Avertir le modérateur

02/07/2009

Nosfell sur les terres enchantées du Lac aux Vélies

lac.gif
Nosfell – Le Lac aux Vélies (J'AIME : A la folie)

Un conte à rêver debout. Inventeur du monde mystérieux de Klokochazia, dont la langue et les personnages habitent ses albums plutôt rock, Nosfell a cherché à aller au bout de sa démarche de griot en créant un spectacle avec orchestre centré autour de l’histoire de Günel. L’occasion d’approfondir l’exploration d’un univers peu explicité sur disque, là où il tient une place plus centrale en concerts grâce à de nombreux intermèdes parlés.

Présenté à la Cité de la musique puis il y a quelques jours à la salle Pleyel, « Le Lac aux Vélies » est désormais disponible sur la forme d’un beau livre-disque illustré par le dessinateur Ludovic Debeurme. Plus que la retranscription de l’intégralité du conte, on retiendra ici les treize morceaux composés ou réarrangés pour l’occasion, la plupart des titres provenant à l’origine de ses deux premiers albums.

Coloration cinématographique

Porté par des arrangements symphoniques de toute beauté, « Le Lac aux Vélies » est sans aucun doute le chef-d’œuvre de Nosfell. Là où les albums doivent composer avec une instrumentation limitée, cordes et cuivres donnent une nouvelle coloration plus cinématographique aux morceaux, retraduits en klokobetz pour ceux qui étaient chantés en anglais ou en français. Ce sont tout à coup une foule de sentiments passionnés qui jaillissent et se répondent, en suivant des thèmes musicaux propres à chacun des personnages.

S’étalant sur de longues minutes, les titres des albums gagnent ainsi en souffle et en finesse. La voix de Nosfell vient s’ajouter comme une texture sonore sans trop pousser les effets de boucles. Les intonations douces règnent sur une bonne partie des plages. En contraste avec l’énergie des chœurs masculins et féminins qui donnent une puissance supplémentaire aux morceaux et une nouvelle vie aux personnages. La terre de Klokochazia n’a jamais paru si habitée.


KidB

Jaun Sev Zul :

The Wise Left hand :

 

08:24 Publié dans pop | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nosfell

25/06/2009

Nosfell : « Ma musique ne rentre pas dans une seule case musicale »

Nosfell.jpg

L’intrigant Nosfell revient en ce mois de juin 2009 avec une triple actualité : la sortie d’un troisième album éponyme orienté plutôt rock, celle d’un livre-disque autour de sa création orchestrale du Lac aux vélies et une nouvelle représentation de ce spectacle, légèrement remanié, salle Pleyel à Paris. L’occasion de rencontrer cet artiste unique, inventeur du monde imaginaire de Klokochazia, avec sa langue le klokobetz, ses personnages et ses drôles d’histoires.

Klokochazia

« Adolescent, j’ai eu besoin de me fabriquer cet univers pour m’échapper et simplement survivre. Les relations entre mes parents et avec mon père étaient parfois très difficiles. Mon père était quelqu’un de très brillant. Il connaissait sept langues, mais c’était aussi quelqu’un de mythomane. En partant, il m’a laissé plusieurs mots que je ne comprenais pas et qu’il a fallu que j’essaie de décrypter. J’ai passé de longues années en psychanalyse. J’ai toujours ce besoin de comprendre comment les gens et les choses fonctionnent. »

Magie

« Klokochazia était un moyen pour moi d’apprendre à communiquer avec les autres en m’effaçant derrière ma création. J’ai été très influencé par les surréalistes et les lettristes. J’aime quand les choses vous dépassent, quand on ne comprend pas forcément tout. J’ai beaucoup étudié mes rêves et le subconscient. Mon univers doit avoir quelque chose de magique. Pour la musique comme pour le cinéma, j’aime quand on emmène dans un univers. Je ne fais pas de l’art pour recréer ma vie de tous les jours. »

Héroïc fantasy

« Mon univers a parfois été ramené à de l’héroïc fantasy mais c’est quelque chose dont je me méfie beaucoup. Ce genre ne m’a jamais vraiment intéressé même si plusieurs amis me disent que je devrais lire Tolkien. Que ses livres sont beaucoup plus intéressants que ce qu’on a fait après. Mais pour moi, il y a trop de codes. Rentrer dans un genre est une démarche trop figée. »

