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11/06/2012

Hot Chip, l'ode à la joie

hot chipEureka ! Après « Over and Over » sur The Warning et « I Feel Better » sur One Life Stands, Hot Chip a une nouvelle fois trouvé la recette du tube qui tue à écouter sans relâche pendant des mois et des mois. En boucle sur notre iPod depuis quelques semaines : « Flutes ». Soit 7 minutes 05 secondes de rythmiques entêtantes, de nappes de synthés rêveuses et de chants mélodique et syncopé. Une pépite hédoniste et dansante, sommet du brillant nouvel album In Our Heads.

Il faut dire que le groupe britannique arrive à une maîtrise parfaite de l’intéraction entre instruments et machines. Le premier morceaux, « Motion Sickness », se pose comme une démonstration de force. Dès les toutes premières notes, on l’entend se construire strate par strate, chaque son s’empilant avec grâce sur le précédent jusqu’à former une chanson qui trouvera sa place aussi bien dans les salons que sur le dancefloor.

Tout l’art de Hot Chip se tient là. Dans cette capacité de partir de l’électronique pour aller vers tout autre chose. Batir un univers ouvert aux sentiments, à la pop, à la soul. L’affirmation d’une vraie identité plutôt que l’enfermement dans un genre. Une manière toute personnelle de concevoir la musique sans se soucier du qu’en pensera-t-on. « Look at where we are » s’apparente à une sirupeuse et réussie ballade R’n’B quand deux pistes plus loin « Night and Day » est furieusement orienté vers la danse.

Surtout, In Our Heads respire étonnament la joie. Là, où One Life Stands versait dans la mélancolie pour dancefloor, ce nouvel album se déploie comme une cathédrale dédiée à la lumière (« A church is not for praying/it’s for celebrating the light that shines through the pain » sur « How do You do »). L’amour y est célébré à longueur de refrains (« These chains you bound around my heart/Complete me/Completely » sur « These Chains) comme pour mieux chasser la douleur (« Take this words, take it somewhere else, somewhere we don’t hurt » sur « Don’t Deny Your Heart »). Hot Chip n’a jamais été aussi heureux. À les entendre, nous aussi.

KidB

Motion Sickness

Look at where we are

Flutes

16:45 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hot chip

07/06/2012

Chromatics entretient la flamme

Kill-For-Love-300x300.jpgNo escape. Si les albums électro-pop de Chromatics sont si passionnants, c’est qu’ils ne se contentent pas d’aligner les titres qui tuent. Sans suivre un fil narratif précis, ils nous racontent des histoires, nous emmènent en voyage. Night Drive, leur précédent essai, privilégiait la route, la nuit, la fête, la violence. Kill For Love, lui, suit la voie de l’incandescence, des fantômes, de l’amour qui se consumme doucement au soleil. Rien de bien joyeux, avouons-le. D’ailleurs, le parti pris le plus bouleversant est sans doute ici la manière dont la désolation et la tristesse prennent progressivement le pas au fil des dix-sept morceaux. Comme si la sensualité vénéneuse des premiers titres n’était aussi qu’un leurre que le temps devait balayer. Comme le reste. Pour finir sur de plus en plus d’instrumentaux et les sonorités sourdes, presque éteintes du dernier morceau « No escape ».

Cette histoire, la bande de Johnny Jewel, l’intègre dans une autre, beaucoup plus grande. Celle de la musique. Kill for Love s’ouvre avec le titre « Into the Black », une reprise du dernier morceau de l’album Rust Never Sleeps de Neil Young, sorti en 1979. Manière de s’imposer dans la cour des grands des songwriters. De s’échapper de la seule chappelle électronique pour embrasser une pop au sens très large mêlant guitares, machines et cordes. Et de poser l’imagerie qui travaillera tout l’album : le feu, la mort… Surtout, le morceau est une réussite absolue, préservant l’émotion de l’original tout en y ajoutant d’entêtantes rythmiques. On ira danser sur vos cendres.

La suite est au niveau, à commencer par l’enjoué « Kill for Love » à l’énergie romantique toute communautive derrière son voile de noirceur (« I was waiting for change while the world just stayed the same ») et son final qui prend la forme d’une rêverie macabre (« I put a pillow right on top of my head/I killed for love »). « Burn », « flame », « light », « fire »… Les hymnes amoureux s’enchaînent ressassant les mêmes mots, les mêmes motifs sur des rythmes tantôt rapides et sexy (« Back from the grave », « The Page »…) tantôt lents et langoureux (« Lady », « Candy »…). Avec à chaque fois, la même évidence mélodique. Les ritournelles de Chromatics, toute en simplicité, nous restent coincées dans la tête (« Birds of Paradise », « At Your door »…). L’histoire d’amour, elle, s’efface peu à peu jusqu’à la mort, le ciel et les larmes. Ne laissant que la musique, immense, en lointain écho.


KidB

Into the black

The Lady

Birds of Paradise

13:42 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chromatics

30/05/2012

Beach House : la voie de la tendresse

beach-house-bloom.jpgQuatre mois passés à écouter de la musique, sans en tirer une ligne, sans compiler, répertorier. Puis vint Beach House. "Bloom". Pour "s'épanouir". Et de nouveau l'envie. De crier d'abord son amour pour dix chansons de pop mélodiques et mélancoliques. Une pierre de plus dans un univers rêveur pour lequel on avait eu le coup de foudre avec "Teen Dream" en 2010. De se plonger ensuite dans les images poétiques du duo de Baltimore. Auant le disque précédant à la pochette tout en blancheur irradiait, autant ce nouvel essai couvert de noir et lueurs claires manie avec brio le doux-amer. Car derrière l'épanouissement promis par le titre du disque nous attendent aussi au tournant les illusions perdues et la mort.

Ainsi, le monde entier comme nos esprits semblent se balancer entre promesses et déceptions. Sur "The Hours", le temps passe sans que l'on sache bien sur quel pied danser : "Change your mind, don't care about me/Change your mind, don't leave without me". Pour garder l'équilibre, chacun doit alors s'élancer sur un chemin mouvant ("Find yourself a new direction/You can't keep hanging on to all that's dead and gone" sur "Myth") et écouter sa nature sauvage ("Now, you're open wilder, it's better this way" sur "New Year"). En suspens, les questions s'accumulent : "is it getting away ?", "Is it even real ?"…

Pour parfaire l'étrange alchimie, les mélodies à la guitare et aux claviers se déploient avec grâce entre élans et contractions, parfaits écrins aux envolées vocales de Victoria Legrand. Ici, quelques lignes suffisent pour poser un personnage, une situation ("My mother said to me that I would get in trouble / My Father won't come home, cause he is seeing double/ Our windy, endless spring" sur "Wild"). Puis déjà les mots, les sons s'échappent vers autre chose. Un monde étrangement sensuel et évanescent à la fois où pour chaque rose vient avec son épine.

Peu importe dirons-nous tant qu'il y a la passion. La musique de Beach House est une nouvelle fois de celle qui nous emporte, nous transporte au cœur même de l'émotion. Un pouvoir enchanteur addictif malgré ou à cause de son voile de noirceur. Car finalement peu imorte la destination, l'essentiel est dans le chemin, la main tendue à l'autre. Coûte que coûte. "Wild in our ways/What Will You Make It/Heartless to say/Go on pretending" sur "Wild". Avancer sans être dupe. Retrouver l'envie. Joli programme.

KidB

Myth :

Lazuli :

The Hours :

17:54 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : beach house

15/04/2011

Metronomy, rêveries d'après la nuit

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Metronomy - The English Riviera

Après la nuit revient le soleil. Et le chant des mouettes pour nous accueillir au bord de la mer. Bienvenue sur The English Riviera, trip électro-pop signé Metronomy dédié à sa région du Devon. Un disque à écouter en boucles entêtantes et sexy. Un disque construit sur des basses hypnotiques et des rythmiques répétitives qui tournent et retournent dans la tête. Un disque plein de voix délicieusement fragiles qui se répondent. Un disque qui ne lâche plus notre lecteur iTunes depuis sa sortie il y a maintenant une semaine.

Si le groupe britannique a choisi de délaisser un peu le dancefloor pour des ambiances plus retro seventies, l’âme de sa musique, elle, reste la même : seul compte ce qui se passe du coté du cœur. Ainsi, Nights Out, leur album précédent, battait frénétiquement la mesure pour conjurer une douloureuse rupture sentimentale. The English Riviera a la douceur parfois un peu amère de la reconquête. « It feels so good to have you back my love », susurre Roxanne Clifford, chanteuse de Veronica Falls sur le titre « Everything Goes My Way ».

Génie mélodique

Cet afflux de voix féminines est un des tournants marquants d’un groupe en partie renouvelé. Il introduit une once de sensualité et de chaleur supplémentaires à une musique qui nous colle au corps, de la tête aux pieds. Car Metronomy n’a rien perdu ici de son efficacité électronique. Bien au contraire. Les ambiances sont désormais plus riches et variées. « We Broke Free » s’épanouit autour de guitares enlevées, « She Wants » a quelque chose de glaçant, « Trouble » prend des allures de lentes ballades vénéneuses.

Le disque compte surtout quelques sommets, des mélodies qui tuent. « The Look » impose sa force lancinante, « The Bay » rappelle les nuits échevelées de Nights Out à coups de synthétiseurs et surtout « Corinne », l’imparable coup de foudre. Sur ce titre absolument magique, il est question de cœurs serrés et d’obsession de la danse. Trois courtes minutes qui résument à merveille le génie contemporain de Metronomy.

KidB

19:04 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (68) | Tags : metronomy

28/01/2011

Crystal Fighters a la fête aux basques

Crystal-Fighters.jpg
Crystal Fighters - Star of love

Arpenter toujours de nouveaux territoires encore et toujours. Expérimenter de nouveaux mélanges. Crystal Fighters s’y attèle à la tâche. Formé de membres originaires du pays Basque et des Etats-Unis, le groupe mêle sur son premier album Star of love, des éléments électro-pop avec une instrumentation traditionnelle de la province espagnole. La txlaparta sert notamment sur plusieurs morceaux pour les percussions.

Si les racines de Crystal Fighters sont ainsi inscrites dans l’ADN de leur musique, celle-ci délaisse le passé pour se tourner vers la modernité. Plusieurs titres du disque sont ainsi dopés à l’électronique, les deux pieds dans le dancefloor. Le tout avec une bonne dose d’explosivité. L’autre partie du disque se rattache davantage à une ligne pop folk faite de guitares claires et de chœurs chaleureux. De beaux airs romantiques emplis de naïveté.

A l'abri des ombres

Crystal Fighters semble donc bien décidé à faire feu de tout bois, partageant le chant entre hommes et femmes, mais quasiment toujours en anglais. Le groupe manie aussi bien les ambiances estivales et lumineuses ou ouvertement sexy (With You) que des textures plus sombres, où l’on répète en boucle que la vie n’est faite que de solitude (Xtatic Truth). La noirceur n’est donc jamais loin qui rode, comme ce foyer qu’on fuit par peur de devenir fou (At Home).

Mais c’est avant tout l’esprit de joie et d'amour qui prévaut ici. A l’image des morceaux I Love London, véritable hymne à la fête ou de Plage, invitation à l’amour et à se prélasser sur le sable, comme une belle réponse au Let’s Go Surfing de The Drums. Dur donc ne pas céder à cette bonne humeur généralisée. « You’re the one I follow. Follow to the middle. The middle of the shadow. Far away from our sorrows »,conclut pour résumer le dernier titre (Follow). Suivez-les les yeux fermés.

KidB

15:44 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : crystal fighters

21/01/2011

Braids batifole en toute liberté

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Braids - Native Speaker

Animal Collective continue d’essaimer ses graines fructueuses, jusqu’au Canada. Native Speaker, premier album du groupe Braids, reprend les choses à peu près là où le combo américain les a laissées. Le premier morceau, Lemonade, s’ouvre sur une texture aquatique et des chants d’oiseaux au loin. La voix, elle, n’arrive qu’une minute plus tard, moitié chantée, moitiée parlée, sur une rythmique syncopée.

Une musique électronique donc à forte consonance physique. Un univers ouvert à tous les vents et d’une incroyable liberté, où s’épanouit la voix de la chanteuse Raphaelle Standell-Preston, maniant aussi bien le cri primal, la distorsion avec effets que la douceur d’un murmure. Des chœurs de ses comparses viennent compléter la riche panoplie vocale des sept petits morceaux qui forment le disque.

Etranges paysages sonores

A la fois brute et très sophistiquée, la musique de Braids fonctionne donc par accumulations de couches et de boucles, dessinant d’étonnants paysages se mêlent l’eau, le feu, l’air et la terre. Les morceaux s’étirent pour partie en longueur, laissant une large place à l’intrusion d’étranges sonorités qui donnent un sacré relief à l’ensemble. Le tout pour crier l’amour physique (« And What I, and what I found is that we / We’re all just sleeping around » dans Lemonade) ou paganisme un peu mystique (« We’re all from the same mum » dans Same Mum).

On se laisse ainsi totalement prendre par la débauche d’énergie de Plath Heart, l’univers bucolique de Glass Deers, le doux cocon amoureux de Native Speaker, la puissante obscurité de Lammicken et les fourmillements sans voix de Little Hand en cloture. Un disque plein de vie donc baigné d’une belle lumière et d’un arc en ciel de couleurs. Revigorant.

KidB

13:56 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : braids

19/01/2011

Fujiya & Miyagi au coeur de la machine

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Fujiya & Miyagi - Ventriloquizzing

A force de construire leur musique autour de la figure de la répétition, les Britanniques de Fujiya & Miyagi prennent le risque de finir par eux-mêmes se répéter. Leur quatrième album Ventriloquizzing, dans la parfaite lignée de Transparent Things et de Lightbulbs, n’échappe pas totalement à ce défaut, mais propose par ailleurs quelques intéressantes pistes de renouvellement.

Dès le titre éponyme en ouverture, nous voilà en terrain connu : une grosse ligne de basse, un chant parlé autour d’un texte pince sans rire, une mélodie au synthé. Bref, une forme de krautrock modernisée, volontairement un peu terne. Et avec Sixteen Shades of Black and Blue placée ensuite, on retrouve cette forme d’obsession mathématique qui convient parfaitement à cette musique au carré. Et le résultat est bien souvent entêtant, à l’image du Yoyo, qui n’arrête pas de monter et de descendre.

Perte d’humanité

Mais là où le groupe manie à la perfection la répétition donc, Ventriloquizzing offre aussi quelques beaux effets de variations. Si l’album forme un tout cohérent, chaque morceau a sa propre mélodie parfaitement soignée, du lent mouvement de synthé de Pills au plus rapide Tinsel & Glitter. Surtout, le quatuor s’évertue à briser la monotonie au sein même des titres. Des chœurs prennent peu à peu possession d’Universe, Cat Got Your Tongue est habité par des guitares un peu crades en fond sonore qui passent ensuite au premier plan et Minestrone est traversé de plusieurs lignes mélodiques qui se répondent.

Il faut voir dans cette volonté de dérégler peu à peu la machine plus qu’un simple jeu formel. On touche ici au cœur même d’un album qui se sert d’images et d’un ton monocorde pour dénoncer une certaine perte d’humanité. Le yo-yo est ainsi l’individu qui n’a pas de pensées propres mais va là où va le vent. Le ventriloque est de même celui qui ne fait que répéter ce que le pouvoir lui souffle. Des sentiments peu à peu amoindris par l’effet des pilules et leurs effets secondaires (Pills), fondus dans les paillettes du décor (Tinsel & Glitter). Et même quand le groupe chante : « Let me whisper in your ear and tell you it will be OK » (OK), une forme d’inquiétude s'installe. A répétition.

KidB

 

13:11 Publié dans Electro, pop | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fujiya & miyagi

17/01/2011

Anna Calvi, cet obscur objet du désir

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Anna Calvi - Anna Calvi

Du désir, de l'amour, des pulsions... Le premier album éponyme d'An­na Calvi a les qualités requi­ses pour provoquer de profonds émois. « Je voulais des chansons passionnées », s'exclame la Britannique âgée de 28 ans qui a grandi en écoutant notamment Ravi Shankar, David Bowie, Jeff Buckley ou Nick Cave.

Son disque réunit dix morceaux d'une forte sensualité peaufinés au sous-sol de son appartement pendant près de trois ans. « A un moment, j'ai cru que ma santé mentale était en danger », confie-t-elle. Les thèmes du diable et de l'obscurité ont ainsi gagné leur place sur le disque en cours de conception. « Le processus de fabrication de l'album et son inspiration ont commencé à se mêler. »

Epique et intime

Le premier titre purement instrumental, Rider to the Sea, sert de sas d'entrée dans cet univers marqué à la fois par le rock, la chanson, le classique et le flamenco. Les guitares y tiennent le premier rôle, offrant une vaste palette d'ambiances. « J'aime quand l'instrument sonne comme tout un orchestre, lâche Anna Calvi. La guitare peut donner à entendre quelque chose d'épique ou de très intime. »

Ainsi, le morceau No More Words s'approche du chuchotement amoureux quand Desire tient davantage du cri primal qui vient des tripes. First We Kiss ou The Devil débutent comme de tendres ballades avant de d'être pris dans un tourbillon de sentiments, portés notamment par de fortes vocalises. Le texte s'efface derrière les orchestrations et la puissance de la voix.

Car cette musique, qui ne ressemble à aucune autre, doit beaucoup au chant d'Anna Calvi, beaucoup dans le lâcher prise. La Britannique l'a peaufiné en étudiant longuement ses modèles : Nina Simone et Edith Piaf. Pleine d'émotions, la voix se pose ici avec une belle parcimonie. « La musique est déjà si expressive, je n'avais pas besoin que les mots en disent beaucoup », explique celle qui se dit fascinée par les toiles de Chagall et de Turner et par les films de Wong Kar-waï et de Gus Van Sant. « Des artistes qui font l'effort d'offrir quelque chose de beau. » A son image.

KidB

21:37 Publié dans pop, rock | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : anna calvi

11/01/2011

Cheval blanc, belle crinière

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Cheval blanc - Révélations et Révolutions

De Révélations en Révolutions, Cheval Blanc impose son style intimiste jusqu’à l’épure. Avec une seule ligne directrice : du sentiment, du sentiment, du sentiment. Ses douze chansons, reparties en deux mini-albums sortis l’an passé, sont ainsi chargées d’une force émotionnelle peu commune. Cheval Blanc réussit au passage un pari difficile : défendre une certaine de forme de romantisme, presqu'un peu morbide, sans tomber dans la mièvrerie.

On rencontre ici, au détour de graciles mélodies au piano ou à la guitare acoustique, des beautés criminelles, un monde qui se meurt, un chaos tout rimbaldien, une ville fantasmée ou de tendres baisers. L’amour, la vie, l’humanité… Cheval Blanc vise très haut en collant au plus près de lui-même. De son cœur.

Rêveurs et cruels, les textes de Cheval Blanc imposent une écriture précise, très travaillée («Tu n’es pas aussi vicieuse que tes jambes le disent/Tu es une petite pisseuse, une gourmandise» dans L’amour est en guerre)... Des états d’âmes, posés comme en suspension, et emportés par des jeux de répétitions et d’échos. Et une voix, belle dans es imperfections.

 

Orchestrations précieuses

Ancien du groupe rock alternatif No One is Innocent, Cheval Blanc s’épanouit donc ici dans tout autre style : poétique fait d’orchestrations toujours précieuses, mais plus ou moins complexes. Révolutions, surtout, marque un terrain de jeu élargi à un beat électronique (La révolution est un jeu d’enfant), l’intégration d’une bande de voix (Du chaos), des claquements de main (Aclarté)…

La plus troublante des réussites reste peut-être Indolence et son beau motif de piano répétitif qui clôt Révélations. Le texte s'y suffit presqu'à lui même :


« Simplement, doucement. Exister pour s’écrire. Dans le livre du temps. Aimer le fait de vivre, comme un don du néant. Sans dolence, ni violence. Seulement savamment. Accepter de grandir dans les roseaux du temps. En jouant l’indolent, je continue de rire. Comme un jeune éléphant, face à l’achèvement, à l’idée de mourir, à la vue du grand blanc. »

KidB

A lire également : le blog de Cheval Blanc.

11:45 Publié dans Chanson, pop | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : cheval blanc

22/10/2010

Frappés par la crise du Marchet

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Florent Marchet - Courchevel

La messe du « 20 heures ». Un soir d’été. Toute la famille réunie devant la télé. En ouverture du journal, une foule de vacanciers. Ils ramassent des coquillages sur l’île de Ré. Les Marchet, eux, n’avaient pas la chance. Ils n’avaient pas les mêmes vacances. Le cadet, Benjamin, pense à son ami, parti l’hiver dernier à Courchevel. Il semblait avoir tout pour lui à Noël. Mais son cœur s’est éteint au retour du soleil.

Benjamin a la vingtaine bien passée, des rêves d’ados pleins la tête. La liberté en chœur, la solitude en fête. Toujours ses fringues d’étudiants. Qu’il est touchant. Parfois, on dirait qu’il n’a que nous. A côté, sa sœur, a l’esprit ailleurs. A son idole, un peu folle, rencontrée, rue du Bristol. Dévêtue, ras du sol, elle fut abattue en plein vol. L’effet des drogues, de l’alcool. Pour la mère, quelle angoisse. Depuis peu, elle se tracasse. Le bonheur n’est donc qu’une coquille creuse. Il faut qu’elle s’y fasse. Le cœur arrachée, ne lui reste plus qu'à prier.

A l’écran, un fait divers. A Roissy, un avion en feu. Des voix qui se sont tues. Lui avait hâte d’embrasser les paupières de l’aimée. Il demande : « As-tu trouvé les bagages ? La tête dans les nuages. » Pas de réponse. Juste un trou dans le cerveau. Un peu plus tard, ce sont deux corps d’enfants retrouvés au large. Pas loin de Narbonne-plage. Les parents s’étaient assoupis. Laissant dériver le bateau bleu et jaune de leurs petits. Benjamin pense dans sa tête. Jamais on ne saura. Si les enfants au fond. Ont pu du bout des doigts. Caresser l’horizon.

Son esprit divague. Un tube pop entendu à la radio. Mélodie entêtante, gimmick synthés, montée de cuivres qui tue sur le refrain. Et ce texte mordant : Frappe dans tes mains. Remonte la pente. Allez on chante. Avec ma tête qui fait peur. Si au moins j’étais chômeur. Non je ne suis pas un champion, je ne vais pas gagner des millions. Adieu petit univers. J’ai autres choses à faire. Adieu la famille Kinder. Sa famille à lui a une tête d’enterrement. Depuis tout petit, il se demande pourquoi sont-ils si tristes. Il sent bien qu’on lui cache des choses.

Ce que son père lui cache. C’est qu’au fait, lui aussi, la charrette, il en fait partie. Les vacances surprises des enfants, c’est tant pis. Il pense à son usine, ses années de labeur. La vie passe trop vite. Quel est le prix du mérite. Quand on est jeté comme ça. Hors-piste. Son visage devient blême quand à l’image, on suit un type comme lui, dépassé par ses problèmes. Plus de comptes à rendre, de rendez-vous, de choses à vendre. En fond, une musique. Mélancolique. Qui je-suis ? Dis moi, qui je suis. Plus rien du tout…


KidB

13:01 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : florent marchet

 
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