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11/02/2011

The Streets : "Quasiment personne ne fait de musique vraiment novatrice passé 30 ans"

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The Streets, un des fers de lance du renouveau du rap dans les années 2000, passe la main. Mike Skinner avait su proposer une approche humaine et inventive du hip-hop à l'heure où le gangsta-rap régnait en maître. Une contre-révolution menée depuis la Grande-Bretagne. The Streets vient ce mois-ci de sortir un cinquième et dernier album (Computers and Blues), suivi d'une mixtape (Cyberspace and Reds) et d'un ultime titre postérieur à cet interview donné au Guardian intitulé Close the Books. Rencontre avec un jeune père, qui tourne une page de sa vie.

 

Sur ton premier album, une chanson s’appelait Let’s Push Things Forward. As-tu l’impression d’avoir réussi ?

J’ai toujours essayé en tout cas. C’est même ce qui m’a toujours motivé avec ma musique. Mais l’important, ce n’est pas l’effort, mais le résultat. Et j’ai probablement réussi à faire avancer les choses d’une certaine manière au tout début de ma carrière. Ma musique a influencé le travail d’autres artistes. Mais depuis, ça n’a pas toujours aussi bien marché.

Tu as toujours fait l’effort de rendre compte de choses très contemporaines. Sur Computers and Blues, il y a ainsi une chanson sur Facebook...

C’est aussi pour cela que je compte arrêter. A un certain âge, on n’a plus très envie de faire avancer les choses et je ne veux pas qu’on dise de moi que je n’ai pas essayé.

Tu penses avoir atteint la limite de ce que tu peux proposer ?

Quasiment personne ne fait de musique vraiment novatrice passé trente ans. On essaie de faire un film en ce moment. Pour moi, c’est un rythme de travail qui correspond mieux à mon âge que les tournées.

Et le cinéma est une vraie continuation de votre écriture…

Chacune de mes chansons est comme un petit script. Ca me prend beaucoup de temps d’écrire un album pour The Streets. Les beats et la mélodie me viennent assez vite, mais après raconter l’histoire de la manière la plus parfaite possible demande beaucoup de travail. Enfin, la plupart du temps.

Avec beaucoup de réécritures ?

Enormement. Mais le résultat doit paraître naturel. Il ne faut pas que ça fasse trop écrit, que les gens se disent que j’y ai passé des heures. Il faut que l’écoute soit facile, comme si c’était vos propres pensées. J’ai essayé de me laisser aller à prendre en note un flux de conscience, mais le résultat était vite ennuyeux.

Vous aviez le titre de l’album, Computers and Blues dès le début ?

C’est la seule chose qui m’a vraiment guidé pendant toute la création du disque. Au départ, je souhaitais quelque chose de très futuriste et dansant. J’ai écrit beaucoup de chansons autour de robots, mais elles n’étaient pas assez humaines. Elles n’avaient aucun sens alors je les ai laissé de côté. Ensuite, j’ai développé tout notre rapport à la technologie. Les deux chansons dont je suis le plus fier sont sans doute OMG sur Facebook et Blip on a screen, l’histoire d’un père à une échographie. Les deux parlent au final de l’humain.

La technologie est aussi très présente dans la musique par le biais de l’électronique, d’effets sur les voix…

Je ne réfléchis pas trop à la musique. C’est assez automatique pour moi. J’essaie juste de garder ce qui pour moi sonne le mieux sans trop théoriser. Je pense qu’on trouve sur Computer and Blues, un peu tout ce que j’avais expérimenté sur mes albums précédents.

Le disque dresse un tableau assez large de l’expérience humaine, développant aussi bien une vision positive que négative de l’intégration de la technologie à nos vies…

On ne change pas génétiquement. Le futur de l’espèce humaine risque donc bien de ressembler à notre passé et à notre présent. On a toujours les mêmes forces et les mêmes faiblesses.

Et vous essayez toujours de garder une note d’humour...

Aujourd’hui, on manque un peu de confiance en nous pour aborder la vie et les choses de manière sérieuse. Si je me prends trop au sérieux, je sens qu’il y a quelque chose qui coince. L’ironie a quelque chose de très philosophique quand on y pense. On y arrive parce que c’est la posture qui nous semble la plus adaptée. Le bien et le mal sont de pures inventions. Scientifiquement, il est très facile de prouver que la moralité n’existe pas. Donc, il vaut mieux prendre le parti de rire des choses. La vie est si pleine de paradoxes.