Klokobetz

« Des gens me reprochent qu’on ne comprend pas ce que je chante. Moi, ça ne me dérange pas. Je me rappelle avoir aimé des chansons en anglais étant plus jeune sans comprendre un mot des paroles. Tout passe par l’énergie et les sonorités. L’univers que j’ai créé n’est pas figé. Il se nourrit de tout ce que je peux vivre. Après, le klokobetz n’est pas une langue vivante puisqu’il n’est parlé par personne et n’est pas confronté à l’enrichissement du quotidien. Mais je me permets encore d’adapter quelques règles syntaxiques pour que certains textes sonnent mieux. »

Le rêve américain

« J’avais rencontré Alan Johannes il y a plusieurs années et on s’était dit qu’on travaillerait ensemble un jour. Pour ce troisième album, ma maison disque m’a proposé de collaborer avec un producteur. Donc on a filé chez lui à Los Angeles. On ne voulait pas de grands studios. Alan travaille chez lui. On se sentait vraiment à la maison. Sauf que de temps en temps, il y a Joshua Homme et Brody Dalle qui passe. Alan leur a fait écouter des morceaux. Ca leur a plu. Et ils se sont retrouvés à chanter un titre sur le nouvel album. On avait l’impression de vivre un rêve. Pour travailler avec Alan, je n’ai pas eu besoin de lui expliquer tout mon univers. Je lui ai envoyé quelques maquettes et il a bien aimé l’énergie qui s’en dégageait. Il y avait un fort rapport de séduction entre nous. C’était presque érotique. »

Sortir des cases musicales

« La tournée avec Pierre Le Bourgeois et Orkhan Murat nous a poussés vers un format plus rock. Sur scène, on s’amuse à essayer différents effets à la guitare. C’était aussi un moyen de retrouver des choses que j’écoutais adolescent. Puis Alan qui travaille avec les Queens of The Stone Age a une vraie maîtrise de l’instrument. Mais je crois quand même que le disque reste fidèle à l’esprit des deux premiers albums. Il ne rentre pas dans une seule case musicale. De toute façon, je crois que la guerre des chapelles est aujourd’hui bien finie. Sur le disque, il y a des points de rendez-vous plus doux pour ceux qui me suivent depuis le début. »

Trouver la forme adéquate

« Le morceau Olyase Tilan reprend en partie une chanson que je joue depuis des années sur scène. J’avais ce riff de guitare dans la tête, mais je n’avais jamais réussi à lui donner sur disque une forme satisfaisante. Pour ce troisième album, j’ai réessayé et j’ai l’impression d’y être parvenu. C’est comme si je pouvais m’en libérer. »

Triptyque

« Dans ma tête, les trois albums forment vraiment un triptyque. Tous comprennent treize chansons qui correspondent à autant de personnages. J’y développe la même manière de raconter cet univers. La seule différence, c’est que pour ce disque, j’ai d’abord écrit tous les textes en français avant de les traduire. Il n’y a que le texte chanté par Daniel Darc, avec qui j’avais sympathisé sur le projet la bande originale, qui est resté en l’état. »

Le livre-disque du Lac aux Vélies

« Le résultat prend la forme d'un conte illustré plus que d'une bande dessinée. Si les deux projets sortent à peu près en même temps, pour moi, le livre-disque du Lac aux Vélies s'inscrit clairement entre le deuxième et troisième album. J’ai sélectionné des morceaux des deux premiers disques qui me permettaient de résoudre une équation narrative, de raconter l’histoire de Günel. Au départ, je voyais ce personnage comme une pure invention. C’est en travaillant sur le Lac aux Vélies que je me suis rendu compte tout ce que j’y avais mis de moi-même. »

