-Unis, mon père et moi, on est comme des meilleurs potes. C’est mon meilleur ami.

Et quand vous étiez ado, vous écoutiez quoi ?

Du hip-hop. Lil Wayne, Pharrell, Jay-Z… Quand je suis revenu aux Etats-Unis, j’ai vu MTV et wouah… C’était plus fun, énergique et happy.

L’indie rock européen ?

Non, je n’en écoutais pas. Et je ne connaissais pas vraiment la scène électro avant de venir à Paris.

Pourquoi avoir décidé de rester en France ?

C’était difficile de retourner aux Etats-Unis après avoir vécu en Asie. J’étais toujours la fille qui a vécu à Honk Kong. Les Etats-Unis sont très fermés sur eux-mêmes, c’est un pays si jeune… En Europe, le rythme de vie est plus agréable. On peut se promener partout à pied. On peut prendre l’avion et se retrouver en deux heures dans une autre culture. Mon père vit dans le Sud de la France maintenant, en Dordogne.

 

Add SUV :


Vous êtes sur le label électro Ed Banger. Parlons un peu de clubbing…

Aux Etats-Unis, il faut avoir 21 ans pour faire quoi que ce soit. Arrivée en Europe, c’était la liberté, on peut acheter de l’alcool ! J’allais au Rex Club tous les vendredis. Et puis j’ai commencé à faire des tournées, c’est si fatigant. Vous ne pouvez pas imaginer cette sensation d’être si fatiguée que la seule chose que vous voulez faire, c’est rester allongée au lit et lire un bouquin et pourtant vous devez aller à une fête. C’est un sentiment horrible.

Vous êtes sortie où ces dernières semaines ?

Je suis allée à l’afterparty de LCD SoundSystem. James Murphy, c’est mon putain de héros. Je l’adore. Au festival Sonar, à Barcelone, je fais leur première partie, j’ai hâte.

Votre héros, pourquoi ?

Il est génial. Il fait une musique électronique chantée très émouvante. C’est pas seulement « Party ! Party ! Party ! ». Et la chanson "Someone Great"est très associée pour moi à une rupture amoureuse difficile.

Vous êtes parfois DJ ?

Je l’ai fait à la Gucci Party à Londres en avril dernier. Je le fais rarement et heureusement, j’ai des amis pour m’aider.

Que jouez-vous ?

The Specials, Dead Prez, Joy Division, Biggie, Siouxisie & The Banshees, un mélange de vieux rock et de hip-hop.

Vous avez même repris "Kong Kong Gardens" de Siouxisie & The Banshees dans votre album….

J’adore cette chanson. Ça me surprend que peu de personnes la connaissent. Et puis, je suis allée à Honk Kong, c’était une coincidence amusante.

D’être mère, ça a changé des choses ?

Absolument. J’avais 21 ans quand je l’ai eu. On doit grandir très vite. Je crois qu’un enfant est la seule chose qu’on peut aimer davantage que soi-même. On change tout pour cette personne. C’est la seule personne pour laquelle vous renonceriez à tout. Je dois prendre soin d‘elle, je pense déjà à sa scolarité. Puis maintenant qu'elle est là, je ne sors plus quand je suis à la maison. Je suis en tournée trois fois par semaine alors quand je suis chez moi je préfère rester avec ma fille.

Vous avez un bébé. C’est compliqué de faire une tournée en même temps ?

Vous ne pouvez pas imaginer. Je crois que ma fille pense que sa nounou est sa mère… C’est horrible. J’ai dû partir pendant trois semaines et quand je suis rentrée, elle ne m’a pas reconnue. C’était le pire sentiment que j’ai jamais connu. J’ai l’impression d’avoir manqué un cinquième de sa vie. Mais hier, elle était malade, donc elle a dormi avec moi, elle m’a réveillée, elle faisait un grand sourire. C’est le plus bel enfant au monde.

Quel est son prénom ?

Henrietta. J’aime les prénoms démodés et les prénoms de garçon pour les filles.

Vous avez donc des projets pour elle ?

Il faut être prêt. C’est le futur de quelqu’un qui dépend de vous. Cela dit, d’être mère m’apporte un équilibre. C’est tellement loin des concerts et des tournées.

Parlons de votre album, "Sex, Dreams and Denim Jeans"...

C’est une chronique de ma jeunesse, un chapitre qui s’achève. Le sexe est une partie importante de l’adolescence, rêver aussi. L’album résume toutes ces expériences.

Votre album évoque aussi les relations amoureuses...

L’amour, c’est très important pour moi.

C’était comment la collaboration avec Mirwais ?

Incroyable. J’ai travaillé récemment avec lui sur de nouvelles chansons. Mon album a pris tellement longtemps à se faire. Autant commencer maintenant pour le second ! On s’est rencontrés dans une boite. J’étais fan de lui et de ce qu’il a fait pour Madonna. Je traversais une rupture amoureuse. Je me demandais pourquoi ça me faisait si mal. Il m’a beaucoup écouté. Au départ, on a enregistré un morceau ensemble. C’était "Illusion of Love". Et comme ça marchait bien, on a continué. C’est un plaisir de travailler avec lui. Il n’est pas accroché à sa musique, donc on peut faire des suggestions. Il n’y a pas de clashs d’ego, ce qui est rare dans la musique.

Et le travail avec le label Ed Bangers ?

Avec eux, c’était plus des échanges de fichiers. Avec Mirwais, on s’asseyait avec une guitare. Une belle expérience.

Avec Pharell, ça s’est passé comment ?

On a fait une fête ensemble au Japon quand j’avais 19 ans. Quand j’étais ado, c’était un de mes artistes préférés. Quand je créais ADD, je savais que je voulais un rappeur. C’était mon choix idéal. Je ne pensais pas que cela arriverait. Et si !

Comment vous écrivez les paroles ?

J’écris à la dernière minute. J’aime la pression.

Vous aimez votre voix ?

Je commence à l’accepter. Beaucoup de personnes l’aimaient, je la détestais. Maintenant, je commence à la comprendre. C’est comme un muscle, il faut l’entraîner. Chaque personne possède une tonalité. Je chantais des chansons qui n’étaient pas dans la mienne ! Quand il produit, Mirwais pense beaucoup à la voix, à ce qui va marcher pour moi. Sur ses morceaux, ma voix me paraît complètement différente. Je l’aime davantage. Pour les concerts, je la travaille. Parce que si vous n’avez pas la bonne note au début d’un morceau, vous vous plantez. Et en live, il n’y a qu’une seule prise !

 

Sex, Dreams and Denim Jeans :


Vous aimez vous produire en live ?

Davantage, maintenant que j’ai un groupe avec moi. Quand on fait les premières parties seule sur scène lors de festivals, c’est difficile. On ne sait pas quel morceau va jouer le DJ après. J’étais terrifiée. Maintenant, comme le groupe et moi on a répétés ensemble, je me sens plus à l’aise.

Vous n’avez pas le trac avant de rentrer en scène ?

Oh si ! Mais je ne vomis plus maintenant !

Quand êtes-vous contente d’un concert ?

Jamais. Je suis quelqu’un de perfectionniste. Je me dis toujours que ça aurait pu être mieux.

Que faites-vous après le concert ?

J’avais l’habitude de ramener des personnes à l’hôtel pour des after-partys. Maintenant, je dois me lever à 9h du matin et rencontrer des journalistes. Alors, je vais me coucher. C’est dingue, j’ai vraiment un emploi du temps très chargé. On est dans le speed jusqu’à ce qu’on arrive sur scène. Les gens crient : « On t’aime, on t’aime », puis on rentre à sa chambre d’hôtel et on est si seule. Cette solitude, personne ne peut comprendre à moins de l’avoir vécue.

Recueilli par Lil' Joe

12:40 Publié dans Electro, Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : uffie

27/05/2010

LCD Soundsystem : "Si ça sonne bien, on est libres"

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Quelques jours avant la sortie de son troisième album sous l'identité LCD Soundsystem, James Murphy se confiait à nous entre deux concerts parisiens. L'occasion de parler de "This is happening", de la création et de sa fatigue d'être un musicien professionnel. Rencontre.

Comment avez-vous trouvé votre concert du samedi 8 mai au Bataclan, à Paris ?

Très amusant.

Les murs étaient suintants, nan ?

C’était dégoûtant. Après être être allés backstage minutes pour se rafraichir, quand on est revenus, c’était comme marcher dans la gueule d’un chien.

Vous avez joué quelques morceaux de votre dernier album, « This is happening » ?

Juste quelques-unes pour le moment car l’album n’est pas censé être sorti. Mais quelqu’un a fait fuiter l’album sur Internet. On n’avait pas prévu de jouer autant de chansons nouvelles pour ce premier tour. Cela fait deux ans qu’on n’avait pas joué, donc on voulait plutôt jouer des chansons anciennes. Vu la taille des concerts, on joue pour des gens qui nous voient pour la première fois.

La fuite de votre album sur Internet, ça vous énerve ?

Le disque devrait sortir quand l’artiste le décide. Par exemple, vous faites de la cuisine pour vos amis et que vous sortez chercher le courrier. En revenant, vous voyez l’un de vos amis la manger et la donner à d’autres personnes, eh bien vous direz : « ah non non ! Je prépare le dîner »… C’est juste impoli. C’est ce que je pense à propos de l’album. L’album sort les 17 et 18 mai. Je voulais servir des cocktails et des petits hors-d’œuvre ! Ne commencez pas à manger pas le gâteau. Je voulais faire la tournée avec juste un single, puis sortir l’album, puis mettre davantage de morceaux. C’est comme si quelqu’un lisait votre journal personnel. Pire, c’est comme s’il le lisait et le copiait et le postait sur Internet après.

Vous avez enregistré l’album
dans un manoir en Californie ?

Une partie. Chaque fois que j’enregistre un album, je sors de New York deux ou trois mois. Puis je rentre à New York pour le terminer dans mon studio. Cette fois c’était Los Angeles. Cela paraissait très rock’n’roll. Je savais que ça allait être notre dernier album, donc je voulais faire quelque chose de ce genre une fois dans ma vie. C’était moins cher que de louer un studio. J’ai emballé tout mon matériel, je l’ai mis dans un camion et je l’ai envoyé à LA. Je l’ai déballé, et on était prêt à bosser.

Combien de temps avez-vous mis ? Avec combien de personnes ?

Trois mois. Il y avait un noyau dur de cinq personnes. Mais parfois jusqu’à vingt personnes. Des amis qui passaient juste pour se baigner dans la piscine, s’amuser.

I can change :

 

LCD, c’est qui ? Vous ? Un groupe ?

Un exemple : Il y a plusieurs types de metteurs en scène, certains se mettent en scène dans les films, d’autres pas. Certains font des films à gros budgets, d’autres petits. Martin Scorsese travaille souvent avec Robert De Niro. On dira que l’un est réalisateur, l’autre acteur. Mais leur relation est plus différente. Ils parlent du film, du script… Leur relation est plus floue, que dans un film très gros budget où les acteurs doivent se plier à ce qu’on leur demande de faire. Ma collaboration avec Pat et Nancy est de cet ordre-là. Je suis comme le réalisateur, c’est sûr. Mais ce n’est pas moi qui donne des ordres, c’est collaboratif. J’ai la responsabilité du metteur en scène. Parfois je travaille seul, parfois avec des gens, c’est très libre..

Vous êtes comme un chef d’orchestre alors ?

Non, c’est assez autocratique.

Vous n’êtes pas comme ça ?

Non, je suis plus comme James Brown.

Ah ouais ?

Oui. « Be Funky ! »

Vous avez mis trois mois à composer donc ?

J’écris quand j’enregistre. A Los Angeles, J’ai fait 6 ou 7 morceaux sur les 9 que compte l’album. A New York, j’ai écrit « Pow Pow » et « Drunk Girls ».

La première que vous avez enregistrée, c’est ?

« All I Want » et après, « Somebody’s calling me ».

Justement, qui vous appelle ?

Tout le monde. C’est chiant. J’ai écrit ce morceau une nuit où j’avais pris du Xanax. Je l’ai composé dans ma chambre. Quand je me suis réveillé, on l’a enregistré.

Pourquoi du Xanax ?

Parce que j’étais stressé. Alors j’en ai pris, je me suis assoupi. Au milieu de la nuit, je me suis réveillé, j’ai fait une petite démo. Au matin, je me suis réveillé, j’avais oublié que j’avais fait ça, j’ai réécouté et je l’ai retravaillé. J’ai retravaillé les paroles, mais j’ai gardé ce côté endormi.

Quand est-ce que vous avez commencé à chanté ?

J’étais chanteur de classique quand j’étais petit. Mon école avait une chorale réputée. On allait en tournée, en Europe.

Vous travaillez toujours votre voix ?

Non, j’ai toujours détesté ma voix, même si je m’y suis habitué. J’aime quand elle marche, comme un outil. Mais elle est souvent abîmée, c’est très frustrant.

Elle est abîmée aujourd’hui ? Pourquoi ?

A l’after-party, j’ai fait un set jusqu’à 6 h 30 du matin au Baron. On devait crier pour se faire entendre.

La chanson « Home » a un côté très Talking Heads…

C’est la guitare, comme dans « Pow Pow ». Je suis un gros fan de la manière dont David Byrne joue de la guitare, de manière minimale et physique à la fois. Surtout à l’époque de leur album « Remain in Light ».

Pourquoi des pandas dans le clip de « Drunk Girls » ?

C’était drôle. Je déteste faire des vidéos. Mais là, c’était sympa. Mon label n’était pas au courant. Je l’ai payé moi-même et réalisée avec Spike Jonze. Au départ, ça devait être moi tout seul.

Qui a eu l’idée ?

Tous les deux. J’aime les « bad ideas ». C’était bien de travailler avec lui.

Avez-vous été blessé ?

Un petit peu, je saignais, je me suis coupé la lèvre, j’ai été frappé des poings et des pieds. Mon genou. Pat s’est fait attaqué à l’extincteur, Nancy par des œufs.

Drunk Girls :


Dans une vidéo sur votre site, vous dites que vous aimez être « out of control » ?

J’aime arranger les choses de manière à ne pas avoir à réfléchir. Par exemple avec le groupe. Je suis plus préoccupé que ça sonne bien sur scène que n’importe quoi d’autre. Si j’oublie les paroles, tant pis. Si ça sonne bien, on est libres.

Vous affirmez aussi que c’est votre dernier disque. C’est la fin de LCD comme un groupe de rock professionnel, qui fait des albums, des clips et des tournées. Pourquoi ?

Parce que je veux faire autre chose. J’ai 40 ans, un jour je vais mourir. Je ne vais probablement pas vivre au-delà de 70 ans. Tous les membres de ma famille n’ont jamais dépassé 70 ans.

Ça va, vous êtes encore loin ?

Non, juste 30 ans. Et j’ai 40 ans, j’en ai presque fini. Et le temps passe plus vite quand on vieillit. Dix ans auparavant, j’ai fondé DFA, et j’ai l’impression que c’était il y a une minute. Je veux faire plein d’autres choses. J’adore être dans un groupe, faire des disques et des tournées. Je veux lire des livres, être avec mes amis, produire des gens... Je continuerai à faire de la musique comme LCD, mais retourner en livrant un EP par ici, un single par là. Interviews, budgets, télé, etc… Je ne veux plus faire ce job à plein temps.

Recueilli par Lil' Joe

11/05/2010

The National : "On aime la crasse attachée aux productions maison"

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The National toujours plus haut. Le groupe de rock américain a sorti ce lundi son cinquième album « High Violet », parfait équilibre de tension, mélancolie et malaise. La bande du chanteur Matt Berninger a plébiscité les guitares crades sans rien renier de ses complexes orchestrations. Un sérieux concurrent au titre de disque de l’année. Rencontre.

Pour l’enregistrement de votre nouvel album « High Violet », qu’est-ce qui a changé ?

Matt Berninger : Il y avait pas mal de nouveautés pour cet enregistrement. Notamment, maintenant on a notre propre studio dans le garage d’Aaron.

Aaron Dessner : Jusqu’ici on préparait tout avant d’enregistrer les morceaux en studio. Les démos devenaient l’album. Là, on a pu passer plus de temps sur la production. Le son est donc plus dur, plus étrange encore que sur les précédents. On a pu expérimenter beaucoup plus, sans aucune limitation. Si quelque chose ne nous plaisait pas, on recommençait. Et on l’a pas mal fait. C’est frustrant mais une bonne chose au final.

M. B. : Heureusement, je ne suis pas capable d’écrire plus de textes. Ca nous oblige à nous limiter. Je n’écris pas aussi vite.

Vous travaillez toujours séparément ?

A. D. : Pour une bonne part, oui.

M. B. : On passe beaucoup de temps ensemble, mais pas pour improviser comme ça. On ne se réunit pas pour jouer et voir ce que ça donne. Chacun travaille un petit arrangement de son côté, une idée. Le partage avec les autres. C’est bien que chacun puisse nourrir d’abord son propre monde avant de mettre les choses en pratique. Les idées en sont plus variées.

Chacun peut voir si elles tiennent d’abord la route…

M. B. : Par le passé, quand on commençait à jouer ensemble, on jugeait les choses de manière négative trop vite. Un tas de choses n’avaient pas le temps de se développer. Elles étaient déjà à la poubelle.

Comment avoir le recul ?

A. D. : On ne perd pas notre temps sur des choses qui ne sont pas inspirées. On sait éliminer ce qui ne va pas assez vite quand même. On revoit constamment notre approche de chaque chanson. Les chansons sur le disque sont le résultat d’un peu de créativité et de beaucoup de travail.

M. B. : Le plus dur, c’est quand tu sens qu’un morceau a du potentiel, mais tu ne trouves pas la bonne alchimie. A ce moment là, on ne veut jamais s’arrêter. Ou on le met pas sur le disque.

A. D. : La fin du morceau « Afraid of Everyone » vient des sessions de « Boxer ». On savait qu’on tenait quelque chose mais on avait pas réussi à l’utiliser.

M. B. : Sur « High Violet », il y a un titre dont on a enregistré 116 versions différentes. Parfois la différence ne tient qu’à un détail. Mais plus on faisait des prises, moins le résultat était probant. A un moment, on s’est arrêtés. On est reparti des toutes premières prises et on a fini la chanson. C’est comme ça qu’on travaille. On tourne en rond à en devenir fou puis on trouve. Un détail et le morceau est gâché. Ca nous arrive tout le temps. On a aussi mis du temps à finaliser la tracklist. On est même retourné deux heures en studio après avoir commencé à masteriser le disque.

Sur « High Violet », les textures sont très travaillées avec de nombreuses couches de son…

A. D. : Ce sont exactement le genre de choses qui ne peuvent exister dans un vrai gros studio. On ne veut pas faire perdre tout ce temps à un ingénieur. Au départ, on a empilé les sons pour voir ce que cela donne puis c’est devenu une des lignes de direction de l’album. On s’est dit : « Suivons cette voie bizarre ». « Boxer » avait un son plus fort, avec la batterie poussée très en avant. C’est moins le cas ici. L’instrumentation est plus floue. On ne discerne pas bien tous les sons. C’est voulu.

M. B. : A un moment, on s’est dit que c’était ce qu’on voulait.


Afraid of everyone :

 

Les textes aussi semblent explorer cette zone de flou, mais dans les sentiments…

M. B. : J’écris toujours mes textes en écoutant de la musique, que ce soit celle du groupe ou d’autres musiciens. Cette fois-ci, je me suis soucié des textes qu’une fois les chansons presque terminées. Avant je me suis concentré sur les mélodies uniquement en m’appuyant sur des mots qui ne voulaient rien dire. Au final, ca a été une bonne chose même si le processus fut difficile. Il fallait déconstruire certaines chansons pour placer les paroles sans casser ce qu’on avait fait. Surtout, beaucoup de ces mots qui n’avaient aucun sens se sont révélés plus fort que tout ce que j’ai pu écrire par la suite. On les a donc gardés sur le disque. Comme « Terrible love that I’m walking with spiders ».

Le ton s’accorde bien à la musique…

M. B. : Les textes sont, au final, plutôt sombres, sinistres. C’est en partie lié à la musique. Ce qui est étrange, c’est qu’au départ, on voulait tous faire un disque plus fun. Moins mélodramatique. Moins à propos d’un homme qui chante ses problèmes. C’est plutôt raté, mais en un sens le disque est quand même plus fun, en terme de rythmes, tempos, mélodies.

On ne se change pas aussi facilement…

M. B. : Une fois qu’on compose les chansons, on essaie de parvenir au meilleur résultat possible en laissant de côté les grandes idées qu’on pouvait avoir au départ. On est à l’aise avec ces grands sujets pleins d’émotion.

D’où est venu le titre du disque ?

M. B. : Je voulais un titre avec « High ». Comme High Noon ou High Society. Puis violet m’est venu dans un avion. J’avais ce petit livre religieux écrit en violet sur cette flamme violette qui emporte les âmes et tout un tas de trucs étrange comme ça. Je savais que je tenais un bon titre. Maintenant, j’ai dix interprétations pour l’expliquer. Mais ça n’a pas un sens bien précis. Ca évoque juste beaucoup d’images avec deux mots.

Votre écriture fonctionne beaucoup comme cela…

M. B. : C’est dur de trouver la combinaison de mots qui dit peu tout en vous faisant penser à un tas de choses. Pour moi, c’est la clé. De petites étincelles qui déclenchent des choses dans votre cerveau.

Quels sont les auteurs qui vous ont influencé ?

M. B. :Je ne passe pas mes journées à lire des livres, de A à Z. Je m’attarde beaucoup sur les mots, des expressions. J’ai beaucoup d’ouvrages ouverts sans que je les lise. J’en garde de toutes petites choses. Après, j’ai été très marqué par Joan Didion, Grace Paley. Cette dernière est celle qui m’a le plus influencé. J’ai toujours avec moi son recueil de nouvelles « Enormous Changes at the last minute » (« Enormes changements de dernière minute » en français). J’ai volé tout un tas de choses chez tout un tas de gens. Jonathan Ames pour le dernier album. Je n’étudie pas les auteurs. Je suis comme un peintre qui déambulerait dans une galerie d’art. Je n’enregistre que des petits bouts qui m’intéressent. Ca fait d’ailleurs très longtemps que je n’ai pas terminé un nouveau livre. La télé, le cinéma m’inspirent aussi. Je vole tout ce que je peux.

Vous écrivez aussi un scénario ?

M. B. : Oui avec mon frère. Depuis des années. C’est très très bien. Il m’en veut un peu d’en avoir parler. C’est un film policier. On verra si The National est libre pour participer sur la BO.

La pochette symbolise un peu la même chose avec ce fond gris et ces couleurs vives…

M. B. : Cette image est en fait une sculpture en papier d’un artiste new-yorkais. Au milieu du mixage, on cherchait des idées pour la pochette. Quand j’ai vu cette œuvre, elle collait au disque en plusieurs façons. Elle est très fouillis. On ne distingue pas vraiment les mots écrits. Comme un bruit un peu fou. Une bonne partie du disque touche à ces états émotionnels intenses, comme la paranoia.

Il y aussi plus de chœurs sur le disque…

A. D. : C’est un autre apport du studio. On a pu expérimenter avec les voix, multiplier les couches comme pour les autres instruments. C’était une esthétique qui nous intéressait.

M. B. : Avec toutes ces voix, les chansons sont plus universelles. Elles symbolisent moins la confession d’un seul homme. Ici, on touche à des choses plus larges.

A. D. : Puis comme le studio était à la maison, beaucoup d’amis apparaissent sur le disque. Des membres de Clogs, Sufjan Stevens chante sur « Afraid of everyone », Richard Parry d’Arcade Fire est présent sur plusieurs morceaux. Ca a très bien marché. Beaucoup de musiciens vivent dans notre quartier à Brooklyn. Les loyers sont encore abordables.

Et il y a également plus de tensions que sur « Boxer »…

M. B. : Sur « Boxer », je voulais éviter de laisser échapper la tension. Peut-être pour des raisons stupides. Je ne voulais pas devenir le cliché du groupe avec le chanteur qui crie. « Abel », « Mr November » étaient devenues les chansons qui nous représentaient le plus. Sur « High Violet », on se lâche de nouveau, mais ça passe plus par les instruments que par les voix.

A. D. : On voulait jouer plus fort. Un très gros son même pour les passages les plus tendres.

M. B. : On voulait souffler notre public. Tuer cette tension rentrée qui a si bien marché sur « Boxer ».

A. D. : Matt a dit très tôt qu’il voulait que l’on sonne comme un pneu qui glisse sur la route, qui crisse. On a davantage joué sur les distorsions. Ce genre de choses. Au départ, j’étais un peu nerveux, car j’aime les sons très clairs. Les orchestrations autour des guitares restent plus lisibles. On a utilisé des cors et de la clarinette basse plus que la trompette ou le violoncelle car ils transmettent des sonorités plus sombres qui s’accordaient bien avec les guitares.

 

Anyone's Ghost :

 

Vous avez testé les chansons live ?

M. B. : On vient juste de faire nos premiers concerts [l’interview a été réalisée il y a plusieurs semaines]. Tout n’est pas parfait mais les nouveaux morceaux sonnent bien.

A. D. : On a tout donné avec une semaine de répétition non-stop. Tout le monde en est sorti épuisés mais ça en valait la peine. Heureusement, l’album est très fun à jouer.

M. B. : Je trouve que certaines chansons sonnent encore mieux que sur le disque. On aurait peut-être dû encore attendre un peu avant de l’enregistrer.

En mai, vous jouez avec Pavement à Paris…

A. D. : On devait jouer le même soir à Paris. Pour nous, ça avait du sens de combiner les deux. On est de gros fans du groupe. A part les Pixies, c’est vraiment notre référence du début des années 1990.

M. B. : Les Pixies, REM, Pavement. Dès qu’on a eu la possibilité de jouer avec eux, on a sauté dessus. J’espère qu’ils nous aiment bien. On ne les a jamais rencontrés.

Vous vous êtes connu en Ohio ?

M. B. : J’ai fait mes études avec Scott. Aaron et Bryce connaissaient le frère de Scott.

A. D. : On s’est tous installés à New-York pour le travail. Le groupe est venu ensuite. Un peu par hasard. On s’est retrouvé un week-end pour jouer, s’amuser. Avec Bryan et Bryce, je faisais partie avant d’un mauvais groupe qui se prenait très au sérieux. On avait échoué et on s’était séparé. Mais on avait l’habitude de jouer ensemble. Scott et Matt avaient un groupe à la fac, puis avaient tout arrêté.

M.B. : Moi, j’ai vécu cinq années à New-York avant la création de The National.

A. D. : Tout le monde était très étonné du résultat de cette première session. A quel point on était bon.

M. B. : Sauf qu’on ne savait ni qu’on allait former un groupe, ni quel type de chanson jouer. On venait de deux horizons musicaux très différents. Les premiers morceaux que l’on a écrits avaient un côté très americana, presque folk. On a mis des années à trouver notre propre son.

Vous travailliez encore jusqu’à « Alligator »…

A. D. : Matt a quitté son travail juste avant sa sortie. Comme à peu près le reste du groupe. Ca fait cinq ans. C’est bizarre.

M. B. : On a utilisé toutes mes économies pour partir en tournée.

A. D. : On sentait à ce moment là qu’on était à un tournant. On venait de signer chez Beggars et on était très fier du « Cherry Tree » EP. On aime bien nos deux premiers disques, mais ils étaient plus imparfaits. Le label français Talitres nous a quand même donné confiance en sortant nos premiers disques. Nos premiers fans étaient à Paris.

M. B. : C’est ici que l’on s’est rendu compte que l’on pourrait vivre de notre musique. Si les gens nous aiment à Paris, on pensait qu’on nous aimerait ailleurs. Pour la première fois, on ne jouait pas principalement devant nos amis.

Vous avez commencé votre carrière au début des années 2000 à un moment où New-York revenait à la mode…

M. B. : On a vu l’émergence de toute cette scène rock. On aurait aimé en faire partie. Notre premier album est sorti en même temps que celui des Strokes. Ca nous a rendus un peu jaloux. Mais ça nous a aussi motivés pour la suite. The Strokes méritent ce qui leur est arrivé. Pour nous, ça a été plus lent.

A. D. : Les journalistes aiment avoir un angle pour écrire leur papier, mais selon moi, ce n’est pas nouveau qu’il y ait de bons groupes à Brooklyn. En plus, une partie ne correspondent pas vraiment à l’esthétique mise en avant. Pour notre part, on a un pied dedans, un pied dehors. Parce que ça fait un moment qu’on est là maintenant.

M. B. : Je ne pense pas non plus que tous ces groupes soient liés par un son. Mais c’est vrai que New-York est le parfait endroit pour un musicien. Il y a plein de salles pour se produire, de studio. C’est un lieu créatif très sain.

Avec My Brightest Diamond, Sufjan Stevens, vous commencez à former une petite communauté…

A. D. : Il y a toujours du passage à Brooklyn. C’est donc facile de rencontrer d’autres musiciens que l’on apprécie, de travailler avec eux. La compilation caritative Dark was the night n’a été possible que parce qu’on connaissait tous ces gens[Antony & the Johnson, Sufjan Stevens, Grizzly Bear, Beirut...], tous ceux à qui on voulait demander une chanson. Il y a aujourd’hui tout un tas de gens qui ne font pas la même musique, mais qui s’apprécient. Ca devient une sorte de petite communauté en effet. Tous les artistes étaient contents de faire cette compilation.

Votre public s’agrandit d’album en album…

M. B. : C’est très important pour nous. On est aussi très reconnaissant que de nombreuses personnes nous soient fidèles au fil des ans. On a de la chance. C’est bien d’être de plus en plus populaire mais il ne faut pas courir après le succès. On n’a aucun intérêt à suivre les sons à la mode. Il nous suffit d’être nous-mêmes satisfaits de ce qu’on fait. Le public suivra. Pour chaque album, on a suivi la direction que l’on voulait sans essayer d’être The Strokes. Même si ce serait super d’être dans leur peau pour une journée. Etre the National aujourd’hui est une position très confortable.


Bloodbuzz Ohio :

 

Vos disques ont fait partie de nombreuses listes des meilleurs albums des années 2000…

A. D. : C’est touchant de voir que les gens n’ont pas oublié un disque comme « Alligator ». Quelque chose s’est passé. Mais l’important pour nous, c’est qu’on a le sentiment d’avancer, de progresser de disque en disque. De proposer toujours quelque chose de nouveau, même si on sonne comme The National. L’un n’est pas forcément meilleur que le précédent, mais différent. Pour « High Violet », on aurait pu se payer un super studio, mais ce n’est pas ce qu’on voulait. On aime la crasse attachée à tout ce qui est fait à la maison. Et le disque n’en est pas moins épique.

M. B. : On a vraiment beaucoup de chance.

A. D. : Nos fans respectent notre musique. Ils ne nous suivent pas pour être à la mode. Les tournées sont de plus en plus confortables. C’est presqu’un rêve pour nous.

M. B. : On a tous très peur que ça s’arrête. On a vu la chose arriver à tant de gens. L’attention du public pour un groupe est très courte. On privilégie d’abord la nouveauté. Nous on a déjà un peu de bouteille et un public de plus en plus important avec chaque disque. C’est quelque chose de très rare. Nous en avons conscience et ne le prenons pas du tout pour acquis. On se donne énormément de mal pour surprendre nos fans.

A. D. : On a eu beaucoup de mal à finir ce disque. Après six mois, on arrivait plus à rien. Plus on approchait de la fin, plus c’était difficile. On était tous frustrés, fatigués. A en perdre la raison. On se disputait en disant : « Moi, je ne sors pas ce disque s’il n’est pas meilleur que "Sergent Pepper’s" des Beatles ».

M. B. : On ne peut pas se contenter de faire un bon disque. Il faut se sortir les tripes. Le résultat doit obligatoirement être brillant.

Recueilli par KidB

17:27 Publié dans Interview, rock | Lien permanent | Commentaires (54) | Tags : the national

03/05/2010

Cocorosie : "Pour nous, la musique est le langage des anges"

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On les avait connu en 2004 dans leur baignoire pour "La Maison de mon rêve", les sœurs Casady se jettent aujourd'hui à la mer pour "Grey Oceans". Un horizon à la hauteur de l'indéniable créativité de Cocorosie, mêlant toujours avec aise piano, bruitages électroniques, influences pop ou hip-hop et chant classique. Ludiques, émouvantes, spirituelles, leurs nouvelles aventures discographiques ont décidément tout pour plaire.

 

Vous sortez votre quatrième album « Grey Oceans ». Comment s’est passé l’enregistrement ?

Sierra : A fin de la tournée, on est allé en studio. Et on a commencé à jouer. De manière tres spontanée. Il en est sorti une grande éruption d’une quinzaine de chansons. On était très excité du résultat. On pensait enchaîner vite, mais, après quelques mois, on avait quarante chansons. Il nous a fallu un peu de temps pour réfléchir, faire le tri, jeter des choses. Rester au calme.

Comment se passe cette phase créative ?

Bianca : On essaie de réagir à nos propres idées, de construire des choses.

S. : D’exprimer les choses les plus extrêmes que l’on a en nous. Jouer avec nos voix pour explorer ce que l’on ressent à ce moment là, les émotions que l’on porte en nous. Donner voix à des choses très abstraites. Après dans un deuxième temps, il faut voir si ce qu’on a trouvé a du sens. Les choses les plus justes.

Beaucoup de choses sont mises de côté ?

S. : Il y a des chansons cachées, qui attendent qu’on les découvre. Pour chaque disque, on essaie de repartir à zero. Il n’y a qu’une chanson qui vient de sessions plus anciennes. De notre première rencontre avec notre pianiste Gael [Rakotondrabe]. La première fois, on s’est retrouvé sans se connaître comme pour un blind date et on a fait que jouer. Là, on a commencé « The Moon asked the crow ». La premiere chanson sortie de nos nouvelles sessions est « God has a voice, he speaks to me » que l’on a sorti l’an passé sous forme de single.

Votre univers musical a des fondations solides…

S. : J’aime à penser qu’avec Bianca, on a développé des styles de communication à travers nos procédés créatifs. Ca nous a soutenu et nous a permis d’ouvrir notre petit monde à des collaborateurs. Mais notre manière de travailler reste pour nous un mystère. C’est dailleurs quelque chose d’important à mes yeux. Tout comme le fait qu’on a appris des choses nouvelles sur nous-mêmes.


Lemonade :

Vous aimez mélanger les styles…

B. : C’est quelque chose qui était là dès le début. Pour nous, c’est la meilleure manière de faire, la plus évidente.

Sur « Grey Oceans », les parties de piano sont très riches…

S. : Gael a ouvert de petits portails qui nous amené vers de nouvelles choses.

Le disque joue beaucoup des contrastes de voix, de textures…

B. : C’est un peu comme la théorie des couleurs. Il faut sentir les bons arrangements. Les bonnes vibrations. Collé à des sons électroniques, le piano révèle sa nature organique, son « bois ».

Le disque utilise aussi davantage l’électronique…

B. : Au départ, on avait fait le choix d’explorer à fond cette direction. D’aller vers quelque chose de plus dansant. On le voit bien sur le single sorti l’an passé. Puis on a décidé de revenir à quelque chose de plus intemporel, de plus ancien.

Votre musique est très spirituelle…

B. : Pour nous, c’est par la créativité que l’on peut atteindre dieu. Une de nos quêtes principales est la vérité. Ce n’est pas quelque chose de simple à définir. On essaie de capter l’essence des choses et de la traduire en musique.

Capter quelque chose de magique ?

B. : Ou du moins quelque chose qui amène à la magie, fait travailler l’imagination, ouvre de nouvelles portes.

Quand on passe des heures et des heures sur une chanson, comment en garde-t-on la magie ?

B. : Parfois, nous ne travaillons pas comme ça. Certaines chansons se développent rapidement. Au cours de l’enregistrement, chacune se révèle, a son moment. On a d’un coup l’idée de ce qu’elle doit être. On ne peut pas contrôler les choses. Ca se fait tout seul. Les chansons ont une vie bien à elles. La musique touche tellement de monde. Une fois qu’elle est mise à disposition. C’est intéressant. Mais nous, on ne peut pas expliquer ce qu’il se passe après. Nous sommes juste celles qui envoyons les flèches. Vers le monde.

Vous aviez été surprise de l’enthousiasme suscité par votre premier disque ?

B. : C’était un choc pour nous. Sans cela, on aurait continué à être créative, mais peut-être pas dans la musique. On a été guidé par cet enthousiasme.

Vous avez l’impression de progresser, de disque en disque ?

S. : Il y a des choses sur lesquelles on a régressé. Il y a des gains mais aussi des pertes.

B. : On adore composer de la musique. Etre en studio. Jouer avec les instruments, les machines. On pourrait y passer toutes nos journées. C’est si excitant de se dire qu’à la fin de la journée, on a une chanson qui n’existait pas du tout la veille.


Hopscotch :


Comment situez-vous la musique dans cet ensemble créatif ?

B. : La musique est l’art le plus fun. Beaucoup d’artistes multimédias vous le diront. Pour nous, c’est aussi le langage des anges, ces derniers faisant le lien entre les hommes et dieu. Dans une époque si matérialiste, l’aspect métaphysique de la musique est primordial. Puis avec les nouvelles technologies, le partage est plus facile. C’est extraordinaire de voir comment aujourd’hui, des groupes très underground arrivent à toucher des gens avant même d’avoir sorti un album.

Vous avez l’impression de vous construire contre notre époque ou avec ?

B. : On essaie de vivre avec notre époque. Après nos valeurs ne sont pas toujours celles de nos contemporains. On recherche l’isolement, la nature. Pas à être connecté au monde en permanence. Certaines personnes aiment regarder des DVD pour passer le temps, nous on préfère observer le feu, la rivière. S’aérer l’esprit.

Vos chansons s’appuient beaucoup sur des éléments de fantaisie ?

B. : Oui. Il y a beaucoup de fantaisie. On aime s’imaginer à d’autres époques, voyager dans le temps.

Le morceau « Undertaker » s’ouvre par la voix de votre mère…

S. : Elle chante au début et à la fin. Comme une ouverture vers un autre temps. L’imaginaire du poème qu’elle récite est médiéval. Avec des chateaux, des incendies et des papillons géants.

B. : Le poème de notre mère a servi de racines. C’est lui qui a nourri la chanson.

Qu’exprime pour vous le titre « Grey Oceans » ?

B. : Pour nous, Grey Oceans évoque une image plutôt calme. Un état de conscience entre le sommeil et le réel. Comme quand on a conscience de ses rêves. C’est dans ce lieu que l’on aime cultiver notre musique. On aime voir les choses peu différemment des autres.

C’est important que le disque reflète des émotions très variées ?

B. : On a tendance à aller dans cette direction, à vouloir présenter un spectre assez large de choses. On se dit parfois qu’on devrait faire un disque qui ne donnerait qu’une même humeur. Mais on n’y arrive pas.

S. : Ca va aussi avec notre approche de la poésie. On aime jouer sur les contrastes. Comme parler de la mort de manière douce.

Il y a aussi dans votre musique quelque chose de ludique…

B. : Nos humeurs sont très variées quand on compose. Ca peut être complètement délirant à un moment puis cathartique à d’autres.

Comment a évolué votre relation à toutes les deux ?

B. : On est des balles de ping pong projetées dans tous les sens. C’est dur de faire le point. On est très différente. Sierra est quelqu’un de très perfectionniste. Moi, je suis plus chaotique. La perfection m’intéresse peu.

Antony me disait l’an passé qu’il était très envieux de votre créativité…

B. : On doit se sentir isolé quand on est un artiste comme lui. Il n’a pas de partenaire avec qui échanger. Etre deux nous aide à maintenir cet état de créativité, d’ouverture.

Est-ce que vous voyez Cocorosie comme un foyer ?

B. : Ca arrive que l’on ressente les choses comme ça.

S. : Un foyer que l’on essaie de fuir. Sans y arriver.


Fairy Paradise :


Et comment se prépare la tournée ?

B. : La préparation de la tournée est horrible.

S. : Nous sommes tellement désorganisées. Nous ne voulons pas travailler. On n’aime pas ça.

B. : On veut juste jouer de la musique. Mais là, il y aura plus de monde avec nous cette fois. Ca demande plus de préparation, plus d’échanges.

Vous travaillez sur un film ?

B. : Ca fait partie de nos projets. C’est un peu plus traditionnel que ce qu’on a pu faire à côté. On a tourné beaucoup d’images, mais il y a encore pas mal de montage à faire. Je ne sais pas s’il verra le jour ou si on le laissera sur une étagère, prendre la poussière.

Recueilli par KidB

17:39 Publié dans Interview, pop | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : cocorosie

 
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