 

 

Est-ce que vous lisez beaucoup pour composer vos albums ?

Je ne fais pas de recherches proprement dites, mais oui je suis toujours entrain de lire. Certaines de mes chansons sont directement inspirées de lectures. Mais au final, mon point de vue sur les choses ne change pas du tout au tout. C’est pourquoi les artistes risquent rapidement de devenir ennuyeux. Une fois que ce qui fait notre personnalité unique a été révélé, il devient très difficile de se renouveler en utilisant le même médium.

Vous pensez que c’était compliqué de survivre au succès de vos premiers albums ?

Au succès non, mais à leur nouveauté très certainement. Après j’ai su encore innover, mais les changements étaient moins forts. On attend des artistes qu’ils nous amènent à l’étape d’après. Pas qu’ils répétent ce qu’ils savent bien faire. Chaque album a été pour moi une réinvention. Peut-être moins pour l’auditeur.

Vous venez aussi de mettre en ligne une mixtape Cyberspace and reds. Quel rapport ont ces chansons avec l’album ?

J’ai fini l’album cet été et le label ne voulait pas le sortir pour Noël. J’ai donc profité du temps libre que j’avais pour continuer à écrire un peu. Surtout, ça faisant longtemps que j’avais envie de collaborer avec les MC britanniques qui remixent mes morceaux. Ce n’était pas quelque chose dans lequel je me suis très investi. C’était plus une manière de passer le temps. C’est très facile de composer rapidement comme ça, mais il n’y a pas l’effort que je mets habituellement dans mes disques. Les textes sonnent bien, mais n’ont pas beaucoup de sens. Par contre, il y avait beaucoup d’enthousiasme.

Les préoccupations se recoupent avec les textes de l’album. Il y est question de robots, de remise en cause de la vie privée…

Les deux ont été enregistrés l’uns après l’autre. Il est normal qu’il y ait quelques recoupements.

Vous avez aussi mis en ligne des vidéos humoristiques sur YouTube

C’est un moyen de toucher les gens autrement que par la musique ou les interviews. C’était aussi un petit entraînement pour le film que l’on va tourner.

De quoi êtes-vous le plus fier après dix ans de carrière ?

Ce dont je suis le plus fier, c’est sans doute la chanson Never Went to Church, sur mon troisième album. Il y a cette qualité humaine, que je cherche en composant [le titre rend hommage à son père, récemment décédé]. La mélodie, trouver le bon son, c’est de la mécanique. Une grande chanson, il faut qu’elle touche à quelque chose de plus profond. Du moins, dans ma musique.

Une chanson comme ABC, c’est plus ludique…

Il faut varier les plaisirs, les tons. Faire des choses différentes. Il est dangereux de créer à partir d’une formule. Tous les artistes luttent pour ne pas se répéter. Moi, je compose plusieurs chansons, qui se ressemblent en peu. Après, reste à garder la meilleure. Puis j’essaie une autre direction. Et je refais la même chose. A chaque fois, il faut ensuite s’éloigner le plus possible de chaque formule pour créer quelque chose de surprenant.

Vous faites appel à beaucoup de chœurs et d’autres voix dans vos chansons…

Je le fais depuis le début pour rendre le résultat moins ennuyeux. Sinon, on entendrait que moi entrain de parler pendant quarante-cinq minutes. Mélodiquement, je tiens la route, mais je n’aime pas le timbre de ma voix.

Le début et à la fin de l’album ressemblent à un rêve…

Je n’ai pas fait de rapprochements intentionnels entre les deux, alors que ça m’est arrivé sur d’autres disques. Outside Inside n’avait pas été composée pour être spécifiquement en ouverture. C’est après que je me suis dit que ça collait là. Lock the locks, je savais sans doute en l’écrivant que ce serait la dernière chanson de l’album. Mais ce n’est pas la dernière que j’ai écrite. La vraie dernière, c’est celle qui conclut la mixtape. Là, c’était un peu triste.

Depuis peu, vous êtres père. Est-ce que ça a changé les choses ?

Un petit peu. J’ai plus de recul sur certaines choses qu’auparavant. Le plus important, c’est que son enfant vive. Mais je savais bien avant que j’arrêterai The Streets après cinq albums.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Là, on a la dernière tournée. Pour au moins un an et demi. Puis j’ai ce projet de films. Ca m’amènera vers 35 ans. Après, je me vois bien devenir un simple producteur. J’ai pas mal de demandes.

Comment se passera la tournée ?

Elle a débuté samedi dernier. On avait pas mal de pressions. Tout s’est bien passé. On voit la fin. On sait ce qu’il reste à faire. C’est assez agréable.

Vous vous imaginez écrire ?

J’aime écrire sur le blog, mais je n’ai pas la patience pour un roman. Par contre, je coécrit une autobiographie à l’aide d’un journaliste.

Que pensez-vous de l’émergence de la scène rap britannique ?

J’y ai certainement contribué à mes débuts, mais aujourd’hui, je n’ai pas le sentiment d’en faire partie. A part Dizzee Rascal, qui a à peu près mon âge, ils sont plus jeunes maintenant. C’est comme ça que les choses doivent se passer. Une nouvelle génération prend le relais.

Recueilli par KidB

15:32 Publié dans Interview, Rap | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : the streets

29/01/2010

Jay-Z : "Il faut être à la fois musicien et businessman pour s'en sortir"

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Sean Carter, jeune enfant élevé seul par sa mère à Brooklyn, est devenu depuis le milieu des années 1990, un des rappeurs les plus en vue de la planète. Sa fortune est estimée par la magazine Forbes à 1,3 milliards de dollars. Rencontre vendredi dernier quelques mois après le succès de son dernier disque «The Blueprint 3».

D’où vient ce nom de «Jay-Z»?

Enfant, j’essayais de me tenir comme un grand dans la rue. Les gens du quartier disaient : «C’est le petit jazzy», qui voulait dire cool en argot. En grandissant, je me suis lassé du surnom. C’était un peu trop flamboyant, alors je l’ai transformé en Jay-Z.

Depuis vous avez été n° 1 des ventes aux Etats-Unis pour onze de vos albums, un de plus qu’Elvis Presley

C’est quelque chose dont je suis très fier. Surtout en faisant du rap. Dans ce genre, les carrières ne sont pas si longues. On pourrait dire qu’en matière de rap, une année en vaut sept. J’ai donc déjà 105 ans de carrière derrière moi.

Multimillionnaire, marié à Beyoncé… Tout semble vous réussir. Pourquoi continuer?

Je fais de la musique de manière très égoïste. C’est d’abord pour moi parce que j’aime ça. J’ai besoin de me mettre au défi. Quand je compose, j’essaie juste de faire la meilleure musique possible, en essayant d’être fidèle à ce que je suis dans la vie.

En 2003, vous aviez pourtant annoncé votre retraite…

J’étais à bout. Je n’en pouvais plus. Je pensais vraiment ne plus faire de disques. Puis deux années plus tard, j’ai senti une douleur en moi. Il fallait que j’y retourne.

La concurrence vous motive?

Bien sûr. Le rap, c’est comme un sport de haut niveau. Pour réussir, il faut être très compétitif.

Vous déclariez il y a quelques mois que votre dernier album «The Blueprint 3» était un de ceux qui vous a donné le plus de fil à retordre…

Il m’a demandé beaucoup d’efforts. J’ai le sentiment d’avoir ouvert de nouvelles perspectives dans ma carrière et le hip-hop en général. Je suis d’ailleurs prêt à faire un nouveau disque. Je sais maintenant ce que j’ai envie de faire.

Votre ambition aujourd’hui dépasse largement le rap?

Le rap n’est qu’une musique parmi les autres. On se sert de mots, de mélodie. Je ne veux pas me limiter. J’ai grandi en écoutant tout un tas de musique. Pour moi, ce n’est pas un souci. J’ai toujours eu l’esprit ouvert. J’apprécie aussi bien Ol’ Dirty Bastard, Linkin Park que les Kings of Leon.

Mais aujourd’hui, il est plus facile de mélanger les genres?

Oui, et c’est une bonne chose. J’espère d’ailleurs avoir aidé à ouvrir les esprits.

Run this Town :

 

Votre musique a d’ailleurs été utilisée dans plusieurs mash-up comme le «Grey Album» de Danger Mouse?

C’était un bon disque. Pour encourager les artistes à se servir de mes chansons, je mets à disposition des versions a cappella de mes titres. Ca m’amuse beaucoup de voir le résultat. J’adore "Jaydiohead" (mash-up Jay-Z/Radiohead) par exemple.

Vous mettez toujours en avant de jeunes artistes sur vos disques?

J’écoute beaucoup de musique et je trouve que c’est une bonne chose d’aider ceux qui ont le plus de talent. Pour mon  nouveau label, Roc Nation, j’essaie de repérer les meilleurs. Côté producteurs, j’ai été un des premiers à faire travailler Timbaland ou Kanye West.

Pourriez-vous produire vous-même vos disques?

Je ne pourrais pas. Ca prend déjà tellement temps de finaliser le concept et les paroles. S’il fallait en plus produire, perfectionniste comme je suis, je ne m’en sortirais pas. Jeune, je produisais un petit peu, mais je me suis arrêté très tôt. Peut-être que si j’avais continué dans cette voix…

Vous êtes connu pour ce flow souple et élégant, capable de se jouer de rythmes rapides ou lents. C’est quelque chose que vous avez beaucoup travaillé ?

Plus jeune, bien avant de sortir mon premier disque, j’étais constamment entrain d’écrire des textes et de les chanter a cappella. Je n’avais pas de musique alors je passais du temps à travailler à ce flow. Des heures et des heures, comme un maniaque jusqu’au petit matin. C’est la première chose que j’ai maitrisé. Ensuite, avec un peu plus d’expérience, j’ai eu des choses à raconter.

Votre enfance a été très formatrice…

Ce passage difficile m’a servi à avoir la motivation pour réussir. Mon enfance m’a appris la vie. Par la suite, tout s’est parfaitement emboîté. Je n’ai sorti mon premier disque qu’à 26 ans. Ca m’a laissé du temps pour mûrir. J’avais déjà mes 10 000 heures au compteur.

Vous restez d’ailleurs très attachés à vos racines, Brooklyn…

Le quartier pourrait être crédité comme auteur associé. C’est ma muse. C’est là que je suis devenu la personne que je suis aujourd’hui. Il est normal que j’essaie de lui rendre un petit peu de ce que j’ai.

Death of Auto-tune :

 

Vous avez toujours été intéressé par le côté business de la musique. Dès 1996, vous fondiez votre propre label…

Ce n’était pas un coup de génie. Aucun label ne voulait me signer alors on a monté notre propre maison de production (Roc-a-fella). Aujourd’hui, il faut être à la fois musicien et businessman pour s’en sortir. Très peu touchent de vrais bénéfices avec la crise du disque. Les fenêtres se réduisent. Une ou deux erreurs, et ta carrière peut se retrouver à la poubelle. Surtout, pour les jeunes artistes.

Comment gérez-vous vos relations avec les grosses maisons de disque ?

Il faut se créer son espace de liberté. La position idéale, c’est bien sûr de ne pas avoir besoin de l’argent des autres. Là, tu fais ce que tu veux. Placés dans une situation difficile, certains vont abandonner ce en quoi ils croient. Certains vont se conformer à certaines formules qui ont du succès en espérant en avoir aussi. L’art se retrouve sacrifié au final.

Dans vos chansons vous critiquez les morceaux faits pour être des sonneries de mobiles, l’auto-tune (logiciel de correction des voix)…

C’est des sujets un peu compliqués à aborder pour moi. Parce que je vais continuer à en vendre des sonneries. Mais quand je parle dans mes disques, c’est au nom de mon amour pour la musique. Si tout le monde fait la même chose, pourquoi posséder plus d’un album de rap. Autant se tourner vers des genres plus créatifs. En même temps, tout le monde veut le même succès que les autres. Mais, l’art véritable s’apprécie sur le long terme. Même si tu ne vends pas tout de suite, d’autres vont se nourrir de ce que tu as fait.

Certains prétendent qu’aujourd’hui le rap est mort…

Le genre est encore jeune. Il fait face pour la première fois à un mur. Il faut qu’on réfléchisse à quelle musique on veut faire. Kanye West, Drake sont déjà entrain d’ouvrir de nouvelles portes. On est arrivé au bout de la formule Gangsta Rap. Il faut maintenant essayer quelque chose de différent.

Vous venez de composer une chanson pour Haïti avec Bono. Comment s’est lancée cette initiative ?

Tout s’est fait il y a quelques jours. Moi, j’avais des réserves sur le projet quand le producteur Swiss Beatz et Bono me l’ont présenté. Il y a une vraie différence entre faire un spectacle pour dire qu’on aide les gens et aider vraiment les gens. J’ai dit à Bono : « Je ne veux pas faire ce genre d’opérations si on est pas sûr que l’argent sera bien utilisé sur le terrain ». J’avais déjà donné beaucoup d’argent à La Nouvelle-Orléans au moment de l’ouragan Katrina, mais je n’étais pas à l’aise avec ça. Je ne m’étais pas assez assuré que mes dons serviraient vraiment. Il m’a répondu qu’à part U2, sa vie était consacrée à ça. Il allait se renseigner. Il a fait ses recherches et trouvé une super organisation. Alors, on est allé de l’avant.

Que pouvez-vous nous en dire ?

Je ne sais pas quand la chanson va sortir, mais on doit la chanter pour la première fois ce soir (vendredi dernier à l’occasion du programme télé Hope for Haïti Now. Tout a été très vite. Je n’ai même pas encore entendu le mix final. Espérons que tout se passe bien. Il faut se rendre compte que le rap, ce n’est pas comme une chanson rock. Les textes sont beaucoup plus longs à apprendre. Pour moi, c’est difficile d’aller aussi vite.

Recueilli par KidB

Stranded (Haïti mon amour) :

09:50 Publié dans Interview, Rap | Lien permanent | Commentaires (64) | Tags : jay-z

15/11/2009

Sole contre tous

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Sole and the skyrider band – Plastique (J’AIME : BEAUCOUP)

L’optimisme qui a regagné les Etats-Unis depuis la fin de l’administration Bush et l’élection de Barack Obama n’a pas encore touché Sole and the skyrider band. Le rappeur américain, fondateur du label Anticon, se présente une nouvelle fois avec son dernier album « Plastique » comme la mauvaise conscience de l’Amérique. Pointant sa plume et ses beats dans toutes les plaies possibles.

Poursuite de la guerre en Irak, paranoïa sécuritaire, inégalités sociales grandissantes, individualisme rampant, culture superficielle de la célébrité… Les sujets de colère ne manquent pas pour Sole. « These words are weapons », avance le rappeur pour qui la musique est clairement un terrain de luttes pour changer les consciences. « I close my eyes all I see is blood / all anyone wants is a soft bed in a cell » (« Black »).

Riffs électriques et flow rageur

Les neuf titres de « Plastique » se présentent ainsi sous la forme de longues logorrhées portées par le flow rageur de Sole. La musique, elle aussi, se fait généralement agressive à l’aide de rythmiques tapageuses, de riffs électriques ou de beats électroniques grésillant. Une atmosphère un peu plus plombée par de beaux arrangements de cordes qui ajoutent une touche de mélancolie supplémentaire.

« It’s lonely at the top / But it’s lonelier underground ». Sole se fait avec « Plastique » le porte-parole des défavorisés, ses grands perdants de la modernité. « This song’s about nothing cuz nothings gonna love you back / and nothing’s gonna pay your rent / Nothing’s waiting on your in the end. » Peu d’artistes sont en cela aussi fidèle à l’esprit contestataire des débuts du rap. Une filiation clairement assumée ici : « I’m pissin in the wind for Tupac and Biggie for Pete Seeger and Woodie. » Le combat continue.

KidB

Battlefields :

19:16 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sole

27/10/2009

Raekwon, parrain en chef

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Raekwon – Only Built 4 Cuban Linx Part II (J’AIME : Beaucoup)

En 1995, le rappeur Raekwon, membre du collectif The Wu-Tang Clan, sortait un premier album solo influencé par tout un tas de films sur le crime organisé. Produit par RZA, « Only Built 4 Cuban Linx » allait repopulariser le style Mafioso rap. Quatorze ans plus tard, Raekwon redonne vie à ses personnages en faisant appel à un panel de grands producteurs de RZA à Dr Dre en passant par J Dilla.

« Only Built 4 Cuban Linx Part II » multiplie lui aussi les allégeances au cinéma. Le titre « Black Mozart » est une adaptation du thème du « Parrain ». Et plusieurs morceaux intègrent des extraits de dialogue de « The Killer » de John Woo ou de films de sabre et de kung-fu. Comme pour les albums du Wu-Tang clan, beats et instrumentaux plébiscitent une approche cinématographique à base de samples de vieux titres soul, d’arrangements de cordes et de synthés inquiétants.

La voix de la rue

Porté par le flow grave et sombre de Raekwon, accompagné ici de ses comparses du Wu-Tang Clan Ghostface Killah, GZA, Method Man ou Inspictah Deck, l’album cherche à donner une voix à la rue à travers ces fictions mythologiques. Trafics de drogue, cadavres qui s’accumulent… « It’s cold outside », rappellent les rappeurs autour d'une narration plutôt distendue qui donne corps au quotidien de la petite criminalité. Un couteau entre ses dents.

« Only Built 4 Cuban Linx Part II » déploie une belle agressivité qui sied autant au monde des gangsters qu'à celui de rap. Dans les deux mondes, pour faire sa place, il faut du mordant et de la sagesse. Pour arriver au sommet comme y rester. L'album évoque ainsi en filigrane la montée de toute une génération de rappeurs qui a pris le pouvoir dans les années 1990, non sans y perdre des plumes. « Ason Jones » rend un vibrant hommage à Old Dirty Bastard décédé en 2004.

KidB

House of flying daggers :

Ason Jones :

About me :

21:17 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : raekwon

29/09/2009

Dizzee Rascal entube avec énergie

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Dizzee Rascal – Tongue n’cheek (J'AIME : Passionnément)

Dizzee Rascal passe la vitesse supérieure. Le rappeur britannique a décidé de détourner un peu son regard de la scène hip-hop du sud des Etats-Unis pour jeter un œil à la musique jouée depuis vingt ans dans les clubs du Vieux continent. Le résultat s’appelle « Tongue n’cheek », quatrième album explosif, parfaitement taillée pour les dancefloors, sur lequel s’invitent son jeune compatriote Calvin Harris et le DJ américain Armand Van Helden.

Les deux artistes électro s’ont d’ailleurs derrière les trois tubes imparables qui ont permis à Dizzee Rascal de squatter la tête des charts britanniques. Dès l’ouverture du disque, « Bonkers » attrape l’auditeur par les jambes pour ne plus le lâcher avec son énorme ligne de synthé bien grasse et ses rythmiques infernales. Trois minutes plus tard, c’est « Dance With me » et ses entêtantes lignes de synthés qui squatte nos synapses avant que « Holiday » et son refrain pop ne vienne les déloger en fin d’album.

Des textes peu édulcorés

Le flow rapide au timbre si particulier de Dizzee Rascal colle parfaitement à l’énergie dégagée par la musique le temps des onze titres que compte le disque. Le rappeur se joue au maximum des sonorités des mots qu’il met en bouche, n’hésitant pas à agrémenter ses compositions de quelques cris et onomatopées. Les influences reggae de « Can’t tek no more » ou R’n’B de « Chillin wiv da man dem » n’apportent ainsi qu’un repos tout relatif au cœur d’un album littéralement survolté.

Si, musicalement, « Tongue n’cheek » ne laisse que peu de place à la finesse, l’album s’appuie sur des textes beaucoup moins édulcorés. La rage du conducteur au volant (« Road Rage »), de délirantes aventures sexuelles (« Freaky Freaky ») ou la course aveuglée à la célébrité (« Dirty Cash ») font partis des thèmes explorés par Dizzee Rascal. Mais le rappeur n’en oublie pas de garder un regard amusé sur le monde qui l’entoure, bien déterminé à apporter une bonne dose de fun à un quotidien pas toujours rose. Allez relancez une nouvelle fois « Bonkers », la récréation peut recommencer.

KidB

Bonkers :

Dance with me :

Holiday :

16:57 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : dizzee rascal

25/09/2009

Amanda Blank, c'est bien aimable

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Amanda Blank – I love you (J'AIME : Beaucoup)

Girl Power. La grande famille des chanteuses electro pop rock excentriques (MIA, Santigold, Ebony Bones) accueille une nouvelle venue : Amanda Blank. Déjà remarquée au côté du brillant combo Spank Rock, l’Américaine sort un premier album « I Love You », dont la seule liste des producteurs – Diplo, Switch, XXXChange – fait saliver d’avance.

Mais si Amanda Blank s’appuie sur l’équipe qui a composé une partie des tubes de MIA ou de Santigold, la jeune femme développe un style propre à elle, beaucoup plus influencée par le hip-hop que ses consœurs. Son flow grave entre chanté-parlé a notamment un sacré mordant. Sur les titres les plus rapides, il frappe l’auditeur comme un uppercut.

Tantôt fragile, tantôt guerrière

Les productions, elles, font largement appel à l’électronique des synthés compressés de « Make-Up » à la boucle hip-hop de « Lemme Get somme » en passant par les rythmiques entraînantes de « Make It Take It ». Sans être taillée pour les clubs, la musique d’Amanda Blank s’adresse beaucoup à nos pieds. L’entêtant « DJ » raconte ainsi l’histoire d’une fille qui se donne sur la piste de danse toute une nuit afin d’oublier la douleur d’une rupture.

Tantôt fragile (« Shame on me »), tantôt guerrière (« Leaving you behind »), Amanda Blank dévoile dans « I Love You » de multiples facettes. Et si l’Américaine, en bonne rappeuse, parle ouvertement de sexe (« Might Like you better if we slept together »), elle ne cache pas non plus ses besoins d’affection sur « A Love Song » (« I need a boy who is as sweet as a dove »). Crue ou tendre, elle incarne en tout cas une femme qui n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. Les hommes n’ont qu’à bien se tenir.

KidB

A love song :

Might Like You Better :

DJ :

18:54 Publié dans Electro, pop, Rap | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amanda blank

22/09/2009

Kid Cudi a bien grandi

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Kid Cudi – Man on the moon : the end of day (J'AIME : Beaucoup)

« Man on the moon : the end of day », le premier album de Kid Cudi ne manque pas d’arguments pour attirer notre attention. D’abord, on y trouve deux collaborations de nos chouchous, le duo électro-rock Ratatat et leur son psyché reconnaissable entre tous. Puis il y a la présence de MGMT sur un titre, Common à la narration et, sans surprise, le grand Kanye West à la production. Kid Cudi, originaire de Cleveland, avait collaboré l’an passé à l’écriture de plusieurs titres de l’album « 808’s & Heartbreak ».

« Man on the Moon » se situe d’ailleurs clairement dans la lignée du chef d’œuvre de Kanye West, avec son instrumentation minimaliste faite de rythmiques légères, de boucles de synthés et d’arrangements de cordes. Le flow coulant de Kid Cudi entre phrasé parlé et chant mellow éloigne un peu plus les compositions d’un hip-hop traditionnel pour basculer dans un univers pop biberonné au rap comme au rock ou à l’électro. Il manque juste au jeune débutant le jusqu’auboutisme et l’efficacité de Kanye pour pouvoir prétendre jouer dans la même cour que son aîné.

La revanche de l’ado mal dans sa peau

Construit comme un film en cinq actes, le disque raconte l’histoire d’un jeune homme solitaire, traumatisé par la mort de son père, qui prendra sa revanche sur le monde en devenant une star du rap. Kid Cudi y expose sans fard les cicatrices de son adolescence. « They all didn’t see / The little sadness in me », clame-t-il sur « Soundtrack 2 my life ». « My World » est de même un petit bijou de mélancolie autour d’un enfant enfermé dans sa chambre. Quant au tube « Day N Nite », c’est un morceau hanté par une solitude cachée derrière un entêtant gimmick de synthé.

Mais heureusement Kid Cudi n’est pas du genre à baisser les bras. Porteuse d’un message d’espoir, sa musique nous pousserait même plutôt à les lever sur les pétillants « Enter Galactic » ou « Up, up & Away ». De « Cudi Zone » à « Pursuit of Happiness » avec MGMT et Ratatat, « Man on the Moon » est une célébration des drogues douces, du sexe (« Make Her Say » avec Common et Kanye West samplant le « Poker Face » de Lady Gaga) et du pouvoir de l’imagination. Ou comment parvenir à s’envoyer en l’air et décrocher la lune. A 25 ans, la fusée Kid Cudi a en tout cas réussi son lancement. A lui de prouver qu’il peut aller encore plus haut.

KidB

Day N Night (Crookers remix) :  

Make Her Say (feat. Kanye West et Common) : 

Pursuit of happiness (feat. Ratatat et MGMT) :

 

14:04 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (34) | Tags : kid cudi, ratatat, mgmt, kanye west

14/09/2009

Jamie T., melting top

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Jamie T. – Kings & Queens (J'AIME : Passionnément)

Si depuis quelques années il se dit beaucoup que les genres musicaux ne riment plus à grand-chose, peu d’artistes l’appliquent avec autant de détermination que Jamie T. Le jeune britannique âgé de 23 ans vient de sortir « Kings & Queens », un deuxième album, qui plus encore que son premier essai « Panic Revolution », mêle avec génie influences hip-hop, rock, pop et reggae.

Jamie T. n’hésite pas ainsi à se servir de tous les instruments qu’il a à sa disposition : guitares électriques et acoustiques, basses, piano, ukulélé, arrangements de cordes, batterie, chœurs, clappements de main… « Kings & Queens » offre surtout une maîtrise du sample pop digne d’un Kanye West, à l’image de la douce voix de Joan Baez qui ouvre le morceau « Earth, Wind and Fire ».

Débauche d’énergie

Si les arrangements sont très différents d’une chanson à l’autre, l’album trouve sa cohérence dans la débauche d’énergie dégagée par le rappeur. Son flow très rapide, qui rappelle par moment Eminem ou Mike Skinner de The Streets, fait notamment merveille sur le titre « Sticks ‘n’ Stones » ou « Chaka Demus ». La ballade « Emily’s Heart » à l’inverse révèle une facette tendre, jusqu’ici peu explorée par le chanteur.

Mais inutile de chercher de romances à l’eau de rose chez Jamie T. Le Britannique est davantage inspiré par la violence de la rue que par la joliesse des sentiments. Plus que les larmes, c’est ainsi littéralement le sang qui coule sur « 368 », « Sticks ‘n’ Stones » et « Emily’s Heart » tandis qu’« Hocus Pocus » honore les rêves brisés. Humour et conscience sociale (« Castro Dies ») font ici bon mélange. Et c’est avec évidence que Jamie T. rend hommage au punk sur « The Man’s Machine ». Keep on rocking !

KidB

Castro Dies :

Sticks 'n' Stones :

Earth, Wind and Fire :

12:47 Publié dans pop, Rap, rock | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : jamie t.

04/09/2009

Bike for three !, joli tandem

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Bike for three ! – More heart than brain (J'AIME : Beaucoup)

Ils ne se sont jamais rencontrés, mais sortent déjà un premier album ensemble. Le rappeur canadien Richard Terfry, plus connu sous le nom de Buck 65, et l’artiste électro belge Joëlle Phuong Minh Le (Greetings from Tuskan) ont fait connaissance via MySpace et s’échangent depuis idées et fichiers audio. Sous l’étrange appellation de Bike for three !, ils ont publié
« More heart than brains », un disque à la frontière de leur deux univers.

Buck 65 s’est occupé des textes et du chant, Greetings from Tuskan des arrangements électroniques. Tout deux se retrouvent à égalité sur l’album, mixés à la même hauteur. La voix rauque de Richard Terfry va au choc avec les boucles et les nappes de la Belge. Et les rythmiques s’accordent au phrasé du rappeur, par moments samplé ou accompagné de vocoder.

Une humanité en souffrance

Sur la plupart des quinze morceaux du disque, Buck 65 et Greetings from Tuskan dessinent des atmosphères orageuses, emportées par le débit rapide et les tons graves du Canadien. Certains titres plus lents et lancinants se font davantage mélancoliques à l’image d’« Always I will miss you. Always you ». D’autres encore passent d’un état à l’autre. « There is only one for us » s’ouvre ainsi lentement avec des nappes de cordes avant de se déchaîner. Une variation de rythmes menée aussi bien par la voix que la musique.

« More heart than brains » est l’occasion pour Buck 65 d’exorciser ses peines. « I’m so lost », répète-t-il en boucle sur le morceau « No Idea How ». Dans les textes, il est ainsi beaucoup question de cicatrices, de solitude et du vide, Une humanité en souffrance mais bien vivante : « We need to feel pain to know we’re alive » (« The Departure »). « All there is to say about love » apporte alors la solution. Comme pour Richard et Joëlle, le réconfort vient du partage :. « Over the phone, it’s good to know we’re not alone. ».

KidB

No idea how :

All there is to say about love :

03/09/2009

Jay-Z covers

A l'occasion de la sortie le 11 septembre prochain de « The Blueprint 3 » ,
les pochettes d'album de Jay-Z :

 

22:18 Publié dans Covers, Rap | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : jay-z

 
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