Une partition comme à l’opéra

« Pierre Le Bourgeois a réarrangé les morceaux pour un grand orchestre et on a créé un peu de musique inédite pour faire le lien entre les chansons. Il y a très peu de guitare. On a travaillé autour de motifs qui correspondent à chacun des personnages un peu comme dans les opéras de Haendel ou de Wagner. Pour le concert prévu le 29 juin à la salle Pleyel, on a retravaillé les arrangements de cordes pour qu’ils soient un peu plus mis en valeur. Le conte raconte quand même une histoire d’amour. Dans la première version, les cuivres étaient un peu trop présents. On a essayé de rééquilibrer tout ça. »

La tournée live

« On tournera pour le troisième album à l’automne. Pour l’instant, on est encore entrain de réfléchir à une nouvelle scénographie. Je pense qu’on va se diriger vers un nouvel équilibre avec plus de musique et moins d’intermèdes parlés entre les titres. Avec trois albums, on a plein de morceaux à jouer. J’ai envie de plus en profiter. »

L’économie du disque

« L'économie de la musique a changé. Avant quelqu'un qui remplissait un Olympia, ça voulait dire qu'il vendait au moins 50 000 disques. Moi, je peux remplir deux fois le Bataclan, mais je n'ai pas vendu plus de 15 000 exemplaires de mon deuxième album. En concert, les gens connaissaient les chansons, donc ce n'est pas nécessairement qu'ils n'aimaient pas le résultat. Après la mondialisation et les technologies d'enregistrement et de diffusion sont encore jeunes. C'est normal que les choses évoluent. Ce qui m'inquiète, c'est que je ne sais pas si j'aurais pu aller enregistrer un album comme celui-là en Californie, si on avait été dans une autre économie. »

Recueilli par KidB et Ben C

15:44 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nosfell

17/06/2009

Nosfell, la folie douce

Nosfell'.jpg

Nosfell – Nosfell (J'AIME : Passionnément)

Bienvenue au pays où l’imagination est reine. Nosfell livre avec son nouvel album éponyme le troisième volet des aventures du monde de Klokochazia. L’artiste français a créé il y a de cela des années un territoire rêvé, avec ses personnages, sa géographie et sa langue qu’il s’efforce depuis de faire vivre à travers ses chansons. Le klokobetz reste donc une nouvelle fois la langue officielle, à l’exception d’un titre chanté en anglais avec le couple Joshua Homme-Brody Dalle et d’un autre chanté en français en compagnie de Daniel Darc.

Pleine de mystères, la musique de Nosfell s’exprime à travers un mix hybride de rock, de folk et d’influences de musiques du monde riche en textures. Le chanteur, accompagné ici du violoncelliste Pierre Le Bourgeois et du batteur Orkhan Murat, se sert beaucoup de boucles de voix ou de sons pour donner de l’épaisseur à l’instrumentation et pousser les contrastes entre plages de douceur et dérapages bruitistes. Le chant, capable de passer d’une seconde à l’autre d’un ton aigu à un ton grave, se joue également de cette palette élargie.

Energie rock

Enregistré à Los Angeles au côté du producteur des Queens of the Stone Age, Alain Johannes, « Nosfell » pousse un peu plus loin l’utilisation des guitares que ses deux prédécesseurs. Les riffs sont lourds, porteurs d’une énergie rock qui balaie une bonne partie des titres, à l’image de ce que le groupe peut donner sur scène. Les saturations et les dissonances sont aussi plus présentes comme sur les morceaux « Lugina » , « Subilutil » ou « Kodalit ». A l’inverse, « Arim Lisli Lilem » et ses influences orientales, « Suanji » ou « Hej Noïta » donnent à entendre un versant plus calme.

Mais la force de ce troisième album, c’est sans doute de donner à entendre la folie qui entoure cet univers si singulier. Nosfell semble ici repousser toutes les limites posées par deux premiers disques un peu plus cadrés. Cette liberté ouvre de nouvelles dimensions à la musique, à l’image du morceau « Olyase Tilan ». Joué depuis des années en live, le titre prend ici une forme inédite. Il débute sous formes de vocalises accompagnées d’un riff avant de s’emballer en déflagration rock, puis de se poser en fantaisiste bucolique au violoncelle pour mieux repartir vers de nouveaux sommets. Nosfell n’a pas fini de nous faire voyager.

KidB

Lugina :

Bargain Healers :

16:19 Publié dans rock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nosfell

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu